Hallucination

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Hallucination
Classification et ressources externes
August Natterer Meine Augen zur Zeit der Erscheinungen.jpg
Mes yeux dans le temps de l'apparition d'August Natterer.
CIM-10 R44
CIM-9 780.1
DiseasesDB 19769
MedlinePlus 003258
MeSH D006212
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Une hallucination est définie, en psychiatrie, comme une perception sensorielle sans présence d'un stimulus détectable : par exemple voir des objets physiquement absents, ou bien entendre des voix sans que personne ne parle.

Les hallucinations peuvent affecter l'ensemble des sens, tels la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et superficiellement le toucher. La modification d'une de ces perceptions se fait appeler illusion. L'illusion est une mauvaise information reçue d'un objet extérieur existant. À la suite d'une hallucination le patient considère que sa perception était réelle, et il met en doute le fait que sa perception n'était qu'une illusion.

Il faut distinguer l'hallucination (même mot, en anglais) de l'hallucinose (hallucinosis, en anglais)[1], qui est qualifiée de pseudo-hallucination (« pseudo » voulant dire: « faussement attribué(e) à » ). Une hallucination associe à la perception hallucinatoire, une absence de discernement sur les faits. Alors qu'au cours d'une hallucinose, le patient reste totalement critique quant à la réalité de la perception expérimentée (exemples d'hallucinoses : syndrome de Charles Bonnet, crises d'épilepsie temporale, hallucinose des buveurs décrite par Wernicke, hallucinose visuelle, etc...).

De plus, les « hallucinations dites psychiques » ne présentent pas suffisamment de modalités sensorielles pour être confondues avec une perception sensorielle commune. Le terme hallucination est ainsi inadéquat pour désigner ces phénomènes du psychiques empreints d'un sentiment d'étrangeté et incluant notamment imposition de pensées, des phénomènes de télépathie ou d'intrusion dans les pensées du sujet.

Enfin, les hallucinations doivent être aussi distinguées des interprétations délirantes, où la personne attribue un sens délirant à ses perceptions sensorielles. Par exemple, la conviction que la sonnerie aléatoire d'un clocher porte le signal d'appel du divin, ou encore qu'il y a quelqu'un d'autre dans le lit alors qu'il ne s'agit que d'un polochon ou d'une forte impression erronée. Néanmoins dans certaines pathologies très lourdes, hallucinations et délires peuvent être associés.

Classification[modifier | modifier le code]

Les hallucinations de Don Quichote.

Les hallucinations peuvent se manifester sous de nombreuses formes[2], comprenant les éléments suivants :

Vision[modifier | modifier le code]

L'hallucination visuelle désigne la perception de « quelque chose qui n'existe pas ou qui n'est actuellement pas présent devant la personne concernée[3] » et qui peut également (d'après certaines définitions) « perçevoir incorrectement les choses » (illusion), censément avenues lors de la perturbation de la conscience, de confusion mentale identifiées dans la toxicomanie, dans les maladies neuro-dégénératives, dans les lésions du tronc cérébral, dans la maladie d'Alzheimer, dans la paralysie du sommeil, dans la maladie de Parkinson et les troubles de l'alcoolisme en particulier. La vision de petits animaux est typique dans l'intoxication alcoolique. L'hallucination visuelle complexe est très rarement associée à la schizophrénie, les effets du traitement chimiothérapeutique, de l'alcool ou des troubles dissociatifs en étant la principale cause d'après les études du psychiatre Yôichirô Ryû, diplômé de l'Université Kobe[4]. Par ailleurs, une suractivité cérébrale à l'origine d'hallucination chez 10% des aveugles est induite par la perte visuelle soudaine (syndrome de Charles Bonnet).

Ouïe[modifier | modifier le code]

Lithographie de 1857, par Armand Gautier
Depuis plus d'un siècle, les hallucinations sont traitées à l’hôpital de la Salpêtrière.

Les hallucinations auditives sont la perception de sons ou de voix inexistants mais clairement entendus. Le degré peut varier d'une personne à l'autre, allant d'un bruit des plus élémentaires à une conversation, ou à entendre de la musique. Celles-ci peuvent survenir lors d'une épilepsie du lobe temporal latéral[5], une malformation artério-veineuse[6], un accident vasculaire cérébral, une lésion, un abcès, une tumeur[7], lors d'input sensoriel, ou dans l'atteinte neurologique de la schizophrénie, surtout lorsqu'elles sont acoustique et/ou verbale, se caractérisant par une grande variété de contenus, la voix étant familière ou inconnue, donnant des instructions ou lançant des injures, allant jusqu'à l'illusion d'une conversation. Cette dernière intervient plutôt chez le malade lucide que lors d'une altération de la conscience, d'aspect claire dans sa phase aiguë mais s'estompe rapidement. Il semble, durant son écoute, qu'on entende sans essayer d'écouter et qu'on ne soit pas en mesure de contrer la voix, ce qui amène la plupart des sujets à des circonstances de grande gravité, entre autres à se frapper la tête contre le mur pour tenter de l'ignorer. Cependant, des individus ne souffrant d'aucun trouble mental particulier peuvent également entendre des voix[8], donc il est important de chercher une étiologie physique, par exemple une prise importante de caféine peut également causer quelques hallucinations sonores. Une étude menée par l'Université de La Trobe révèle que cinq tasses de café, voire plus, peuvent causer ce phénomène[9].

Olfactives & Gustatives[modifier | modifier le code]

Les hallucinations gustatives, ou olfactives (nommées phantosmie) désignent le fait de percevoir des goûts ou de sentir des odeurs continuellement en dehors de toutes alimentations ou d'objets expliquant leurs présences de façon continuelle. Il est important de distinguer ces sensations et perceptions anormales de celles qui accompagnent les affections digestives ou respiratoires. Dans les odeurs, elles incluent celles de vomi, d'urine, pétrole, ammoniaque, d'excrément, de fumée et autres puanteurs repoussantes. En ce qui concerne le goût, on retrouve généralement des goûts désagréables (amer, acide, salé,...) qu'on peut parfois associer à la salive sans que ce soit hallucinatoire. Ces hallucinations apparaissent souvent en conséquence de dommages faits aux tissus nerveux du système olfactif ou gustatif, ou lors de la crise dite uncinée (secondaire à l'irritation par une tumeur de la pointe de la face interne du lobe temporal où se trouve le centre cortical des sensibilités olfactives et gustatives). Ces dommages peuvent être causés par une infection virale, tumeur cérébrale, traumatisme physiologique ou exposition possible à des toxines ou drogues[10]. La phantosmie peut également être induite par l'épilepsie affectant le cortex olfactif. La phantosmie est différente de la parosmie, qui implique une odeur présente, mais différemment perçue par un individu. Les hallucinations olfactives ont également été rapportées lors de céphalées, bien que la fréquence de telles hallucinations soit encore méconnue[11],[12].

Autres[modifier | modifier le code]

Un exemple d'hallucination tactile : Le patient sent des araignées ramper sur son visage. Il est certain que ces araignées sont existantes
  • La cénesthopathie, une sensation somatique viscérale, empreint d'un sentiment général de mauvaise santé qui n'a pas été mis en évidence d'un organe ou d'une région du corps. Néanmoins, ces sensations corporelles donnent un sens au malaise, n'étant ainsi pas considérée comme une hallucination puisqu'il y a une cause objectivable. Le schizophrène, peut, par exemple, décrire métaphoriquement que certains membres de son corps changent, s'allongent, se décomposent ou qu'il est possédé par le diable, phénomènes s'articulant par une modification biochimique cérébrale ou des douleurs émises par une hyper-excitation du système nerveux (chocs électriques, brûlure interne, fourmillements,...).
  • Le membre fantôme, qui consiste à ressentir un membre ou un organe amputé ou manquant comme faisant toujours partie du corps.
  • L'hallucination tactile se manifeste par la sensation d'insectes qui rampent, grouillent sur ou sous la peau, généralement accompagné de la vision de ces derniers, n'apparaissant qu'après la prise de drogues, de consommation ou de sevrage de produits psychoactifs (benzodiazépines,anticholinergiques, antidépresseurs, neuroleptiques, amphétamiques..) rapportés aussi dans le delirium tremens.

État pathologique[modifier | modifier le code]

Diverses théories ont été proposées, mais on ne sait pas avec certitude à l'heure actuelle le mécanisme de l'hallucination :

  • l'hyperactivité des nerfs de la dopamine dans le système mésolimbique : le cannabis et les stimulants sont des agonistes de la dopamine qui provoquent des hallucinations, mais on déduit que de telles choses sont aussi valables à la prise de médicaments antipsychotiques antagoniste à celle-ci ;
  • défaillance de la fonction d'auto-surveillance : si le mécanisme permettant la distinction entre soi et l'extérieur fonctionne normalement, n'est plus en mesure de percevoir que c'est le son de l'énoncé interne qui se produit à l'extérieur de soi dans le cerveau, si la fonction s'altère, les hallucinations auditives surviennent donc avec la perception du bruit comme venant de l'extérieur.

Causes[modifier | modifier le code]

L'hallucination peut avoir des causes multiples :

  • intoxications par des drogues (alcaloïdes des Solanacées vireuses comme la belladone, la jusquiame, la datura ou la mandragore) ;
  • pathologies neurologiques  : maladie de Parkinson, maladie des corps de Lewy diffus, atrophie multi-systématisée, paralysie supranucléaire progressive ;
  • pathologies psychiatriques : schizophrénie, psychose hallucinatoire chronique ;
  • pathologies du sommeil : narcolepsie ;
  • pathologies organiques : méningo-encéphalites infectieuses, maladies vasculaires cérébrales, traumatismes crâniens, tumeurs cérébrales, certains types d'épilepsies, comme la démence ;
  • pathologies métaboliques, maladies endocriniennes : crise d'hypoglycémie, complication neurologique du diabète,... ;
  • privation du sommeil, privation sensorielle.

Spécifiques au sommeil[modifier | modifier le code]

  • hallucinations hypnagogiques qui ont lieu au moment de l'endormissement
  • hallucinations hypnopompiques qui ont lieu au réveil.

Elles peuvent se produire alors que la personne est bien réveillée mais aussi dans un état intermédiaire comme au cours d'une paralysie du sommeil ce qui les rend particulièrement angoissantes pour la personne qui en fait l'expérience. Les hallucinations hypnopompiques ne se prolongent en général pas plus de quelques minutes après l'éveil complet. Ce type d'hallucination peut se produire également chez une personne manquant de sommeil ou effectuant une tâche trop monotone, voire les deux. Généralement, elles sont accompagnées d'endormissements de quelques secondes parfois appelés "micro-sommeil" où la personne reste dans un état intermédiaire entre le sommeil et l'éveil.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Sandrine Mantelet, « Orintation diagnostique devant des hallucinations »
  2. (en) E. Chen et G.E. Berrios, « Recognition of hallucinations: a multidimensional model and methodology », Psychopathology, vol. 29,‎ 1996, p. 54–63
  3. [PDF] (en) Ffytche, Dominic, « Visual Hallucination and Illusion Disorders: A Clinical Guide » (consulté le 23 décembre 2012)
  4. (ja) Yoichiro Shinryû, 精神科[[セカンドオピニオン]]—正しい診断と処方を求めて 誤診・誤処方を受けた患者とその家族たち, 2008, (ISBN 9784990301415), p. 15
  5. (en) Engmann, Birk; Reuter, Mike. « Spontaneous perception of melodies – hallucination or epilepsy? » Nervenheilkunde 2009 Apr 28: 217-221. ISSN 0722-1541
  6. (en) Murat Ozsarac, Ersin Aksay, Selahattin Kiyan, Orkun Unek, F. Feray Gulec, « De Novo Cerebral Arteriovenous Malformation: Pink Floyd's Song 'Brick in the Wall' as a Warning Sign » The Journal of Emergency Medicine PMID 19682829 ISSN 0736-4679, DOI:10.1016/j.jemermed.2009.05.035.
  7. (en) « Rare Hallucinations Make Music In The Mind », sur ScienceDaily.com,‎ 9 août 2000 (consulté le 31 août 2012)
  8. (en) Andrea Thompson, « Hearing Voices: Some People Like It », LiveScience.com,‎ 15 septembre 2006 (consulté le 25 novembre 2006)
  9. (en) Medical News Today: "Too Much Coffee Can Make You Hear Things That Are Not There"
  10. (en) Phantom smells
  11. (en) Wolberg FL, Zeigler DK, « Olfactory Hallucination in Migraine », Archives of Neurology, vol. 39, no 6,‎ 1982, p. 382 (lien PubMed?)
  12. (en) Oliver Sacks, Migraine, Berkeley, University of California Press,‎ 1986, 75–76 p. (ISBN 978-0-520-05889-7)

Annexes[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie dédiée à ce sujet : Sémiologie psychiatrique.

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]