Sébastien Le Prestre de Vauban

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Sébastien Le Prestre
Marquis de Vauban
Vauban, avec sa cicatrice ronde sur la joue gauche due à un coup de mousquet reçu lors du siège de Douai[1]. Tableau attribué à Hyacinthe Rigaud.
Vauban, avec sa cicatrice ronde sur la joue gauche due à un coup de mousquet reçu lors du siège de Douai[1]. Tableau attribué à Hyacinthe Rigaud.

Naissance
Saint-Léger-de-Foucheret (aujourd'hui Saint-Léger-Vauban)
Décès (à 73 ans)
Paris
Origine Français
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Arme Génie militaire
Grade Maréchal de France
Conflits Fronde,
Guerre de Dévolution,
Guerre de la Ligue d'Augsbourg,
Guerre de Hollande,
Guerre de Succession d'Espagne
Faits d'armes 49 prises de ville, défense de Camaret
Distinctions Chevalier de l'ordre de Saint-Louis
Chevalier de l'ordre du Saint-Esprit
Hommages Hommes illustres (Louvre)
Autres fonctions Ingénieur et architecte militaire
Gouverneur de Lille (1668-1707)
Commissaire général des fortifications (1678-1703)
Membre de l'Académie des sciences

Emblème

Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban ( - ) est un ingénieur, architecte militaire, urbaniste, ingénieur hydraulicien et essayiste français. Il est nommé maréchal de France par Louis XIV.

Vauban préfigure, par nombre de ses écrits, les philosophes du siècle des Lumières. Comme le souligne Fontenelle dans l'éloge funèbre prononcé devant l'Académie, Vauban a une vision scientifique, sinon mathématique de la réalité et en fait un large usage dans ses activités.

Expert en poliorcétique, il donne au royaume de France une « ceinture de fer » pour faire de la France un pré carré — selon son expression — protégé par une ceinture de citadelles. Il conçoit ou améliore une centaine de places fortes. L'ingénieur n'a pas l'ambition de construire des forteresses inexpugnables, car la stratégie consiste alors à gagner du temps en obligeant l'assaillant à immobiliser des effectifs dix fois supérieurs à ceux de l'assiégé. Il dote la France d'un glacis qui la rend inviolée durant tout le règne de Louis XIV — à l'exception de la citadelle de Lille prise une fois — jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, période où les forteresses sont rendues obsolètes par les progrès de l'artillerie.

La fin de sa vie est marquée par l'affaire de La Dîme royale : dans cet essai, distribué sous le manteau malgré l'interdiction qui le frappe, Vauban propose un audacieux programme de réforme fiscale pour tenter de résoudre les injustices sociales et les difficultés économiques des « années de misère » de la fin du règne du Roi Soleil (1692-93-94 sont des années de disette alimentaire épouvantables, qui font 3 millions de morts, soit un dixième de la population).

Douze ouvrages de Vauban, regroupés au sein du réseau des sites majeurs de Vauban, sont classés au patrimoine mondial de l'UNESCO le [2],[3]. Le musée des Plans-reliefs aux Invalides à Paris, contient un nombre important de maquettes et de plans-reliefs de ces places.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ce que nous savons de son enfance[modifier | modifier le code]

Sébastien Le Prestre de Vauban fut baptisé le 15 mai 1633 en l’église de Saint-Léger-de-Foucherets, dans le Morvan (un décret impérial transforma le nom en Saint-Léger-Vauban en 1867). Le nouveau-né était issu d’une famille de nobles nivernais récemment agrégés à la noblesse (quatrième génération pour l'ascendance paternelle)[4] : les origines lointaines sont obscures et les “brûlements” et les pillages des guerres de religion ont permis, quand il fallut répondre aux enquêtes de noblesse ordonnées par Colbert, de camoufler l’absence de documents plus anciens[5].

Les Le Prestre furent probablement d’anciens marchands[6] : des Le Prestre s’installèrent à Dun-les-Places, puis à Bazoches où ils dirigèrent un flottage de bois vers Paris par la Cure, l’Yonne et la Seine. Nous savons aussi qu'Emery Le Prestre, l’arrière-grand-père paternel de Vauban, a acquis, en 1555, le château de Bazoches, située à une lieue de Bazoches, et que Vauban rachètera… D’Hozier, examinant en 1705, les preuves de noblesse de Vauban, dira : “quelle qualité que celle d’un bailli de village pour le père d’un chevalier du Saint-Esprit ? Et quelles alliances pour des tantes du maréchal que Millereau et Lambert ?…”[7].

On ignore exactement où était située sa maison et en quoi consistait son aménagement intérieur… "Vauban, écrira Saint-Simon, toujours cruel (et qui pourtant lui reconnaît bien des qualités), petit gentilhomme de campagne tout au plus […]. Rien de si court, de si nouveau, de si plat, de si mince".

Son père (il a trente ans à sa naissance), Albin ou Urbain Le Prestre suivant les généalogistes, qualifié d’“ecuyer” sur le registre de baptême de son fils, appartenait à une lignée noble depuis trois générations, mais cousinait par sa mère avec des maisons d’ancienne chevalerie, les Montmorillon et les Chastellux. Ce fut un homme discret, peu causant, dont la passion principale semble avoir été la greffe des arbres fruitiers (il a laissé à la postérité les pommes et les poires Vauban)…

Quant à la mère de Vauban, “damoiselle Edmée de Carmignolles (ou Cormignolles), fille de Jehan Carmignolle, escuyer”, âgée de vingt-deux ans à sa naissance, elle sortait d’une famille de marchands et de paysans enrichis, des “principaux du village”, comme le mentionnent les documents. C'est elle qui apporte en dot une demeure paysanne à Saint-Léger-de-Foucherets[5].

De son enfance et de son adolescence, on ignore à peu près tout. Nous pouvons simplement supposer qu’il a été élevé à la dure et que, très tôt, il apprit à monter à cheval pour devenir le parfait cavalier qu’il fut longtemps. Et qu’il a vécu toute son enfance dans une ambiance de guerre (c’est en 1635 que la France entre dans la guerre de Trente Ans), avec son cortège de violences et de maladies (les troupes provoquent dans leur sillage des épidémies de peste) : en 1636, on compte plus de cent villages détruits dans la vallée de la Saône.

On peut supposer aussi qu’entre 1643 et 1650, Sébastien Le Prestre aurait fréquenté le collège de Semur-en-Auxois, tenu par les carmes. Il y fait ses “humanités” : il y a appris à lire le latin, la grammaire, les auteurs antiques, notamment Cicéron et Virgile. Il dit de lui dans son Abrégé des services du maréchal de Vauban, qu’il avait reçu, à l’orée de sa carrière, “une assez bonne teinture de mathématiques et de fortification, et ne dessinant d’ailleurs pas mal”. On devine donc, pour la suite de sa vie, une enfance plutôt pauvre, au contact des campagnards, “mal vêtus, été comme hiver, de toile à demi pourrie et déchirée, chaussés de sabots dans lesquels ils ont les pieds nus toute l’année” (Description de l’élection de Vézelay, 1696). C’est parmi eux qu’il a mesuré l’âpreté de la vie et c’est eux sans doute qui lui ont transmis le goût de la terre : toute sa vie, il s’appliquera, avec persévérance, à se constituer un domaine, lopin par lopin[4].

Les « guerres domestiques » de la Fronde : Vauban condéen[modifier | modifier le code]

Et puis c’est la Fronde (1648-1652). Vauban est présenté au prince de Condé par un oncle maternel qui est dans son état-major. Le voici engagé dans la rébellion : au début de 1651, probablement vers avril, à 17 ans, il entre comme cadet dans le régiment d’infanterie du prince de Condé, chef du parti frondeur, en suivant l’exemple de nombreux parents et voisins qui ont suivi, par fidélité quasi féodale, les Condé, qui sont gouverneurs de Bourgogne depuis 1631.

En novembre 1652, alors que Vauban expérimente, sur le terrain, ses talents d’ingénieur militaire, il se trouve impliqué dans le siège de Sainte-Menehould prise le 14 novembre par le prince de Condé, et il se distingue par sa bravoure : dans son Abrégé des services (le récit de sa carrière), il signale qu’il a été félicité par les officiers du prince pour avoir traversé l’Aisne à la nage sous le feu des ennemis. La place est finalement prise par les Frondeurs. Et Vauban est promu maistre (sous-officier) dans le régiment de Condé cavalerie.

Au début de 1653, alors que le prince de Condé est passé au service de l’Espagne, le jeune Vauban, lors d’une patrouille, face aux armées royales “ fit sa capitulation ”, mais avec les honneurs (il n’est pas démonté, on l’autorise à garder ses armes) et il est conduit au camp de Mazarin, qui le fait comparaître, l’interroge et se montre séduit par ce Morvandais râblé et trapu, vigoureux, plein de vie, à la vivacité d’esprit et la repartie remarquable. Le cardinal ministre n’a, semble-t-il, aucune peine à le “ convertir ”. Vauban change de camp. C’est là un décisif déplacement de fidélité : il passe de la clientèle de Monsieur le Prince à celle de Mazarin, c’est-à-dire à celle du roi.

Au service du roi[modifier | modifier le code]

Il se trouve bientôt placé comme volontaire auprès de Louis Nicolas de Clerville, ingénieur et professeur de mathématiques, chargé du siège de Sainte-Menehould (la ville qui avait vu Vauban se distinguer dans l’armée rebelle). La ville capitule le 25 novembre 1653, et Vauban, chargé de réparer cette place forte, est nommé lieutenant au régiment d’infanterie de Bourgogne, bientôt surnommé le “ régiment des repentis ”, car il recueillait beaucoup d’anciens frondeurs de la province.

Dans les années qui suivent, placé sous la tutelle du chevalier de Clerville (Colbert créa pour lui la charge de Commissaire général des fortifications), il servit en Champagne et participa à de nombreux sièges : notamment Stenay (siège dirigé par le marquis Abraham de Fabert d'Esternay), une place forte lorraine que le prince de Condé avait obtenue, en 1648, en contrepartie de l’aide qu’il avait apportée à l’État royal, “ pour en jouir souverainement comme en jouissait Sa Majesté elle-même ”. Pour le jeune roi, qui venait d’être sacré à Reims, le 14 juin, prendre Stenay, c’est, d’une certaine manière, outre accompagner l’onction divine d’un sacre militaire, achever la Fronde par la prise de cette ville au centre du territoire contrôlé par le prince de Condé. Le siège dura trente-deux jours et Vauban est assez sérieusement blessé au neuvième jour du siège. Rétabli, il est chargé de marquer l’emplacement où le mineur placera sa mine et il est à nouveau blessé, cette fois-ci par un coup de pierre alors que “ les assiégés allumaient un grand feu au pied du bastion de la gauche, devant le trou du mineur, qui l’en chassa sans retour ”. La ville est finalement prise en présence de Louis XIV, le 6 août.

Au lendemain de ce siège, il est promu capitaine (ce qui lui vaut une solde de 50 livres, que lui verse chaque mois le trésorier des fortifications au titre de sa fonction d’ “ ingénieur ordinaire ”), puis il participe au secours d’Arras (août 1654), au siège de Clermont-en-Argonne (novembre 1654), à la prise de Landrecies (juin-juillet 1655) – il est fait alors “ Ingénieur ordinaire ” du roi par brevet du 3 mai 1655, alors qu’il a vingt-deux ans[8]. L’année suivante, en 1656, il participe au siège de Valenciennes (juin-juillet), qui voit l’affrontement des troupes de Turenne (pour le roi) et de Condé (pour les Espagnols). Vauban, blessé au début du siège, a porté un jugement sévère sur cette opération (la ville fut obligée de se rendre, faute de vivres), dans son Mémoire pour servir d’instruction à la conduite des sièges. C’est, pour lui, une des opérations les plus mal dirigées (par Monsieur de la Ferté) auxquelles il ait participé :

« Il n’est pas concevable combien les Français y firent de fautes ; jamais les lignes ne furent plus mal faites et plus mal ordonnées, et jamais ouvrage plus mal imaginé que la digue à laquelle on travailla prodigieusement pendant tout le siège, et qui n’était pas encore achevée lorsqu’on fut obligé de le lever[9]. »

Puis, en juin-juillet 1657, c’est le siège de Montmédy, en présence du roi, où Vauban est de nouveau blessé : ce fut un siège long – quarante-six jours de tranchée ouverte – particulièrement coûteux en vies humaines.

Vauban évoqua ce siège dans son Traité de l’attaque des places de 1704 :

« Il n’y avait que 700 hommes de garnison qui furent assiégés par une armée de 10 000 hommes, que de quatre (ingénieurs) que nous étions au commencement du siège, destinés à la conduite des travaux, je me trouvais le seul cinq à six jours après l’ouverture de la tranchée, qui en dura quarante-six ; pendant lesquels nous eûmes plus de 300 hommes de tués et 1 800 blessés, de compte fait à l’hôpital, sans y comprendre plus de 200 qui n’y furent pas ; car dans ces temps là, les hôpitaux étant fort mal administrés, il n’y allait que ceux qui ne pouvaient faire autrement, et pas un de ceux qui n’étaient que légèrement blessés ; il faut avouer que c’était acheter les places bien cher… [10] »

Il a critiqué avec force la manière dont ce siège sanglant a été mené : “ elle (la citadelle) pouvait être (emportée) en quinze jours si elle eût été bien attaquée ”. Désormais, et ce sera son obsession tout au long de sa carrière militaire, il fera tout pour épargner le sang des hommes : “ Il ne faut tenir pour maxime de ne jamais exposer son monde mal à propos et sans grande raison ”[10].

Il est encore à Mardyck en septembre 1657, à Gravelines dans l’été 1658, puis à Oudenarde, où il a été fait prisonnier, libéré sur parole, puis échangé. Il est enfin à Ypres, en octobre, sous les ordres de Turenne. La ville est rapidement enlevée, ce qui lui vaut un nouvel entretien avec Mazarin, que Vauban rapporte ainsi : “ Il le gracieusa fort et, quoique naturellement peu libéral, lui donna une honnête gratification et la flatta de l’espoir d’une lieutenance aux gardes ”[11]. En fait, cette promotion se fera attendre (comme bien d’autres promotions…) : contrairement aux promesses mazarines, il ne sera nommé lieutenant aux gardes que dix ans plus tard, en 1668.

À vingt-cinq ans, il a déjà le corps couturé de multiples blessures, mais sa bravoure et sa compétence sont reconnues, notamment par Mazarin.

Scènes de la vie familiale[modifier | modifier le code]

Après la paix des Pyrénées le 8 novembre 1659 – il a alors vingt-sept ans -, un congé d’un an lui permet de rentrer au pays pour épouser le 25 mars 1660, une petite parente, demi-sœur de cousins germains, Jeanne d’Osnay ou d’Aunay, fille de Claude d'Osnay baron d'Epiry. Elle a 20 ans et est orpheline de mère, le jeune couple s'installe dans le chateau d'Epiry. À peine marié depuis deux mois, Vauban est rappelé par le service du roi pour procéder au démantèlement de la place forte de Nancy rendue au duc de Lorraine. En fait, par la suite il ne revit plus sa femme, que le temps de brefs séjours (en tout, pas plus de trois ans et demi soit 32 mois sur 449[12]!) et lorsque Jeanne, en juin 1661 met au monde une petite fille, Charlotte, son mari est à Nancy.

Mais ces rares séjours dans ses terres morvandelles, il y tient par dessus-tout, comme il l’explique au printemps 1680 :

« Le roi ne pouvait me faire un plus grand plaisir que de me permettre d’aller deux mois chez moi, même si la saison est peu propice à séjourner dans un si mauvais pays que le mien, j’aimerai beaucoup mieux y estre au cœur des plus cruels hivers que de ne point y aller du tout[13]  »

Un de ses plus longs séjours à Bazoches eut lieu en 1690 : le roi l’autorisa à y rester presque toute l’année pour soigner une fièvre et une toux opiniâtres. Mais même à Bazoches, il ne cesse de travailler : tout au long de l’année 1690, Louvois lui adressa de multiples mémoires…
Sa femme lui donnera deux filles survivantes (la progéniture mâle a prématurément disparu, ce qui fut un drame intime pour Vauban) :

  • Charlotte, née en juin 1661, épousera, le 26 mars 1680, en l’église d’Epiry, en Morvan, Jacques-Louis de Mesgrigny, neveu de Jean de Mesgrigny, grand ami de Vauban, compagnon de siège, ingénieur, lieutenant général et gouverneur de la citadelle de Tournai. Jean-Charles de Mesgrigny, comte d’Aunay (1680-1763), fils de Charlotte Le Prestre de Vauban et de Jacques de Mesgrigny, reçut les papiers de Vauban en héritage (dont les manuscrits des Oisivetés[14], désormais dans la famille de Louis Le Peletier de Rosanbo, président à mortier au parlement de Paris et héritier de Charlotte de Mesgrigny dans la mesure où il a épousé sa fille unique, Marie-Claire Edmée de Mesgrigny, en 1738. Les manuscrits sont aujourd’hui conservés dans le château familial de Rosanbo dans les Côtes d’Armor et microfilmés aux Archives nationales.
  • La cadette, Jeanne-Françoise, se mariera, le 8 janvier 1691, en l’église Saint Roch à Paris, avec Louis Bernin, marquis de Valentinay, seigneur d'Ussé, apparenté au contrôleur général des finances Claude le Pelletier, à deux intendants des finances, à des membres de la cour des comptes et à des trésoriers généraux des finances. Ce qui rapproche Vauban du monde des officiers de la finance et des parlementaires. Vauban séjournera souvent à Paris dans le faubourg Saint-Honoré, chez sa fille, tout en ne cessant de demander au roi une maison parisienne.

D’autres unions, de sa part, et passagères, engendreront une demi-douzaine d’enfants naturels, parsemés le long de ses voyages dans les provinces du royaume (sur ce sujet, nous disposons d’un testament émouvant dans lequel il prévoit de laisser des sommes d’argent aux femmes qui disent avoir eu un enfant de lui). Grand voyageur, il fait des journées de 30 à 35 kilomètres chacune, avec une record de 250 jours en 1681, grande année d'inspection durant laquelle il parcourt 7 500 kilomètres, à cheval ou dans sa basterne[15], une chaise de poste qui serait de son invention et suffisamment grande pour pouvoir y travailler avec son secrétaire[16].

Ingénieur royal : le preneur de villes[modifier | modifier le code]

« Ingénieur militaire responsable des fortifications »[modifier | modifier le code]

Ses talents sont alors reconnus et le 3 mai 1655, à l'âge de 22 ans, il devient «ingénieur militaire responsable des fortifications» et, en 1656, il reçoit une compagnie dans le régiment du maréchal de La Ferté[17]. De 1653 à 1659, il participe à 14 sièges et est blessé plusieurs fois. Il perfectionne la défense des villes et dirige lui-même de nombreux sièges. En 1667, Vauban assiège les villes de Tournai, de Douai et de Lille, prises en seulement neuf jours. Le roi lui confie l'édification de la citadelle de Lille qu'il appellera lui-même la "Reine des citadelles". C'est à partir de Lille qu'il supervise l'édification des nombreuses citadelles et canaux du Nord, lesquels ont structuré la frontière qui sépare toujours la France de la Belgique. Il dirige aussi le siège de Maastricht en 1673. Enfin, il succède le 4 janvier 1678 à Clerville au poste de commissaire général des fortifications[17].

1673. Le siège de Maastricht[modifier | modifier le code]

Maastricht était une place stratégique, située au confluent du fleuve Meuse et de son affluent la Geer, protégée par d’importantes fortifications et d’énormes travaux extérieurs l’enserrant dans une quadruple ceinture de pierres. L’effectif des assiégeants se montait à 26 000 fantassins et 19 000 cavaliers. L’artillerie disposait de 58 pièces de canon, un chiffre énorme pour l’époque, et les magasins renfermaient pour plus de dix semaines de vivres et de munitions. Jamais un aussi grand appareil de forces n’avait été déployé en vue d’un siège. Et pour la première fois, la direction supérieure des travaux était soustraite aux généraux et confiée à un ingénieur : Vauban, qui avait sous ses ordres le corps du génie tout entier et il était entièrement responsable de la conduite de tous les travaux du siège. Appuyé sur le corps du génie, il inaugure un nouveau mode d’approche des prises de places. Tout alors fut différent : jusqu’alors, les travaux d’approche consistaient en une tranchée unique fort étroite, derrière laquelle s’abritaient les travailleurs, mais qui ne donnait pas aux troupes un espace suffisant pour se mouvoir, et provoquait de terribles boucheries. “ Du temps passé, écrit dans ses Mémoires le comte d’Aligny, alors officier aux mousquetaires, c’était une boucherie que les tranchées ; c’est ainsi qu’on en parlait. Maintenant, Vauban les fait d’une manière qu’on y est en sûreté comme si l’on était chez soi ”. Vauban rationalisa, en effet, le procédé d'attaque mis au point par les Turcs lors du long siège de Candie qui s'acheva en 1669.

Les douze phases du siège[modifier | modifier le code]

L’ensemble du siège, union de tactiques traditionnelles et nouvelles, se décompose en douze phases :

- Phase 1. Investissement de la place. Il faut agir rapidement et par surprise. L'armée de siège coupe la place en occupant toutes les routes d'accès et en la ceinturant rapidement de deux lignes de retranchement parallèles (un vieux procédé, mis au point par les Romains).

- Phase 2. Construction de deux lignes de retranchement autour de la place investie :

  • Une ligne de circonvallation, tournée vers l'extérieur et qui interdit toute arrivée de secours ou de vivres et de munitions venant de l'extérieur.
  • Une ligne de contrevallation est construite, tournée vers la place, elle prévient toute sortie des assiégés. Elle est située environ à 600 mètres, c'est-à-dire au-delà de la limite de portée des canons de la place assiégée.

L'armée de siège établit ses campements entre ces deux retranchements.

-Phase 3. Phase de reconnaissance. Intervention des ingénieurs assiégeants qui effectuent des reconnaissances pour choisir le secteur d'attaque qui est toujours un front formé de deux bastions voisins avec leurs ouvrages extérieurs (demi-lune, chemin couvert et glacis). Il faut souligner le rôle des ingénieurs dans cette phase et l'importance des études de balistique, de géométrie, de mathématiques. On oublie parfois que les premiers travaux de l'académie des sciences, fondée par Colbert en 1665, furent consacrés à des études qui avaient des relations directes avec les nécessités techniques imposées par la guerre. Colbert suscita ainsi, en 1675, des recherches sur l'artillerie et la balistique afin de résoudre la question de la portée et de l'angle des tirs d'après les travaux de Torricelli qui prolongeaient ceux de Galilée. L'ensemble aboutit à la rédaction du livre de François Blondel, L'art de jeter les bombes, publié en 1683. Depuis 1673, l'auteur donnait des cours d'art militaire au Grand Dauphin.

- Phase 4. Travaux d'approche. Cette fois, il s’agit des nouveautés introduites par Vauban. Les travaux d’approche s'effectuent à partir de la contrevallation et ils se présentent sous la forme de deux tranchées (et non plus une seule) creusées en zig zag (pour éviter les tirs d'enfilade des assiégés) qui s'avancent progressivement vers les deux saillants des bastions en suivant des lignes qui correspondent à des zones de feux moins denses de la part des assiégés.

- Phase 5. Construction d'une première parallèle (ou place d’armes). À 600 mètres de la place (limite de portée des canons), les deux boyaux sont reliés par une première parallèle (au front attaqué), appelée aussi “ place d’armes ”, qui se développe ensuite très longuement, à gauche et à droite, jusqu'à être en vue des faces externes des deux bastions attaqués et de leurs demi-lunes voisines. Cette première parallèle est une autre innovation de Vauban, inspirée d’une technique turque au siège de Candie. Pelisson écrit que “ Vauban lui a avoué qu’il avait imité des Turcs dans leurs travaux devant Candie ” (Lettres historiques, III, p. 270) La parallèle a plusieurs fonctions :

  • Relier les boyaux entre eux, ce qui permet de se prêter renfort en cas de sortie des assiégés sur l'un d'entre eux, et de masser à couvert des troupes et du matériel.
  • Placer des batteries de canons qui commencent à tirer en enfilade sur les faces des bastions et des demi lunes choisies pour l'assaut.

Le système des parallèles, fortifiées provisoirement, a l'avantage de mettre l'assaillant à couvert pour l'approche des défenses.

Louis XIV, lui-même, en témoigne, dans ses Mémoires :

“ La façon dont la tranchée était conduite, empêchait les assiégés de rien tenter ; car on allait vers la place quasi en bataille, avec de grandes lignes parallèles qui étaient larges et spacieuses ; de sorte que, par le moyen des banquettes qu’il y avait, on pouvait aller aux ennemis avec un fort grand front. Le gouverneur et les officiers qui étaient dedans n’avaient encore jamais rien vu de semblable, quoique Fargeaux [le gouverneur de Maastricht] se fût trouvé en cinq ou six places assiégées, mais où l’on n’avait été que par des boyaux si étroits qu’il n’était pas possible de tenir dedans, à la moindre sortie. Les ennemis, étonnés de nous voir aller à eux avec tant de troupes et une telle disposition, prirent le parti de ne rien tenter tant que nous avancerions avec tant de précautions ”.

- Phase 6. La progression des deux tranchées. Elle reprend, jusqu'à 350 mètres de la place, distance où l'on établit une deuxième parallèle tout à fait comparable à la première et jouant le même rôle.

- Phases 7, 8, 9. Progression à partir de la construction de trois tranchées : les deux précédentes, plus une nouvelle, suivant l'axe de la demi lune visée. Plus construction de tronçons de parallèles qui servent à faire avancer au plus près des canons.

- Phase 10. Tirs à bout portant sur les escarpes (parois des fossés) et les bastions pour les faire s'effondrer et pratiquer la brèche qui permettra l'assaut.

- Phase 11. Ouverture de la brèche par mine. Il s'agit là d'un travail de sape, long et dangereux pour les mineurs spécialisés dans ce type d'ouvrage.

- Phase 12. Assaut. Montée à pied sur l'éboulement de la brèche au sommet de laquelle on établit un "nid de pie" pour être sûr de bien tenir. À ce stade, le gouverneur de la place assiégée estime souvent que la partie est perdue, et il fait « battre la chamade » : offre de négociation en vue d'une reddition honorable.

Qu'est-ce qu'un « siège à la Vauban » ?[modifier | modifier le code]

Au total, on le voit, le siège à la Vauban est une méthode raisonnée dans laquelle l'ingénieur mathématicien coordonne tous les corps de troupe. Ce qui n’évita pas de nombreux morts (d’Artagnan notamment). Parmi les ingénieurs, beaucoup sont tombés sous les yeux de Vauban : “ Je crois, écrivait-il à Louvois au début du siège, que Monseigneur sait bien que le pauvre Regnault a été tué roide, dont je suis dans une extrême affliction. Bonnefoi a été aussi blessé ce soir au bras. J’ai laissé tous les autres en bon état ; je prie Dieu qu’il les conserve, car c'est bien le plus joli troupeau qu’il est possible d’imaginer ”.

À Maastricht, Vauban innova de plusieurs manières :

  • Il procéda, on l'a vu, selon un système de larges tranchées parallèles et sinueuses pour éviter le tir des assiégés et permettre une progression méthodique et efficace des troupes, la moins dangereuse pour elles.
  • Il ouvrit la brèche au canon.
  • Il perfectionna le tir d'enfilade.
  • Il multiplia les tranchées de diversion.
  • Surtout, il élargit les tranchées par endroits, en particulier aux angles et aux détours, pour former des "places d'armes" et des redoutes d'où les assiégeants pouvaient se regrouper, de cinquante à cent soldats, à l'abri des feux des canons et des mousquets. Il put ainsi réduire la place avec une rapidité qui étonna ses contemporains ("Treize jours de tranchée ouverte"), diminuant au minimum les pertes humaines, l'obsession qui, toute sa vie, poursuivit Vauban : “ la conservation de cent de ses sujets écrit-il à Louvois en 1676, lors du siège de Cambrai, lui doit être plus considérable que la perte de mille de ses ennemis ”.

Dans son traité de 1704, Traité des sièges et de l’attaque de places, Vauban a parfaitement décrit sa propre fonction en expliquant le rôle joué par le “directeur des attaques” :

“ Tout siège de quelque considération demande un homme d’expérience, de tête et de caractère, qui ait la principale disposition des attaques sous l’autorité du général ; que cet homme dirige la tranchée et tout ce qui en dépend, place les batteries de toutes espèces et montre aux officiers d’artillerie ce qu’ils ont à faire ; à qui ceux-ci doivent obéir ponctuellement sans y ajouter ni diminuer. Pour ces mêmes raisons, ce directeur des attaques doit commander aux ingénieurs, mineurs, sapeurs, et à tout ce qui a rapport aux attaques, dont il est comptable au général seul ”.

Et comme à son habitude, Vauban fit de ce siège une relation détaillée assortie de remarques critiques : il soulignait que “ ce siège fut fort sanglant à cause des incongruités qui arrivèrent par la faute de gens qu’il ne veut pas nommer ”. Et il termine par cette observation : “ Je ne sais si on doit appeler ostentation, vanité ou paresse, la facilité que nous avons de nous montrer mal à propos, et de nous mettre à découvert sans nécessité hors de la tranchée, mais je sais bien que cette négligence, ou cette vanité (comme on voudra l’appeler) a coûté plus de cent hommes pendant le siège, qui se sont fait tuer ou blesser mal à propos et sans aucune raison, ceci est un péché originel dont les Français ne se corrigeront jamais si Dieu qui est tout puissant n’en réforme toute l’espèce ”.

La gloire du roi de guerre[modifier | modifier le code]

Vauban reçut 80 000 livres, ce qui lui permit de racheter le château de Bazoches en février 1675.

Mais à Versailles, sur les peintures de la Galerie des glaces, Charles Le Brun fit du roi le seul bénéficiaire de cette victoire ("Masstricht, prise en treize jours") dont Vauban, jamais représenté, n'était qu'un docile et invisible exécutant. Au début du mois de juillet 1673, Louis XIV écrivait à Colbert : maître d'œuvre de ce fameux siège, vantant sa prudence à "régler seul les attaques", son courage "à les appuyer et les soutenir", sa vigueur "dans les veilles et les fatigues", sa capacité "dans les ordres et dans les travaux".

Le 10 août, Vauban fit faire au prince de Condé, de passage dans la ville prise, le tour complet, “ par le dehors et par le dedans ”. Condé trouva les projets de Vauban très séduisants : “ Le poste me paraît le plus beau du monde et le plus considérable, et plus je l’ai examiné plus je trouve qu’il est de la dernière importance de le fortifier. M. de Vauban a fait deux dessins, le grand dessin est la plus belle chose du monde ” [18]

Commissaire général des fortifications : le bâtisseur[modifier | modifier le code]

Il continue à ce poste de diriger les sièges : par exemple lors de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, les sièges de Philippsbourg en 1688, de Mons en 1691 et de Namur en 1692. En 1694, il organise avec succès la défense contre un débarquement anglais sur les côtes de Bretagne à Camaret.

C'est la victoire de Maastricht qui pousse le roi à lui offrir une forte dotation lui permettant d'acheter le château de Bazoches en 1675. Vauban est nommé «commissaire des fortifications» en 1678, lieutenant général en 1688[19], puis maréchal de France, en 1703. Il devint si fameux que l'on dit même : Une ville construite par Vauban est une ville sauvée, une ville attaquée par Vauban est une ville perdue[20].

La frontière de fer[modifier | modifier le code]

Le nom de Vauban reste attaché à la construction d'une "frontière de fer" qui a durablement protégé le royaume contre les attaques ennemies.

Afin de construire une frontière plus linéaire et cohérente, Vauban voulut avant tout rationaliser le système de défense déjà mis en place avant lui, en particulier dans le Nord, car il fallait répondre à la principale préoccupation stratégique du roi : protéger Paris (souvenir de l'année 1636, celle de Corbie, qui avait vu les troupes espagnoles avancer jusqu'à Pontoise). Par un jeu savant d'abandon et de restitution de villes fortifiées, le traité de Nimègue, en 1678, permit de diminuer les enclaves coûteuses et d'assurer ainsi une plus grande régularité du tracé de la frontière.

Vauban a multiplié les lettres, les rapports, les mémoires adressés à Louvois ou au roi ; dans ses lettres, rapports, mémoires, Vauban avait violemment dénoncé les méfaits de ce qu'il appelait l'"emmêlement de places". En novembre 1678 par exemple, rédigeant un Mémoire des places frontières de Flandres qu'il faudroit fortifier pour la sûreté du pays et l'obéissance du Roi, il insistait sur la nécessité de "fermer les entrées de notre pays à l'ennemi", et de "faciliter les entrées dans le sien". Aussi, pour le Nord du royaume, proposait-il d'installer deux lignes de places fortes se soutenant mutuellement, "à l'imitation des ordres de bataille".

La première ligne, la "ligne avancée", serait composée de treize grandes places et de deux forts, renforcée par des canaux et des redoutes, suivant un modèle déjà éprouvé dans les Provinces-Unies.

La seconde ligne, en retrait, comprendrait aussi treize places. Louvois lut le mémoire à Louis XIV qui souhaita aussitôt que la même politique défensive fût appliquée de la Meuse au Rhin. Cette année-là aussi, Vauban avait été nommé commissaire général des fortifications.

Si le Nord et l'Est furent l'objet d'un soin défensif particulier, l'ensemble des frontières du royaume bénéficia de la diligence de l'ingénieur bâtisseur : partout, imitant la technique mise au point en Italie puis en Hollande et en Zélande par les Nassau, Vauban conçut le réseau défensif à partir du modelé du terrain et des lignes d'obstacles naturels (les fleuves, les montagnes, la morphologie du littoral), adaptant au site chaque construction ancienne ou nouvelle. Il accorda une particulière attention au cours des rivières, à leurs débits, à leurs crues. Dans tous les cas, après une longue observation sur le terrain, il rédigeait un long rap¬port afin de résumer les obstacles et les potentialités de chaque site :

En avril 1679, par exemple, il rédigea pour Louvois un mémoire sur les fortifications à établir en Cerdagne au contact de la frontière espagnole : Qualités des scituations qui ont été cy devant proposées pour bastir une place dans la plaine de Cerdagne. Examinant six emplacements possibles, il en élimina cinq, découvrant enfin "la scituation idéale [...] justement à la teste de nos défilés comme si on l'y avoit mise exprès [...]" ; les rochers, "les meulières et fontaines du col de la Perche" forment autant de remparts naturels : la situation choisie offre de nombreux avantages, et elle "épargne au moins les deux tiers de remuement de terre, et plus d'un tiers de la maçonnerie et en un mot la moitié de la dépense de la place".

Dans la plupart des cas, comme dans cet exemple de la Cerdagne (il s'agissait du projet réalisé de la ville-citadelle de Mont-Louis), "parce qu'il est nécessaire d'assujettir le plan au terrain, et non pas le terrain au plan", il transforma les contraintes imposées par la nature en avantage défensif, dressant des forteresses sur des arètes rocheuses, ou les bâtissant sur un plateau dégagé pour barrer un couloir en zone montagneuse. Une des réussites les plus éclatantes fut celle de Briançon (musée des Invalides et des plans reliefs) : les chemins étagés sur les flancs de la montagne furent transformés en au¬tant d'enceintes fortifiées et im¬pre¬nables. Soit en les créant, soit en les modifiant, Vauban travailla en tout à près de trois cents places fortes. Sa philosophie d'ingénieur-bâtisseur tient en une phrase : "l'art de fortifier ne consiste pas dans des règles et dans des systèmes, mais uniquement dans le bon sens et l'expérience".

L’État des places fortes du royaume, dressé par Vauban en novembre 1705, se présente comme le bilan de l’œuvre bâtie suivant ces principes : il compte “ 119 places ou villes fortifiées, 34 citadelles, 58 forts ou châteaux, 57 réduits et 29 redoutes, y compris Landau et quelques places qu’on se propose de rétablir et de fortifier ”.

La liberté d'esprit de ce maréchal lui vaudra cependant les foudres du roi. Vauban meurt à Paris le 30 mars 1707 d'une inflammation des poumons. Il est enterré à l'église de Bazoches (dans le Morvan) et son cœur, sur l'intervention de Napoléon Ier, est conservé à l'hôtel des Invalides de Paris, en face de Turenne, depuis 1808.

Un acteur du Grand Siècle, un précurseur des Lumières[modifier | modifier le code]

Vauban est apprécié à son époque et jugé depuis comme un homme lucide, franc et sans détour, refusant la représentation et le paraître, tels qu’ils se pratiquaient à la cour de Louis XIV. Il préfère au contraire parler le langage de la vérité :

« […] je préfère la vérité, quoi que mal polie, à une lâche complaisance qui ne serait bonne qu’à vous tromper, si vous en étiez capable, et à me déshonorer. Je suis sur les lieux ; je vois les choses avec appréciation, et c’est mon métier que de les connaître ; je sais mon devoir, aux règles duquel je m’attache inviolablement, mais encore plus que j’ai l’honneur d’être votre créature, que je vous dois tout ce que je suis, et que je n’espère que par vous […] Trouvez donc bon, s’il vous plaît, qu’avec le respect que je vous dois, je vous dise librement mes sentiments dans cette matière. Vous savez mieux que moi qu’il n’y a que les gens qui en usent de la sorte qui soient capables de servir un maître comme il faut. »

— Lettre à Louvois, le

Ses supérieurs, le ministre de la Guerre comme le roi, l’encouragent d’ailleurs, dans un intérêt bien compris de part et d’autre. Vauban est un « sésame aux multiples portes » comme l’écrit Michèle Virol, un lieu de mémoire de la nation France à lui tout seul, un homme à multiples visages : stratège (réputé preneur de villes, il a conduit plus de quarante sièges), poliorcète (il a construit ou réparé plus de cent places fortes), urbaniste, statisticien, économiste, agronome, penseur politique, mais aussi fantassin, artilleur, maçon, ingénieur des poudres et salpêtres, des mines et des ponts et chaussées, hydrographe, topographe, cartographe, réformateur de l’armée (substitution du fusil au mousquet, remplacement de la pique par la baïonnette à douille)[21]. En un mot, une sorte de Léonard de Vinci français du Grand Siècle… Il a même écrit en 1695, pendant son séjour à Brest (il s’agissait de repousser une attaque anglaise) un Mémoire concernant la caprerie, dans lequel il défend la guerre de course par rapport à la guerre d’escadre (c’était là un grand débat depuis la bataille de la Hougue en 1692 qui avait vu nombre de navires français détruits).

Tous ces métiers ont un point commun : le maréchal ingénieur du Roi Soleil s'est toujours fondé sur la pratique, et il a toujours cherché à résoudre et à améliorer des situations concrètes au service des hommes : d’abord, ses soldats dont il a voulu à tout prix protéger la vie dans la boue des tranchées ou dans la fureur sanglante des batailles[22]. Mais Vauban n’a cessé aussi de s’intéresser aux plus humbles sujets du roi, « accablés de taille, de gabelle, et encore plus de la famine qui a achevé de les épuiser » (1695).

C’est pour ces hommes et ces femmes, tenaillés par la misère et par la faim, qu’il a écrit ce mémoire intitulé Cochonnerie, ou le calcul estimatif pour connaître jusqu'où peut aller la production d'une truie pendant dix années de temps. Dans ce texte singulier, d'abord titré Chronologie des cochons, traité économique et arithmétique, non daté, destiné à adoucir les rudesses de la vie quotidienne des sujets du roi, trop souvent victimes de la disette, Vauban voulait prouver, calculs statistiques à l'appui sur dix-sept pages, qu'une truie, âgée de deux ans, peut avoir une première portée de six cochons. Au terme de dix générations, compte tenu des maladies, des accidents et de la part du loup, le total est de six millions de descendants (dont 3 217 437 femelles) ! Et sur douze générations de cochons, il « y en aurait autant que l’Europe peut en nourrir, et si on continuait seulement à la pousser jusqu’à la seizième, il est certain qu’il y aurait de quoi en peupler toute la terre abondamment ». La conclusion de ce calcul vertigineux et providentiel était claire : si pauvre qu'il fût, il n'était pas un travailleur de terre « qui ne puisse élever un cochon de son cru par an », afin de manger à sa faim.

Dans ses Mémoires, Saint-Simon, toujours imbu de son rang, qualifiait l'homme de « petit gentilhomme de Bourgogne, tout au plus », mais ajoutait aussitôt, plein d'admiration pour le personnage, « mais peut-être le plus honnête homme et le plus vertueux de son siècle, et, avec la plus grande réputation du plus savant homme dans l'art des sièges et de la fortification, le plus simple, le plus vrai et le plus modeste… jamais homme plus doux, plus compatissant, plus obligeant… et le plus avare ménager de la vie des hommes, avec une valeur qui prenait tout sur soi, et donnait tout aux autres ». Par ailleurs, on ne peut être que frappé par la multitude de ses compétences, de ses centres d’intérêt, de ses pensées, de ses actions :

  • Il fut un précurseur des Encyclopédistes par sa façon d'aborder les problèmes concrets, ainsi le budget d'une famille paysanne, par exemple, ou sa Description géographique de l'élection de Vézelay de dans laquelle il propose de lever un vingtième, sans exemption, et qui se différencie en un impôt sur le bien-fonds et sur le bétail, sur les revenus des arts et métiers, sur les maisons des villes et des bourgs ;
  • Il est aussi dans le grand mouvement de penseurs précurseurs des physiocrates (il lit Boisguilbert ; à la même époque, écrivent Melon, Cantillon) par son intérêt pour l'agronomie et l'économie (il insiste notamment sur la circulation de la monnaie et l’idée du circuit économique dont il est un des précurseurs). Il prône les valeurs qui seront défendues au XVIIIe siècle par Quesnay, et il encourage les nobles à quitter la cour pour le service des armes, mais aussi la mise en valeur de leurs domaines dans un mémoire intitulé Idée d’une excellente noblesse et des moyens de la distinguer par les Générations.
  • Il fut encore un précurseur de Montesquieu par sa conception d'un État chargé avant tout d'assumer la protection de tous et leur bien-être : il veut lutter contre la misère, la corruption, l’incompétence, le mépris du service public.
Sébastien Le Prestre de Vauban

Dans tous les cas, Vauban apparaît comme un réformateur hardi dont les idées se situaient à contre-courant de ce que la majorité de ses contemporains pensait. Son contact avec le Roi lui permettait de soumettre directement ses idées, comme le Projet de Dîme royale, qui fut bien reçu. Louis XIV lui rendait bien cette franchise, cette liberté de parole et de jugement, en lui accordant une confiance absolue en matière de défense du royaume, comme en témoigne cette lettre dans laquelle il lui confie la défense de Brest, visé par les Anglais en 1694 :

« Je m’en remets à vous, de placer les troupes où vous le jugerez à propos, soit pour empêcher la descente, soit que les ennemis fassent le siège de la place. L’emploi que je vous donne est un des plus considérables par rapport au bien de mon service et de mon royaume, c’est pourquoi je ne doute point que vous ne voyiez avec plaisir que je vous y destine et ne m’y donniez des marques de votre zèle et de votre capacité comme vous m’en faites en toutes rencontres. »

Avant tout connu de ses contemporains pour sa maîtrise de l'art de la guerre et de la conduite de siège ainsi que pour ses talents d'ingénieur, Vauban ne se limite donc pas à ces quelques domaines. C’est bien, à chaque fois, le même homme dont toute l’œuvre, de pierre et de papier, témoigne d’une même obsession : l’utilité publique, que ce soit par le façonnement du paysage et la défense du territoire avec la construction de la « ceinture de fer » enfermant la France dans ses « bornes naturelles, point au-delà du Rhin, des Alpes, des Pyrénées, des deux mers » (1706), la transformation de l’ordre social au moyen d’une réforme de l’impôt, quand bien même, en bravant tous les interdits, faudrait-il, pour se faire entendre, passer par la publication clandestine de la Dîme royale, en 1707… « Je ne crains ni le roi, ni vous, ni tout le genre humain ensemble », écrivait-il à Louvois dans une lettre datée du (à propos d’une accusation lancée contre deux de ses ingénieurs). Et il ajoutait : « La fortune m’a fait naître le plus pauvre gentilhomme de France ; mais en récompense, elle m’a honoré d’un cœur sincère si exempt de toutes sortes de friponneries qu’il n’en peut même soutenir l’imagination sans horreur ».

Activités militaires[modifier | modifier le code]

Apports à la poliorcétique[modifier | modifier le code]

Article connexe : poliorcétique.
Article détaillé : tracé à l'italienne.
Frontispice de Conduite des sièges de Vauban, 1672

Les progrès de l'artillerie révolutionnent la guerre de siège : depuis la Renaissance, l'augmentation d'épaisseur des murailles ne suffit plus pour résister aux effets de l'artillerie. Les tirs de mitraille rendant extrêmement périlleux les assauts frontaux, l'assaillant approche les fortifications par des réseaux de tranchées[23]. Les ingénieurs italiens inventent les fortifications bastionnées et remparées : les murailles deviennent très basses, obliques et précédées d'un fossé[23].

Vauban, que son contemporain Manesson Mallet juge « incomparable en l'Art de fortifier et d'attaquer les places »[24], apporte trois innovations majeures décisives aux techniques d'attaque des places fortes :

  • Il codifie la technique d'approche en faisant creuser trois tranchées parallèles très fortifiées reliées entre elles par des tranchées de communications en ligne brisée pour éviter les tirs défensifs en enfilade (technique des parallèles inventée au siège de Maastricht en 1673)[25].
  1. creusée hors de portée de canon à boulet sphérique métallique (portée utile de 600 m à l'époque mais cassant tout à 100 m[26]) et très fortifiée, la première tranchée sert de place d'armes et prévient une attaque à revers par une armée de secours ;
  2. à portée de tir, la deuxième tranchée permet d'aligner l'artillerie que l'on positionne vers un point de faiblesse des fortifications ;
  3. à proximité immédiate des fortifications, la troisième tranchée permet le creusement d'une mine ou l'assaut si l'artillerie a permis d'ouvrir une brèche dans la muraille. Le retranchement doit être suffisant pour interdire une sortie des défenseurs[23].
  • L'éperon des forteresses bastionnées créant une zone où l'artillerie de l'assiégé ne peut tirer à bout portant, il est possible de disposer des levées de terre devant la tranchée immédiatement au contact des fortifications assiégées (très basses pour éviter les tirs d'artillerie). Ces surélévations qu'il appelle « cavaliers de tranchées » (conçus lors du siège de Luxembourg, en 1684), permettent aux assaillants de dominer les positions de tir des assiégés et de les refouler à la grenade vers le corps de place et de s'emparer du chemin couvert[27].
  • En 1688 au siège de Philippsburg, il invente le « tir à ricochet » : en disposant les pièces de manière à prendre en enfilade la batterie adverse située sur le bastion attaqué et en employant de petites charges de poudre, un boulet peut avoir plusieurs impacts et en rebondissant balayer d'un seul coup toute une ligne de défense au sommet d'un rempart, canons et servants à la fois[27],[28].
Codification des attaques des places fortes par Vauban.
Trois tranchées parallèles reliées entre elles par des tranchées de communications en zigzags pour éviter les tirs en enfilade. Chaque tranchée est une place d'armes qui permet de rapprocher l'infanterie sur toute la largeur du front d’attaque ; la première est hors de portée de tir des défenseurs et permet de résister à un assaut à revers ; la troisième est au pied du glacis. L’artillerie est placée sur des cavaliers, relié au réseau par des tranchées plus courtes. Des redoutes protègent les extrémités de chaque tranchée.

Sa philosophie est de limiter les pertes en protégeant ses approches par la construction de tranchées, même si cela demande de nombreux travaux. Il est pour cela souvent raillé par les courtisans, mais il est soutenu par le roi [29]. Il rédige, en 1704, un traité d'attaque des places pour le compte de Louis XIV qui souhaite faire l'éducation militaire de son petit-fils le duc de Bourgogne[29]. Il invente le « portefeuille de casernement » (casernes modèles) destiné à remplacer le logement du soldat chez l'habitant[30].

Le défenseur du « pré carré »[modifier | modifier le code]

Une coupe des fortifications Vauban, suivant la ligne capitale passant par une demi-lune
Étoile de Vauban de la citadelle de Lille
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Vauban va ainsi pousser le roi à révolutionner la doctrine militaire défensive de la France en concentrant les places fortes sur les frontières du Royaume c’est la « ceinture de fer » qui protège le pays : le pré carré du roi[31].

Fort de son expérience de la poliorcétique, il révolutionne aussi bien la défense des places fortes que leur capture. Il conçoit ou améliore les fortifications de nombreux ports et villes français, entre 1667 et 1707, travaux gigantesques permis par la richesse du pays[32]. Il dote la France d'un glacis de places fortes pouvant se soutenir entre elles : pour lui, aucune place n'est imprenable, mais si on lui donne les moyens de résister suffisamment longtemps des secours peuvent prendre l'ennemi à revers et le forcer à lever le siège.

À l’intérieur du pays, où le danger d’invasion est moindre, les forteresses sont démantelées. Paris perd par exemple ses fortifications, d’une part, pour libérer des troupes devenues inutiles qui peuvent être transférées aux frontières et d’autre part, pour éviter que des révoltes puissent trouver asile dans l’une d’elles comme cela avait été le cas lors de la Fronde[33].

Au total, Vauban crée ou élargit plus de 180 forteresses et donne son nom à un type d'architecture militaire : le « système Vauban ». Système qui est largement repris, même hors de France (voir les fortifications de la ville de Cadix).

Il participe aussi à la réalisation d'autres ouvrages, tels que le canal de Bourbourg. Entre 1667 et 1707 Vauban améliore les fortifications d'environ 300 villes et dirige la création de trente-sept nouveaux ports (dont celui de Dunkerque) et forteresses fortifiés[réf. nécessaire].

Édifié sur un emplacement stratégique, à partir de 1693, Mont-Dauphin est un avant poste chargé de protéger le royaume des intrusions venues d’Italie : le village-citadelle constitue l’archétype de la place forte et fait entrer les Alpes dans la grande politique de défense de la « nation France ».

Voir :

Il refuse de créer le fort Boyard, selon lui techniquement inconstructible, que Napoléon Ier tente de recréer lors de son règne à partir de ses plans sans plus de succès néanmoins. Finalement, sous Louis-Philippe agacé par des tensions entretenues avec les Britanniques, le Fort Boyard voit le jour, grâce à une technique de construction du socle avec des caissons de chaux.

Maquettes et Plans-reliefs[modifier | modifier le code]

Plan-relief de 1703 de la Citadelle du Château-d'Oléron, conservée au Musée des plans-reliefs à Paris

Les plans-reliefs réalisés à partir du règne de Louis XIV sont conservés au musée des Plans-reliefs, au sein de l'hôtel des Invalides à Paris où 28 d'entre eux sont présentés. Une partie de la collection (16), est, après un long débat, présentée au palais des Beaux-Arts de Lille. Vauban est intervenu sur la plupart des places représentées. Les maquettes donnent une excellente vue du travail réalisé.

Activités civiles : Vauban critique et réformateur[modifier | modifier le code]

Vauban a également construit l'aqueduc de Maintenon (tout en s'opposant au grandiose aqueduc « à la romaine » voulu par Louis XIV et Louvois, qu'il jugeait d'un prix beaucoup trop élevé : il militait pour un aqueduc « rampant »). Il s'est intéressé à la démographie et à la prévision économique. Il conçut des formulaires de recensement et publia un ouvrage intitulé La Cochonnerie ou calcul estimatif pour connaître jusqu'où peut aller la production d'une truie pendant dix années de temps.

Entre l'amour du roi et le bien public[modifier | modifier le code]

Vauban a pris, à partir de la fin des années 1680, une distance de plus en plus critique par rapport au roi de guerre, en fustigeant une politique qui lui semble s’éloigner de ses convictions de grandeur et de défense de sa patrie, le tout au nom du bien public.

Ce divorce est particulièrement apparent dans son Mémoire sur les huguenots, dans lequel il tire les conséquences, très négatives, de la révocation de l’Édit de Nantes en 1685, en soulignant que l’intérêt général est préférable à l’unité du royaume quand les deux ne sont pas compatibles. D’autant que travaillant sur le canal du Midi en 1685-1686, il a vu les effets des dragonnades sur la population. Dans ce mémoire, Vauban estime le nombre des protestants sortis du royaume à :

« 80 000 ou 100 000 personnes de toutes conditions, occasionnant la ruine du commerce et des manufactures, et renforçant d’autant les puissances ennemies de la France. »

L’itinéraire de Vauban, une pensée en mobilité constante à l’image de ses déplacements incessants dans le royaume réel, font de lui un penseur critique tout à fait représentatif de la grande mutation des valeurs qui marque la fin du règne de Louis XIV : le passage, en quelque sorte, du « roi État », incarné par Louis XIV, à l’État roi, indépendant de la personne de celui qui l’incarne.

Fontenelle, dans l’éloge funèbre qu’il rédige pour Vauban, l’a très bien exprimé :

« Quoique son emploi ne l’engageât qu’à travailler à la sûreté des frontières, son amour pour le bien public lui faisait porter des vues sur les moyens d’augmenter le bonheur du dedans du royaume. Dans tous ses voyages, il avait une curiosité, dont ceux qui sont en place ne sont communément que trop exempts. Il s’informait avec soin de la valeur des terres, de ce qu’elles rapportaient, de leur nombre, de ce qui faisait leur nourriture ordinaire, de ce que leur pouvait valoir en un jour le travail de leurs mains, détails méprisables et abjects en apparence, et qui appartiennent cependant au grand Art de gouverner […]. Il n’épargnoit aucune dépense pour amasser la quantité infinie d’instructions et de mémoires dont il avoit besoin, et il occupoit sans cesse un grand nombre de secrétaires, de dessinateurs, de calculateurs et de copistes »

— Fontenelle, Éloge de Monsieur le Maréchal de Vauban

Et, à la fin de sa vie, on sent Vauban profondément écartelé entre sa fidélité au roi et son amour de la patrie au nom du bien général qui ne lui semble plus devoir être confondu avec celui du roi. Cet écartèlement, il l’exprime dès le 26 avril 1697 dans une lettre au marquis de Cavoye :

« Je suis un peu têtu et opiniâtre quand je crois avoir raison. J’aime réellement et de fait la personne du roi, parce que le devoir m’y oblige, mais incomparablement plus parce que c’est mon bienfaiteur qui a toujours eu de la bonté pour moi, aussi en ai-je une reconnaissance parfaite à qui, ne plaise à Dieu, il ne manquera jamais rien. J’aime ma Patrie à la folie étant persuadé que tout citoyen doit l’aimer et faire tout pour elle, ces deux raisons qui reviennent à la même[réf. nécessaire]. »

Dans une certaine mesure la Dîme Royale, publiée en 1707, parce qu’elle dissocie le roi et l’État, peut être lue comme le résultat très concret de la tension et de la contradiction entre l’amour du roi et l’amour de la patrie…

Les années de misère : l'observateur lucide du royaume réel[modifier | modifier le code]

Depuis longtemps, en effet, Vauban s'intéressait au sort des plus démunis, attentif avant tout à la peine des hommes. Ses déplacements incessants dans les provinces (Anne Blanchard estime la distance parcourue à plus de 180 000 km pour 57 années de service, soit 3 168 km par an !) sont contemporains des années les plus noires du règne de Louis XIV, en particulier la terrible crise des années 1693-1694. Et il a pu observer, comme il l’écrit en 1693, « les vexations et pilleries infinies qui se font sur les peuples ». Sa hantise c’est le mal que font « quantité de mauvais impôts (et notamment) la taille qui est tombée dans une telle corruption que les anges du ciel ne pourraient pas venir à bout de la corriger ni empêcher que les pauvres n’y soient toujours opprimés, sans une assistance particulière de Dieu ». Vauban voyage à cheval ou dans sa basterne[34], une chaise de poste qui serait de son invention et suffisamment grande pour pouvoir y travailler avec son secrétaire[35], portée sur quatre brancards par deux mules, l’une devant, l’autre derrière. Pas de roues, pas de contact avec le sol : les cahots sur les chemins de pierres sont ainsi évités, il peut emprunter les chemins de montagne, et Vauban est ainsi enfermé avec ses papiers et un secrétaire en face de lui. En moyenne, il passe 150 jours par an sur les routes, soit une moyenne de 2 à 3 000 km par an (le maximum : 8 000 km de déplacement en une année !).

Il est fortement marqué par cette crise de subsistances des années 1693-1694, qui affecta surtout la France du Nord, provoqua peut-être la mort de deux millions de personnes. Elle aiguisa la réflexion de l'homme de guerre confronté quotidiennement à la misère, à la mort, à l'excès de la fiscalité royale : « la pauvreté, écrit-il, ayant souvent excité ma compassion, m'a donné lieu d'en rechercher la cause ».

L'homme de plume[modifier | modifier le code]

Pendant ces années terribles (1680-1695) marquées par trois années de disette alimentaire sans précédent au cours des hivers 1692-93-94, l’homme de guerre se fait homme de plume :

  • Oisivetés ou ramas de plusieurs sujets à ma façon.

C’est Fontenelle, qui révèle dans son éloge de Vauban, l’existence de ce recueil de « mémoires reliés et collationnés en volumes au nombre de douze »… C’est sans doute à partir de la mort de Colbert (1683), qu’il rédige ce « ramas d’écrits », extraordinaire et prolifique document, souvent décousu, dans lesquelles il consigne, en forme de vingt-neuf mémoires manuscrits (soit 3 850 pages manuscrites en tout) ses observations, ses réflexions, ses projets de réformes, témoignant d’une curiosité insatiable et universelle. Une brève note de Vauban, incluse dans un agenda, daté du 4 mai 1701, éclaire le recueil alors en cours de constitution :

« Faire un deuxième volume en conséquence du premier et y insérer le mémoire des colonies avec la carte et celui de la navigation des rivières avec des figures de far et d’escluses calculées ; y ajouter une pensée sur la réduction des poids et mesures en une seule et unique qui fut d’usage partout le Royaume »

« La vie errante que je mène depuis quarante ans et plus, écrit-il dans la préface de la Dîme royale, m’ayant donné occasion de voir et visiter plusieurs fois et de plusieurs façons la plus grande partie des provinces de ce royaume, tantôt seul avec mes domestiques, et tantôt en compagnie de quelques ingénieurs, j’ai souvent occasion de donner carrière à mes réflexions, et de remarquer le bon et le mauvais état des pays, d’en examiner l’état et la situation et celui des peuples dont la pauvreté ayant souvent excité ma compassion, m’a donné lieu d’en rechercher les causes[36]. »

Les Oisivetés, pour la première fois publiées (éditions Champ Vallon), sont détenues par la famille Rosanbo. L’ensemble représente 68 microfilms de papiers et mémoires (en tout 29 mémoires importants, plus de 2 000 pages), auxquels il faut ajouter 47 microfilms de correspondance.

  • la Description géographique de l’élection de Vézelay (1696)

Parmi les multiples mémoires, qui sont souvent autant d’exemples des statistiques descriptives, l'ouvrage est sans doute le plus abouti : Il décrit les revenus, la qualité, les mœurs des habitants, leur pauvreté et richesse, la fertilité du pays et ce que l’on pourrait y faire pour en corriger la stérilité et procurer l’augmentation des peuples et l’accroissement des bestiaux.

  • Le Projet de Capitation (1694)

Et ce qui domine dans cette écriture prolifique, c’est la notion d’utilité publique, au service des plus démunis. Et le tout conduit bientôt Vauban à imaginer une « réformation » globale, capable de répondre au problème de la misère et de la pauvreté, auquel il est sans cesse confronté. Ainsi, dès 1694, Vauban présente un Projet de capitation, fruit de multiples réflexions et de débats, notamment avec Boisguilbert, lieutenant-général à Rouen (qui publie en 1695 son Détail de la France que Vauban a lu et apprécié). Et parallèlement, Vauban profite de multiples entretiens « avec un grand nombre de personnes et des officiers royaux de toutes espèces qui suivent le roi ».

Le Projet de capitation annonce son futur essai : il y propose un impôt levé, sans aucune exemption, sur tous les revenus visibles (les produits fonciers, les rentes, les appointements…) et condamne la taille, « tombée dans une telle corruption que les anges du ciel ne pourraient venir à bout de la corriger ». Dans ce Projet, il dénonce « l’accablement des peuples, poussé au point où nous le voyons ».

En conséquence, il écrit « la capitation doit être imposée sur toutes les natures de biens qui peuvent produire du revenu, et non sur les différents étages des qualités ni sur le nombre des personnes, parce que la qualité n’est pas ce qui fait l’abondance, non plus que l’égalité des richesses, et que le menu peuple est accablé de tailles, de gabelles, d’aides et de mille autres impôts, et encore plus de la famine qu’ils ont soufferte l’année dernière, qui a achevé de les épuiser ».

L'année suivante, le 18 janvier, le pouvoir royal met effectivement en place une capitation, un impôt auquel, en théorie, tous les sujets, des princes du sang aux travailleurs de terre, sont assujettis, de 2 000 à 1 livre, en fonction de leur fortune. Mais contrairement à l'idée de Vauban, cet impôt s'ajoute aux autres, et la plupart des privilégiés, par abonnement ou par rachat, ont tôt fait de s'en faire dispenser.

L'homme politique[modifier | modifier le code]

Bien qu'il soit militaire, Vauban n'hésite pas à donner son avis dans les affaires de l'État, ainsi, en 1683, il propose un traité de paix avec l'Allemagne en en précisant les conditions soit « la cession pure et simple de la part de l'empereur des pays nouvellement réunis aux trois évêchés, de toute l'Alsace et notamment de la ville de Strasbourg ». En échange, Louis XIV donnerait les villes de Brisach et de Fribourg. Cette proposition est loin d'être innocente puisque d'après l'intéressé, ces deux places sont plus une charge qu'autre chose pour le royaume de France. Cette proposition lui vaudra une remontrance de Louvois par un courrier du 24 août 1683 : « […] je vous répondrai en peu de paroles que si vous étiez aussi mauvais ingénieur que politique, vous ne seriez pas si utile que vous êtes au service du roi »[37].

1703-1706 : De l'amertume à la transgression[modifier | modifier le code]

En octobre 1706, Vauban se trouve à Dunkerque, une ville forte qu’il considère comme sa plus belle réussite et qu’il a transformée en une « cité imprenable » : un formidable ensemble de forts de défense, de bâtiments, de jetées, de fossés remplis d’eau, et d’un bassin pouvant contenir plus de quarante vaisseaux de haut bord toujours à flot, même à marée basse, grâce à une écluse. Du reste, à propos de « son » Dunkerque, le 16 décembre 1683, il écrit à Louvois, en faisant preuve, une fois n’est pas coutume, de peu de modestie :

« Dès l’heure qu’il est, ce port et son entrée me paraissent une des plus belles choses du monde et la plus commode, et si je demeurais six mois à Dunkerque, je ne crois pas que ma curiosité ni mon admiration seraient épuisées quand je les verrais tous les jours une fois. »

Pourquoi est-il à Dunkerque ? Parce que le roi lui confie le commandement de la frontière maritime des Flandres alors sérieusement menacée. Il a l’autorisation de construire un camp retranché à Dunkerque, puis un deuxième entre Dunkerque et Bergues. Mais les fonds nécessaires n’arrivent pas et il s’en plaint au maréchal de Villeroy, qui lui répond le 17 juillet :

« vous être le seul à pouvoir obtenir de la cour l’argent et les moyens nécessaires pour terminer les travaux des camps retranchés qui sont bien utiles. »

Vauban écrit à Chamillard, le ministre de la Guerre et des Finances, le 10 août :

« si M. Le Pelletier s’obstine davantage sur ce que je lui demande [il n’envoie pas les fonds], je serai obligé d’en écrire au roi et de le prier de me retirer d’ici. »

Ce qu’il fait à soixante-treize ans: C’est là, à Dunkerque, à « son » Dunkerque, que Vauban demande à être relevé de son commandement : « J’ai hier demandé mon congé, écrit-il de Dunkerque, le 25 octobre 1706, car je ne fais rien ici, et le rhume commence à m’attaquer rudement ». Quelques jours plus tard, il insiste auprès de Chamillard pour être relevé de son commandement :

« quand on sort d’un cinquième ou sixième accès de fièvre tierce qui s’est converti en double tierce, on n’est plus en état de soutenir la gageure. Je vous prie de trouver bon que je vous demande M. d’Artagnan pour me venir relever ici pour l’hiver. »

Il souffre depuis longtemps d’un rhume récurrent, en fait une forme de bronchite chronique, et vient effectivement de subir de violents accès de fièvre (et sa présence à Dunkerque, dans les marais des plaines du Nord, n’est pas faite pour le guérir !).

Mais il y a des raisons plus profondes, sans doute, plus intimes, à cette demande insistante de retrait. En fait, Vauban est plein d’amertume depuis le siège de Brisach, en 1703, le dernier siège dont il a le commandement : il enseigne à cette occasion au duc de Bourgogne, le petit-fils du roi, les choses de la guerre et écrit, à son intention -sur ordre de Louis XIV-, un traité De l’attaque et de la défense des places afin de parfaire son éducation militaire [38] qui constitue le huitième tome des Oisivetés.

« La grâce que j’ose vous demander, Monseigneur, est de vouloir bien vous donner la peine de lire ce Traité avec attention, et qu’il vous plaise de le garder pour vous, et de n’en faire part à personne, de peur de quelqu’un n’en prenne des copies qui, pouvant passer chez nos ennemis, y seraient peut-être mieux reçues qu’elles ne méritent. »

 (épître dédicatoire). Ce qui n’empêche pas la circulation de nombreux manuscrits : plus de 200, déplore en 1739 Charles de Mesgrigny, le petit-fils de Vauban…

Mais après ce siège, plus rien ne lui est proposé. Et il s’en inquiète auprès de Chamillart :

« … tout le monde se remue ; il n’y a que moi à qui on ne dit mot. Est-ce que je ne suis plus propre à rien ? Quoique d’un âge fort avancé, je ne me condamne pas encore au repos, et quand il s’agira de rendre un service important au roi, je saurai bien mettre toutes sortes d’égards à part, tant par rapport à moi qu’à la dignité dont il lui a plu m’honorer, persuadé que je suis que tout ce qui tend à servir le roi et l’État est honorable, même jusqu’aux plus petits, à plus forte raison quand on y peut joindre des services essentiels tels que ceux que je puis rendre dans le siège dont il s’agit... Ce qui m'oblige à vous parler de la sorte est qu'il me paraît qu'on se dispose à faire le siège sans moi. Je vous avoue que cela me fait de la peine, mettez y donc ordre[39]. »

Chamillart lui répond qu’il a lu sa lettre à Louis XIV, qui a résolu de faire le siège de Landau. Mais il ajoute dans sa lettre du 6 octobre 1703 : « Elle m’ordonne de vous dire en même temps qu’elle a résolu d’en laisser la conduite entière à M. le maréchal de Tallart… » Opportunément, Vauban est convoqué à Paris, chargé de l'instruction du duc de Bourgogne. Ce qui ne l'empêche pas de rédiger ses préconisations pour le siège en préparation.

L’amertume pour Vauban est alors à son comble. Et il exprime ses craintes dans une autre lettre écrite à Chamillard en 1705. Cette lettre accompagne un mémoire consacré au siège de Turin, car Vauban continue à suivre de très près les opérations militaires, et il n’est pas satisfait de leur déroulement. Aussi multiplie-t-il avis et conseils. Après de nombreux détails techniques, Vauban ajoute ces lignes, des lignes particulièrement émouvantes, dans lesquelles le vieux maréchal continue à offrir ses services :

« Après avoir parlé des affaires du roi par rapport à la lettre de M. Pallavicini et à ce qui est de la portée de mes connaissances, j’ose présumer qu’il me sera permis de parler de moi pour la première fois de ma vie.

Je suis présentement dans la soixante-treizième année de mon âge, chargé de cinquante-deux ans de service, et surchargé de cinquante sièges considérables et de près de quarante années de voyages et visites continuelles à l’occasion des places et de la frontière, ce qui m’a attiré beaucoup de peines et de fatigues de l’esprit et du corps, car il n’y a eu ni été ni hiver pour moi. Or, il est impossible que la vie d’un homme qui a soutenu tout cela ne soit fort usée, et c’est ce que je ne sens que trop, notamment depuis que le mauvais rhume qui me tourmente depuis quarante ans s'est accru et devient de jour en jour plus fâcheux par sa continuité ; d’ailleurs, la vue me baisse et l’oreille me devient dure, bien que j’ai la tête aussi bonne que jamais. Je me sens tomber et fort affaibli par rapport à ce que je me suis vu autrefois. C’est ce qui fait que je n’ose plus me proposer pour des affaires difficiles et de durée qui demandent la présence presque continuelle de ceux qui les conduisent. Je n’ai jamais commandé d’armée en chef, ni comme général, ni comme lieutenant général, pas même comme maréchal de camp, et hors quelque commandement particulier, comme ceux d’Ypres, Dunkerque et de la basse Bretagne, dont je me suis, Dieu merci, bien tiré, les autres ne valent pas la peine d’être nommés. Tous mes services ont donc roulé sur les sièges et la fortification ; de quoi, grâce au Seigneur, je suis sorti avec beaucoup d’honneurs. Cela étant, comme je le dis au pied de la lettre, il faudrait que je fusse insensé si, aussi voisin de l’état décrépit que je le suis, j’allais encore voler le papillon et rechercher à commander des armées dans des entreprises difficiles et très épineuses, moi qui n’en ai point d’expérience et qui me sens défaillir au point que je ne pourrais pas soutenir le cheval quatre heures de suite ni faire une lieue à pied sans me reposer.

Il faut donc se contenter de ce que l’on fait et du moins ne pas entreprendre choses dans l’exécution desquelles les forces et le savoir-faire venant à me manquer pourraient me jeter dans des fautes qui me déshonoreraient ; ce qu’à Dieu ne plaise, plutôt la mort cent fois.

Quant à ce qui peut regarder mon ministère touchant la conduite des attaques, je pourrais encore satisfaire bien que mal aux fatigues d’un siège ou deux par campagne, si j’étais servi des choses nécessaires et que l’on eût des troupes comme du passé. Mais quand je pense qu’elles ne sont remplies que de jeunes gens sans expérience et de soldats de recrues presque tous forcés et qui n’ont nulle discipline, je tremble, et je n’ose désirer de me trouver à un siège considérable. D’ailleurs la dignité dont il a plu au Roi de m’honorer m’embarrasse à ne savoir qu’en faire en de telles rencontres. En de telles rencontres, je crains le qu'en-dira-t-on de mes confrères, de sorte que je ne sais point trop quel parti prendre, ni comment me déterminer.

Je dois encore ajouter que je me suis défait de tout mon équipage de guerre il y a quatre ou cinq mois, après l’avoir gardé depuis le commencement de cette guerre jusque-là.

Après cela, si c’est une nécessité absolue que je marche, je le ferai au préjudice de tout ce qu’on en pourra dire et de tout ce qui en pourra arriver, le roi me tenant lieu de toutes choses après Dieu. J’exécuterai toujours avec joie ce qui lui plaira de m’ordonner, quand je saurais même y devoir perdre la vie, et il peut compter que la très sensible reconnaissance que j’ai de toutes ses bontés ne s’épuisera jamais ; la seule grâce que j’ai à lui demander est de ménager un peu mon honneur.''
Je suis bien fâché, Monsieur, de vous fatiguer d’une si longue lettre, mais je n’ai pas pu la faire plus courte. Je vous l’aurais été porter moi-même si le rhume que m’accable ne me contraignait à garder la chambre[40]. »

Bientôt, dans les derniers jours de l’année 1706, il rentre à Paris dans son hôtel de la rue Saint-Vincent dans la paroisse Saint-Roch (loué aux neveux de Bossuet), où il s’est installé à partir de 1702 (dans l’actuelle rue de Rivoli : Une plaque y commémore la présence de Vauban il y a trois siècles.Il y retrouve, semble-t-il, Charlotte de Mesgrigny, sa fille. Il souffre, il tousse, plus que jamais (sa bronchite chronique n’a fait qu’empirer), son vieux corps est miné, mais son esprit a gardé toute sa vivacité.

C’est alors qu’il décide, peut-être incité par l’abbé Vincent Ragot de Beaumont, qui fait fonction de secrétaire, d’imprimer son livre, cette Dîme royale, celui, de tous ses écrits, qu’il estime le plus.

Qu'est-ce que la Dîme royale ?[modifier | modifier le code]

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En effet, la contribution majeure de Vauban à la réforme des impôts (question lancinante tout au long du XVIIIe siècle jusqu'à la Révolution française de 1789) est la publication en 1707 malgré son interdiction de cet ouvrage (publié à compte d'auteur), intitulé :

« Projet d'une dixme royale qui, supprimant la taille, les aydes, les doüanes d'une province à l'autre, les décimes du Clergé, les affaires extraordinaires et tous autres impôts onéreux et non volontaires et diminuant le prix du sel de moitié et plus, produiroit au Roy un revenu certain et suffisant, sans frais, et sans être à charge à l'un de ses sujets plus qu'à l'autre, qui s'augmenteroit considérablement par la meilleure culture des terres »

Dans cet ouvrage, il met en garde contre de forts impôts qui détournent des activités productives. Vauban propose dans cet essai de remplacer les impôts existants par un impôt unique de dix pour cent sur tous les revenus, sans exemption pour les ordres privilégiés (le roi inclus). Plus exactement, Vauban propose une segmentation en classes fiscales en fonction des revenus, soumises à un impôt progressif de 5 % à 10 %[41]. L'impôt doit servir une politique, les classes fiscales doivent être plus ou moins favorisées à fins d'enrichir la société et par conséquent l’État.

Bien qu'interdit, cet ouvrage bénéficie de nombreuses éditions à travers toute l'Europe - une traduction anglaise paraît dès 1710 - et ce texte alimente les discussions fiscales pendant une grande partie du XVIIIe siècle.

Mais, contrairement à la légende, le projet :

  • n'est pas ignoré par le pouvoir. Le contrôleur général Chamillart a lu la Dîme royale sans doute à la fin de l’année 1699. De même, en août 1700, le premier président au Parlement de Paris, Achille III de Harlay. Et enfin et surtout, en 1700 toujours, Vauban présente au roi, en trois audiences successives -qui ont lieu dans la chambre de madame de Maintenon- la première version de sa Dîme royale par écrit et oralement. C’est ce qu’il explique dans sa lettre à Torcy :

« J’en ai présenté le système au roi à qui je l’ai lu, en trois soirées de deux heures et demie chacune, avec toute l’attention possible. Sa Majesté, après plusieurs demandes et réponses, y a applaudi. M. de Chamillart, à qui j’en ai donné une copie, l’a lu aussi, de même que M. le premier Président (Achille de Harlay) à qui je l’ai aussi fait voir tout du long. Je ne me suis pas contenté de cela. Je l’ai recommandé au Roi de vive voix et surtout d’en faire faire l’expérience sur quelques-unes des petites élections du royaume, ce que j’ai répété plusieurs fois et fait la même chose à M. de Chamillart.

Bref, j’ai cessé d’en parler au roi et à son ministre pour leur en écrire à chacun une belle et longue lettre bien circonstanciée avant que partir pour me rendre ici, où me trouvant éloigné du bruit et plus en repos, j’y ai encore travaillé de sorte qu’à moi, pauvre animal, cela ne me paraît pas présentement trop misérable. »

Et Nicolas-Joseph Foucault, intendant de Caen, note à la date du 6 novembre 1699 : « M. Chamillart m’a envoyé un projet de capitation et de taille réelle, tiré du livre de M. Vauban ». Une expérimentation est tentée en Normandie qui se traduit par un échec : « ce projet, ajoute-t-il, sujet à trop d’inconvénients, n’a pas eu de suite ».

En fait, ce qui déplait, c’est la publication et la divulgation publique en pleine crise militaire et financière. Vauban transgresse un interdit en rendant publics les « mystères de l’État » et lui dit-on se mêle d’une matière qui ne le regarde pas… C’est bien ce qu’explique Michel Chamillart, qui cumule les charges de contrôleur général des finances et de secrétaire d’État à la Guerre :

« Si M. le maréchal de Vauban avait voulu écrire sur la fortification et se renfermer dans le caractère dans lequel il avait excellé, il aurait fait plus d’honneur à sa mémoire que le livre intitulé La Dîme royale ne fera dans la suite. Ceux qui auront une profonde connaissance de l’état des finances de France et de son gouvernement n’auront pas de peine à persuader que celui qui a écrit est un spéculatif, qui a été entraîné par son zèle à traiter une matière qui lui était inconnue et trop difficile par elle-même pour être rectifiée par un ouvrage tel que celui de M. de Vauban. »

Et il avoue :

« j’ai peine à croire, quelque soin que l’on ait de supprimer les exemplaires et puisque ce livre a passé à Luxembourg et qu’il vient de Hollande, qu’il soit possible d’empêcher qu’il n’ait cours (lettre au comte de Druy, gouverneur de Luxembourg, 27 août 1707). »

Effectivement, en 1708, un éditeur de Bruxelles imprime le livre avec un privilège de la cour des Pays-Bas et en 1710 une traduction parait en Angleterre. Et en France, un marchand de blés de Chalon-sur-Saône vante en 1708 « une espèce de dîme royale », et un curé du Périgord écrit en 1709 : « On souhaiterait fort que le Roi ordonnât l’exécution du projet de M. le maréchal de Vauban touchant la dîme royale. On trouve ce projet admirable […]. En ce cas, on regarderait ce siècle, tout misérable qu’il est, comme un siècle d’or » (cité par Émile Coornaert dans sa préface à l’édition de La Dixme royale, Paris, 1933, p. XXVIII).
  • son échec est plutôt à attribuer à son mode de recouvrement en nature, choix coûteux (il est nécessaire de construire des granges) et désavantageux en temps de guerre (où on préfère un impôt perçu en argent).

« Grosso modo, pour tous ceux qui connaissaient la question en vue d'une application directe, le projet de Vauban n'était pas faisable et mal pensé, Au contraire, pour tous ceux qui n'avaient pas à gérer immédiatement la chose fiscale, il fut un slogan au moins, une utopie, une solution, au plus, d'autant plus séduisante qu'elle n'était pas approfondie[43]. »

Où et comment la Dîme royale a-t-elle été imprimée ?[modifier | modifier le code]

Peut-être à Rouen (hypothèse Boislisle), peut-être à Lille, peut-être même en Hollande (hypothèse Morineau).

Nous sommes donc à la fin de l'année 1706 et au tout début de l'année 1707. Ce que nous savons, c’est qu’une demande de privilège de librairie pour un in-quarto intitulé Projet d’une Dixme royale a été déposée, sans nom d’auteur, auprès des services du chancelier, le 3 février 1707.

Cette demande est restée sans réponse. L’auteur n’est pas cité, mais à la chancellerie, il est connu puisque nous savons que le chancelier lui-même est en possession du manuscrit. Sans réponse de la chancellerie, Vauban décide de poursuivre quand même l’impression. À partir de ce moment et de cette décision, il sait bien qu’il est hors-la-loi : son amour du bien public vient de l’emporter sur le respect de la loi.

L’impression achevée, sous forme de feuilles, est livrées en ballots. Mais comment les faire entrer à Paris, entourée, on le sait, de barrières, bien gardées ? L’introduction de ballots suspects aurait immédiatement éveillé l’attention des gardes, et tous les imprimés non revêtus du « privilège » sont saisis.

Aussi, Vauban envoie deux hommes de confiance (Picard, son cocher, et Mauric, un de ses valets de chambre), récupérer les quatre ballots enveloppés de serpillières et de paille et cordés, au-delà de l’octroi de la porte Saint-Denis. Chaque ballot contient cent volumes en feuilles.

Les gardiens de la barrière laissent passer, sans le visiter, le carrosse aux armes de Vauban, maréchal de France. À Paris, rue Saint-Jacques, c’est la veuve de Jacques Fétil, maître relieur rue Saint-Jacques, qui broche la Dixme royale, jusqu’à la fin du mois de mars 1707, sous couverture de papier veiné, et relia quelques exemplaires, les uns en maroquin rouge pour d’illustres destinataires, les autres plus simplement en veau, et même en papier marbré (300 sans doute en tout). Ce sont des livres de 204 pages, in-quarto. Vauban en distribue à ses amis et les volumes passent de main en main (les jésuites de Paris en détiennent au moins deux exemplaires dans leur bibliothèque)… À noter qu’aucun exemplaire n’est vendu : aux libraires qui en demandent, Vauban répond « qu’il n’est pas marchand ».

Voici le témoignage de Saint-Simon :

« Le livre de Vauban fit grand bruit, goûté, loué, admiré du public, blâmé et détesté des financiers, abhorré des ministres dont il alluma la colère. Le chevalier de Pontchartrain surtout en fit un vacarme sans garder aucune mesure et Chamillart oublia sa douceur et sa modération. Les magistrats des finances tempêtèrent et l’orage fut porté jusqu’à un tel excès que, si on les avait crus, le maréchal aurait été mis à la Bastille et son livre entre les mains du bourreau ».

Le 14 février 1707, le Conseil, dit « conseil privé du roi » se réunit. Il condamne l’ouvrage, accusé de contenir « plusieurs choses contraires à l’ordre et à l’usage du royaume ». Et le roi ordonne d’en mettre les exemplaires au pilon et défend aux libraires de le vendre. Pourtant aucun auteur n’est mentionné. Cette première interdiction n’affecte pas, semble-t-il, Vauban qui, tout au contraire, dans une lettre datée du 3 mars (à son ami Jean de Mesgrigny, gouverneur de la citadelle de Tournai), manifeste sa fierté face au succès de son livre :

« … Le livre de la Dixme royale fait si grand bruit à Paris et à la Cour qu’on a fait défendre la lecture par arrest du Conseil, qui n’a servi qu’à exciter la curiosité de tout le monde, si bien que si j’en avois un millier, il ne m’en resteroit pas un dans 4 jours. Il m’en revient de très grands éloges de toutes parts. Cela fait quez je pourray bien en faire une seconde édition plus correcte et mieux assaisonnée que la première[44]… »

Et nous apprenons en même temps que l’abbé Vincent Ragot de Beaumont (l'homme de l’ombre qui a joué un rôle capital dans la rédaction de la Dixme royale), installé à Paris près de Vauban, prépare cette seconde édition :

« … L’abbé de Beaumont est ici qui se porte à merveille, et je le fais travailler depuis le matin jusqu’au soir. Vous savez que c’est un esprit à qui il faut de l’aliment, et moi, par un principe de charité, je lui en donne tout autant qu’il en peut porter[40]… »

Un second arrêt est donné le 14 mars. Louis Phelypeaux, comte de Ponchartrain (1674-1747), en personne, le chancelier, a lui-même corrigé le texte de l’arrêt, dont l’exécution est cette fois confiée au lieutenant-général de police de Voyer de Paulmy, marquis d’Argenson. Et Pontchartrain ajoute en marge de l’arrêt : « le dit livre se débite encore », c’est-à-dire, au sens exact du mot, se vend facilement et publiquement. Au même moment, Vauban continue la distribution de son livre : ainsi, Jérôme de Pontchartrain, le fils du chancelier, et secrétaire d’État à la marine, accuse réception, le 20 mars, d’un exemplaire qui lui a été adressé le 16 mars.

Les derniers jours de Vauban[modifier | modifier le code]

Les Invalides : Mausolée où est déposé le cœur de Vauban

Grâce aux dépositions de son valet de chambre, Jean Colas, de la veuve Fétil, de sa fille et de leur ouvrier Coulon, il est possible de savoir comment se sont passés les derniers jours de Vauban.

Colas, le valet de Vauban, qui fut interné pendant un mois au Châtelet, raconte dans une déposition conservée aux archives la réaction du vieux maréchal, le 24 mars, quand il commence à s’inquiéter : « Toute cette après-dînée, le Maréchal parut fort chagrin de la nouvelle que M. le Chancelier faisait chercher son livre ». Sa réaction fut d’ordonner à son valet « d’aller promptement chez la veuve Fétil retirer les quarante exemplaires restés chez elle ». Toute la journée, il reste assis dans sa chambre, « en bonnet », près du feu. Deux dames lui ont rendu visite ce jour-là (la comtesse de Tavannes et Madame de Fléot, femme du major de la citadelle de Lille) et il a accordé sans doute, à chacune d’elle un exemplaire de sa Dixme. Sur le soir, « la fièvre le prend ». Il se met au lit, et fut « fort mal le vendredi et samedi suivant… »

Le dimanche, la fièvre est légèrement tombée : « ce dimanche matin, explique Colas, il donne ordre de prendre dans son cabinet deux de ses livres et de les porter au sieur abbé de Camps, rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain, et de le prier de les examiner, et de lui en dire son sentiment ».

Et le soir même, il en fait aussi porter un aux Petits-pères de la place des Victoires, et « un autre à son confesseur, un frère jacobin qui prêche pendant le cours de cette année au couvent de l’ordre, rue Saint-Honoré, et ne donnant ledit livre [à son valet] le dit sieur maréchal lui dit qu’il priait [ce frère] de le lire et de lui dire si, en le composant, il n’avait rien fait contre sa conscience ».

« Le mercredi 30 mars, dit Colas, sur les neuf heures trois-quarts du matin, le Maréchal mourut… ».

Dès l’instant de sa mort, les exemplaires restants sont retirés, par Ragot de Beaumont, qui logeait dans une chambre de l’hôtel Saint-Jean, hôtel mitoyen et dépendant de celui de Vauban. Et dans cette chambre, explique Colas, « on y monte par un escalier qui débouche dans le cabinet du Maréchal ».

Vauban meurt dans une maison aujourd'hui détruite qui se situait au no 1 de la rue Saint-Roch actuelle. En 1933, à l'occasion du tricentenaire de la naissance de Vauban, la ville de Paris y fait apposer une plaque commémorative.

Le n°1 de la rue Saint-Roch
À gauche l'emplacement de la maison où mourut Vauban en 1707 et à droite la plaque, posée en 1933, qui rappelle son souvenir. À gauche l'emplacement de la maison où mourut Vauban en 1707 et à droite la plaque, posée en 1933, qui rappelle son souvenir.
À gauche l'emplacement de la maison où mourut Vauban en 1707 et à droite la plaque, posée en 1933, qui rappelle son souvenir.


C’est Saint-Simon, on le sait, qui a fait naître l’idée que Vauban serait mort de chagrin : « Vauban, réduit au tombeau par l’amertume ». Et surtout, ce passage :

« Le roi reçut très mal le maréchal de Vauban lorsqu’il lui présenta son livre, qui lui était adressé dans tout le contenu de l’ouvrage. On peut juger si les ministres à qui il le présenta lui firent un meilleur accueil. De ce moment, ses services, sa capacité militaire, unique en son genre, ses vertus, l’affection que le roi y avait mise jusqu’à se croire couronné de lauriers en l’élevant, tout disparut à l’instant à ses yeux ; il ne vit plus en lui qu’un insensé pour l’amour du bien public, et qu’un criminel qui attentait à l’autorité de ses ministres, par conséquent à la sienne ; il s’en espliqua de la sorte sans ménagement :

L’écho en retentit plus aigrement dans toute la nation offensée qui abusa sans ménagement de sa victoire ; et le malheureux maréchal, porté dans tous les cœurs français, ne put survivre aux bonnes grâces de son maître, pour qui il avait tout fait, et mourut peu de mois après, ne voyant plus personne, consommé de douleur et d’une affliction que rien ne put adoucir, et à laquelle roi fut insensible, jusqu’à ne pas faire semblant de s’apercevoir qu’il eût perdu un serviteur si utile et si illustre. Il n’en fut pas moins célébré par toute l’Europe et par les ennemis mêmes, ni moins regretté en France de tout ce qui n’était pas financier ou suppôt de financier. »

Mais tout cela est une légende : Vauban n’a été ni inquiété ni disgracié et il est bien mort de maladie, d’une pneumonie (fluxion de poitrine), des conséquences de ce « rhume » dont il ne cesse de se plaindre depuis des dizaines d’années dans sa correspondance.

Reste que la Dixme royale est bel et bien une affaire, l’ultime recours d’un homme qui a voulu, par tous les moyens, se faire entendre… Et les mesures de censure n’ont pas réussi à empêcher la diffusion et le succès du livre, comme l’atteste cette lettre de Ponchartrain du à l’intendant de Rouen Lamoignon de Courson :

« Nonobstant les deux arrests du conseil dont je vous envoie copie qui ordonne la suppression du livre de feu le maréchal de Vauban, la Dixme royale, ce même livre n’a pas cessé d’être imprimé à Rouen en deux volumes in 12. On soupçonne le nommé Jaure de l’avoir fait imprimer, ce particulié ayant esté chassé de Paris pour avoir imprimé plusieurs livres défendus ».

Effectivement, nous savons que les libraires de Rouen ont imprimé le Projet d’une dixme royale de Vauban en 1707, 1708, 1709… Et à partir de Rouen, le livre est diffusé dans toute l’Europe : le 9 septembre 1707, un éditeur néerlandais demande à Antoine Maurry (l’imprimeur de Rouen qui a fabriqué le livre) six Dixme royale de Vauban in quarto … Et en 1713, Jérôme de Pontchartrain, secrétaire d’État de la Marine et de la Maison du roi expédiait à Michel Bégon, intendant du Canada un exemplaire de la Dixme royale en lui recommandant d’étudier avec Vaudreuil, le gouverneur, les possibilités d’appliquer au Canada les principes développés par Vauban[45].

Et c’est la Régence, avec l’expérience de la polysynodie, qui confirme l’actualité, toujours présente, et réformatrice de Vauban : dans le Nouveau Mercure galant, organe officieux du gouvernement, on peut lire, en octobre 1715 (p. 258) que « S.A.R (le Régent) travaille tous les jours pendant trois heures à examiner les Mémoires de feu M. le duc de Bourgogne, de même que ceux de M. de Vauban »…

Vauban fut inhumé dans l'église de Bazoches, petit village du Morvan proche du lieu de sa naissance et dont il avait acheté le château en 1675. Mais son cœur est aux Invalides depuis la décision de Napoléon en 1808.

Un « bon Français » (Louis XIV)[modifier | modifier le code]

Statue de Vauban à Avallon par Bartholdi.

Louis XIV reconnait en Vauban un « bon Français ». Et à sa mort, contrairement à une légende tenace de disgrâce (légende dont Saint-Simon est en partie responsable), il parle de lui avec beaucoup d’estime et d’amitié et déclare à l’annonce de sa mort : « Je perds un homme fort affectionné à ma personne et à l’État ». Vauban est un homme de caractère, qui paie de sa personne, exigeant dans son travail et très soucieux du respect de ses instructions.

Mais c'est aussi un humaniste, qui se passionne pour la justice sociale : on rapporte par exemple qu'il partage ses primes et ses soldes avec les officiers moins fortunés, et prend même parfois sur lui les punitions des soldats sous son commandement lorsqu'il les trouve injustes…

Il mène une vie simple et ses rapports avec son entourage sont très humains, qu'il s'agisse de ses proches ou des gens de sa région natale, où il aimait à revenir lorsqu'il le pouvait (c'est-à-dire rarement !). Son père, Urbain le Prestre l'a éduqué très jeune dans le respect des autres, quelles que soient leurs origines. Ses origines modestes — famille de hobereaux provinciaux désargentés — ont sans doute contribué à forger l'humanité de son caractère.

On peut dire aussi que Vauban est un noble « malcontent ». Mais au lieu d’emprunter le chemin de la révolte armée comme le font les gentilshommes du premier XVIIe siècle, il utilise la plume et l’imprimé, au nom d’un civisme impérieux, pleinement revendiqué, au service de la « nation France » et de l’État royal qu’il veut servir plus que le roi lui-même. Toute son œuvre de pierre et de papier en témoigne : son action ne vise qu’un but, l’utilité publique, en modelant le paysage, en façonnant le territoire, en transformant l’ordre social.

Vauban, apôtre de la vérité, apparaît, avec quelques autres contemporains (Pierre de Boisguilbert, par exemple, ou l’Abbé de Saint-Pierre), comme un citoyen sans doute encore un peu solitaire. Mais au nom d’idées qu’il croit justes, même si elles s’opposent au roi absolu, il contribue à créer un espace nouveau dans le territoire du pouvoir, un espace concurrent de celui monopolisé par les hommes du roi, l’espace public, et à faire naître une force critique appelée à un grand avenir : l’opinion.

Par ses écrits progressistes, Vauban est considéré comme un précurseur des encyclopédistes, des physiocrates et de Montesquieu [46].

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
French heraldic crowns - marquis et pair.svg
Blason fam fr Le Prestre de Vauban.svg

D'azur, au chevron d'or, surmonté d'un croissant d'argent et accompagné de trois trèfles du second.[47]

Sources[modifier | modifier le code]

Les papiers personnels de Sébastien Le Prestre de Vauban sont conservés aux Archives Nationales sous la cote 260Ap et 261AP[48]. Ils sont consultables sous forme de microfilms.

Notes, Références[modifier | modifier le code]

  1. Georges-Gustave Toudouze, Monsieur de Vauban, Berger-Levrault,‎ 1954, p. 47
  2. Douze fortifications de Vauban au Patrimoine mondial de l'Unesco dans Le Monde du 7 juillet 2008.
  3. Douze sites de Vauban classés au Patrimoine mondial de l'humanité dans Le Figaro du 8 juillet 2008.
  4. a et b Michèle Virol, Vauban. De la gloire du roi au service de l'Etat, Éditions Champ Vallon,‎ 2003, p. 10
  5. a et b Joël Cornette, « Vauban : Le génie du Grand Siècle », L'Histoire, no 316,‎ février 2007, p. 78
  6. Emmanuel Le Roy Ladurie, L'Historien, le chiffre et le texte, Fayard,‎ 1997, p. 403
  7. Roland Mousnier, La Dîme de Vauban, Centre de Documentation Universitaire,‎ 1968, p. 2
  8. Yves Barde, Vauban. Ingénieur et homme de guerre, Éditions de l'Armançon,‎ 2006, p. 21
  9. Vauban, Mémoire pour servir d’instruction à la conduite des sièges
  10. a et b Vauban, Traité de l’attaque des places de 1704
  11. Vauban, Abrégé des services du maréchal Vauban
  12. La voix du combattant N°1733 de mars 2008
  13. Albert de Rochas d'Aiglun, Vauban. Sa famille et ses écrits, ses Oisivetés et sa correspondance, Berger-Levrault,‎ 1910, p. 298
  14. Recueil d'observations et de réflexions.
  15. Litière dans laquelle voyageait le maréchal de Vauban
  16. Guillaume Monsaingeon, Les voyages de Vauban, Éd. Parenthèses,‎ 2007, p. 37
  17. a et b Michèle Virol,Un bon génie à la cour du Roi-Soleil, Historia thématique n°106, Mars-avril 2007, page 7
  18. cité par Bernard Pujo, Le Grand Condé, Paris, Albin Michel, 1995, p. 324.
  19. Bernard Pujo - Vauban - page 144, ce qui correspond au grade de général de division dans l'armée française
  20. Aurélien et Michelle Fayet, L'Histoire de France. Tout simplement !, Éditions Eyrolles,‎ 2011, p. 145
  21. Pujo 1991, p. 143
  22. Dans les stratégies d'attaque des forteresses, il recommandait systématiquement les techniques de siège lent à base d'approche par des travaux de tranchées, de remaniement des terrains plutôt qu'un assaut sabre au clair, bien plus meurtrier. « Plutôt la sueur que le sang. »
  23. a, b et c La naissance de la fortification bastionnée, Association Vauban
  24. Alain Manesson Mallet, Les Travaux de Mars, ou l'art de la guerre, nouvelle édition augmentée, t. I, Paris, Denis Thierry, 1684.
  25. Michèle Virol, Vauban. De la gloire du roi au service de l'Etat, Editions Champ Vallon,‎ 2003, p. 73
  26. Frédéric Naulet, L'artillerie française, 1665-1765 : naissance d'une arme, Commission française d'histoire militaire,‎ 2002, p. 39
  27. a et b Martin Barros, L'Attaquant maîtrise la défense, Historia thématique n°106, mars-avril 2007, p. 21
  28. Pujo 1991, p. 150
  29. a et b Michèle Virol, Un bon génie à la cour du Roi-Soleil, Historia thématique n°106, mars-avril 2007, page 8
  30. Michèle Virol, Vauban : de la gloire du roi au service de l'État, Champ Vallon,‎ 2003, p. 60
  31. Claude Dufresnes, Le bonheur est dans le pré carré, Historia thématique n°106, mars-avril 2007, [lire en ligne] p. 40
  32. Barros, Salat et Sarmant 2006, p. ??
  33. Frédéric Négroni, La Révolution militaire aux XVIe et XVIIe siècles, [lire en ligne]
  34. Litière dans laquelle voyageait le maréchal de Vauban
  35. Guillaume Monsaingeon, Les voyages de Vauban, Éd. Parenthèses,‎ 2007, p. 37
  36. Préface de la Dîme Royale, [lire en ligne], p. 33
  37. Pujo 1991, p. 119
  38. De l’attaque et de la défense des places, Chez Pierre de Hondt., 1742, [lire en ligne]
  39. Cité par Monsaingeon 2007, p. 306
  40. a et b Cité par Monsaingeon 2007, p. 311-312
  41. L'économiste Jean-Marc Daniel fait de Vauban le père de l'impôt sur le revenu.
  42. Barros, Salat et Sarmant 2006, p. 117-118
  43. Mireille Touzery in Les oisivetés de Monsieur de Vauban sous la direction de Michèle Virol, Champ Vallon, p. 707
  44. Cité par Monsaingeon 2007, p. 320
  45. Charles Frostin, Les Pontchartrain ministres de Louis XIV. Alliances et réseau d’influence sous l’Ancien Régime, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006, p. 384)
  46. Joël Cornette, L'Histoire no 317, février 2007, p. 78-79
  47. Michel Popoff (préf. Hervé Pinoteau), Armorial de l'Ordre du Saint-Esprit : d'après l'œuvre du père Anselme et ses continuateurs, Paris, Le Léopard d'or,‎ 1996, 204 p. (ISBN 2-86377-140-X)
  48. [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Boucon, Sur les pas de Vauban en Lorraine et au-delà des frontières, Metz, Éditions Serpenoise,‎ 2007, 157 p. (ISBN 9782876927384, OCLC 470683464) ;
  • Alain Lequien, Vauban le Bourguignon, Éditions de Bourgogne, coll. « Biographie »,‎ 2006, 127 p. (ISBN 9782902650088, OCLC 77533833);
  • Luc Mary, Vauban, le maître des forteresses, Paris, Éditions de l'Archipel,‎ 2007, 277 p. (ISBN 9782841879199, OCLC 122328465);
  • Bernard Pujo, Vauban, Albin Michel,‎ 1991 (ISBN 978-2226052506) ;
  • Anne Blanchard, Vauban, Fayard,‎ 1996 (ISBN 978-2213596846) ;
  • Joël Cornette, Le Roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Paris, Payot, coll. « Petite bibliothèque, Payot, 2000 »,‎ 1993, 488 p. (ISBN 978-2-228-88691-8, OCLC 415882479);
  • Michèle Virol, Vauban : De la gloire du roi au service de l’État, Champ Vallon,‎ 2003 (réimpr. 2007) (ISBN 978-2-876-73376-3 et 978-2-876-73464-7);
  • Arnaud d'Aunay, Vauban, génie maritime, Gallimard,‎ 2007 (ISBN 978-2-742-41912-8);
  • Michel Parent et Jacques Verroust, Vauban, Jacques Fréal,‎ 1971, 319 p. (OCLC 306446);
  • Lieutenant-colonel Pierre Lazard, Vauban, Paris,‎ 1934
    thèse de doctorat ;
  • Émilie d' Orgeix, Victoria Sanger et Michèle Virol, Vauban. La pierre et la plume, Paris, Éditions du Patrimoine, Gérard Klopp,‎ 2007 (ISBN 978-2-858-22937-6, OCLC 842215387);
  • A. Allent, Histoire du corps impérial du génie, vol. 1 (seul paru) : Depuis l'origine de la fortification moderne jusqu'à la fin du règne de Louis XIV, Paris,‎ 1805, p. 45-526 Étude sur Vauban ;
  • Franck Lechenet, Plein Ciel sur Vauban, Éditions Cadré Plein Ciel,‎ 2007 (ISBN 978-2-952-85701-7)
    Livre de 240 pages de photographies sur une centaine de sites Vauban en vue aérienne. Textes historiques ;
  • Guillaume Monsaingeon, Vauban un militaire très civil, Éditions Scala,‎ 2007 (ISBN 978-2-866-59385-1)
    150 lettres de Vauban entre 1667 et 1707 ;
  • Martin Barros, Nicole Salat et Thierry Sarmant, Vauban, l'intelligence du territoire, Paris, Service historique de la défense et Nicolas Chaudun,‎ 2006 (réimpr. 2007) (ISBN 978-2-350-39044-4) ;
  • Les Oisivetés de Monsieur de Vauban, ou ramas de plusieurs mémoires de sa façon sur différents sujets, Champ Vallon,‎ 2007 (ISBN 978-2-876-73471-5)
    Édition intégrale établie sous la direction de Michèle Virol, Seyssel Il s'agit de la première édition intégrale des vingt-neuf mémoires laissés à l'état manuscrit par Vauban. Chaque mémoire est préfacé et annoté par un historien spécialiste.
  • Bernard Debrabant, Vauban et la fortification du Quesnoy au XVIIe siècle, Invenit,‎ 2008
  • Guillaume Monsaingeon, Les Voyages de Vauban, Marseille, Parenthèses,‎ 2007 (ISBN 978-2-873-64179-8)
    Édition brochée de 190 pages couleurs et mêmes quelques photographies...
  • Daniel Auger, Vauban sa vie son oeuvre, Association "Les Amis de la Maison Vauban",‎ 1998 (ISBN 2-904-57620-7)
  • Daniel Auger (ill. Denis Auger), Vauban et le Morvan, Association "Les Amis de la Maison Vauban",‎ 1993 (ISBN 2-904-57611-8)
  • Fernand-Marceau Plasse, Vauban et la Bretagne, Association "Les Amis de la Maison Vauban",‎ 2005 (ISBN 2-904-57621-5)
  • Nathalie Moreau, Vauban et la Côte Atlantique, Association "Les Amis de la Maison Vauban",‎ 1993 (ISBN 2-904-57610-X)
  • Alain Salamagne, Vauban en Flandre et Artois, Association "Les Amis de la Maison Vauban",‎ 1995 (ISBN 2-904-57616-9)
  • Maurice Gresset, Vauban et la Franche-Comté, Association "Les Amis de la Maison Vauban",‎ 1996 (ISBN 2-904-57618-5)
  • Georges Hachon, Vauban et le Roussillon, Association "Les Amis de la Maison Vauban",‎ 1991 (ISBN 2-904-57608-8)
  • Robert Bornecque, Vauban et les alpes, Association "Les Amis de la Maison Vauban",‎ 1995 (ISBN 2-904-57615-0)
  • Daniel Auger, Bibliographie des ouvrages de Vauban ou concernant Vauban, Association "Les Amis de la Maison Vauban",‎ 2007 (ISBN 2-904-57622-3)
  • Vauban (1633-1707) : 6 octobre - 24 octobre 2007 / Guy Thuillier ; Carnet de dessins Arnaud d'Aunay.- Nevers : Bibliothèque Municipale de Nevers et Société Académique du Nivernais, 2007
  • Vauban (1706) : traité de l'attaque des places
  • Alain Monod, Vauban ou la mauvaise conscience du roi, Riveneuve Editions, coll. « Bibliothèque des idées. »,‎ 2009, 234 p. (ISBN 978-2-914-21445-2, OCLC 287994971);
  • Vauban en Haute-Provence (Colmars-les-Alpes, Entrevaux, Saint-Vincent-les-Forts, Seyne-les-Alpes, Sistéron), Dignes, Société scientifique et littéraire des Alpes-de-Haute-Provence,‎ 1984, 56 p.
    Annales de Haute-Provence, Bulletin n°296. Vauban 1633-1707 - Pourquoi Vauban en haute Provence : pp. 4 à 13
  • Luc-Normand Tellier, Face aux Colbert : les Le Tellier, Vauban, Turgot ... et l'avènement du libéralisme, Presses de l'Université du Québec, 1987, 816 pages.Etexte

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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