Paul Nizan

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Paul-Yves Nizan

Description de l'image  Nizanpaul.jpg.
Activités romancier, philosophe
Naissance 7 février 1905
Tours
Décès 23 mai 1940 (à 35 ans)
Recques-sur-Hem
Distinctions Prix Interallié

Œuvres principales

Paul-Yves Nizan, né le 7 février 1905 à Tours et mort le 23 mai 1940 à Recques-sur-Hem (Pas-de-Calais), est un romancier, essayiste, journaliste et traducteur français[1].

D'abord tenté par l'extrême-droite en raison de traditions familiales, il s'engage dans le Parti communiste français, dont il devient l'un des principaux intellectuels dans les années 1930, et qu'il quitte en 1939 en raison du pacte germano-soviétique, ce qui lui vaut les foudres du Parti, qui pendant très longtemps l'accuse de toujours avoir été un traître, ce qui empêche pendant une vingtaine d'années la réception de son œuvre, jusqu'à une « réhabilitation » grâce au travail de son ancien ami Jean-Paul Sartre.

Agrégé de philosophie, il obtient surtout du succès pour ses romans, mais aussi pour son pamphlet Les Chiens de garde. Son œuvre comporte également de nombreux critiques littéraires qui paraissaient chaque semaine dans le journal L'Humanité, ainsi qu'un ouvrage de vulgarisation philosophique et des traductions de l'anglais et de l'allemand.

Sa mort à trente-cinq ans en fait pour Jean-Paul Sartre un auteur éternellement jeune, qui n'a pas connu les compromissions de l'après Seconde Guerre mondiale, et qui parle toujours aux jeunes révoltés : « À présent, que les vieux s'éloignent, qu'ils laissent cet adolescent parler à ses frères ». La célèbre phrase introductive du roman Aden Arabie : « J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie » devint un des slogans des étudiants en Mai 68[2],[3],[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Années de jeunesse et de formation[modifier | modifier le code]

Paul Nizan est le fils d’un ingénieur des chemins de fer, ce qui le place dans la catégorie de la petite bourgeoisie[5]. Il fait d'abord ses études au lycée de Périgueux, où il est remarqué pour ses talents scolaires, puis ses études secondaires à Paris au lycée Henri-IV et ses études supérieures (hypokhâgne et khâgne) au Lycée Louis-le-Grand, où il a pour camarade Jean-Paul Sartre, qui devient rapidement son meilleur ami[6]'[7]. Reçu à l’École normale supérieure en 1924, il se lie aussi d'amitié avec Raymond Aron. Sartre se rappelle plus tard de Nizan comme d'un beau jeune homme, toujours bien habillé et plaisant aux femmes : « Je ne me rappelle pas que personne ait désapprouvé les toilettes de Nizan ; nous étions fiers d'avoir un dandy parmi nous »[7]. Les deux amis passent leur scolarité à travailler ensemble, à refaire le monde au bistro et à marcher dans Paris, si bien que Sartre note ironiquement que tout le monde les confondait, comme par exemple Léon Brunschvicg qui est allé le féliciter lui au-lieu de Nizan pour le livre Les Chiens de garde[8].

Sur le plan politique, Paul Nizan cherche sa voie. Arrière arrière petit-fils d'un royaliste fusillé pendant la Révolution française, il s'inscrit aux Camelots du Roy, les jeunes de L'Action Française[5]. Il participe en 1925 au Faisceau de Georges Valois, premier parti fasciste français aux accents syndicalistes-révolutionnaires. Il s'intéresse à la prise de pouvoir de Benito Mussolini en Italie, porte parfois la chemise du mouvement et invite un des économistes du groupe Le Faisceau à l’École Normale pour le présenter aux élèves socialistes (Mussolini étant un ancien socialiste, l'idée d'une parenté entre fascisme et socialisme au moment de son arrivée au pouvoir), mais la réunion tourne mal. Mais, dans cette année 1924, il lit également Lénine, qu'il emprunte à la bibliothèque de l’École, et dont le programme lui semble moins fantaisiste. Georges Valois lui-même dissous très rapidement son groupe en considérant s'être trompé sur les vertus sociales du fascisme. Lors de cette même année, il voyage en Italie, alors qu'il s'est déjà rapproché du communisme, et ses lettres à sa fiancée Henriette Alphen montrent surtout son intérêt pour la résistance des communistes face au fascisme[9].

En 1926-1927, indécis politiquement et en proie à une dépression, il se rend comme précepteur à Aden (Yémen)[9]. A son retour, il adhère au Parti communiste et épouse Henriette Alphen (1907-1993), une cousine de Claude Lévi-Strauss, dont il aura deux enfants : Anne-Marie (1928), future épouse d'Olivier Todd, et Patrick (1930). Il passe son diplôme d'Etudes Supérieures avec un mémoire sur « La signification », puis traduit avec Sartre la Psychopathologique générale de Karl Jaspers. Sa réputation grandit dans le milieu universitaire[10].

En 1929, il est reçu à l'agrégation de philosophie[11].

L'intellectuel engagé[modifier | modifier le code]

La publication en 1931 de son premier ouvrage, Aden Arabie (qui débute par les phrases devenues célèbres : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. ») lui permet de se faire un nom dans le milieu littéraire et intellectuel. Il est nommé professeur de philosophie au lycée Lalande de Bourg-en-Bresse, dont il brossera le tableau dans Présentation d'une ville[12]. Nizan se présente aux élections législatives françaises de 1932 (dans la circonscription de Bresse rurale) comme candidat du parti communiste et recueille 2,7 % des voix. La même année, il publie Les Chiens de garde, réflexion sur le rôle temporel de la philosophie, et pamphlet contre ses anciens maîtres, en particulier Henri Bergson et Léon Brunschvicg. En 1933, il publie Antoine Bloyé où il évoque la « trahison de classe » (comment un homme en vient à « trahir » son groupe d'origine en gravissant les échelons sociaux). Ce livre est considéré par la critique comme le premier roman français relevant du « réalisme socialiste ».

En 1934-1935, Paul et son épouse Henriette, séjournent un an en URSS ; fréquentant surtout les apparatchiks, ils ne croient pas à la réalité des famines soviétiques, ni du Goulag dénoncé par David Rousset. Nizan participe au premier congrès de l’Union des écrivains soviétiques et est également chargé d’organiser le séjour d’écrivains amis, tels André Malraux, Louis Aragon ou Romain Rolland.

Ses publications se succèdent durant les années suivantes : Le Cheval de Troie[13], La Conspiration (prix Interallié) ainsi que les contributions à différentes revues et journaux d'obédience communiste. Ainsi, il écrit dans L'Humanité entre 1935 et 1937 puis dans le quotidien Ce soir entre 1937 et 1939. Il rédige notamment des articles sur la politique étrangère et des critiques littéraires.

Rupture avec le PCF et mort lors de la bataille de Dunkerque[modifier | modifier le code]

En août 1939, il rompt avec le PCF à propos de la signature du pacte germano-soviétique. Son motif n'est pas un jugement moral contre l'URSS[14], il reproche au contraire au PCF d'avoir manqué de cynisme : « il n'y a que les événements qui me confirmeront ou m'infirmeront. Mais non les arguments du type moral. Ce n'est pas parce que je croyais 'mal' de la part de l'U.R.S.S. son accord avec Berlin que j'ai pris la résolution que j'ai prise. C'est précisément parce que j'ai pensé que les communistes français ont manqué du cynisme politique nécessaire et du pouvoir politique de mensonge qu'il eût fallu pour tirer les bénéfices les plus grands d'une opération diplomatique dangereuse. Que n'ont-ils eu l'audace des Russes[15] ? »

Il est tué le 23 mai 1940 au château de Cocove, Recques-sur-Hem, au début de la Seconde Guerre mondiale, lors de l'offensive allemande contre Dunkerque. Son dernier manuscrit n’a pas été retrouvé.

Paul Nizan est enterré à la Nécropole nationale française de la Targette à Neuville-Saint-Vaast (carré B rangée 9 tombe no 8189).

La mémoire de Nizan et le PCF[modifier | modifier le code]

À la suite de sa rupture avec le communisme, il subit des attaques nombreuses et violentes de la part du parti : en mars 1940, Maurice Thorez signe, dans le journal Die Welt, l'édition allemande de l'organe de la Troisième Internationale, un article intitulé « Les traîtres au pilori », et qualifie Nizan « d'agent de la police ». Durant l'Occupation, un texte émanant du PCF clandestin parle du « policier Nizan[16] ». L'offensive s'amplifie après la guerre ; Louis Aragon participe activement à la marginalisation de Nizan avec son livre Les Communistes (1949), roman dans lequel il apparaît comme un traître sous les traits du policier Orfilat.

C'est la réédition, en 1960, d'Aden Arabie, avec une préface de Jean-Paul Sartre, qui permet la réhabilitation de l'écrivain. Sartre décrit ainsi l'acharnement du Parti Communiste à l'encontre de Nizan : « C'était la faute inexpiable, ce péché de désespérance que le Dieu des chrétiens punit par la damnation. Les communistes ne croient pas à l'Enfer : ils croient au néant. L'anéantissement de Nizan fut décidé. Une balle explosive l'avait, entre tant, frappé derrière la nuque, mais cette liquidation ne satisfit personne : il ne suffisait pas qu'il eût cessé de vivre, il fallait qu'il n'eût pas du tout existé. On persuada les témoins de sa vie qu'ils ne l'avaient pas connu pour de vrai : c'était un traître, un vendu. »[17]

En 1966, pour la réédition des Communistes, Aragon supprime le personnage d'Orfilat. À la fin des années 1970, le PCF accepte de remettre en cause les accusations qu'il avait portées contre Paul Nizan[18].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Critique littéraire[modifier | modifier le code]

Dès 1932, et jusqu'en 1939, Paul Nizan écrit régulièrement (presque chaque semaine sauf pendant son voyage en URSS) des critiques littéraires pour L'Humanité, près de huit cents. Ses articles sont très courts et souvent incisifs. Michel Onfray résume ainsi le schéma critique de Nizan : « Toute littérature réaliste, soucieuse du peuple, du prolétariat, de l'histoire, du progrès, de la dénonciation du capitalisme, est bonne ; toute littérature qui n'est pas bonne est mauvaise. »[19]. Et, en effet, Nizan ne se considère pas comme un théoricien de la littérature, il écrit sur le vif, pressé par le temps ; mais ses remarques vont souvent droit au but.

Il y analyse avec finesse des auteurs qui lui sont contemporains, certains très connus aujourd'hui tels Louis-Ferdinand Céline, Marcel Proust, André Gide, Roger Martin du Gard, Jean Giono ou les surréalistes, et d'autres tombés dans l'oubli. Il est l'un des premiers grands connaisseurs de la littérature anglaise, et l'un des premiers intellectuels français à avoir remarqué la jeune littérature américaine dont Faulkner, Caldwell, Steinbeck, O'Neill. Parmi les œuvres analysées qui sont devenues des classiques figurent : L'Adolescent, Été 1914, Mort à crédit, La Nausée[20].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Aden Arabie, Rieder, Paris, 1931 - réédition Maspero, 1960 avec une préface de Jean-Paul Sartre.(ISBN 2-7071-0008-0)
  • Les Chiens de garde, Rieder, Paris, 1932 - rééditions : Maspero 1969 ; Agone, 1998, avec une préface de Serge Halimi. (ISBN 2-910846-09-1)
  • Antoine Bloyé, Grasset, Paris, 1933.
  • Traduction de l’Amérique tragique de Theodor Dreiser, Rieder, Paris, 1933.
  • Traduction de les Soviets dans les affaires mondiales de Louis Fisher, Gallimard, Paris, 1933
  • Choix des textes philosophiques pour Morceaux choisis de Marx présenté par Henri Lefebvre et Norbert Guterman, Gallimard, Paris, 1934
  • Le Cheval de Troie, Gallimard, Paris, 1935. Réédition Gallimard, "L'imaginaire" 2005, avec une préface de Pascal Ory.
  • Les Matérialistes de l’Antiquité, choix de textes et préface. Paris : Éditions Sociales Internationales, 1936 - réédition Maspero 1968
  • Préface de Le Nationalisme contre les nations de Henri Lefebvre, Éditions Sociales Internationales, Paris, 1937
  • Traduction et adaptation des Acharniens d’Aristophane, Éditions Sociales Internationales, Paris, 1937
  • La Conspiration, Gallimard, Paris, 1938
  • Chronique de septembre, Gallimard, Paris, 1939
  • Complainte du carabin qui disséqua sa petite amie en fumant deux paquets de Maryland et Hécate ou la méprise sentimentale. (Deux textes de 1924 parus dans La Revue sans titre.)
  • Paul Nizan, intellectuel communiste. Articles et correspondance 1926-1940 présenté par Jean-Jacques Brochier, Maspero, Paris, 1967
  • Pour une nouvelle culture, articles de Nizan réunis et présentés par Susan Suleiman, Grasset, Paris, 1971
  • Articles littéraires et politiques, volume I ("Des écrits de jeunesse au 1er Congrès International des écrivains pour la Défense de la Culture", 1923 - 1935). Textes réunis, annotés et présentés par Anne Mathieu, avec une préface de Jacques Deguy, Nantes, Joseph K, 2005.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice BnF no FRBNF11917755z
  2. Lawrence D. Kritzman (ed.), The Columbia History Of Twentieth-Century French Thought, Columbia University Press, 2007, p. 62.
  3. Daniel Singer, Prelude to revolution: France in May 1968, South End Press, 2002, pp. 106, 110.
  4. Freccero, Nizan? siamo in grande primavera, Ansa, June 20, 2012.
  5. a et b Ariel Ginsbourg, Nizan, p. 7
  6. Ariel Ginsbourg, Nizan, p. 6
  7. a et b Jean-Paul Sartre, Préface à Aden-Arabie, p. 17
  8. Jean-Paul Sartre, Préface à Aden-Arabie, p. 16
  9. a et b Ariel Ginsbourg, Nizan, p. 8
  10. Ariel Ginsbourg, Nizan, p. 9
  11. André Chervel, « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1950 », sur Ressources numériques en histoire de l'éducation (consulté le 19 juin 2014).
  12. Ce texte paraît en 1934 dans la revue Littérature internationale, il est réédité dans Paul Nizan, intellectuel communiste, Maspero, Paris, 1967
  13. Pierre-Aimé Touchard: Paul Nizan : Le cheval de Troie in :Esprit, Paris,(1932) p; 441-3 disponible sur Gallica
  14. Michel Onfray, « Contre histoire de la philosophie Saison 10 », France Culture, 5 août 2012
  15. Lettre à sa femme, octobre 1939, citée par Olivier Todd, André Malraux, une vie, éd. Gallimard, 2001, p. 296 et 642, no 23
  16. Cf. Jean-François Sirinelli, Intellectuels et passions françaises, Gallimard, Folio/histoire, Paris, 1996, p.252.
  17. Jean-Paul Sartre, Préface à Aden-Arabie, p. 8
  18. Anne Mathieu, « Retour sur Nizan », L'Humanité, 26 février 2005
  19. Michel Onfray, Les Consciences réfractaires, p. 58
  20. Susan Suleiman, Préface à Pour une nouvelle culture, p. 21

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul Sartre, Préface à Aden Arabie, Maspero,‎ 1960 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Ariel Ginsbourg, Nizan, Editions universitaires,‎ 1966 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Susan Suleiman, Préface à Pour une nouvelle culture, Paris, Grasset,‎ 1971 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Adèle King : Paul Nizan, écrivain, Didier, Paris, 1976.
  • Annie Cohen-Solal, en collaboration avec Henriette Nizan : Paul Nizan, communiste impossible, Grasset, Paris, 1980.
  • Pascal Ory : Paul Nizan, destin d'un révolté, Ramsay, Paris, 1980.
  • Youssef Ishaghpour : Paul Nizan, une figure mythique et son temps, Le Sycomore, Paris, 1980.
  • James Steel : Paul Nizan, un écrivain conformiste ?, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, Paris, 1987.
  • Bernard Alluin et Jacques Deguy : Paul Nizan écrivain, Presses universitaires de Lille, 1989.
  • Maurice Arpin : La fortune littéraire de Paul Nizan. Une analyse des deux réceptions critiques de son œuvre, Lang, Berne, 1995.
  • Yves Buin : Paul Nizan, la révolution éphémère, Editions Denoël, Paris, 2012.
  • Michel Onfray, Les Consciences réfractaires, tome 9 de la Contre-histoire de la Philosophie, Paris, Grasset,‎ 2013 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Le G.I.E.N. (Groupe interdisciplinaire d'études nizaniennes) édite des bulletins bibliographiques ainsi qu'une revue, Aden, et organise des conférences sur l'écrivain.