Jérôme Carcopino

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Jérôme Carcopino

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Biographie
Naissance 27 juin 1881
Verneuil-sur-Avre (Eure)
Décès 17 mars 1970
Paris
Nationalité Drapeau : France Français
Thématique
Formation École normale supérieure
Titres Professeur des Universités
Directeur de l'École normale supérieure
Membre de l'Académie française
Approche histoire de la Rome antique
Travaux * Thèse de doctorat, Virgile et les origines d'Ostie (1919)

Jérôme Carcopino est un universitaire historien spécialiste de la Rome Antique, haut fonctionnaire français, né à Verneuil-sur-Avre (Eure) le 27 juin 1881 et mort à Paris le 17 mars 1970. Il était le cousin de Francis Carco. Son épouse est décédée en 1973.

Il est l'auteur de l'importante loi du 27 septembre 1941 sur les fouilles archéologiques, dite « loi Carcopino » puis directeur de l'École normale supérieure.

Biographie[modifier | modifier le code]

Études supérieures[modifier | modifier le code]

Issu d'un milieu familial républicain et progressiste, Jérôme Carcopino est le fils unique d'un médecin d'origine corse qui s'est installé à Verneuil-sur-Avre où il épouse en 1880 Alphonsine Dumond, fille de propriétaires terriens et qui meurt de fièvre typhoïde dix huit mois après la naissance de son fils le 27 juin 1881[1]. Il fait ses études secondaires d'abord au collège Sainte-Barbe où il est pensionnaire à partir de 1892, puis au lycée Henri-IV[2]. Il intègre quatrième à l'École normale supérieure en 1901. Il est reçu premier à l'agrégation d'histoire et de géographie en 1904[3].

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Membre de l'École française de Rome où il poursuit ses études en compagnie de Louis Halphen, Lucien Romier et Louis Hautecœur, il y séjourne quelque temps et se lie d'amitié avec Albert Grenier[4]. Il y acquiert un début de renommée internationale par sa polémique avec Michel Rostovtzeff et surtout avec l’inscription d'Ai'n-el-Djemala[5].

Il est ensuite nommé professeur d'histoire au lycée du Havre, où il enseigne de 1907 à 1911[6].

Après avoir été pendant un an secrétaire de Raymond Poincaré, il est en 1912 chargé de cours à la faculté d'Alger. L'année suivante, il obtient le statut d'inspecteur adjoint et devient directeur du musée national des antiquités algériennes[7].

Pendant la Première Guerre mondiale, il sert dans l’armée d'Orient, et obtient deux citations et la Légion d'honneur à titre militaire. À son retour de cette guerre, il devient pacifiste, conservateur et traditionnaliste[8].

En 1918, il soutient ses deux thèses (notamment une traitant des origines d'Ostie selon l'œuvre de Virgile), et est élu professeur d'histoire romaine à la Sorbonne, à la suite de son maître Gustave Bloch. À la mort de Louis Duchesne, il est nommé directeur par intérim de l'école française de Rome pour l'année scolaire 1922-1923, le temps de désigner un directeur titulaire. Cet intermède lui permet de moderniser profondément cette école, et également de relancer sa carrière[9]. En 1937, il est nommé directeur de l'École française de Rome pour six ans, mais doit regagner la France après la déclaration de guerre de l'Italie.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Ministre de Vichy[modifier | modifier le code]

Sous l'Occupation, il dirige l'École normale supérieure de 1940 à 1942, et assume, sans en avoir le titre, les fonctions de recteur de l'Académie de Paris après la révocation de Gustave Roussy à la suite des manifestations étudiantes du 11 novembre 1940. Il dénonce les positions cléricales du ministre de l'Instruction publique Jacques Chevalier.

En février 1941, il est nommé secrétaire d’État à l'Éducation nationale et à la Jeunesse dans le gouvernement de l'amiral Darlan. Tout en passant un accord avec le cardinal Suhard sur le financement de l'école privée, ce laïque modéré suspend l'introduction de la religion dans les programmes de morale de l'école primaire. L'enseignement religieux n'est plus proposé aux élèves que sous forme facultative. Il attache notamment son nom à la réorganisation de l'enseignement scolaire du 15 août 1941. Il propose à Pétain une limitation (numerus clausus) du nombre d'étudiants juifs. Dans ses fonctions, il fait appliquer les lois du régime de Vichy, notamment les textes excluant juifs et francs-maçons des fonctions publiques. Quatorze des cent cinquante universitaires juifs obtiennent une dérogation. Il applique le numerus clausus aux étudiants, mais refuse de l'appliquer aux lycées. Maréchaliste et pétainiste, il n'est pas antisémite, mais il applique scrupuleusement la législation d'exclusion du gouvernement de Vichy[10].

Jules Isaac dit de lui que, parmi les ministres de l'Éducation nationale de Vichy, il fut celui « qui a mis, au service de la Révolution nationale, le tempérament le plus autoritaire et la poigne la plus rude[11] ».

Au même moment, il propose sa succession en Sorbonne à son élève Henri-Irénée Marrou, dont il n'ignore pas les activités en faveur de la résistance lyonnaise[12].

Proche des Éclaireurs de France dont son fils a été un dirigeant, il envisage un scoutisme scolaire.

La Loi Carcopino[modifier | modifier le code]

Il est l'auteur de la loi du 27 septembre 1941 réglementant les fouilles archéologiques, complétée par la loi du 21 janvier 1942 qui crée un service archéologique géré par le CNRS et organise les circonscriptions archéologiques[13]. Seule la première de ces deux « lois Carcopino » a été validée après la Libération par l'ordonnance du 13 septembre 1945, loi à l'origine de l'organisation administrative de l'archéologie française encore en vigueur, pour partie, aujourd'hui. Certains auteurs y voient une loi proprement vichyste[14], d'autres une loi de circonstance dans le but de se prémunir contre les fouilles de l'occupant nazi[15].

Services rendus à la Résistance[modifier | modifier le code]

Au retour de Pierre Laval aux affaires en avril 1942, Carcopino démissionne et, retrouvant son poste de directeur de l'École normale supérieure, s'efforce de faire échapper ses élèves au Service du travail obligatoire. Il instaure une quatrième année d'études permettant aux normaliens de commencer une thèse. Il intervient pour tenter de sauver plusieurs résistants, tels Raymond Croland ou Georges Bruhat.

Procès[modifier | modifier le code]

À la Libération, il est révoqué de ses fonctions pour sa participation au gouvernement de Vichy. Emprisonné à Fresnes en août 1944, dans la même cellule que Sacha Guitry, il obtient sa libération provisoire en février 1945. Le 11 juillet 1947, la Haute cour de justice rend un arrêt de non-lieu pour services rendus à la Résistance, alors que son prédécesseur Jacques Chevalier est condamné à vingt ans de travaux forcés et son successeur Abel Bonnard condamné à mort[16]. En 1951, il est réintégré dans ses fonctions.

Dans ses mémoires, il présente une « apologie systématique et documentée à l'extrême du pétainisme en général et de son rôle personnel en particulier »[17].

Apport à l'histoire de la Rome antique[modifier | modifier le code]

Historien de la Rome antique, Jérôme Carcopino a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels : Ovide et le culte d'Isis, Sylla ou la monarchie manquée (1932), Aspects mystiques de la Rome païenne, De Pythagore aux apôtres, La Vie quotidienne à Rome à l'apogée de l'Empire (1939), etc. Son ouvrage le plus connu est son César (1936).

Membre de l'Académie pontificale d'archéologie romaine, docteur honoris causa de l'Université d'Oxford, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, Jérôme Carcopino est élu à l'Académie française le 24 novembre 1955 au fauteuil d'André Chaumeix[18]. Il y fut reçu le 15 novembre 1956 par André François-Poncet qui prononça à cette occasion un mémorable discours[19].

En 1969, son nom est donné au Musée archéologique d'Aléria, site dont il avait encouragé les fouilles. Son épouse, née Antoinette Hillemacher, est décédée le 27 août 1973 à 87 ans[réf. nécessaire].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

Une médaille posthume à l'effigie de Jérôme Carcopino a été exécutée par le graveur Carlo Sarrabezolles en 1970. Un exemplaire en est conservé au musée Carnavalet (ND 0977).

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • La Terre de Verneuil à la veille de la Révolution, Verneuil-sur-Havre, A. Aubert, 1906, 55 p.
  • Histoire de l'ostracisme athénien, in Mélanges d'histoire ancienne, Paris, Alcan, 1909, p. 83-267.
  • Virgile et les origines d'Ostie, Paris, De Boccard, EFR, 1919, 819 p.
  • La loi de Hiéron et les Romains, Paris, De Boccard, EFR, 1919, 309 p.
  • La Louve du Capitole, Paris, Les Belles Lettres, 1925, 90 p.
  • Études romaines. Tome 1 – La Basilique pythagoricienne de la Porte majeure, Paris, L'Artisan du livre, 1926, 415 p.
  • Autour des Gracques. Études critiques, Paris, Les Belles Lettres, 1928, 307 p.
  • Des Gracques à Sylla, Paris, PUF, 1929, 488 p.
  • Ostie, Paris, Henri Laurens, 1929, 64 p.
  • Virgile et le mystère de la IVe Églogue, Paris, L'Artisan du livre, 1930, 223 p.
  • Sylla ou la monarchie manquée, Paris, L'Artisan du livre, 1931, 248 p.
  • Points de vue sur l'impérialisme romain, Paris, Le divan, 1934, 276 p.
  • L'ostracisme athénien, Paris, Alcan, 1935, 263 p.
  • César, Paris, PUF, 1936, 590 p.
  • La vie quotidienne à Rome à l'apogée de l'Empire, Paris, Hachette, 1939, 348 p.
  • Aspects mystiques de la Rome païenne, Paris, L'Artisan du livre, 1941, 317 p.
  • Le Maroc antique, Paris, Gallimard, 1943, 337 p.
  • Les secrets de la correspondance de Cicéron, Paris, L'Artisan du livre, 1947, 2 vol., 447 et 495 p.
  • Études d’histoire chrétienne. Tome 1 – Les fouilles de Saint-Pierre et la tradition, Paris, Albin Michel, 1953, 293 p.
  • Souvenirs de sept ans 1937-1944, Paris, Flammarion, 1953, 703 p.
  • Le Mystère d'un symbole chrétien : l'ascia, Paris, Fayard, 1955, 96 p.
  • De Pythagore aux Apôtres. Études sur la conversion du monde romain, Paris, Flammarion, 1956, 381 p.
  • Alésia et les ruses de César, Paris, Flammarion, 1958, 221 p.
  • Passion et politique chez les Césars, Paris, Hachette, 1958, 223 p.
  • Les Étapes de l'impérialisme romain, Paris, Hachette, 1961, 272 p.
  • Profils de conquérants, Paris, Flammarion, 1961, 414 p.
  • Rencontres de l'histoire et de la littérature romaines, Paris, Flammarion, 1963, 285 p.
  • Études d'histoire chrétienne. Tome 2 – Les reliques de Saint-Pierre de Rome, Paris, Albin Michel, 1965, 63 p.
  • Souvenirs romains, Paris, Hachette, 1968, 292 p.
  • Souvenirs de la guerre en Orient, 1915-1917, Paris, Hachette, 1970, 224 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Stéphanie Corcy-Debray, Jérôme Carcopino, un historien à Vichy, Éditions L'Harmattan,‎ 2001, p. 401
  2. Pierre Grimal, Claude Carcopino, Paul Ourliac, Jérôme Carcopino : un historien au service de l'Humanisme, Les Belles Lettres,‎ 1981, p. 31
  3. Stéphanie Corcy-Debray, op. cité, p. 414
  4. Stéphanie Corcy-Debray, op. cité, p. 479
  5. J. Carcopino, « L'inscription d'Ai'n-el-Djemala. Contribution à l'histoire des saltus africains et du colonat partiaire », Mélanges d'archeologie et d'histoire de l'École française de Rome, vol. 26,‎ 1906, p. 365-381
  6. Pierre Bousquet, Histoire de l'administration de l'enseignement en France, 1789-1981, Librairie Droz,‎ 1983, p. 68
  7. Patrick Ferté et Caroline Barrera, Étudiants de l'exil : migrations internationales et universités refuges (XVIe-XXe s.), Presses Univ. du Mirail,‎ 2009
  8. Stéphanie Corcy-Debray, op. cité, p. 469
  9. Louis-Napoléon Panel, "L'année des quatre empereurs": l'École française de Rome en 1922-1923, MEFRIM, 2011, no 123, p. 285-298.
  10. Stéphanie Corcy-Debray, op. cité, p. 399
  11. Cité par Claude Singer, Vichy, l'Université et les Juifs, Paris, Les Belles Lettres, 1992.
  12. Louis-Napoléon Panel, "Du disciple au maître: Henri Irénée Marrou et Jérôme Carcopino, filiation, amitié et débats d'après leur correspondance (1929-1968)", Cahiers Marrou, 2013, no 6, p. 4-29.
  13. Jean-Pierre Reboul, « Les lois Carcopino et l'archéologie sous Vichy », Les Nouvelles de l'archéologie, no 106,‎ février 2007, p. 34-46
  14. Laurent Olivier, « L’archéologie française et le régime de Vichy », Les Nouvelles de l’Archéologie, no 67,‎ 1997, p. 17-22
  15. Eve Gran-Aymerich, Jean Leclant, André Laronde, Naissance de l'archéologie moderne, 1798-1945, CNRS Editions,‎ 1998, p. 464
  16. Stéphanie Corcy-Debray, op. cité, p. 276
  17. Simon Epstein, Un paradoxe français – Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Albin Michel, 2008, (ISBN 978-2-226-17915-9), p. 40.
  18. Discours de réception
  19. Réponse de M. André François-Poncet au discours de réception de M. Jérôme Carcopino :[1]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphanie Corcy-Debray, Jérôme Carcopino, un historien à Vichy, Éditions L'Harmattan, 2001 (ISBN 2-7475-0831-5).
  • Claude Singer, Vichy, l'Université et les Juifs, Paris, Les Belles Lettres, 1992.
  • Pierre Grimal, Cl. Carcopino et P. Ourliac, Jérôme Carcopino, un historien au service de l'humanisme, Les Belles Lettres, 1981.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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