Romano Guardini

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Romano Guardini

Romano Guardini est un théologien catholique allemand et un philosophe de la religion, né à Vérone (Italie) le 17 février 1885 et décédé à Munich (Allemagne) le 1er octobre 1968.

Guardini prend place auprès des grands théologiens catholiques du XXe siècle, aux côtés d'Henri de Lubac, Karl Rahner ou Hans Urs von Balthasar. On lui doit en particulier une réflexion approfondie sur la liturgie et il est un des protagonistes majeurs de ce qu'il est convenu d'appeler le Mouvement liturgique.

Biographie[modifier | modifier le code]

La famille de Romano Guardini quitte l'Italie en 1886 pour Mayence, où le futur théologien fréquentera le Gymnasium (Lycée) à partir de 1903. Jeune étudiant brillant, il commence des études de chimie à Tübingen et d'économie à Munich et Berlin, études qu'il abandonne pour devenir prêtre du diocèse de Mayence ordonné par Georg Heinrich Maria Kirstein.

Il suit un cursus de théologie à Fribourg-en-Brisgau et à Tübingen. Il devient docteur en théologie en 1915 avec un travail sur saint Bonaventure. Il obtient son habilitation à enseigner la dogmatique en 1922, toujours sur Bonaventure. Après avoir travaillé dans des mouvements de jeunesse, il obtient une chaire de philosophie de la religion en 1923 à Berlin (Katholische Religionsphilosophie und Weltanschauung). Il enseigne ensuite à Tübingen, à partir de 1945, puis à Munich de 1948 jusqu'à sa mort. Peu connue est la proposition par le pape Paul VI de le faire cardinal en 1965. Guardini refuse par modestie, malgré le signe de reconnaissance que cela aurait constitué pour tout son enseignement et ses intuitions.

L'université Ludwig-Maximilian de Munich a créé une chaire d'enseignement de la philosophie de la religion à son nom, occupée depuis 1999 par Rémi Brague. Romano Guardini a été enterré dans le cimetière des prêtres de l'Oratoire Saint-Philippe-Néri dans la paroisse Saint-Laurent de Munich, Oratoire fondé par le fameux Oratoire de Leipzig de son ami Heinrich Kahlefeld (de), lui aussi liturgiste. Le corps de Guardini a été transféré ensuite à Sankt Ludwig à Munich dans une chapelle aménagée en lieu de célébration pour des petits groupes.

Pensée de Romano Guardini[modifier | modifier le code]

Guardini est surtout connu pour ses ouvrages sur la nature de la liturgie et sa participation essentielle au mouvement liturgique. Pour les premiers, citons Vom Geist der Liturgie 1918 (L’esprit de la liturgie 1930), Von Heiligen Zeichen 1922-1923 (Les signes sacrés 1930) et Besinnung vor der Feier der Heiligen Messe 1939 (La Messe 1957). Pour la seconde, il est nécessaire de percevoir l’importance du projet du château de Rothenfels entre les deux guerres, véritable laboratoire liturgique et spirituel, source d’un renouveau intense dans la jeunesse allemande, au sein du mouvement des Quickborn. Le cœur de la théologie liturgique de Guardini était l’assemblée, et l’assemblée concrète. Sans elle, la liturgie est vide.

Selon des notes autobiographiques, la source de la vocation « liturgique » et des intuitions de Guardini est une expérience fondatrice pendant des complies à l’abbaye bénédictine de Beuron. La conviction de Guardini sur sa vocation de théologien est peu commune en son temps dans le monde académique allemand : « ma propre vocation : non pas de scruter minutieusement tel ou tel domaine précis de la théologie, mais d’expliciter et d’interpréter la réalité chrétienne dans son ensemble, avec bien sûr le sérieux scientifique voulu et un niveau spirituel aussi élevé que possible »[1].

La pensée de Guardini est inséparable de son action pastorale. Il est l'un des acteurs de ce renouveau à Rothenfels, avec les architectes Rudolf Schwarz, Martin Weber et Emil Steffann ou les liturgistes Heinrich Kahlefeld et Alois Goergen.

Guardini a été le professeur du jeune Josef Ratzinger à Munich. Celui-ci, devenu le pape Benoît XVI, se réfère très fréquemment à son ancien maître. Il reprend par exemple le titre L'esprit de la liturgie pour un de ses propres ouvrages, et revendique la concordance de leurs projets[2].

Œuvres traduites[modifier | modifier le code]

  • L'Esprit de la liturgie, trad. par Robert d'Harcourt, Paris, Plon, 1930
  • Les Signes sacrés, trad. par Antoine Giraudet, Paris, Spes, 1930
  • Le Chrétien devant le racisme, Paris, Alsatia, 1939 [sous le pseudonyme de Lucien Valdor]
  • Le Chemin de croix du Seigneur notre sauveur, par le R.P. Antoine B. Giraudet, Mulhouse, Éditions Salvator, 1939
  • Le Seigneur : méditations sur la personne et la vie de Jésus-Christ, trad. par le R.P. Lorson, Paris, Alsatia, 1945
  • L'Univers religieux de Dostoïevski, trad. par Henri Engelmann et Robert Givord, Paris, Seuil, 1947
  • L'Essence du christianisme, trad. par le P. Pierre Lorson, Paris, Alsatia, 1945
  • Le Rosaire de Notre-Dame, trad. par Jeanne Ancelet-Hustache, Paris, Bloud et Gay, 1950
  • Les Fins dernières, trad. par Françoise Demenge, Paris, Cerf, 1950
  • Prières, trad. par Jeanne Ancelet-Hustache, Paris, Bloud et Gay, 1950, réédité aux Ed. Ad Solem, Genève, 2007, avec une préface de Grégory Woimbée
  • Pascal ou le drame de la conscience chrétienne, trad. par Henri Engelmann et Robert Givord, Paris, Seuil, 1951
  • De la Mélancolie, trad. par Jeanne Ancelet-Hustache, Paris, Seuil, 1952
  • La Fin des temps modernes, trad. par Jeanne Ancelet-Hustache, Paris, Seuil, 1952
  • La Puissance, essai sur le règne de l'homme, trad. de Die Macht par Jeanne Ancelet-Hustache, Paris, Seuil, 1954
  • Les Sens et la connaissance de Dieu : deux essais sur la certitude chrétienne, trad. par Thomas Patfoort, Paris, Cerf, 1954
  • Lettres du lac de Côme, trad. par M. Lièvre, Paris, Cerf, 1955
  • La Mort de Socrate : interprétation des dialogues philosophiques "Euthyphron", "Apologie", "Criton", "Phédon", trad. par Paul Ricœur, Paris, Seuil, 1956
  • Les Âges de la vie, trad. par Geneviève Bousquet, Paris, Cerf, 1956
  • Le Dieu vivant, trad. par Jeanne Ancelet-Hustache, Paris, Alsatia, 1956
  • Liberté, grâce et destinée, trad. par Jeanne Ancelet-Hustache, Paris, Seuil, 1957
  • La Messe, trad. par Pie Duployé, Paris, Cerf, 1957
  • Le Monde et la Personne, trad. de Welt und Person par Robert Givord, Paris, Seuil, 1959
  • Royaume de Dieu et Liberté de l'homme, trad. par Marlyse Guthmann, Paris, Desclée de Brouwer, 1960
  • Dante, visionnaire de l'éternité, trad. par Jeanne Ancelet-Hustache, Paris, Seuil, 1962
  • La polarité - Essai d'une philosophie du vivant concret, trad. par Jean Greisch et Françoise Todorovitch, Paris, Cerf, 2010.
  • Initiation à la Prière, Perpignan, Artège, 2013.
  • Vie de la foi, Desclée De Brouwer, 1968.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédéric Debuyst, L’Entrée en liturgie. Introduction à l’œuvre liturgique de Romano Guardini, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Liturgie » 17, 2008, 126 p.
  • Henri Engelsmann et Francis Ferrier, Romano Guardini, Paris, Éd. Fleurus, 1966.
  • Grégory Woimbée, L'Esprit du christianisme. Introduction à la pensée de Romano Guardini, Genève, Éd. Ad Solem, 2009, 221 p.
  • Hanna Barbara Gerl, "Romano Guardini", Ed. Salvator, sept 2012

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Frédéric Debuyst, L’Entrée en liturgie. Introduction à l’œuvre liturgique de Romano Guardini, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Liturgie » 17, 2008, p. 58.
  2. Silvano Zucal, Ratzinger et Guardini, une rencontre décisive, in Vita e Pensiero, revue de l'Université catholique de Milan, traduit sur le site Chiesa, L'Espresso