Cercle de Vienne

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Le cercle de Vienne, ou Wiener Kreis, est un groupement de savants et philosophes[1] qui a fonctionné à Vienne, à Berlin et à Prague, de 1923[1] – mais officiellement 1929 – jusqu'à l'assassinat de son chef de file, Moritz Schlick, le 22 juin 1936, après quoi le club se dispersa. Le Cercle existait de manière informelle déjà avant la Première Guerre mondiale. L’ouvrage de Ludwig Wittgenstein, Les Investigations philosophiques, paru à titre posthume, est un des textes de cette époque qui exprime le mieux la pensée viennoise[2].

Programme du cercle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Empirisme logique.

La tendance y était à l’empirisme logique (ou « positivisme logique »), et était influencée par Ernst Mach (dont, après Ludwig Boltzmann, Schlick était le successeur à la chaire de philosophie des sciences), Ludwig Wittgenstein, Bertrand Russell, George Edward Moore, David Hilbert, Henri Poincaré, Albert Einstein, Karl Popper (qui fut admis comme l'« opposition officielle » à la Théorie de la connaissance défendue par le Cercle, mais qui n'en fut jamais membre. Dans La Quête Inachevée, Popper s'attribue même le meurtre du positivisme logique défendu par le Cercle de Vienne), Gottlob Frege. Il n’y a pas d'unité de pensée dans le Cercle, et celui-ci se caractérise moins par des dogmes que par un programme commun.

Le Cercle développe en effet ce qu'il appelle une « conception scientifique du monde », dont trois éléments majeurs sont à peu près partagés par tous les membres.

  1. Les sciences doivent être unifiées dans le langage de la physique (réductionnisme des sciences empiriques) ou de la logique (logicisme), car toute connaissance est soit empirique soit formelle.
  2. La philosophie est une élucidation des propositions scientifiques par l'analyse logique ; elle se réduit à une théorie de la connaissance.
  3. Cette conception affirme que beaucoup d'énoncés métaphysiques sont dépourvus de sens (Unsinnig) : les problèmes philosophiques traditionnels auraient été mal posés, et leurs solutions auraient été exprimées inadéquatement. C'est par exemple la thèse principale de Ludwig Wittgenstein, formulée dans le Tractatus logico-philosophicus : la plupart des énoncés métaphysiques seraient dépourvus de sens ; lorsqu'ils ne le sont pas, ils ne portent pas sur le monde, mais sur le langage (conception partagée par Rudolf Carnap en 1934[3]). Si cette conception a été l’une des idées phares de la philosophie analytique à ses débuts, elle a été par la suite abandonnée[réf. nécessaire] (Strawson, David Lewis ou, en France, Frédéric Nef, font par exemple de la « métaphysique analytique »).

Membres[modifier | modifier le code]

Ses membres les plus fameux ont été, outre Moritz Schlick, Hans Hahn, Kurt Gödel, Rudolf Carnap, Eino Kaila, Otto Neurath, Felix Kaufmann, Edgar Zilsel, Viktor Kraft.

Sa tradition s'est perpétuée avec Georg Henrik von Wright et Alfred Tarski.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Le cercle de Vienne, par Gilles Gaston Granger », sur http://www.universalis.fr (consulté le 16 juin 2013).
  2. Malherbe Jean-François. Interprétations en conflit à propos du « Traité » de Wittgenstein. In: Revue Philosophique de Louvain. Quatrième série, Tome 76, N°30, 1978. pp. 180-204. : (texte en ligne)
  3. Introduction de Pierre Jacob in De Vienne à Cambridge (dir. P. Jacob), collection « Tel », Gallimard, Paris, 1980, p. 14-15.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Moritz Schlick, « Le tournant de la philosophie » (« Die Wende der Philosophie »), Erkenntnis 1, 1930-1931, p. 4-11
  • Language, Truth and Logic, Alfred Jules Ayer (1936)
  • Den logiska empirismen, Georg Henrik von Wright (1943)
  • Studien zum Wiener Kreis, Friedrich Stadler (1997)
  • Friedrich Stadler, The Vienna Circle. Studies in the Origins, Development, and Influence of Logical Empiricism. Wien ; New York, (2001). ISBN 3-211-83243-2.
  • Jacob, Pierre (dir. publ.). 1980. De Vienne à Cambridge: l'héritage du positivisme logique. Paris: Gallimard.
  • Schmitz, François, Le Cercle de Vienne, Paris, Vrin, 2009.
  • Soulez, Antonia (dir. publ.) Manifeste du Cercle de Vienne et autres écrits. Paris: Presses Universitaires de France, 1985 ; reprise : Manifeste du Cercle de Vienne et autres écrits, Paris, Vrin, 2010.
  • Antonia Soulez, Le Cercle de Vienne, doctrines et controverses, L’Harmattan,‎ 2002 (ISBN 2-7475-1645-8, présentation en ligne), p. 314
  • Jacques Bouveresse, La philosophie des sciences du positivisme logique, in : Histoire de la philosophie tome IV (dir. François Châtelet) (1971)
  • Moritz Schlick, Forme et contenu, une introduction à la philosophie, Agone (2004)
  • Bonnet, Christian et Wagner, Pierre (dir.), L'âge d'or de l'empirisme logique. Vienne, Prague, Berlin. Paris : Gallimard, 2006. (Bibliothèque de philosophie). ISBN 2-07-077186-5.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]