Martin Heidegger

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Martin Heidegger

Philosophe occidental

Époque contemporaine

Naissance 26 septembre 1889, Messkirch
Décès 26 mai 1976, Fribourg-en-Brisgau (86 ans)
Nationalité allemande
École/tradition phénoménologie, herméneutique, précurseur de la philosophie postmoderne
Principaux intérêts ontologie, métaphysique, esthétique, logique, langage, sciences
Idées remarquables Dasein, Ereignis, différence ontico-ontologique, angoisse, ontothéologie, dispositif
Œuvres principales Être et Temps, Lettre sur l'humanisme
Influencé par Anaximandre, Parménide, Héraclite, Platon, Aristote, Augustin, Thomas d'Aquin, Duns Scot, Maître Eckhart, Luther, Pascal, Kant, Hölderlin, Hegel, Schelling, Kierkegaard, Nietzsche, Husserl.
A influencé (liste non-exhaustive) Agamben, Anders, Arendt, Axelos, Beaufret, Biemel, Binswanger, Blanchot, Derrida, Fédier, Foucault, Gadamer, Jauss, Jonas, Kojève, Lacan, Lacoue-Labarthe, Lévinas, Löwith, Terrence Malick, Charles Malik, Marcuse, Marion, Merleau-Ponty, Nancy, Patočka, Ricœur, Ronell, Rorty, Sartre, Sloterdijk, Strauss.

Martin Heidegger , né le 26 septembre 1889 à Messkirch et mort le 26 mai 1976 à Fribourg-en-Brisgau) est un philosophe allemand.

D'abord disciple d'Edmund Husserl et de la phénoménologie, son intérêt rapidement se porte sur la question du sens de l'être et son étude, l'ontologie. Après ce qu'il appelle lui-même le « tournant » de sa pensée (années 1930), il s'intéresse tout particulièrement aux présocratiques, à la poésie de Hölderlin ainsi qu'à Kant et Nietzsche pour enclancher ce nouveau commencement de pensée qu'il appelle de ses vœux.

Auteur prolifique de nombreuses conférences, de livres et de cours, et notamment de deux œuvres majeures Être et Temps (Sein und Zeit) et les Beiträge zur Philosophie (Vom Ereignis) Heidegger est considéré comme l'un des philosophes les plus marquants du XXe siècle : sa démarche a notamment influencé la philosophie existentialiste, la phénoménologie ultérieure, la philosophie postmoderne, l'herméneutique allemande, ainsi que d'autres sciences humaines comme la théologie et la psychanalyse. C'est particulièrement en France que son influence a été considérable, notamment par l'intermédiaire de Jean-Paul Sartre, Jean Beaufret et d'Emmanuel Levinas.

Adhérent au NSDAP, les rapports qu'entretient Heidegger avec le nazisme sont périodiquement l'objet de vives controverses freinant la pénétration de son œuvre.

Sommaire

Biographie [modifier]

Premières années [modifier]

La maison natale de Heidegger
La tombe de Heidegger

Martin Heidegger est né à Messkirch (Allemagne) le 26 septembre 1889. Élevé dans un milieu très catholique (son père est sacristain), Heidegger fait des études secondaires au Lycée jésuite de Constance, ensuite de Fribourg. En 1909, lecture décisive pour sa formation de la thèse de Franz Brentano "De la signification multiple de l'étant chez Aristote" (1862) ; à noter que sa première lecture de Friedrich Hölderlin se situe en 1908.

À l'Université de Fribourg-en-Brisgau, il suit un enseignement soutenu en théologie, des cours de philosophie, mais aussi de mathématiques et de sciences. En 1914, il est réformé pour raison de santé. Il se destine, sans conviction, à la prêtrise avant d'abandonner la religion. Il dira plus tard que celle-ci est radicalement incompatible avec la philosophie[1].

Le 31 juillet 1915, il est habilité à enseigner, comme chargé de cours, après avoir présenté sa thèse La doctrine des catégories et de la signification chez Duns Scot. Après la Première Guerre mondiale, il devient l'assistant personnel de Husserl, avec qui il partage les réflexions et les recherches sur la phénoménologie.

Marié le 21 mars 1917 avec Elfride Petri, il est père de deux fils : Jörg et Hermann.

Marbourg [modifier]

En 1923, il est nommé professeur non titulaire à l'Université de Marbourg où il collabore notamment avec le théologien protestant Rudolph Bultmann qui réinterprétera le Nouveau testament à la lumière du futur chef-d'œuvre de son jeune collègue Être et Temps. Ses nouveaux collègues sont Nicolai Hartmann, et Paul Natorp, quant à ses étudiants à Marbourg on peut noter Hans-Georg Gadamer, Hannah Arendt, Karl Löwith, Gerhard Krüger, Leo Strauss, Jacob Klein, Gunther Anders, et Hans Jonas.

À partir de ses lectures d' Aristote, il commence à développer sa problématique personnelle relative à la question du sens de l'Être. Ses travaux sur la phénoménologie de la vie religieuse à partir de l'étude de Saint Augustin, de Paul et de Luther l'oriente vers une conception de l'être humain qui privilégie l'existence.

L'année suivante, il fait la connaissance de Hannah Arendt, une de ses élève avec qui il a une liaison clandestine[2].

Fribourg [modifier]

Le 12 mars 1926, il présente à Husserl, à l'occasion d'une réception pour les 67 ans de celui-ci, le manuscrit de Sein und Zeit (Être et Temps), premier ouvrage qui est publié l'année suivante, à la demande du doyen de l'Université de Marbourg. En 1928, il prend la suite de son maître Husserl, parti à la retraite, à l'Université de Fribourg.

En 1931, un poste lui est proposé à l'Université de Berlin, poste qu'il refuse après une discussion avec un de ses amis paysans. Heidegger resta à Fribourg pour le restant de sa vie, déclinant de nombreuses offres.

Ses étudiants les plus illustres furent Hannah Arendt, Günther Anders, Hans Jonas, Karl Löwith, Charles Malik, Herbert Marcuse, Ernst Nolte, Emmanuel Lévinas.

En 1929 fut l'année de La controverse de Davos où eu lieu une confrontation célèbre entre Ernst Cassirer représentant de la tradition rationaliste et du néo-kantisme avec Heidegger.

Lors des élections de 1932, il vote pour le NSDAP, et y adhère l'année suivante. Le 21 avril 1933, il est élu recteur de l'université de Fribourg trois mois après l'avènement de Hitler comme chancelier du Reich (le 10 janvier 1933). Il prononce le fameux « Discours du Rectorat », qui lui sera constamment opposé. Pour des raisons encore discutées, il démissionne de ses fonctions administratives le 21 avril 1934 mais poursuit son enseignement jusqu'en 1944 où il est réquisitionné dans la milice en tant que « professeur non indispensable ».

Les années terribles de 1933 à 1945 furent des plus prolifiques dans l’œuvre publiée et non publiée (traités impubliés) de Heidegger. C'est du début de cette période que date la célèbre Kehre ou tournant dans son œuvre où l'on a souvent voulu voir apparaître un second Heidegger.

L'après-guerre [modifier]

En 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les autorités alliées vainqueurs de la guerre, lui interdisent d'enseigner[3]. Cela n'empêche pas la pensée de Heidegger d'influencer considérablement la vie intellectuelle, notamment via L'Être et le Néant de Sartre, d'inspiration heideggerienne. Le maître de Fribourg avait toutefois dès 1946 pris ses distances avec l'existentialisme sartrien dans sa Lettre sur l'humanisme.

L'interdiction d'enseigner est levée en 1951, et Heidegger reprend ses cours. En 1955, Heidegger est convié en France par Maurice de Gandillac et Jean Beaufret, pour présenter une conférence à Cerisy. Il rencontre Jacques Lacan, chez qui il séjourne. Il est ensuite régulièrement invité par le poète René Char en Provence, pour tenir des séminaires retranscrits dans Questions IV. En 1958, Heidegger prend sa retraite de l'Université, mais continue d'animer des séminaires et de participer à des colloques jusqu'en 1973.

Heidegger meurt le 26 mai 1976 à Messkirch où il est enterré. Publication la même année du premier volume des Œuvres complètes, environ 110 ouvrages (Gesamtausgabe).

1989 est le début de publication des traités impubliés, restés volontairement scellés jusqu'à cette date, comme les Beiträge zur Philosophie (Vom Ereignis).

Heidegger et le nazisme [modifier]

Article détaillé : Heidegger et le nazisme.

Adhérent du parti nazi en 1933, il s’est retiré au bout de quelques mois de toute action politique. L'implication de Heidegger sous le troisième Reich et l'influence des théories nazies sur sa pensée font l'objet d'interrogations et de débats nombreux et polémiques, particulièrement en France. D'un côté il y aurait :

et au centre l'histoire sous l'Allemagne nazie - dont l'étude serait absolument nécessaire pour lire de manière éclairée l’œuvre du philosophe. La controverse fut notamment lancée par Karl Löwith en 1946, dans la revue les Temps modernes, mais surtout en 1987 en France par Victor Farias avec le livre Heidegger et le nazisme[4], auquel répondit point par point le livre de François Fédier Heidegger - Anatomie d'un scandale[5], et se poursuit encore aujourd'hui.

En 1945, Heidegger proposa une explication de son attitude :

« Je croyais que Hitler, après avoir pris en 1933 la responsabilité de l’ensemble du peuple, oserait se dégager du Parti et de sa doctrine, et que le tout se rencontrerait sur le terrain d’une rénovation et d’un rassemblement en vue d’une responsabilité de l’Occident. Cette conviction fut une erreur que je reconnus à partir des événements du 30 juin 1934. J’étais bien intervenu en 1933 pour dire oui au national et au social (et non pas au nationalisme) et non aux fondements intellectuels et métaphysiques sur lesquels reposait le biologisme de la doctrine du Parti, parce que le social et le national, tels que je les voyais, n’étaient pas essentiellement liés à une idéologie biologiste et raciste. »[6]

Paru en avril 2005, l'essai d'Emmanuel Faye intitulé Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie, (biblio essais, 2005) prétend néanmoins ouvrir de nouvelles perspectives de recherche permettant de mettre en doute les explications fournies par Heidegger concernant son implication politique. Selon E. Faye, Heidegger aurait menti sur sa réelle adhésion à l'idéologie du parti nazi, pour des raisons évidentes de protection de sa personne, jugée dissimulatrice (essai sus-cité, 2005, p.57) et falsificatrice (essai sus-cité, p.686). De nombreux extraits de séminaires de Heidegger inédits de 1933 à 1935, cités et commentés par E. Faye tout au long de son essai, tendraient à démontrer l'hitlérisme de Heidegger. Cet essai a fait l'objet d'une violente polémique et de nombreux articles en France et à l'étranger de mars 2005 à septembre 2006, année de sa seconde édition, articles tous référencés dans cette dernière. Un débat avec François Fédier fut organisé à la télévision sur la chaîne Public Sénat[7]. E. Faye pense que le regard existentialiste humaniste sur Heidegger aurait contribué à masquer l'idéologie politique (national socialiste) de Heidegger, qui de manière cryptée imprègnerait toute sa philosophie[8]. Les défenseurs de Heidegger pour leur part dans l'ouvrage collectif Heidegger, à plus forte raison[9] dénoncèrent ces analyses comme des contresens sur sa philosophie, qui serait sans rapport avec quelque idéologie que ce soit, allant même jusqu'à accorder à Heidegger une forme de « résistance spirituelle » au nazisme.


La Pensée de Martin Heidegger [modifier]

Sommaire de la section

« Un homme qui, au XXe siècle, entreprend de philosopher, ne peut pas ne pas avoir traversé la philosophie d'Heidegger »Emmanuel Levinas, Éthique et Infini, Fayard, p33

Pensée néanmoins, et non pas philosophie, car Heidegger a toujours récusé avoir élaboré une philosophie[10].

L'œuvre de Heidegger (qui devrait comporter 102 à 108 volumes quand l'édition en sera achevée) est en grande partie constituée de ses Cours, dont beaucoup entreprennent de réinterroger la tradition philosophique occidentale depuis ses origines grecques à travers ses principaux représentants (Platon et Aristote, Kant, Hegel et Nietzsche, etc...).

De la lecture dans sa jeunesse de la thèse de Franz Brentano, De la signification multiple de l'étant chez Aristote, Heidegger retire l'idée qu'il est nécessaire qu'il y ait un sens unitaire au mot « être », puisque tous ces étants bien que différents, sont. Aristote qui avait aussi soulevé, en son temps, le problème, avait conclu rapidement que l'« être » n'était ni un genre, ni un universel et était passé à autre chose : les significations de l'étant (catégories et modes).
Heidegger a l'ambition de reprendre cette question quitte à remonter là où elle en était resté c'est-à-dire chez les Présocratiques. De cet « oubli de l'être » proviendrait l'aveuglement de la philosophie à l'histoire qu'elle contribue pourtant à façonner, laissant toujours davantage la place à une métaphysique de la subjectivité puis de la volonté de puissance dont les conséquences vont culminer dans la dévastation technique du monde, et la marchandisation de l'humain, caractéristiques du nihilisme accompli[11],[12].

Heidegger se donnera pour tâche, dans une volonté de refondation de la Métaphysique, de procéder à travers un travail de Déconstruction (de recherche des fondements et de dévoilement des impensés), par un dialogue exigeant avec ces auteurs, de mettre à jour leurs présupposés ontologiques. Cette tentative de refondation échouant, il s'orientera progressivement vers l'abandon complet de la métaphysique.

La lecture critique de toute la tradition [modifier]

Heidegger entreprit de relire presque tous les philosophes, et de revisiter l'histoire de la philosophie, entendue comme histoire de la métaphysique depuis ses origines aristotéliciennes jusqu'à Nietzsche en mettant à l'épreuve ses fondements successifs, ses préjugés et ses impensés.
Il lui est apparu que toute l'histoire de la Métaphysique à partir d'Aristote est une histoire de l'« oubli de l'être » en tant que tel (« être » au sens verbal) au bénéfice du seul étant (du résultat). Aristote en assimilant l'être de l'étant à sa substance comme support, c'est-à-dire comme fondement, en porte la principale responsabilité sans qu'on puisse en abstraire ses prédécesseurs Platon et même en partie les présocratiques dont on verra qu'ils sont encore dans une pensée de l'Être au sens d'« événement dévoilant » auquel aboutira Heidegger dans ses derniers travaux.

C'est très rapidement que la question du sens verbal du mot « être », en s'imposant à lui notamment comme temporalité, à partir d'Être et Temps est devenue l'unique question et l'axe fondamental de sa pensée. Pour un panorama rapide on peut regrouper, assez arbitrairement, après le premier éblouissement du matin grec et sa reprise critique, autour de trois moments principaux l'évolution d'une pensée complexe et d'une œuvre prolifique, tant universitaire qu'éditoriale.

  1. Jusqu'à Être et Temps, 1927-1929 on peut parler d'une recherche en vue d'une nouvelle fondation de la Métaphysique.
  2. Après Être et Temps et le milieu des années 1930, il s'agit à la suite de Nietzsche de renverser la Métaphysique.
  3. Dans une troisième période et après-guerre, il s'agit ni plus ni moins que de la fin de la philosophie et de son remplacement par une pensée nouvelle, une phénoménologie dite « phénoménologie de l'inapparent » selon les termes de Françoise Dastur[13].

À l'intérieur de ces trois périodes, il faudrait en outre distinguer deux flexions principales autour desquelles s'ordonnent les thèmes principaux, flexions que représentent successivement Être et Temps aux alentours des années 1927-1930 et les Beiträge zur Philosophie (Vom Ereignis), accompagnées des autres traités, demeurés impubliés jusqu'en 1989, et qui dominent la période de 1936 à 1945 correspondant à l'autre sommet de l’œuvre. « Ces deux livres sont en quelque sorte les deux foyers de l’immense ellipse que commence à dessiner pour nous l’entièreté de l’œuvre de penser de Heidegger »[14].

L'obsédante question de l'être [modifier]

Toute la pensée de Heidegger depuis le commencement apparaît dominée par la question du sens du mot « être » que la philosophie traditionnelle aurait délaissé pour ne s’intéresser qu'à l'étant et notamment au premier d'entre eux, Dieu. L'irruption de Heidegger dans le champ de cette question a, selon Jean Beaufret, dans une conférence de 1981[15], considérablement troublé ce conformisme de la pensée.

C'est à travers une double problématique que cette question du sens du mot « être » est abordée :

La question de la différence ontologique [modifier]

Alphonse de Waelhens note[16]« Qu'elle nous parle de l'origine de l'œuvre d'art, de la nature de la technique, de la phénoménologie de l'Esprit selon Hegel, de l'athéisme nietzschéen, de la signification de la poésie de Rilke, ou encore d'une maxime d'Anaximandre, toujours la pensée de Heidegger en revient à méditer la distinction de l'être d'avec l'étant ». La différence ontologique entre être au sens verbal et l'étant, entre le verbe et le fait d'être, s'inscrit donc au fondement de la pensée du philosophe. Dans son œuvre majeure Être et Temps, c'est au Dasein que revient le rôle de lier les étants dont il fait naturellement partie avec l'être qu'il a seul le privilège de comprendre[17].

Plus tard, après le Tournant, et le renversement de la perspective au bénéfice de l'être et au dépend de l'étant, la différence ontologique, d'abord pensée selon l'ontologie fondamentale sera dorénavant pensée selon l'Ereignis[18],[19]. L'être abandonne son statut exclusif de fondement de l'étant pour celui d'éclaircie dans laquelle l'homme se tient à l'écoute[20].

La question de l'oubli de l'être [modifier]

Sa spécificité mise à jour par rapport à l'étant, par rapport aux choses et concepts traditionnels de la métaphysique, la question du pourquoi de son effacement ou même de sa disparition en tant que question dans une société exclusivement préoccupée de l'étant et de son efficacité s'est posée.

Avec la métaphysique, l'être est toujours sous entendu dans ce qui est pensé, mais il n'est jamais explicité en tant que tel, en son sens propre. La métaphysique saisit un étant : les idées platoniciennes, le premier moteur aristotélicien, sans poser la question de l'être qui disparaît derrière l'étant. L'être dont Aristote constate qu'il n'est pas un genre, demeure une notion indéterminée, générale, évidente et sans intérêt. L'évidence du « il y a », dispense de toute interrogation plus approfondie. La métaphysique va confondre l'analyse des étants présents avec la question de la présence comme événement et la question de l'être, va, avec les Scolastiques, changer de nature en glissant vers la recherche d'un étant qui serait à l'origine de tous les autres. Elle ne s'interroge plus sur le « il y a » en tant que surgissement de la présence dans l'être.

Selon Heidegger, une histoire de la philosophie qui à travers ses principaux philosophes privilégie l'étant (depuis les origines de la praxis jusqu'à la science et à la technique mondialisée), peut être qualifiée d'histoire de « l'oubli de l'Être ».

Après le Tournant, cet oubli est mis au compte de l'Être lui-même qui se dérobe et se retire, selon une Méta-histoire de la Vérité de l'Être, pour laquelle les présocratiques ont frappé les premiers coups d'envoi ; c'est pourquoi plutôt que d'une histoire de l'oubli (qui impliquerait une volonté), Heidegger préfère parler d'une histoire du retrait. Le tournant historial (Kehre) de la pensée de Heidegger, devenue une « méditation de l'histoire de l'Être » (entendue au sens d'un génitif subjectif, comme « l'histoire de la métaphysique occidentale » en laquelle l'Être se dispense en se retirant), le conduit à se tourner vers le commencement de cette histoire : les présocratiques.

Avant et jusqu'à Être et Temps [modifier]

Une première période qui va de 1909 à 1919 et qui correspond aux jeunes années du philosophe qui a à se faire sa place, commencent à être bien connues[21],[22].

La dizaine d'années qui précéda immédiatement Être et Temps fut extraordinairement féconde pour Heidegger alors qu'il enseignait successivement à Fribourg, puis à Marbourg, mais ce n'est que récemment qu'on a pu le mesurer en France avec les toutes dernières traductions des œuvres de cette époque.
Approfondissement de la phénoménologie héritée d'Edmund Husserl, critique du psychologisme et de l'historicisme, avancées dans la logique du sens, recherche dans la lignée des Spengler et Dilthey sur la phénoménologie de la vie qui aboutit très rapidement à des positions originales sur l'herméneutique de l'existence, mise en évidence de la mobilité et de la temporalité de la vie facticielle dans l'exploitation des sources du christianisme primitif avec Paul, Augustin et les mystiques allemands, collaboration active au séminaire du théologien Rudolf Bultmann pour aboutir au cours de 1923 : Phénoménologie de la vie religieuse.

En 1918-19, Heidegger élabore un cours sur « Les fondements philosophiques du mysticisme médiéval » (Ga 60), où il cite Maître Eckhart, saint Bernard, Thérèse d'Avila. Avec le cours sur la Phénoménologie de la vie religieuse Heidegger aborde à travers les expériences les plus intimes de la vie du chrétien primitif les problèmes de la mobilité et de l'historicité de la vie facticielle qui le conduisent à l'élaboration de l'analytique du Dasein. Son cours d'hiver 1920 porte sur saint Paul, et celui de l'été 1921 sur saint Augustin. En 1924, il prononce une conférence sur le péché et la fragilité de l'homme vis-à-vis des tentations du monde dans la vision de saint Paul et de Martin Luther. En 1927, il prononce une conférence intitulée « Phénoménologie et théologie ».

Cependant compte tenu de l'importance de ces œuvres de jeunesse, il serait ainsi erroné de ne les considérer que comme de simples travaux préparatoires à l'élaboration d'Être et Temps, dont la publication à elle seule sera considérée comme un événement majeur dans l'histoire de la philosophie du XXe siècle.

Ses écrits les plus tardifs sont eux aussi marqués par cette provenance religieuse : Le principe de raison, cours de 1955, analyse longuement les vers du mystique Angelus Silesius, et la sérénité (Gelassenheit) pourra être considérée comme une notion héritée de Maître Eckhart.

La charnière d'Être et Temps [modifier]

Trois chemins menèrent Heidegger à Être et temps :

  1. Tout d'abord, la pensée aristotélicienne où Heidegger découvre dans la Métaphysique la question du « sens de l'être » mais aussi à celle de l'âme et du comportement humain dans le Traité de l'âme et l'Éthique à Nicomaque. Il lit dès 1907 le commentaire de Franz Brentano, De la signification multiple de l'étant chez Aristote (1862). Dans les années 1920, il consacre quelques cours à l'interprétation phénoménologique des textes d'Aristote.
  2. Ensuite, la phénoménologie husserlienne. Heidegger lit les Recherches logiques dès 1909. Il devient l'assistant de Husserl à Fribourg et anime des séminaires d'introduction aux Recherches logiques. En 1925, dans son cours sur Les Prolégomènes à l'histoire du concept de temps, il rend une nouvelle fois hommage à la percée que constitue à ses yeux l'ouvrage de 1901 et ses trois découvertes fondamentales (l'intentionnalité, le sens phénoménologique de l'a priori et l'intuition catégoriale) mais prend ses distances à l'égard du tournant transcendantal de la phénoménologie husserlienne des Idées directrices (1913). Sein und Zeit est dédié à Edmund Husserl, « en témoignage de vénération et d'amitié ». Heidegger lui succède à Fribourg en 1929.
  3. Enfin, la source théologique. « Sans cette provenance théologique, je ne serais jamais parvenu sur mon chemin de pensée », écrit Heidegger dans son « Entretien sur la parole avec un Japonais » (in Acheminement vers la parole).

Être et Temps (1927), qui apparaît comme un premier aboutissement, est une de ces œuvres majeures de la philosophie que certains ont pu comparer à la Métaphysique (Aristote). Toutefois elle n'est que la première partie d'un projet qui ne fut pas mené à terme. Il s'agissait au départ de développer une intuition majeure de Heidegger quant au sens temporel de l'« Être ». À cette époque Heidegger n'ayant pas encore rompu totalement avec la Métaphysique, il s'agissait de parvenir à lui assurer un fondement solide par l'exploration du sens unitaire de l' Être qu'Aristote avait raté en concluant à la polysémie incontournable de ce concept. Heidegger entreprend de dévoiler ce sens unitaire en partant de la temporalité de l'étant concerné, le Dasein que les premières études avaient mis au jour dans son exploration de la phénoménologie de la vie[23] ; l'homme lui-même n'est plus défini comme une nature, une essence invariable et universelle , mais comme un « pouvoir-être ». L'existence prend le pas sur l'essence avec la célèbre formule qui donnera naissance à l'existentialisme :

« L'essence du Dasein réside dans son existence » Être et Temps, § 9

Article détaillé : Phénoménologie de l'existence.

Au total en raison de ces ambitions, cette tentative aboutit à un échec, la deuxième partie et la troisième section de la première partie n'ayant jamais pu être rédigés de l’aveu même de son auteur. De cet échec, Heidegger retire la conviction que la Métaphysique est définitivement dans l'incapacité d'atteindre sa propre vérité à savoir la différence de l'être et de l'étant[24].

Telle qu'elle fut livrée, cette œuvre avec celles qui la précisent[25],[26],[27], marque néanmoins, par sa nouveauté, un tournant important dans la philosophie occidentale, note un de ses critiques les plus sévères (Lévinas). On y trouve dans une floraison extraordinaire l'apparition de nouveaux concepts appelés à faire carrière dans toute la philosophie et au-delà, tels que Dasein, Monde et mondéité, Être-au-monde, Être-pour-la-mort, Être-avec, Être-en-faute.

Article détaillé : Être et Temps.
Article détaillé : Dasein.

Le renouvellement de la question du Temps [modifier]

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Heidegger a littéralement révolutionné dans son enseignement les termes suivant lesquels la question du Temps, quasiment inchangés depuis l'origine de la pensée philosophique, si l'on excepte la petite percée alors très récente du philosophe français Bergson, se posaient.

Avant Heidegger seuls Bergson et Husserl tentèrent d'échapper au temps linéaire des horloges pour trouver un temps plus originaire[28]. Il a cherché à comprendre le Temps à partir de lui-même et non plus à partir d'autre chose comme c'était le cas jusqu'à lui que ce soit le Mouvement avec Aristote, l’Éternité avec les Scolastiques, la conscience avec Saint Augustin, l'Esprit avec Hegel ou Kant, le vécu pour Bergson.

Heidegger est guidé par l'intuition fondamentale que le Temps et l'Être sont la même chose et que donc l'idée même d’Éternité ou d'Intemporalité, toujours présente et en retrait dans toutes les explications du Temps ne nous étaient d'aucun secours. Pour expliciter l'Être du Temps il s'agira dans une première étape d'interroger le seul Être qui ne se comprend lui-même que par la temporalité et dont le caractère fondamental est d'être temporal, c'est-à-dire le Dasein.

Le temps du Dasein [modifier]

C'est dans l'analytique du Dasein menée dans son ouvrage Être et Temps que Heidegger expose le caractère temporal du Dasein et donc de l'être humain, à travers la mise à jour des divers moteurs de sa mobilité comme l'anticipation de la mort, son « avoir-à-être » à partir de son « être-jeté » et son exposition au monde et qui se manifestent dans ce que Heidegger appelle sa triple extase temporelle ou temporalité « ek-statique ».

La vrai rupture avec la tradition consiste à considérer que l'être de l'homme n'est pas seulement dans le temps, temporel comme l'on dit habituellement, mais qu'il est en quelque sorte, dans sa substance propre, constitué de Temps, qu'il est « temporal », ou « historial »[29].

voir section Temporalité du Dasein dans

Article détaillé : Dasein.

Le temps dans l'Être [modifier]

Dans la pensée occidentale, « être » veut dire présence, traduit par Anwesen en allemand , mais aussi présence subsistante comme le remarque Heidegger dans Être et Temps , car ce qui est toujours présent est ce qu'il y a de plus étant. L'être qui se déploie dans la présence est « être » porté hors de l'occultation[30] .Heidegger remarque alors que cette présence subsistante , ce qui est toujours présent , signifié par le terme grec de « aei » n'a pas le sens moderne d'éternité mais celui de « qui est à chaque fois présent »[31].Ce qui nous informe sur une toute autre expérience de pensée et qui autorise Heidegger à parler d' évènement,de décèlement, d'évènement d ' « être » ou Ereignis

Le temps de l'Être [modifier]

Après l'échec d’Être et temps, Heidegger considérant comme trop problématique le chemin conduisant au sens historial de l'être à partir du projet ekstatique du Dasein, tiendra l'être lui-même pour historial et non pas seulement par l'intermédiaire du Dasein.
L'événement inaugural du tournant se signalera comme dissimulation de l'être en son retrait .Le retrait se dit en grec époché ou époque ἐποχή, la mise hors jeu, le s'abstenir, ce qui veut dire que l'être se présente à nous sous diverses époques qui sont autant de modalités de son retrait[32]. Il y aura dorénavant dans la pensée de Heidegger une histoire de l'être et une histoire de sa vérité à travers la succession des époques. Que l'Être lui-même soit historial implique selon Françoise Dastur « une nouvelle conception où l'Être ne sera plus considéré comme fondement de l'étant mais comme déploiement de l’éclaircie à partir d'une occultation abyssale »[33]
Le Gestell ou déferlement de la technique représentera une époque insigne de la vérité de l'être , la nôtre.

Le temps du choix et de la décision, le Kairos grec [modifier]

Le temps kaïrologique , c'est l'occasion, le moment propice que la vieille sagesse grecque apprenait à reconnaître, à discerner grâce à la vertu de prudence, ou à saisir par les cheveux[34]C'est ce temps dont Heidegger s'est imprégné dans son interprétation de la Parousie dans Thessaloniciens I Paul( voir Phénoménologie de la vie religieuse). Le Dasein comme le primo-chrétien « n'a plus le temps », la vie se dérobe , les activités qui apparaissaient si importantes déchoient de leur statut, le temps de l'affairement et des projets devient l'ennemi du temps pour soi , du temps vécu . C'est l'attente , et la veille, à l'écoute de l'être qui sont à réinventer

La période du renversement de la Métaphysique [modifier]

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Jusqu'à Être et Temps le projet de Heidegger était resté celui d'un accomplissement de la Métaphysique, qu'il exprimera à travers sa volonté d'un retour au commencement grec[35]. Après l'échec d'Être et Temps et l'épisode du Rectorat (1933), s'affirme le thème, nouveau pour lui, du « dépassement de la Métaphysique » à l'exemple du projet Nietzschéen de « renversement du platonisme ». C'est cette tentative de dépassement que Heidegger lui-même appellera la Kehre ou tournant[36],[37], qu'il inscrira au sein de l'histoire de l'Être lui-même et de la philosophie occidentale.

Au début des années 1930, la Métaphysique n'apparaît plus comme le chemin privilégié pour accéder au sens de l'être qui lui-même en son fond ne peut plus être considéré comme le fondement de l'étant. Sous le nom d'Ereignis Heidegger cherche à développer une nouvelle conception de l'être encore plus en retrait, encore plus initiale, qui sera la toute première éclaircie « qui se déploie à partir d'une occultation abyssale »[38].

L'explication avec Nietzsche [modifier]

Heidegger a été un lecteur attentif de Nietzsche. Heidegger consacre six séminaires à l'étude de son œuvre de 1936 à 1942, qui seront recueillis en deux tomes : Nietzsche I et Nietzsche II. En 1943, il prononce la conférence « Le mot de Nietzsche, Dieu est mort », reprise dans les Chemins. En 1953, il prononce la conférence « Qui est le Zarathoustra de Nietzsche ? », reprise dans les Essais et conférences.

Bien qu'il fut pour Heidegger un aiguillon, le Nietzsche de la « Volonté de puissance » et de l' « Eternel retour » a finalement échoué dans son ambition de renverser le platonisme et notamment dans sa volonté de surmonter le Nihilisme qui en est la lointaine conséquence. Entre les deux paroles fondamentales de sa philosophie, il n'aurait jamais pu établir, selon Heidegger, le pont ontologique qui eut été nécessaire, sauf à régresser dans le Positivisme le plus plat [39].

Cette tâche de renversement de la métaphysique, dorénavant pleinement assumé par Heidegger, l'engagera, pour la question du sens de l'Être, dans des voies nouvelles.

La question du Nihilisme [modifier]

C'est à l'occasion du deuxième tome qu'il consacre à la Métaphysique de Nietzsche[40] que Heidegger expose, dans un chapitre de haute volée spéculative, sa position sur l'essence du Nihilisme européen. Plutôt que l'expression d'une dévalorisation de toutes les valeurs à la suite du célèbre « Dieu est mort! », Heidegger y perçoit l'aboutissement du mouvement fondamental de l’Histoire de l’Occident[41], l'histoire du retrait de l'Être depuis les origines grecques, en quoi se définit selon Heidegger, le Nihilisme, en application des thèses qui suivent :

  1. L’oubli de l’Être signifie que l’Être se voile, qu’il se tient dans un retrait voilé qui le dérobe à la pensée de l’homme, mais qui peut aussi être considéré comme une retraite protectrice, une mise en attente d’un décèlement[42].
  2. Heidegger note autour de 1935 que rester dans l'« oubliance » de l'être et se borner à avoir affaire à l'étant c'est déjà du Nihilisme, fondement de celui que l'on connaît, celui de Ernst Jünger dans ses ouvrages " Die Arbeiter" et Über die Linie, de celui que Nietzsche mettra en évidence dans le premier livre de la Volonté de puissance[43].
  3. En pensant le Nihilisme comme histoire de la dévalorisation des valeurs suprêmes, Nietzsche veut voir l'étant en tant que tel, débarrassé de tout ce qui pourrait rappeler un arrière monde. En remplaçant ces valeurs suprêmes dévalorisées par la Volonté de puissance, il croit faire barrage au Nihilisme alors qu'il n'a pas approché l'Être proprement dit en tant que tel, Être qui se retire, et qu'il s'est même interdit de le voir, les yeux fixés sur l'étant, et que de ce fait l'essence du Nihilisme comme le comprend Heidegger (oubli de l'être) ne peut que lui échapper[44].
    La Volonté de puissance, analysée par Heidegger comme « volonté de volonté », c’est-à-dire volonté qui se veut de manière inconditionnée, n’est qu’un mode d’apparition de l’être de l’étant, et en ce sens une autre forme de l’oubli de l’Être.
  4. La métaphysique de Nietzsche parce qu'elle est une métaphysique est un authentique Nihilisme comme les autres métaphysiques, c'est pourquoi Nietzsche ne surmonte pas le Nihilisme, bien au contraire. Devenu une valeur (force, vérité, volonté), l'Être en tant que tel a désormais disparu des écrans et la métaphysique de Nietzsche présente les caractères du Nihilisme accompli. Le Nihilisme accompli de sa position interdira à Nietzsche de saisir l'essence du Nihilisme.
  5. Si la Métaphysique de la Volonté de puissance est l'aboutissement du Nihilisme authentique, le Nihilisme règne néanmoins dans toute la métaphysique antérieure en tant que pensée représentative dont le premier germe se situe dans l'idea platonicienne[45], d'où Heidegger est amené à conclure que la métaphysique en tant que métaphysique est l'authentique Nihilisme[46].

Le Dialogue avec Holderlin [modifier]

Heidegger consacrera, à partir des années 1930 et jusqu’à la fin de sa vie, de nombreuses études à la poésie et notamment à Hölderlin[47],[48]en qui il trouvera ce passeur vers l'origine et l'autre commencement fermés à la métaphysique qu'il recherchait[48], (voir aussi le film The Ister). Il s'agit dans un combat contre nous-mêmes, de nous arracher au quotidien et de nous transporter en un saut dans la sphère de la poésie qui n'est pas un simple moyen d'expression mais la voie par laquelle les puissances originelles de l'Être, (symbolisés par l'Éclair et le tonnerre unis avec le divin) peuvent nous atteindre (René Char).
En 1959, il publie Acheminement vers la parole, recueil de conférences méditant la Sprache à partir de Hölderlin, Georg Trakl, Stefan George et Novalis. L'ouvrage est dédié au poète français René Char, que Heidegger lit et rencontre : « pour René Char / en remerciement de l'habitation poétique tout proche au temps des séminaires du Thor / avec le salut de l'amitié ». Enfin, en 1967, puis en 1970, Heidegger assiste à Fribourg aux lectures de Paul Celan (sur cette rencontre, cf.James K. Lyon, "Paul Celan and Martin Heidegger: An Unresolved Conversation 1951-1970", The Johns Hopkins University Press, 2006; également H. France-Lanord, Paul Celan et Martin Heidegger, Fayard, 2004).

L'autre commencement et la Fin de la Métaphysique [modifier]

L'idée d'un autre commencement de la philosophie et d'un épuisement de la métaphysique ne peut véritablement intervenir qu'après Être et Temps ; après le Tournant.Jusqu'alors il n'avait été question que d'un approfondissement par la répétition de la question de l'être dans les formes où cette question avait toujours été posée, qu'en est-il de l'être de l'étant?[49]

La Conférence Temps et Être [modifier]

Cette Conférence Temps et Être[50] qui fit date dans la réception de la pensée de Martin Heidegger a été prononcée à Fribourg le 31 janvier 1962, ainsi dénommée en référence à la troisième section manquante de la première partie d' Être et Temps.Il s'y est agi de poursuivre le cheminement dans la question directrice ouverte dans le premier volume, 34 ans plus tôt, à savoir la connexion de l' Être et du Temps à l'étape présente de sa pensée.

De l'origine de l'œuvre d'art [modifier]

Der Ursprung des Kunstwerkes est d’abord une conférence prononcée à Fribourg-en-Brisgau en novembre 1935, renouvelée en janvier 36 à l’université de Zürich. Le texte définitif est celui de trois conférences prononcées les 17 et 24 novembre et le 4 décembre 1936 à l’université de Francfort, traduit par Wolfgang Brokmeiern dans Chemins qui ne mènent nulle part.Hans-Georg Gadamer[51] note combien cette conférence fit sensation en raison de « la conceptualité inouïe et surprenante qui osait s'élever autour de ce thème » , où il était question de monde mais aussi en contrepoint de terre, mot qui résonnait d'une tonalité mythique et gnostique[52], du ciel et de la terre et aussi du combat entre les deux[53]

Pour Heidegger, l'œuvre d'art est une puissance qui ouvre et installe un monde[54]. Dans Être et Temps, la mondanéité du monde (voir Monde et mondéité) se montrait d'une manière fugitive à même l'outil cassé. L'œuvre d'art, quant à elle, livre sa vérité en avançant librement à l'horizon du monde qu'elle ouvre, étroitement liée à la terre mère comme dans les œuvres que constituent le temple grec dans la campagne sicilienne ou des souliers usagers dans le tableau de Van Gogh[55]. Ce qui demandait un effort de l'observateur, une véritable expertise phénoménologique de l'outil par exemple, pour pouvoir dépasser les simples caractéristiques sensiblde les de la chose et y reconnaître péniblement l'ouverture d'un monde (celui de l'artisan par exemple) est maintenant directement révélé et dévoilé dans toute sa profondeur par la magie de l'art.

Parce que l'œuvre d'art tient en elle-même et que c'est elle qui donne consistance au monde qu'elle découvre plus qu'elle n'en tient son sens.

Ce que Heidegger découvre c'est que la vérité de l'être, à partir de l'exemple de l'irruption de l'œuvre d'art à l'horizon du monde (le temple grec) est moins le résultat d'un effort de la connaissance humaine que l'effet de la tension entre les puissances de la Terre et du Ciel[56], de la confrontation complexe entre les mouvements contradictoires de dé-couvrement et de recouvrement de l'étant, de brillance et d'obscurcissement, au sein de l' Ereignis .

La question de la technique [modifier]

La « question de la technique », dont le titre était Das Ge-stell parut dans Essais et Conférences appartient au cycle des conférences dites de Brême.

Pour Heidegger, la technique ou techné est un mode de décèlement (dévoilement) de l'étant et pas seulement un assemblage de moyens de production. André Préau dans Essais et conférences, traduit Ge-stell par « Arraisonnement » et François Fédier par « dispositif »[57].
Heidegger comprend l'essence de la technique au sens d'un certain destin de l'être et de l'histoire de la Vérité de l'Être [58],[59]. Il s'appuie sur la conception grecque de la techné comme poésis, ποίησις, c'est-à-dire tout d'abord un savoir et un savoir anticipateur de l'artisan. Le point décisif est que la techné, τέχνη, est moins un fabriquer, qu'un déceler, « la production fait venir hors du retrait dans le non-retrait »[60]; la technique redevient ainsi étymologiquement un mode spécifique du décèlement de l'étant. Seule une pensée instruite par un retour aux grecs, donc ouverte à l'Aletheia, est à même de penser l'essence de la technique[61].

Le trait caractéristique de ce décèlement n'est pas la production mais la « réquisition », la production moderne devient ce processus par lequel un ensemble articulé mobilise tout étant, le met en demeure, pour la consommation. L'étant est décelé non comme chose[62], mais comme stock disponible, son caractère de chose et même son objectivité s'effacent devant sa disponibilité, sa valeur. Le Ges-tell, le dispositif, est l'essence de la technique, mais de la technique vue comme destin du décèlement, en cela le Ges-tell porte à son comble l'oubli de l'être enclenché par la Métaphysique et sa forme ultime la Volonté de puissance. « Nous sommes à l'époque où cet oubli se précipite vers son achèvement, plus rien n'existe qui puisse bénéficier d'un être plus authentique dans quelque monde « sacré » ou « réservé » »[63].

L'homme lui-même est pris dans l'engrenage de cet arraisonnement et cela à un double titre. D'une part, il fait également partie du «fonds », débusqué par le principe de calculabilité intégrale : ainsi parle-t-on de « capital ou même de matériel humain » ou encore de « l'effectif des malades d'une clinique », d'autre part, l'homme est lui- même tenu de sommer la nature, la plier à ses besoins. Le garde forestier est requis d'abattre le bois pour que soit livrée la cellulose réclamée pour fabriquer le papier nécessaire aux journaux. Parce que l'homme peut lui-même, dans une longue nuit, entrer dans le champ de la disponibilité de la comparaison et de l'évaluation, la technique en tant que dispositif général devient quelque chose de dangereux[64]. L'espoir de Heidegger qui attribue à ce Ges-tell une tête de Janus, Januskopf, est que ce déferlement de la technique et de la volonté de puissance enclenche par ses excès une réaction salutaire du Dasein[65].

« Mais là où est le péril, croît aussi ce qui sauve » – Patmos, en Question IV, Hölderlin

L'Uniquadrité, das Geviert [modifier]

C'est progressivement au contact de la poésie de Hölderlin et dans une ultime étape que la question d'origine d’Être et temps, comme question du sens de l'être, s'est vue débordée, chez Heidegger, par la question du Monde qui se déploiera à son tour dans l'Uniquadrité, das Geviert comme si la quadrité, l'enlacement des quatre puissances élémentaires, à savoir la Terre, le Ciel, les Divins et les Mortels, était la Loi primordiale de l'Être[66].

Cet écartèlement de l'étant en quatre moments ou axes principaux est une constante dans l'histoire de la pensée de l'Être. On en trouve la première trace déjà dans Aristote qui voyait la phusis, pour lui le tout de l'étant, ordonnée selon quatre modes principaux, l'être par accident, l'être comme vrai, l'être selon les figures de la catégorie, l'être en puissance et l'être en acte[67], en parallèle avec une quadrature de couples d'opposés, être et devenir, être et apparence, être et penser, être et devoir.

Jean-François Mattéi s'applique à en recenser les multiples formes historiques tout au long de son livre[68]. Avec les puissances élémentaires que sont ses Dieux, ses Mortels, sa Terre et son Ciel que Heidegger dégage avec une particulière netteté dans sa Conférence sur l'origine de l'œuvre d'art[69], il semble poursuivre cette longue tradition. Or il introduit avec le jeu des ces quatre puissances une véritable novation car il ne s'agit plus pour lui d'exposer statiquement les formes irréductibles de l'étant, mais de décrire, pour la première fois dans l'histoire de la philosophie, et au sein même de l'être, dans les Ereignis, la tension et la lutte qu'elles s'y livrent, et qui révèle selon l'expression de Gérard Guest[70], une structure mouvementée de l'événement de l'être (voir Beiträge zur Philosophie (Vom Ereignis)).

Dans son interrogation sur l'être de la chose[71], Heidegger s'ingénie à décrire tout un spectacle cosmique caché. La chose n'est pas un simple objet inerte mais peut, en tant que chose, et du point de vue du Dasein, posséder une fonction dans cet ordre métaphysique[72]. Une cruche dans le monde grec, par exemple, n'est pas simplement de la terre mise en forme par un potier mais elle déploie son être dans le versement de ce qui est offert. Mais l'utilité de cette cruche, qui nous vient immédiatement à l'esprit, ne dit pas tout de son être. « Dans l'eau versée, la source s'attarde. Dans la source, les roches demeurent présentes, et, en celles-ci, le lourd sommeil de la terre qui reçoit du ciel la pluie et la rosée. Les noces du ciel et de la terre sont présentes dans l'eau de la source ». L'eau peut être offerte aux hommes mais aussi comme une offrande aux dieux. « Dans le versement du liquide offert, la terre et le ciel, les divins et les mortels sont ensemble présents ». L'ouverture à l'être dépasse l'homme, elle recompose la totalité de l'être. C'est ce que Heidegger nomme le quadriparti : la terre, le ciel, les hommes et les dieux. « La chose déploie son être en rassemblant. Rassemblant, elle fait demeurer la terre et le ciel, les divins et les mortels ». La saisie de la choséité de la chose nous ouvre à la totalité de présence de l'être. « Le quadriparti uni du ciel et de la terre, des divins et des mortels, qui est mis en demeure dans le déploiement jusqu'à elles-mêmes des choses, nous l'appelons le monde ». Heidegger commence toujours par la terre avant de l'accoupler au ciel pour dire l'être. Puis il nomme ceux qui partagent la parole qui dit l'être : les Divins et les Motels. La chose se manifeste en faisant venir un monde à l'apparaître. Ce monde est ce qui fonde l'être de la chose. « Le monde et les choses ne sont pas l'un à côté de l'autre, ils passent l'un à travers l'autre ».

Le statut des traités impubliés 1935-1989 [modifier]

Livres volontairement scellés et cachés, destinés à rester impubliés pendant 50 ans de part la volonté expresse de leur auteur, contemporains des grands cours fondateurs publics sur Nietzsche et Hölderlin, Héraclite et Parménide. Écrits en secret dans la solitude durant les années les plus sombres de l'histoire de l'Europe et enfin commencés à être publiés après un demi siècle, en 1989 ces traités cachés comprennent:les Beiträge zur Philosophie (Vom Ereignis) écrits de 1936 à 1938,Besinnung 1938-1939, Metaphysic und Nihilismus 1946-1948, Die Geschichte des Seyns 1938-1940, Über den Anfang 1941, Das Ereignis 1941-1942, Die Stege des Anfangs1944. Aucun de ces traités n'est à ce jour traduits en français.

La pensée à venir [modifier]

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La pensée à venir est une expression de Françoise Dastur[73] qu'elle a elle-même repris de Heidegger .

La Lettre sur l'humanisme [modifier]

Comment parler d'humanisme sans verbiage moral, si l'essence fondamentale de l'homme nous échappe ?
Cette lettre, adressée à jean Beaufret qui le questionnait sur le sens du mot humanisme, donne l'occasion à Heidegger de revenir sur le Dasein, sur le sens qu'il convient de donner au terme d'existence[74], et aussi sur l'une des thèses les plus obscures qu'il avait soutenu dans Être et Temps à son propos, et qui a trait à la nature profonde de l'homme, celle qui affirme que la familiarité est un mode de l'étrangeté, de l'Unheimlichkeit au sens où l'homme ne trouve jamais son chez soi et que le « ne pas être chez soi », son errance, appartient essentiellement à son être au monde[75],[76].

Ce qui est rapporté d'Héraclite c'est son dire essentiel sur la présence du divin (daimon) y compris au séjour le plus familier de l'homme, c'est-à-dire selon l'interprétation de Heidegger que, là aussi, il y a de l'« insolite » et de la « déchirure » dont l'homme ne peut absolument pas s'abstraire et qui empêche la vie de jouir en toute quiétude d'elle-même. La pensée qui pense ainsi le séjour de l'homme comme errance et ouverture à l'étrangeté est la vérité de l'Éthique, l'homme ne peut constitutivement se renfermer sur lui-même.

Face à cet absence de fondement ontologique Heidegger ne trouvera de secours que chez Hölderlin qui dans ses Hymnes lui montrera le seul chemin possible pour l'homme : se recréer des liens avec l'humanité par la poésie prise au sens grec de dévoilement de l'étant.

Article détaillé : Lettre sur l'Humanisme.

Le Tournant et la pensée de l'Ereignis [modifier]

Le Tournant ou die Kehre correspond à cette période fondamentale des années 1930, où « Heidegger va développer sous le nom d' Ereignis une nouvelle conception de l'être considéré non plus comme le fondement de l'étant, mais comme le déploiement de l'éclaircie à partir d'une occultation abyssale »[77].
Ereignis[78] c'est le mot clef de la méditation de Heidegger, depuis le milieu des années 1930 il apparaît nommément dans le titre du livre majeur de cette période, Beiträge zur Philosophie (Vom Ereignis) que l'on peut traduire Compléments à la philosophie (De l’Événement), entièrement consacré à la saisie de l'histoire de l'Être dans son advenue, ses mouvements et ses retraits tout au long d'une sextuple « flexion » ou « nervures » que Heidegger met patiemment à jour.

L'homme habite en poète [modifier]

« L'homme habite en poète »[79] est un vers emprunté à un poème de Hölderlin dont l'interprétation va permettre au second Heidegger (celui d'après le tournant) de compléter et d'approfondir sa nouvelle approche du Dasein humain.

  • l’habiter dont il est question ici a déjà pris le sens dans la conférence « Bâtir, habiter, penser »[80] , de l'être de l'homme, de la manière dont cet être se déploie ; car extensivement dans le terme habiter, il y a contenu, notamment dans l'étymologie du mot allemand bauen le mode selon lequel les mortels sont sur terre [81] ;
  • la poésie au sens de Hölderlin échappe au sens esthétique courant pour en se rapprochant du sens grec d’un faire, soit ici d’un bâtir, d’un faire habiter en disposant (prendre mesure). En poursuivant dans cette direction nous parviendront à l'être de l'habitation, au propre de l'homme ;
  • il ne suffit pas à l'homme de s'affairer, de construire, de cultiver, il ne peut habiter humainement que là où le poète a déjà pris la mesure du monde.
  • « Bâtir-habiter, c'est ouvrir l'espace propre à l'être de l'homme, c'est-à-dire le "Quadriparti". Cette notion, l'une des plus énigmatiques de toute la pensée heideggerienne, identifie l'habiter le plus authentique à l'exister de l'homme dans un « espace » qui relie la terre au ciel, les divins aux mortels, sans qu'aucune transcendance ni dualité ne viennent briser ce lien premier et fondamental »[82].

La pensée du dernier dieu [modifier]

C'est dans les Beiträge zur Philosophie (Vom Ereignis) qu'intervient cette expression de « dernier dieu » et plus précisément, selon la traduction de Gérard Guest, l'expression obscure de « la passée du dernier dieu »[83](Vorbeigang des letzen Gottes) qui ne fait référence à aucun des dieux connus, et particulièrement pas au Dieu chrétien.
Il y est question du divin (la plénitude, l'indemne)[84] en tant que ce divin accompagne créateurs et poètes dans l'installation et la configuration des mondes successifs. Hölderlin les voit maintenant en fuite et la plainte sur l'absence ou le retrait des dieux est devenue universelle. Ces dieux qui ne sont plus là, ou pas encore là, nous se savons pas s'ils nous fuient ou s'ils se rapprochent de nous et à quelle vitesse, mais ce que Heidegger nous dit c'est que leur absence, ce deuil sacré (voir article Les Hymnes de Hölderlin: La Germanie et le Rhin) est aussi une présence et que c'est peut-être cela seul que nous devons espérer et que cela seul constitue une parousie bien comprise. Les dieux passés sont passés et nous n'avons que leur ombre, d'autres dieux passent sans doute, mais dans nos affairements nous ne sommes pas en état de les voir[85]. C'est cette incapacité que Heidegger qualifie de désarroi du délaissement, désarroi d'autant plus profond qu'il ne se sait pas désarroi.
Il faut des éveilleurs (des philosophes, des penseurs ou des poètes) qui, parce qu'ils ont eux-mêmes pris conscience de ce délaissement et expérimenté le désespoir, travaillent à transporter les êtres humains jusqu'à cet entre-deux, entre la confusion oppressante et le dieu passé. Cet entre-deux n'est plus la transcendance mais au contraire l'ouverture à la vérité de l'Être. Heidegger s'inspire nettement de l'attitude du chrétien éveillé par Paul devant l'imminence de la Parousie, incertaine quant au jour et à l'heure, voir à ce propos Phénoménologie de la vie religieuse.

La pensée du danger en l'Être [modifier]

Heidegger est le témoin de son époque, si être témoin consiste à sonder les abîmes, à faire face à l’Événement, jusqu'au point de comprendre et d'exposer ce qui a rendu possible le pire et notamment « l'extermination de l'homme par l'homme » si « le mal ne peut plus être circonscrit à ce qui est moralement mauvais, ni non plus limité à n'être qu'un défaut ou un manquement au sein de l'étant »[86].
Heidegger penseur de la technique et du nihilisme est le premier penseur à avoir envisagé la possibilité d'un danger au sein même de l'Être, voire une certaine malignité en son sein (dissimulation du danger qui appartient à l'essence de la technique), que toute la tradition s'est attachée à exonérer de toute responsabilité, dans le fil de la tradition chrétienne, contre la vision plus réaliste et tragique des grecs ( voir les tragédies de Sophocle). Pensons au thème si prégnant de l'outrepassement, de l' Hybris, du dépassement des bornes de la simple prudence, qui enclenche systématiquement la fureur des Érinyes vengeresses.

Cependant :

« Mit dem Heilen zumal esrscheint in der Lichtung des Seins das Böse. Avec l'Indemne tout ensemble apparaît dans l'éclaircie de l'Être, le mal »

— Heidegger, Lettre sur l'humanisme, Aubier, page 156

Avec Hannah Arendt nous avons eu, comme exemple de la duplicité de l'être, la question du « crime bureaucratique » et de la banalité du mal dans les sociétés totalitaires alors que déjà et plus dangereux encore se lève dans nos sociétés démocratiques et paisibles la question redoutable du « crime ludique », celui des fonctionnaires pilotes de drônes portant la mort ciblée à des milliers de kilomètres.

Heidegger et les Grecs [modifier]

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Bien avant Heidegger la pensée grecque a joué un rôle important dans la philosophie allemande, il suffit de penser à Hegel, Marx et à Nietzsche; mais pour Heidegger, qui ambitionnait d'accomplir la métaphysique comme science de l'être autrement dit de porter à la clarté le sens du mot « être », ce que n'avait pu mener à bien aucun de ces prédécesseurs, il s'agissait de tout autre chose, car il se devait nécessairement de passer par une mise en question critique de ce commencement grec, révéré jusque là[87]. Critiquer le commencement grec en gardant à l'esprit qu'il peut s'agir soit d'une critique se limitant à sa première interprétation médiévale et scolastique, soit d'une critique des auteurs eux-mêmes qui n'aurait pas pensé assez profondément ce qu'ils avaient à penser. Le mot clef avec lequel Heidegger aborda la tradition métaphysique est le mot de « Déconstruction »[88]. Ceci implique :

La re-interprétation des classiques [modifier]

Heidegger a dans sa carrière, déjà depuis Marbourg , consacré de nombreux textes et cours à l'étude de Platon et d'Aristote auxquels il attribuait à l'origine , comme tous ses pairs, le véritable démarrage de la philosophie et de la pensée métaphysique, caractérisés par la distinction de l'être et de l'étant, que quelques présocratiques aurait difficilement pressenti avant eux. Bien vite il se distingua par l'originalité de sa critique que Jean Beaufret dans son livre[89] résume en deux mots « Nivellement » et « Alignement » de la conception de l'être de l'étant et et que Gerard Guest complètera dans ses Conférences[90] par l'idée de l'« Effondrement » de la Vérité de l'être dont ces deux auteurs auraient été l'occasion.

Le Nivellement de l'être chez Platon [modifier]

L' « être » lui ait d'abord apparu, note Heidegger, comme une propriété commune à tous les étants et donc en quelque sorte une manière d'être indifférenciée. Mais comme le Monde est constitué manifestement d'étants différents il y faut un principe d'individualisation, que Platon attribuera à un mécanisme en liaison avec l'idée du Bien. En effet, si l' « être » individuel est toujours éidos, « εἶδος » semblable au semblable, le trapèze au trapèze, chacun se distinguera par son degré de perfection par rapport à l'idée du Bien dans l'espèce. « Dans l'unité de l' « être » et de l'étant, l' « être subit un dédoublement qui le fait apparaître comme une propriété commune et comme un sommet unique à partir duquel tout s'anime »[91].

l'Alignement de l'être chez Aristote [modifier]

Heidegger constate qu'Aristote poursuit dans la voie ouverte par Platon et nomme le divin, « To θεῖον' » cette partie unique de l' « être » qui est seule digne de lui.Dés lors la théologie était née qui sera l'étude de l' « être » en tant que partie essentielle et commune de tout étant'[92].L'Un d'Héraclite après passage par Platon devient le point Fixe qui suppose l'alignement du Tout, l'instrument universel en sera, outre la Dialectique, l' « Analogia Entis » voir l'œuvre magistrale de Erich Przywara.Le Cosmos organique d'Héraclite est dorénavant ordonné , à un Premier , duquel sera issue « γένος » une classe d'Immuables puis le reste de l'étant, en suivant.

l'Effondrement de la Vérité-Alétheia chez Platon [modifier]

Selon Heidegger, Platon joue un rôle crucial dans l'histoire de la pensée de l' être , car avec lui se met en place dans l' Allégorie de la caverne[93] , une conception réductrice de la Vérité qui n'avait pas cours jusqu'à lui selon laquelle la Vérité résulte d'une correspondance entre l'idée et la chose et n'est que cela .

Heidegger met en question ce postulat, il voit dans cette conviction comme la manifestation d'un double préjugé, qu'il va s'attacher à déconstruire en remontant aux origines grecques de l'idée de Vérité dans le terme Aletheia. Il s'agit d'abord de voir que cette définition ontologique de la Vérité est en retrait sur la notion, extrêmement complexe des premiers penseurs de l'Aletheia, mais aussi du sens courant et populaire (épopée homérique) comme l'expose Marcel Détienne dans son livre[94] et donc que quelque chose de la richesse du premier sens s'est perdu au cours de l'histoire.

Un deuxième présupposé tout aussi commun et tout aussi problématique d'origine aristotélicien celui-là, réduit le concept de vérité à sa dimension logique qui veut qu' « une chose ne puisse en même temps et sous le même rapport être et ne pas être » selon le principe de contradiction. La vérité ne saurait être affirmée que d'une chose réellement étante selon les critères de la logique alors même que, selon Heidegger, la logique est suspendue elle-même à la Vérité de l'Être enfermant ainsi cette application du principe de contradiction dans un cercle.

C'est cette perte de sens, cet oubli de l'être dans sa richesse, à partir duquel la Métaphysique prendra paradoxalement son essor, ainsi que l'histoire de l'occident, que Heidegger qualifie d'effondrement, voire de catastrophe[95]

L'exhumation des pré-socratiques [modifier]

Après le tournant, la (Kehre), de sa pensée, Heidegger se lance dans une « méditation suivie sur l'histoire de l'Être » (entendue au sens d'un génitif subjectif, comme dans « l'histoire de la métaphysique occidentale » en laquelle l'Être se dispense en se retirant), méditation qui le conduit à se tourner par dessus les grands classiques grecs jusqu'au commencement de cette histoire : vers les présocratiques. Il consacre son séminaire d'été 1932 à l'étude d'Anaximandre voir La parole d'Anaximandre et Parménide. Des cours sont encore par la suite consacrés à Parménide (1942/43) et à Héraclite (1943 et 1944, puis en 1966-1967 dans un séminaire en commun avec Eugen Fink). Les Chemins qui ne mènent nulle part (« La parole d'Anaximandre ») et les Essais et conférences (« Logos », « Moïra », « Alêthéïa ») reprennent la plupart de ces avancées[96]. Hans-Georg Gadamer note cependant que c'est le reflet de ses propres questions que Heidegger a reconnu chez Anaximandre, Héraclite et Parménide[97].

Anaximandre [modifier]

Héraclite [modifier]

l'harmonie dans le combat [modifier]

Heidegger est très éloigné de la vision réductrice traditionnelle de Héraclite connu à la fois pour son obscurité et son opposition à Parménide, l'un étant le philosophe du mouvement universel, Τα Πάντα ῥεῖ, tout coule, l'autre celui de l'immobilité radicale[98].Il y a note Jean Beaufret du permanent chez Héraclite , la permanence de la mesure et de la justice Δίκη dans l'incessant combat du flux et du reflux[99].L'unité de la phusis φύσις est maintenue au sein même des oppositions, du jour et de la nuit, de la paix et de la guerre, de l'abondance et de la disette .C'est déjà à travers la métaphore de l' « éclair » qui illumine en un instant, de son rayon, toute la scène des êtres comme dans la caverne platonicienne, et non en faisant appel au Soleil permanent dans son éclairage, que Héraclite perçoit l'unité du Tout,Τα Πάντα ,image de l'éclair dont Heidegger va se saisir comme une anticipation pré-socratique de son Ereignis

la nature aime à se cacher [modifier]

Aphorisme célèbre de Héraclite qu Heidegger interprète, non comme une difficulté pour la nature à être connue,ni comme une difficulté de la connaissance humaine, mais comme une part d'obscurité qui lui est propre, même essentielle. Elle n'est pas seulement irruption à la lumière mais aussi retrait dans l'obscurité; elle comprend aussi bien la fleur éclose que l'enracinement de la plante.Dans l'ouverture, le là du « se montrer » de l'étant se manifeste le voilement de l'être lui-même remarque Hans-Georg Gadamer[100].Ces reflexions sont particulièrement développées dans la conférence De l'origine de l'œuvre d'art[101]

Parménide [modifier]

La déconstruction de la Métaphysique [modifier]

la critique de Kant [modifier]

la critique de Hegel [modifier]

la critique de Nietzsche [modifier]

Les critiques de fond et principales controverses [modifier]

Sommaire de la section

Un certain nombre de penseurs se sont illustrés en apportant des critiques de fond à la pensée heideggerienne tels en premier son professeur, Edmund Husserl, mais aussi Helmuth Plessner, Ernst Cassirer, Emmanuel Lévinas, Hans-Georg Gadamer , Eugen Fink , Michel Henry.
C'est sans doute à travers les jugements critiques consacrés à son œuvre que l'on saisit le mieux l'ampleur de l'apport de Martin Heidegger à la philosophie de notre temps.

Pour Edmund Husserl, Heidegger a trahi la phénoménologie [modifier]

Dans son exemplaire d’Être et Temps, Edmund Husserl qualifie l'analytique du Dasein d’Anthropologie Philosophique, autrement dit il reproche à son ancien élève d'avoir abandonné la perspective scientifique de la phénoménologie transcendantale (avec son ego transcendantal qui ne naît ni ne meurt jamais) pour une pensée axée exclusivement sur l'homme fini, le Dasein, dans un monde concret[102]. À quoi Heidegger répliquera que l'ego transcendantal de son maître n'est à tout prendre qu'un subjectivisme transcendantal et que lui seul, en reprenant à neuf la question de l'être, abandonnée depuis longtemps, a pu s'extraire de la perspective anthropologique qui imprègne toute la pensée philosophique depuis Descartes. C'est d'ailleurs ce même argument qu'il va opposer à ceux qui veulent l’intégrer dans la philosophie de l'existence, die Existenzphilosophie avec Kierkegaard, Jaspers et Sartre [103].

Helmuth Plessner et la critique de l'analytique existentiale [modifier]

Dés 1928 Helmuth Plessner dans son livre Les degrés de l'organique et l'homme se démarque explicitement de la voie de l'analytique du Dasein accusée d'écarter la « vie » au profit de l'« existence »[104]. La question essentielle qui fait débat en ce début de XX siècle c'est la question de l'essence de l'homme, de son unité, et donc l'élaboration d'une « anthropologie scientifique » qui puisse rassembler l'ensemble de ses déterminations . Helmuth Plessner, qui s'appuie sur les travaux des biologistes, considère qu'il y a de la naturalité dans la capacité de l'homme a transformé son environnement naturel en environnement culturel. Face à Heidegger et à la primauté qu'il accorde à l'existence, Helmuth Plessner soutient que « la vie recèle l'une de ses possibilités l'existence » et qu'il n'y a pas, ce point acquis de la primauté de la vie , de désaccord profond sur l'analytique du Dasein[105].
Pour Heidegger, néanmoins, le malentendu est autre, il réside dans la possibilité même d'une « anthropologie scientifique » qui reste pour lui un concept ambigu, soit la définition d'un étant parmi d'autres étants, et donc une simple ontologie régionale, soit un étant dit certain à la manière cartésienne, ce qui implique comme fondement la subjectivité humaine. Dans l'un et l'autre cas l'anthropologie scientifique ne peut prétendre à être un fondement de la pensée philosophique. Comme le dit Heidegger, l'anthropologie devient une sorte de dépotoir de toutes les questions non résolues[106] .

Helmuth Plessner élargit sa critique en soulignant le caractère an-historique de l'analytique et les conséquences qu'elle entraîne. Heidegger ne proposerait que des définitions « neutres » de l'existence humaine, à partir desquelles aucune analyse politique ne peut être élaborée, ni aucune décision prise par rapport à une conjoncture historique et politique. Or, explique Helmuth Plessner, l'essence de l'homme n'existe pas, elle ne tient dans aucune définition, parce qu'il est appelé à se déterminer lui-même dans l'histoire, de manière historique et selon les situations où il devient ce qu'il a décidé d'être.Helmuth Plessner soutient que l'Homme ne peut être contenu dans « aucune définition neutre d'une situation neutre ». En 1931, il écrit Le Pouvoir et la nature humaine, après la percée des nationaux-socialistes aux élections de 1930. C'est dans ce contexte qu'il exhorte la philosophie à se réveiller de son rêve, à cesser de croire qu'elle pourra saisir le « fondement » de l'homme. Son concept d'historicité l'amène à penser qu'elle doit se risquer dans le domaine de la politique et prendre la responsabilité de s'affronter à ses dangers.

La politique est définie selon Helmuth Plessner, de manière très « machiavelienne », comme « l'art de l'instant favorable, de l'occasion propice », ce que les Grecs appelaient le kairos et ce pourquoi Machiavel associait la fortuna à la virtù nécessaire à l'homme politique. Et en 1931, l'impératif du moment, pour un philosophe, est précisément de saisir la dimension politique qui construit l'homme, son appartenance à un peuple qui est son trait distinctif, et l'importance de la nationalité (Volkstum). Helmuth Plessner adresse par là une seconde critique à Heidegger : celle de ne pas accorder suffisamment d'attention à la nationalité, à partir de laquelle se posent tous les problèmes politiques d'un peuple. L'homme n'existerait que dans l'horizon de son peuple. Selon Plessner, la philosophie de l'authenticité ne fait que creuser le fossé, traditionnel en Allemagne, entre « une sphère privée du salut de l'âme et une sphère publique du pouvoir ». Selon lui, Heidegger favorise ainsi l'indifférence en politique. Et de fait, Heidegger n'énonce aucune philosophie politique particulière, aucun dogme défini, car si son vote de conscience est allé au national-socialisme des premiers moments, avec l'espoir de changer le monde, il reste fidèle à une seule voie : celle de la philosophie.

Ernst Cassirer et la défense du rationalisme [modifier]

La rencontre de Davos, en 1929 a donné l'occasion d'une confrontation célèbre entre Ernst Cassirer, un tenant de la tradition rationaliste, et Heidegger. Le débat s'est noué autour de l'interprétation du kantisme et de la place de l'angoisse et de la finitude. Ce qui, pour Heidegger, est une situation indépassable, peut être pour Cassirer transcendé dans la succession infinie des formes intellectuelles et dans la percée éthique vers l'intelligible et les valeurs universelles[107].
Cassirer était l’un des chefs de fil de l’École de Marbourg, un courant philosophique qualifié de « néo-kantien ». Le kantisme affirme que la raison est inapte à comprendre le monde tel qu’il est. D’où cette conséquence révolutionnaire : la vérité ultime sur le monde sera à jamais inaccessible à la pensée. Dans sa Critique de la Raison Pure, Kant affirme, en effet, que la connaissance sur le monde est bornée par des « catégories a priori de l’entendement ». En d’autres termes, nos connaissances sont modelées par des cadres mentaux qui préexistent à toute expérience. Ainsi, la perception du temps (linéaire), de l’espace (à trois dimensions), ou de la causalité (chaque chose à une cause qui la précède) ne reflètent peut-être pas la nature profonde du monde, mais expriment plutôt la structure de notre esprit. Tel était le sens de la « révolution copernicienne », inaugurée par Kant.

Ernst Cassirer poussait plus loin la démarche kantienne. Kant s’est surtout intéressé aux pouvoirs et aux limites de la « raison pure ». Or notre connaissance passe aussi par d’autres formes de connaissance : le langage, le mythe, l’art…, qu'Ernst Cassirer rassemble sous le nom de « formes symboliques ». Pour l’homme, l’eau est aussi une idée, un mot, qui renvoie à d’autres mots, d’autres idées : la fraîcheur, la pureté, la mer, la vie, etc. Le serpent effraie la souris qui ne voit en lui qu’un danger mortel. Pour l’homme, le serpent peut aussi prendre la figure d’un symbole : il évoquera le poison, la tentation, le sexe masculin, etc. C’est par ce jeu de correspondance que fonctionnent les mythes ou la poésie, précise Cassirer. La fonction du symbole est d’ouvrir la pensée humaine à une créativité et une liberté sans fin, c'est lui qui ferait le partage entre l'homme et l'animal.

Heidegger a une conception plus rude de l'être de l'homme, comme « être-jeté » et être-vers-la-mort, plongé dans le temps, au prise avec sa liberté, sa finitude, et sa mort. Ce débat portait au fond sur la nature de la pensée et le propre de l’homme. La pensée est-elle réductible au langage et à ses « formes symboliques » comme le pense Ernst Cassirer ? Est-elle plutôt ancrée dans l’image et la perception du temps, comme le pense Heidegger ? Le langage ou l’imagination : quel est le propre de l’homme ? Voilà la question qui fut posée à Davos[108].

L'écart théorique ne doit pas toutefois être exagéré, comme Servanne Jollivet[109] le soutient, Cassirer le kantien n'était pas tout à fait insensible à la reconduction effectuée par Heidegger de tout étant subsistant à un mode plus originaire qui serait son « utilisabilité ».

Emmanuel Lévinas et la revendication éthique [modifier]

  • Heidegger en exaltant les rapports pré-techniques de l'homme avec la nature, conduirait l'ontologie, selon Levinas, à devenir une ontologie de la nature, puissance impersonnelle et sans visage, matrice des êtres particuliers subordonnant le rapport à autrui à la relation avec l'être en général menant fatalement à la tyrannie.
  • Dans « Heidegger, Gagarine et nous »[110], Lévinas croit percevoir chez Heidegger fasciné par Hölderlin « le désir de retrouver une enfance pelotonnée mystérieusement dans le Lieu, s'ouvrir à la lumière des grands paysages, à la fascination de la nature, au majestueux campement des campagnes », « sentir l'unité qu'instaure le pont reliant les berges de la rivière et l'architecture des bâtiments, la présence de l'arbre, le clair-obscur des forêts, le mystère des choses, d'une cruche, des souliers éculés d'une paysanne, l'éclat d'une carafe de vin posée sur une nappe blanche »[111], d'où la conviction que Heidegger considère négativement tout ce que l'homme a rajouté à la nature.
    D'ailleurs la nature y parle poétiquement et anonymement, mais aussi le langage, dont le centre de gravité n'est plus dans l'homme, le prochain, mais dans l'Être. D'où pour le philosophe porté par la tradition juive, Lévinas, la dénonciation immédiate, chez Heidegger, de la tentation de l'enracinement et du paganisme naturaliste dont il se ferait l'écho. Lévinas ira jusqu'à dire que la technique nous délivre des attachements terrestres, des « dieux du lieu et du paysage » dont elle nous a montré « qu'ils sont que des choses, et qu'étant des choses ils ne sont pas grand-chose »[112].
  • Dans « Totalité et Infini »[113] Lévinas décrit l'homme dans un rapport au monde essentiellement axé sur la sensibilité, la jouissance et le jeu, rapport étranger à la finalité et à l'utilitarisme qu'ignorerait le Dasein heideggerien dans son être-au-monde imprégné de significativité. Ici le monde des choses ne s'ordonne pas prioritairement en vue d'une finalité (produire un objet , satisfaire un besoin) mais d'abord dans et par la jouissance qu'elles peuvent procurer. Il y a de la jouissance dans l'absorption de nourriture avant sa nécessité biologique, comme dans l'étude avant le diplôme, et même dans la souffrance du gréviste de la faim qui se repaît de la compassion publique ; la sensibilité et la jouissance sont premières et antérieures à toute intentionnalité et représentation. Lévinas écrit page 142 « Il est curieux de constater que Heidegger ne prend pas en compte la relation de jouissance ».
  • Plus obsédante et pourtant moins justifiée, sur le plan de l'analyse du Dasein, apparaît la revendication éthique à travers l'ineffabilité du visage d'autrui, de celui qu'il présente comme infiniment autre, que Lévinas reproche à Heidegger de n'avoir pas perçue. Il est certain que Heidegger évite le langage prophétique[114], mais on ne peut rien en déduire quant à la capacité de l'Être-avec d'entendre ou non l'appel de celui que Lévinas nomme l'infiniment Autre, la conception de Heidegger échappe sur ce plan à la critique de Lévinas.
  • Enfin, de la priorité de l'éthique sur l'ontologie fondamentale, Lévinas est amené à attribuer à ce qu'il appelle « la responsabilité pour autrui » le rôle moteur dans la constitution du sujet autonome et à la naissance de la conscience de soi comme d'emblée en dette, rôle que Heidegger confie en tout premier lieu à l'anticipation de sa mort par le Dasein ( voir Être-vers-la-mort ).
Article détaillé : Totalité et infini.

Michel Henry et la complexité du Monde de la vie [modifier]

Entre Heidegger et Michel Henry[115], Jean Greisch[116] relève, après quelques convergences, une opposition frontale sur des positions phénoménologiques fondamentales quant à l'être humain. L'un et l'autre ont, à des étapes différentes de leur parcours, pris appui sur une interprétation phénoménologique du christianisme, plus précisément du christianisme primitif pour Heidegger (se reporter à Phénoménologie de la vie religieuse).

On doit d'abord noter trois convergences phénoménologiques manifestes :

  • c'est à partir des tourments de l'expérience de la vie du chrétien que l'un et l'autre tentent de trouver la signification radicale de la vie et de ses modalités de sa phénoménalisation,
  • l'un et l'autre récusent toute approche objectiviste de la vie facticielle (voir Dasein),
  • l'un et l'autre doivent faire face au phénomène de la « fuite » de l'être humain par rapport à lui-même.

Ce qui les oppose :

  • l'impossibilité pour Michel Henry de souscrire à la thèse d'un Monde qui, comme horizon de compréhensibilité, consacre, pour lui, le triomphe de la représentation;
  • pour Michel Henry cette dernière ne peut en aucun cas nous permettre de comprendre l'Ipséité;
  • leur vision de Descartes. Heidegger afin d'asseoir sa polémique anti-cartésienne et sa propre vision aurait déformé dans « Nietzsche II » le sens du Cogito en assimilant abusivement Cogitare et percipere, réduisant le représenté à un étant devant soi, un disponible. « À partir de là le représenté n'est plus seulement donné mais dis-posé en tant que disponible, établi et assuré comme ce sur quoi l'homme peut régner en maître »[117], interprétation qui va permettre à Heidegger d'enchaîner son argumentation sur la marche de la métaphysique vers la primauté absolue de la Subjectivité. Michel Henry veut sauvegarder l'essence originelle et immanente de la pensée et de la phénoménalité et lutter contre l'idée de la représentéité. La phénoménalité originelle s'accomplit comme Ipséité dans une auto-affectation immédiate et sans distance. Michel Henry voit dans Descartes une confirmation de sa thèse, car l'homme n'intervient dans le cartésianisme qu'au moment où il se découvre fini, nullement comme un fondement. Dans le Cogito, l'homme n'est pas au centre de la problématique, il l'exclut bien plutôt radicalement, ce qui subsiste après réduction n'a ni yeux, ni oreilles, ni corps c'est une pure phénoménalité[118].

Hans-Georg Gadamer [modifier]

Selon Jean Grondin, Hans-Georg Gadamer, philosophe célèbre lui-même, élève et ami personnel de Martin Heidegger nous offre à travers son livre Les chemins de Heidegger un témoignage exceptionnel sur le chemin de pensée complexe de son maître, avec ses impasses, ses reprises et ses percées révolutionnaires. Ce livre n'est toutefois pas un simple panégyrique mais un dialogue plein de doutes ainsi qu'une confrontation de haut niveau.

Gabriel Marcel [modifier]

Paul Ricœur [modifier]

Gunther Anders [modifier]

Gunther Anders, essayiste allemand époux d'Hannah Arendt, dans le livre Sur la pseudo-concrétude de la philosophie de Heidegger[119] tente une critique qui se veut radicale de l'ontologie heideggerienne présente dans ses textes d'avant la Seconde guerre Mondiale, notamment dans Être et Temps, (1927) et sur le concept de Dasein. Pour plus d'informations sur ces thèses voir mémoire d'Edouard Joly[120].

Eugen Fink [modifier]

Notoriété et influence [modifier]

Hans-Georg Gadamer parlera de succession de pensées et de chemins nouveaux, exerçant une influence presque suffocante sur la philosophie européenne des cinquante dernières années du XXe siècle[121].
Heidegger eut notamment pour élèves Hannah Arendt, Leo Strauss, Emmanuel Lévinas, Jean Wahl, Hans Jonas, Herbert Marcuse, Max Horkheimer, Oscar Becker, Walter Biemel, Karl Löwith, Hans-Georg Gadamer, Eugen Fink, Jan Patočka, Peter Sloterdijk et Blankenburg.

L'importance donnée à Heidegger dans les courants de la phénoménologie et de la philosophie postmoderne est très grande. De nombreux philosophes de renom en Europe ont été soit formés à la pensée de Heidegger, soit largement influencés par son œuvre. En Italie, c'est le cas de Giorgio Agamben, Massimo Cacciari, Ernesto Grassi et Gianni Vattimo, parmi d'autres ; en Allemagne, Ernst Tugendhat et Peter Sloterdijk ; en Espagne, José Ortega y Gasset, Xavier Zubiri et Julián Marías ; en Grèce, Kostas Axelos ; en Roumanie, Alexandru Dragomir. Aux États-Unis ou au Canada, nombreux sont également les penseurs qui, tels Hubert Dreyfus, Stanley Cavell ou Richard Rorty, ou encore Charles Taylor, se réfèrent à Heidegger et qui ont connu son influence. Emmanuel Levinas parle de « la dette [que] tout chercheur contemporain [doit] à Heidegger – dette qu'il lui doit souvent à regret »[122].

La réception de l'œuvre heiddegérienne parmi les philosophes analytiques est différente. À l'exception d'une recension favorable de Être et Temps par Gilbert Ryle dans l'article « Mind of Being and Time » peu de temps après sa publication, les contemporains analytiques de Heidegger trouvèrent autant le contenu que le style comme des exemples de la pire façon de faire de la philosophie[123]. De grands noms issus de ce courant ont toutefois été influencés par la pensée du philosophe allemand, notamment Richard Rorty.

Influence de Heidegger en France [modifier]

Se reporter essentiellement à l'excellente étude de Dominique Janicaud Heidegger en France Hachette pluriel 2005
La première traduction d'Heidegger en langue française a été l’œuvre d'Henry Corbin. C'est sans doute dans notre pays que l'influence de Heidegger fut la plus prégnante[124]. C'est Georges Gurvitch qui, le premier, en 1928, fit état de Sein und Zeit dans son cours à la Sorbonne, mais il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour voir percer son influence. Il fut un penseur de référence pour une pléiade d'auteurs :

Notes et références [modifier]

  1. Cf. Pascal Le Vaou, « Existenzanalyse et Daseinsanalyse : deux perspectives différentes du Logos », Le Portique, Archives des Cahiers de la recherche, Cahier 2 2004 : « Ayant distingué dès sa Conférence de 1927 la distinction de la pensée et de la foi, ayant réaffirmé dans Introduction à la métaphysique qu’une « philosophie chrétienne est un cercle carré et un malentendu », il soutient que la tâche d’une philosophie de la religion, « en l’occurrence d’une pensée du Logos chrétien, [lui] était étrangère par principe ». »
  2. http://www.republique-des-lettres.fr/martin-heidegger-0000.php Hannah Arendt et Martin Heidegger sur la République des Lettres
  3. François Paulhac, Bibliothèque d'histoire de la philosophie, éditions Vrin, 2006 (ISBN 2711618390)(ISSN 9782711618392) [lire en ligne], p. 9 
  4. Victor Farias, Heidegger et le nazisme, Verdier, 1987.
  5. François Fédier, Heidegger. Anatomie d'un scandale, Robert Laffont, Paris, 1988. ISBN 2-221-05658-2
  6. 1945 : lettre adressée en novembre 1945 au rectorat académique de l’université Albert-Ludwig; citée par Jacques Derrida dans La Main de Heidegger (en ligne), conférence prononcée en mars 1985 à Chicago (Université de Loyola); actes dans "Deconstruction and Philosophy", The University of Chicago Press, 1987.
  7. Débat sur la philosophie en 4 partie - visible sur Dailymotion
  8. Faye, Emmanuel. 2007. Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie. Biblio essais, pp. 12-13
  9. François Fédier (ed.), Heidegger, à plus forte raison, Paris : Fayard, 2007 (Philippe Arjakovsky, Henri Crétella, Pascal David, François Fédier, Hadrien France-Lanord, Matthieu Gallou, Gérard Guest, Jean-Pierre Labrousse, François Meyronnis, Jean-Luc Nancy, François Nebout, Étienne Pinat, Nicolas Plagne, Alexandre Schild, Bernard Sichère, Éric Solot, Pierre Teitgen, Stéphane Zagdanski)
  10. Iln'y a pas de philosophie de Heidegger.Et quand bien même il devrait y avoir quelque chose de ce genre, je ne m'y intéresserais pas, mais seulement à la chose même dont il y va en toute philosophie. Heidegger Colloque Cerisy-la-Salle 1955
  11. Heidegger, Alain Boutot Que sais-je ?, PUF 1989
  12. Maurice Corvez, La Philosophie de Heidegger. Initiation philosophique, PUF 1961
  13. Françoise Dastur, Heidegger et la pensée à venir Problèmes et Controverses 2011 page 9
  14. Gerard Guest doc pdf http://parolesdesjours.free.fr/evenement.pdf
  15. cité par Jean Beaufret, dans En chemin avec Heidegger, Cahier de l'Herne, biblio essai, page 211
  16. Alphonse de Waelhens Chemins et Impasses de l'Ontologie Heidegerienne.A propos des Holswege, Louvain E.Nauwelaert 1953 page 5
  17. Danic Parenteau Horizons philosophiques, vol. 14, n° 2, 2004, p 28-29 http://id.erudit.org/iderudit/801262ar
  18. Danic Parenteau ibid p 29
  19. Jean-Luc Marion Différence ontologique ou Question de l'Être http://www.jstor.org/discover/10.2307/40885477?uid=3738016&uid=4580880917&uid=2129&uid=2&uid=70&uid=3&uid=60&sid=21102296922757
  20. Françoise Dastur, Heidegger et la pensée à venir, VRIN, 2011, page 62
  21. Le jeune Heidegger 1909-1926, S.Arrien S.Camilleri, (éd)Problèmes et Controverses, VRIN, 2011
  22. S.Jollivet Cl.Romano (éd) Heidegger en dialogue, 1912-1930, Rencontres, affinités et confrontations Problèmes et Controverses, VRIN, 2009
  23. Martin Heidegger Ontologie Herméneutique de la factivité 2012
  24. La Métaphysique pense l'étant comme tel et dans son tout à partir du retrait en lui de l'être et de sa vérité « Jean Beaufret Dialogue avec Heidegger Philosophie moderne "Arguments" éditions de minuit p 211 »
  25. Les Problèmes fondamentaux de la phénoménologie 1927
  26. Les concepts fondamentaux de la Métaphysique Monde-finitude-solitude 1929-1930
  27. Prolégomènes à l'histoire du concept du temps 1925
  28. Camille Riquier La temporalité ekstatique: Heidegger Lecture de Bergson dans collectif Heidegger en dialogue 1912-1930 Problèmes et Controverses VRIN 2009 page 35
  29. Cette identification au temps doit être entendue non comme une suite de maintenants mais selon une conception plus originaire dont le temps des horloges n'est qu'une forme dérivée et dénivelée, voir Préface Alain Boutot, page 8, dans Martin Heidegger Prolégomènes à l'histoire du concept du temps, Gallimard, 2006
  30. Françoise Dastur, Heidegger et la pensée d'avenir, VRIN, 2011, page 164
  31. Hans-Georg Gadamer Les Chemins de Heidegger VRIN 2002 page 164
  32. Jean Grondin Le tournant dans la pensée de Martin Heidegger Epiméthée PUF 1987 page 103
  33. Françoise Dastur, Heidegger et la pensée d'avenir, VRIN, 2011, page 62
  34. Michel Haar dans Heidegger 1919-1929 collectif De l'herméneutique de la facticité à la métaphysique du Dasein Problèmes et Controverses VRIN 1996 pages 67-91
  35. Françoise Dastur, Heidegger et la pensée à venir Problèmes et Controverses 2011, p. Avant Propos
  36. Jean Grondin Le tournant dans la pensée de Martin Heidegger 1987
  37. voir Lettre à Richarson in Question IV Gallimard p 177 sq
  38. Françoise Dastur, Heidegger et la pensée d'avenir, VRIN, 2011, page 62
  39. Jean Beaufret Dialogue avec Heidegger Philosophie moderne collection Arguments les Éditions de Minuit p 203
  40. Martin Heidegger Nietzsche II Chapitre VII La détermination ontologico-historiale du Nihilisme Gallimard 1985
  41. Michel Herren Heidegger et l'essence du nihilisme http://www.phusis.ch/steve/wp-content/uploads/Heideggermai04.pdf
  42. Texte d’une conférence prononcée à Milan] JÜNGER, HEIDEGGER ET LE NIHILISME Alain de Benoist http://fr.scribd.com/doc/3323664/Junger-Heidegger-et-le-nihilisme-Alain-de-Benoist
  43. Françoise Dastur Situation du nihilisme: la réponse de Heidegger à Jünger dans Heidegger et la pensée à venir VRIn page 167
  44. Françoise Dastur Situation du nihilisme: la réponse de Heidegger à Ernst Jünger dans Heidegger et la pensée à venir VRIn page 165 « la définition par les valeurs est insuffisante, car elle ne permet pas de penser le nihil comme tel, c'est-à_dire en fin de compte l'être lui-même… »
  45. Françoise Dastur Modernité, Technique, Éthique dans Heidegger et la pensée à venir VRIn page 125
  46. Martin Heidegger Nietzsche II Chapitre VII La détermination ontologico-historiale du Nihilisme Gallimard 1985 pages 275-277
  47. 1934-35:Les Hymnes de Hölderlin:La Germanie et le Rhin, 1936 la conférence sur Hölderlin et la poésie tenue à Rome, 1939 et 1940 le discours Comme un jour de fêteetc
  48. a et b Jean-François Mattéi Heidegger et Hölderlin Le Quadriparti 2001
  49. Françoise Dastur Heidegger et la pensée à venir page 207
  50. Heidegger Questions III et IV Tel Gallimard 1990
  51. Hans-Georg Gadamer Les Chemins de Heidegger Textes Philosophiques VRIN 2002 page 117
  52. Pour l'exploration de ce thème de la terre dans la thématique de l'œuvre d'art , ainsi qu'aux raisons de l'utilisation de ces metaphores se reporter aux pages consacrées à la Vérité de l'œuvre d'art dans l'opuscule de H.G.gadamer cité pages 113 à 127 ainsi qu'aux pages 135-138
  53. ibid page 136
  54. Christian Dubois Heidegger.Introduction à une lecture Points Seuil 2000 page 255
  55. Christian Dubois, Heidegger. Introduction à une lecture, Points Seuil 2000 page 259
  56. Hans-Georg Gadamer Les Chemins de Heidegger Textes Philosophiques VRIN 2002 page 123
  57. Jean Grondin Le tournant dans la pensée de Martin Heidegger Epiméthée PUF 1987 traduit en paraphrasant Gestell signifie le rassemblement indifférencié, la mathematisation de l'étant dans sa totalité pour assurer sa disponibilité
  58. Christian Dubois Heidegger Introduction à une lecture points essai Seuil 2000 p207
  59. voir Essence de la Vérité - Heidegger
  60. cité par Didier Franck Heidegger et le Christianisme L'explication silencieuse Epiméthée PUF 2004 page 46
  61. Alexandre Lowit, Les essais et conférences et la tâche de notre pensée, Revue Philosophie, n°116, Études sur Heidegger, page 25
  62. voir l'essence de la chose dans « Essais et Conférences »
  63. Hans-Georg Gadamer Les Chemins de Heidegger Textes Philosophiques VRIN 2002 page 152
  64. Christian Dubois, Heidegger. Introduction à une lecture, Points essai Seuil 2000 p207
  65. Jean Grondin, Le tournant dans la pensée de Martin Heidegger, Epiméthée, PUF, 1987, page 106
  66. par Jean Beaufret dans En chemin avec Heidegger Cahier de l'Herne biblio essai page 220
  67. Jean-François Mattéi Heidegger et Hölderlin Le Quadriparti Epiméthée PUF 2001 page 75
  68. Jean-François Mattéi Heidegger et Hölderlin Le Quadriparti Epiméthée PUF 2001
  69. dans Chemins qui ne mènent nulle part Tel Gallimard
  70. Gerard Guest Séminaire Paroles des jours 8 eme séance 28/06/2008http://parolesdesjours.free.fr/seminaire8.htm
  71. Martin Heidegger, Qu'est-ce qu'une chose ? (Gallimard)
  72. Arnaud Dewalque France Culture http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4606798
  73. Françoise Dastur, Heidegger et la pensée à venir Problèmes et Controverses 2011
  74. Lettre sur l'humanisme éd Aubier p60-61
  75. [[#Françoise Dastur, Heidegger et la pensée à venir, Problèmes et Controverses2011|Françoise Dastur, Heidegger et la pensée à venir, Problèmes et Controverses 2011]], p. 129
  76. Lettre sur l'humanisme p144-145 et sq
  77. Françoise Dastur Heidegger et la pensée à venir VRIN 2011 page 62
  78. « reconnu intraduisible par Heidegger lui-même, auquel il ne donne plus son sens habituel d'événement, mais celui d'appropriement que lui reconnaît l'étymologie populaire qui le fait faussement dériver de eigen, tout en maintenant la véritable étymologie qui renvoie à Auge, œil qui lui donne le sens d'apparition »Françoise Dastur, Heidegger et la question du temps, Philosophies, PUF, 1990, page 120
  79. Martin Heidegger essais et conférences collection TEL Gallimard pages 224 à 245
  80. Martin Heidegger essais et conférences collection TEL Gallimard pages 170 à 193
  81. ibid page 175
  82. Philippe Granarolo conférence de la Londe http://www.granarolo.fr/textes/conferences/31-qlhomme-habite-en-poete-q.html
  83. Gerard Guest Paroles des Jours Séminaire 8e 06/2008 vidéos 5 à 15 http://parolesdesjours.free.fr/seminaire8.htm
  84. Pascal David Le Dieu Enfin dans L'infini n°95 Le Danger en l'Être « Heidegger a pu parler de la plénitude cachée de ce qui a été et qui, ainsi rassemblé, est du divin chez les grecs, chez les prophètes juifs, dans la prédication de Jésus »
  85. Ce n'est qu'à partir de la vérité de l'Être que se laisse penser l'essence du sacré. Ce n'est qu'à partir de l'essence du sacré qu'est à penser l'essence de la divinité. Ce n'est que dans la lumière de l'essence de la divinité que peut être pensé et dit ce que doit nommer le mot « Dieu », Lettre sur l'Humanisme p135
  86. Gerard Guest dans L'Infini 95 Heidegger: le danger en l'Être été 2006 page 11
  87. Hans-Georg Gadamer Les Chemins de Heidegger Textes Philosophiques VRIN 2002 page 160
  88. Hans-Georg GadamerHeidegger et l'histoire de la philosophie dans Cahier de l'Herne Heidegger biblio essais 1986 page 118
  89. Jean Beaufret Dialogue avec Heidegger Philosophie grecque Éditions de Minuit 1973 page 96
  90. Gerard Guest Paroles des jours Séminaire 3 séance 15/12/2007 n°13 http://parolesdesjours.free.fr/seminaire3.htm
  91. Jean Beaufret Dialogue avec Heidegger Philosophie grecque Éditions de Minuit 1973 page 96
  92. Jean Beaufret Dialogue avec Heidegger Philosophie grecque Éditions de Minuit 1973 page 96
  93. Martin Heidegger (trad. Alain Boutot), De l'essence de la vérité Approche de l'allégorie de la caverne et du Théétète de Platon, Gallimard, 2001
  94. Marcel Détienne Les maîtres de vérité dans la Grèce archaïque éd. la découverte 1990
  95. Gérard Guest Paroles des jours séminaire 15/12/2007 3e séance vidéo 13 http://parolesdesjours.free.fr/seminaire3.htm
  96. Martin Heidegger et Eugen Fink Héraclite Séminaire du semestre 1966-1967 page de garde
  97. Hans-Georg Gadamer Les Chemins de Heidegger VRIN 2002 page 163
  98. Jean Beaufret Dialogue avec Heidegger Philosophie grecque éditions de Minuit page 39
  99. ibid page 40
  100. Hans-Georg Gadamer Les Chemins de Heidegger Textes Philosophiques VRIN 2002 page 124
  101. Martin Heidegger De l'origine de l'œuvre d'art dans Chemins qui ne mènent nulle part Tel Gallimard
  102. Françoise Dastur, Heidegger et la pensée à venir, VRIN, page 80
  103. Françoise Dastur, Heidegger et la pensée à venir, VRIN, page 82
  104. Christian Sommer Métaphysique du vivant dans Revue Philosophie n°116 hiver 2012 Études sur Heidegger Les Éditions de Minuit page 48
  105. Françoise Dastur Heidegger et la pensée à venir VRIN page 85
  106. Françoise Dastur Heidegger et la pensée à venir VRIN page 86
  107. Bibliothèque des Archives de Philosophie Ernst Cassirer Martin Heidegger Débat sur le kantisme https://docs.google.com/viewer?a=v&q=cache:5WzUjvTkc8gJ:antihumaniste.files.wordpress.com/2011/07/50368126-cassirer-heidegger-debate-sur-le-kantisme-et-la-philosophie.pdf+debat+sur+le+kantisme+et+la+philosophie&hl=fr&gl=fr&pid=bl&srcid=ADGEESjYN9FEzTWdFP7KNuhfPL2OTHeyMp6lQurpV7n7lQrzfO3Jlpd2Y1ruTksbO9P3VGsSMs9AeAB4B3AM04Iqmr-eQqLkuA9SbRb95bAElMpXponkT4sUS8rOeC2h4D3l_pq4L-NA&sig=AHIEtbT9MZMFGFkheoV7MhKawxLf4nVhpg page 12
  108. Le blog de Jean-François Dortier http://www.dortier.fr/rencontre-philosophique-a-davos/
  109. collectif Heidegger en dialogue 1912-1930 Rencontres affinités et confrontations page134
  110. Difficile liberté Albin Michel, 1963, p. 255
  111. Georges Hansel Emmanuel Lévinas et la technique http://ghansel.free.fr/technique.html#tthFrefACA
  112. Georges Hansel Emmanuel Lévinas et la technique http://ghansel.free.fr/technique.html#tthFrefACA
  113. Emmanuel Lévinas Totalité et Infini Essai sur l’extériorité Poche biblio essais pages 140-142
  114. Catherine Chalier Lectures d'Emmanuel Lévinas Cahier Philosophie Éditions de Minuit n°9 1986
  115. auteur de C'est Moi la Vérité, pour une philosophie du christianisme Paris Seuil 1996 et d'une Phénoménologie de la Vie en deux tomes dans la collection Epiméthée PUF
  116. Jean Greisch l'Arbre de vie et l'arbre du savoir, le chemin phénoménologique de l'herméneutique heideggérienne (1919-1923), Éditions du Cerf, 2000 pages 208 à 213
  117. Michel Henry De la Subjectivité TomeII Phénoménologie de la vie Epiméthée PUF 2003 pages 76-78
  118. Michel Henry ibid page 75
  119. Gunther Anders Sur la pseudo-concrétude de la philosophie de Heidegger Collection : 10/vingt Ed Sens & Tonka 2003
  120. Edouard Joly Nihilisme et technique étude sur Gunther Andershttp://www.academia.edu/1118272/Nihilisme_et_technique._Etude_sur_Gunther_Anders
  121. Hans-Georg Gadamer Les Chemins de Heidegger Textes Philosophiques VRIN 2002 page159
  122. Cf. Dieu, la mort et le temps, Livre de Poche, p. 16.
  123. Par exemple Rudolf Carnap dans son article Le dépassement de la métaphysique par l'analyse logique du langage (1932).
  124. L'ouvrage de référence sur la réception de Heidegger en France est "Heidegger en France" de Dominique Janicaud, publié chez Albin Michel en 2001 (le tome 2 est composé d'entretiens avec les principaux acteurs de cette réception).

Bibliographie dédiée [modifier]

Lexique, Vocabulaire [modifier]

Article détaillé : Lexique Heidegger.

Bibliographie générale [modifier]

Article détaillé : Bibliographie: Heidegger.

Œuvres [modifier]

Œuvres et cours traduits en français [modifier]

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  • 1916, Traîté des catégories et de la signification chez Duns Scot, Paris, Gallimard, 1970, (trad. Florent Gaboriau).
  • 1920-21, Phénoménologie de la vie religieuse, Paris, Gallimard, 2012, (trad. Jean Greisch).
  • 1923, Ontologie : herméneutique de la factivité, Paris, Gallimard, 2012, (trad. Alain Boutot).
  • 1923-24, Introduction à la recherche phénoménologique, Paris, Gallimard, 2013, (trad. Alain Boutot).
  • 1924, Le Sophiste, (Gesamtausgabe 19, Platon : Sophistes), Paris, Gallimard, 2001, (trad. Jean-François Courtine, Pascal David, Dominique Pradelle, Philippe Quesne).
  • 1925, Prolégomènes à l'histoire du concept de temps, Paris, Gallimard, 2006, (trad. Alain Boutot).
  • 1925, Les conférences de Cassel, précédées de la Correspondance Dilthey-Husserl, (1911), (Gesamtausgabe 80, Kasseler Vorträge), Paris, Vrin, 2003, (trad. J.-C. Gens).
  • 1926, Concepts fondamentaux de la philosophie antique, Paris, Gallimard, 2003, (trad. Alain Boutot).
  • 1927, Être et Temps, Paris, Gallimard, 1964, (trad. Rudolf Boehm et Alphonse de Waelhens); Paris, Gallimard, 1986, (trad. François Vezin).
  • 1927, Interprétation phénoménologique de la 'Critique de la Raison pure' de Kant, Paris, Gallimard, 1982, (trad. Emmanuel Martineau).
  • 1927, Les Problèmes fondamentaux de la phénoménologie, Paris, Gallimard, 1985, (trad. Jean-François Courtine).
  • 1929, Qu'est-ce que la métaphysique ?, Paris, Gallimard, 1938, repris in Questions I, Paris, Gallimard, 1968.
  • 1929, Kant et le problème de la métaphysique, Paris, Gallimard, 1953, (trad. Rudolf Böehm et Alphonse de Waelhens).
  • 1929-30, Les Concepts fondamentaux de la métaphysique: monde, finitude, solitude, Paris, Gallimard, 1992, (trad. Daniel Panis).
  • 1930, De l'essence de la liberté humaine, Paris, Gallimard, 2001, (trad. Alain Boutot).
  • 1930-31, 'La Phénoménologie de l'esprit' de Hegel, Paris, Gallimard, 1984, (trad. Emmanuel Martineau).
  • 1931, Aristote, Métaphysique 1-3, (Gesamtausgabe 33, Aristoteles : Metaphysik IX), Paris, Gallimard, 1991, (trad. Bernard Stevens et Pol Vandevelde).
  • 1931-32, De l'essence de la vérité : approche de l'allégorie de la caverne et du 'Théétète' de Platon, (Gesamtausagabe 34, Vom Wesen der Wahrheit. Zu Platons Höhlengleichnis und Theätet), Paris, Gallimard, 2001,(trad. Alain Boutot).
  • 1933-66, Écrits politiques, Paris, Gallimard, 1995, (trad. François Fédier).
  • 1934, La Logique comme question en quête de la pleine essence du langage, (Gesamtausgabe 38, Logik als die Frage nach dem Wesen der Sprache), Paris, Gallimard, 2008, (trad. F. Bernard).
  • 1935, Introduction à la métaphysique, (Gesamtausgabe 40, Einführung in die Metaphysik), Paris, Gallimard, 1967, (trad. Gilbert Kahn).
  • 1935, Les hymnes de Hölderlin 'La Germanie' et 'Le Rhin', (1935), Paris, Gallimard, 1988, (trad. François Fédier et Julien Hervier).
  • 1935-36, Qu'est-ce qu'une chose ?, (Gesamtausgabe 41, Die Frage nach dem Ding. Zu Kants Lehre von den transzendentalen Grundsätzen), Paris, Gallimard, 1971 (trad. Jean Reboul et Jacques Taminiaux).
  • 1936-46, Nietzsche, Paris, Gallimard, 1971, (trad. Pierre Klossowski).
  • 1938-39, Interprétation de la 'Deuxième considération intempestive' de Nietzsche, Paris, Gallimard, 2009, (trad. Alain Boutot).
  • 1938-42, Hegel : la négativité, éclaircissement de lIntroduction à la 'Phénoménologie de l'esprit' de Hegel, (Gesamtausgabe 68, Hegel. Die Negativität. Eine Auseinandersetzung mit Hegel aus dem Ansatz in der Negativität, (1938/9-41). 2. Erläuterung der "Einleitung" zu Hegels "Phänomenologie des Geistes" (1942), Paris, Gallimard, 2007, (trad. A. Boutot).
  • 1941, Concepts fondamentaux, (Gesamtausgabe 51, Grundbegriffe), Paris, Gallimard, 1985, (trad. Pascal David).
  • 1941-45, Achèvement de la métaphysique et poésie, Paris, Gallimard, 2005, (trad. Adeline Froidecourt).
  • 1942-43, Parménide, (Gesamtausgabe 54), Paris, Gallimard, 2011, (trad. Thomas Piel).
  • 1944-71, Approche de Hölderlin, Paris, Gallimard, 1962, édition augmentée, Paris, Gallimard, 1973.
  • 1945, La Dévastation et l'attente : entretien sur le chemin de campagne, Paris, Gallimard, 2006, (trad. Philippe Arjakovsky et Hadrien France-Lanord).
  • 1945-55, Questions III, Paris, Gallimard, 1966, (trad. André Préau, Julien Hervier et Roger Munier).
  • 1946, Lettre sur l'humanisme, Paris, Aubier, 1957.
  • 1947-63, Questions II, Paris, Gallimard, 1968. Comprend : 'Qu'est-ce que la philosophie ?', (1956) (trad. Kostas Axelos et Jean Beaufret); 'Hegel et les Grecs', (1960), (trad. Dominique Janicaud); 'La thèse de Kant sur l'être', (1963), (trad. Lucien Braun et Michel Haar); 'La doctrine de Platon sur la vérité', (1947), (trad. André Préau); 'Ce qu'est et comment se détermine la phusis', (1958), (trad. François Fédier).
  • 1950, Chemins qui ne mènent nulle part, (1950), Paris, Gallimard, 1962, (trad. Wolfgang Brokmeier).
  • 1950-59, Acheminement vers la parole, Paris, Gallimard, 1976, (trad. Jean Beaufret, Wolfgang Brokmeier et François Fédier).
  • 1951, Qu'appelle-t-on penser ?, Paris, PUF, 1959, (trad. Aloys Becker et Gérard Granel).
  • 1954, Essais et conférences, Paris, Gallimard, 1958, (trad. André Préau). Comprend 'La question de la technique', (1953). 'Science et méditation', (1953). 'Dépassement de la métaphysique', (1936-46). 'Qui est le Zarathoustra de Nietzsche ?', (1953). 'Que veut dire penser ?' (1952). 'Bâtir, habiter, penser', (1951). 'La chose' (1950). '… L'homme habite en poète…', (1951). 'Logos', (1951). 'Moira', (1951-52). 'Alèthéia' (1943).
  • 1957, Le Principe de raison, Paris, Gallimard, 1962, (trad. André Préau).
  • 1959-72, Séminaires de Zürich, Paris, Gallimard, 2010, (trad. Caroline Gros).
  • 1964, La Fin de la philosophie et la tâche de la pensée, repris in Kierkegaard vivant, Paris, Gallimard, 1966, (trad. Jean Beaufret et François Fédier).
  • 1966-67, Héraclite, Paris, Gallimard, 1973, (trad. Jean Launay et Patrick Lévy).
  • 1971, Schelling. Le Traité de 1809 sur la liberté humaine, Paris, Gallimard, 1977, (trad. Jean-François Courtine).
  • Correspondance avec Karl Jaspers, (1920-1963), (trad. Claude-Nicolas Grimbert), et Correspondance avec Elisabeth Blochmann, (1918-1969), Paris, Gallimard, 1997, (trad. Pascal David).
  • Lettres et autres documents. Correspondance avec Hannah Arendt, Paris, Gallimard, 2001, (trad. Pascal David).
  • Correspondance avec Ernst Jünger, Paris, Ch. Bourgois, 2010 (trad. Julien Hervier).

Film [modifier]


Articles connexes dédiés [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Voir le http://www.theister.com (site officiel).

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Articles connexes [modifier]

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