Jean Grenier (écrivain)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Jean Grenier.

Jean Grenier

Description de cette image, également commentée ci-après

Jean Grenier 1964 photo de Joël Minois

Activités écrivain et philosophe
Naissance
Paris
Décès (à 73 ans)
Dreux
Langue d'écriture Français
Distinctions Grand Prix national des lettres

Jean Grenier est né à Paris le et est décédé à Dreux le , est un philosophe et écrivain français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean Grenier passe son enfance et son adolescence à Saint-Brieuc, en Bretagne, le pays de Jules Lequier, philosophe visionnaire à qui il consacrera sa thèse de doctorat. Ces premières années, pendant lesquelles il fait la connaissance de Louis Guilloux, d'Edmond Lambert et de Max Jacob, seront évoquées dans le roman autobiographique Les Grèves (1957). Reçu en 1922 à l’agrégation de philosophie, Jean Grenier commence sa carrière universitaire à l'Institut français de Naples, aux côtés d’Henri Bosco. Après quelque temps passés aux éditions de La NRF, il revient à l’enseignement : professeur de philosophie à Alger de 1930 à 1938. Albert Camus fut son élève, il en naîtra une amitié profonde. Fortement influencé par Les Îles paru en 1933, Camus lui dédie son premier livre L'Envers et l'Endroit publié à Alger par Edmond Charlot ainsi que L'Homme révolté et il préface la deuxième édition des Îles en 1959.

Les deux penseurs ont quand même suivi des voies opposées. Camus, vers la révolte et finalement les cris de La Chute, Jean Grenier vers une contemplation plus indifférente proche du Wou-Wei (non-agir), l’un des préceptes du Tao, et secrètement chrétienne voire quiétiste.

En 1938, l’Essai sur l’esprit d’orthodoxie rassemble des textes écrits essentiellement en 1936 et 1937, alors brûlants d’actualité, mais « en réaction contre elle ». Cet essai marqua une génération d’intellectuels divisés par le communisme.

Très au fait des mouvements intellectuels de son temps, il collabore à de nombreuses revues littéraires L'Œil, XXe Siècle, Preuves... Ami de Jean Paulhan, il écrit fréquemment pour La NRF, tient la rubrique artistique dans Combat à l’époque de Camus et dans l’Express du temps de Jean Daniel. Après avoir enseigné à Alexandrie, au Caire (où il rencontre André Gide, Edmond Jabès, Jean Cocteau, Taha Hussein, Étiemble, Georges Perros) et à la faculté des lettres de Lille, il occupe de 1962 à 1968 la chaire d’esthétique et de science de l'art à la Sorbonne.

Intéressé surtout par l’évolution de la Peinture non figurative, il écrit principalement des ouvrages sur la peinture contemporaine : l’Esprit de la peinture contemporaine, Essais sur la peinture contemporaine et Entretiens avec dix-sept peintres non figuratifs. Les réflexions sur l’histoire des théories esthétiques qu’il avait soumises à ses étudiants de la Sorbonne ont été réunies sous le titre L’art et ses problèmes.

Jusqu’en 1971, année de sa mort, Jean Grenier publie régulièrement des ouvrages traitant de questions philosophiques diverses : Le choix, Entretiens sur le bon usage de la liberté, L’esprit du Tao, L’existence malheureuse, ou plus simplement du quotidien : Sur la mort d’un chien, La vie quotidienne. Il consigne dans des Carnets ses relations avec Francine Camus, René Char, Louis Guilloux, Jean Giono, André Malraux, Manès Sperber, avec le groupe de La Nouvelle Nouvelle Revue Française, ses conversations avec les nombreux artistes contemporains qui lui rendent visite dans sa maison de Bourg-la-Reine, ainsi que des définitions étonnantes de termes et de sentiments notés avec humour au fil des jours. À la suite de la parution de Albert Camus — souvenirs, il reçut, en novembre 1968, le Grand Prix national des lettres.

Il est le père de l'ambassadeur Alain Grenier. Son épouse est décédée en 1991.

Portrait par Jean Daniel[modifier | modifier le code]

Dans son livre La Blessure, Jean Daniel alité pour une grave blessure contractée pendant les événements de Bizerte en 1961, donne ce tableau de Jean Grenier qui lui avait fait parvenir un message d'amitié :
« Je n'ai pas cessé d'admirer cet essayiste sceptique qui donnait aux « khâgneux » d'Alger les dernières informations sur ses amis de la NRF, Jean Paulhan, Paul Valéry, André Gide et André Malraux. Il ressemblait à l'acteur Michel Simon, dont il avait la manière bouffie, bavante et complaisamment hésitante de parler. Pour nous, il incarnait le scepticisme dans toute son aristocratique érudition. » Il dit le charme qui émanait de sa personne, le pouvoir qu'il avait de captiver son auditoire fait des jeunes gens « épris de ferveur et débordant de vitalité ambitieuse. »

Le Matricule des Anges : Sous l'occupation[modifier | modifier le code]

À partir du mois d'octobre 1939, Jean Grenier décide de noter les propos des Français qu'il rencontre, il a dans l'esprit le projet de dresser un état de l'opinion publique dans son pays et à un moment précis de son histoire. C'est un témoignage des Français sous l'occupation qu'il nous offre, de gens rencontrés dans un train, de fonctionnaires, d'intellectuels, de milieux qu'il connaît bien ou pas du tout, qu'importe, il note sur le vif ce qu'il entend, des propos parfois croustillants.

Il laissera ses notes dormir longtemps, les reprenant, n'étant pas content du résultat. Ce livre mettra longtemps à paraître et sera publié grâce au travail de Claire Paulhan et Gisèle Sapiro annotant le travail de Jean Grenier. Cet ouvrage est un outil historique d'un intérêt remarquable. Il connaissait beaucoup de monde dans le milieu des intellectuels de son temps, des hésitants, des résistants comme André Malraux, des pacifistes comme Jean Giono, des victimes comme Max Jacob. Petit à petit, il dresse un portrait de la France d'alors, parle d'un homme comme Pierre Drieu La Rochelle, directeur de la NRF, rejeté par ceux qui ne veulent pas publier dans une revue trop liée à la collaboration, ceux qui résistent à la tentation de publier dans une période particulièrement difficile pour des écrivains sans éditeur. Lui, l'homme porté vers le taoïsme, restera toujours sur la réserve, dans une neutralité interrogative.

Il écrit cette phrase dans le préambule de ce livre : « l'idée que les hommes sont égaux en droit a entraîné comme conséquence l'idée qu'ils sont égaux en devoirs; l'idée qu'il existe des patries a fait croire qu'on devait mourir pour elles. L'idéal trop élevé a dégradé la réalité. »

(Sous l'Occupation, Jean Grenier, Claire Paulhan éditeur, 423 pages)

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Interiora rerum, Grasset, Coll. Les Cahiers verts, 70, 1927
  • Cum apparuerit, Coll. Terrasses de Lourmarin 19, Audin, 1930
  • Les Îles, Coll "Les Essais" no 7, Gallimard, 1933 Réédité dans la coll. "L'imaginaire", 1977
  • La philosophie de Jules Lequier, Vrin, 1936
  • Santa Cruz et autres paysages africains, Coll. Méditerranéennes 4, Charlot, 1937
  • Essai sur l'esprit d'orthodoxie, Gallimard, Les Essais no 5, 1938
  • Le Choix, Presses universitaires de France, 1941
  • L’Existence, Gallimard, Coll. La Métaphysique, 1945
  • Sextus Empiricus (traduction) Aubier, 1948
  • Entretiens sur le bon usage de la liberté, Paris, Gallimard, 1948
  • L'esprit de la peinture contemporaine, Vineta, 1951
  • Œuvres complètes de Jules Lequier (présentation), La Baconnière, 1952
  • Lexique, Gallimard, Coll. Métamorphoses no 48, 1955
  • À propos de l'humain, Gallimard, Coll. Les Essais no 74, 1955
  • Les Grèves, Gallimard, 1957
  • Sur la mort d'un chien, Gallimard, 1957
  • L'esprit du Tao, Flammarion, 1957, réédition Flammarion, 1992
  • L'existence malheureuse, Gallimard, 1957
  • Essais sur la peinture contemporaine, Gallimard, 1959
  • Lanskoy, Hazan, Coll. Peintres d'aujourd'hui, 1960
  • Absolu et choix, Presses universitaires de France (Initiation philosophique), 1961
  • Borès, Verve, 1961
  • Lettres d'Égypte suivies d'Un Été au Liban, Gallimard, 1962
  • L'Imitation et les principes de l'esthétique classique, C.D.U.(Les Cours de Sorbonne: Esthétique), 1963
  • Entretiens avec dix-sept peintres non figuratifs, Calmann-Lévy, 1963, Réédition aux Éditions Folle Avoine, 1990
  • Vicissitudes de l'esthétique et révolution du goût, C.D.U.(Les Cours de Sorbonne: Esthétique), 1965
  • Célébration du miroir, Robert Morel, 1965
  • La vie quotidienne, Gallimard, 1968
  • Jules Lequier - La dernière page, Illustrations d'Ubac, Gaston Puel, 1968
  • Albert Camus - Souvenirs, Gallimard, 1968
  • Senancour: les plus belles pages(présentation), Mercure de France, 1968
  • Lexique, illustrations de Hadju, Fata Morgana, Fata Morgana, 1969
  • Entretiens avec Louis Foucher, Gallimard, 1969
  • Quatre prières, illustrations de Madeleine Grenier, Gaston Puel, 1970
  • L'art et ses problèmes, Éditions Rencontres, 1970
  • Quatre prières, Illustrations de Madeleine Grenier, Gaston Puel, 1970
  • Music, Le Musée de Poche, 1970
  • Molinos: le guide spirituel(présentation), Fayard, 1970
  • Mémoires intimes de X, Robert Morel, 1971
  • Voir Naples, Gallimard, 1973
  • Les poèmes brûlés, Nane Stern, 1973
  • Réflexions sur quelques écrivains, Gallimard, 1973
  • Jacques, Calligrammes, 1979
  • Portrait de Jean Giono, Robert Morel, 1979
  • Miroirs, illustrations d’Árpád Szenes, Fata Morgana, 1980
  • Jean Grenier - Georges Perros : correspondance 1950-1971, Calligrammes, 1980
  • Correspondance avec Albert Camus (1932-1960), Gallimard, 1981
  • Écrire et publier, Calligrammes, 1982
  • Vie de Saint-Gens, suivi de Images de Saint-Gens par André de Richaud, Calligrammes, 1983
  • Prières, illustrations de Zoran Music, Fata Morgana, 1983
  • Le chant du voleur d'amour de Bilhana (présentation), Calligrammes, 1983
  • Écrits sur le quiétisme, Calligrammes, 1984
  • Jean Grenier - Jean Paulhan : correspondance 1925-1968, Calligrammes, 1984
  • Premier voyage en Italie - 1921, Calligrammes, 1986
  • Ombre et lumière, illustrations de Pierre Tal Coat, Fata Morgana, 1986
  • Mes candidatures à la Sorbonne, Calligrammes, 1987
  • Les A-peu-près, Ramsay, 1987
  • La dernière page, préface de Jean Clair, Ramsay, 1987
  • Mes candidatures à la Sorbonne, Calligrammes, 1987
  • Jean Grenier - René Etiemble : correspondance 1945-1971, Folle Avoine, 1988
  • Carnets 1944 - 1971, collection "Pour Mémoire", Seghers, 1991 (repris par les Éditions Claire Paulhan, 1999)
  • Sur l’Inde, avant-propos d’Olivier Germain-Thomas, Fata Morgana, 1994
  • Sous l'occupation, Éditions Claire Paulhan, 1997

et Inspirations méditerranéennes (1941)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • LA NRF, no 221, MAI 1971 : « JEAN GRENIER », textes de Henri Bosco, Etiemble, Georges Perros, Roger Judrin, Jean Daniel, Roger Grenier, Jean Clair, Antoine Terrasse, Roger Quesnoy, Yvon Belaval, Gaëtan Picon, suivis de « L’Escalier », par Jean Grenier.
  • BARRIERE G. : Jean Grenier, l'exil et le royaume. Mémoire de maîtrise présenté à la Sorbonne en 1973.
  • TAROT C. : Problèmes du sujet dans l'œuvre et la pensée de Jean Grenier. Thèse de 3e cycle soutenue à l'Université de Caen en 1981.
  • GARFITT J.S.T. : The Work and Thought of Jean Grenier (1898-1971), MHRA Texts and Dissertations, Vol. 20, The Modern Humanities Research Association, Oxford, 1983.
  • GARFITT Toby. Jean Grenier : un écrivain et un maître, contribution à l'histoire intellectuelle du vingtième siècle. Editions La Part Commune, 2010.
  • CORNEAU P. : L'Humain et l'Absolu dans Les Iles de Jean Grenier. Mémoire de maîtrise présenté à la Faculté des Lettres d'Amiens en 1985.
  • CORNEAU P. : Présentation critique de Jean Grenier. Mémoire de D.E.A. en Littérature française et spiritualité présenté à la Faculté des Lettres de Metz en 1986.
  • Cahier Jean Grenier sous la direction de Jacques André, Éditions Folle Avoine, 1990.
  • Les Instants privilégiés, [Colloque de Cerisy][1] sous la direction de Jacques André, Éditions Folle Avoine, 1992.
  • Les Chemins de l’Absolu, Actes du Colloque Jean Grenier, Saint-Brieuc, 21 et 22 novembre 1998, Éditions Folle Avoine, 1999.
  • MILLET Y. : Jean Grenier et l'esprit du Tao : le non-agir comme raison de l'œuvre, Thèse de doctorat en science de l'art, université de Paris 1, 1999.
  • Albert Camus, Jean Grenier, Louis Guilloux : écriture autobiographique et carnets, actes des Rencontres méditerranéennes, 5 et 6 octobre 2001, Château de Lourmarin, Éditions Folle Avoine, 2003.
  • Figure de Jean Grenier, Arearevue)s( no 5, septembre 2003.
  • Cahier Jean Grenier, Revue EUROPE no 897-898, janvier-février 2004.
  • CORNEAU P. : Une attention aimante, Jean Grenier - Ecrits sur l’art (1944-1971), choix d’articles de critique d’art et d’esthétique de Jean Grenier, Presses Universitaires de Rennes, Collection Critique d'Art, 2008.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]