Georges Albertini

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Georges Albertini
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Albertini lors de son procès en 1944.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 71 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Claude VarennesVoir et modifier les données sur Wikidata
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La Contemporaine (F delta res 0802 et F delta res 0802)Voir et modifier les données sur Wikidata

Georges Albertini () est un homme politique socialiste et pacifiste avant la Seconde Guerre mondiale, engagé par la suite dans la collaboration. Après guerre, il anime la revue anticommuniste Est & Ouest et devient une éminence grise de Georges Pompidou.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant-guerre[modifier | modifier le code]

Né d'un père cheminot d'origine corse et d'une mère femme de ménage, il intègre l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud et devient professeur d'histoire et géographie et militant de la SFIO en 1932. Durant les années 1930, il collabore à la revue les Nouveaux cahiers dès 1937, où l'on tente de remédier à la crise par un rapprochement du patronat et des syndicats ouvriers en augmentant le rôle de l'élite technicienne et en mettant sur pied une politique pour favoriser les rapports économiques franco-allemands.

Il est membre des Jeunesses socialistes, de la Fédération de l'enseignement et de la CGT. De 1934 à 1939, il participe au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes.

Pacifiste et munichois, il s'oppose à ce sujet au futur chef résistant Pierre Brossolette. Il s'oppose également à la guerre en 1939.

Collaboration et procès[modifier | modifier le code]

Mobilisé, décoré, ce socialiste pacifiste et anticommuniste salue l'armistice et se rallie à la collaboration franco-allemande[1]. Il publie après la défaite des articles historiques dans le quotidien parisien L'Œuvre[2] de Marcel Déat et devient le fondateur et le responsable départemental du Rassemblement national populaire (RNP) de l'Aube[3],[4] tout en étant professeur à l'école normale d'instituteurs de Troyes[5],[6]. Il est également membre du comité directeur du Centre syndicaliste de propagande, issu de l'hebdomadaire de la gauche syndicaliste et collaborationniste L'Atelier[7], et membre du comité de direction de ce périodique[8], proche du RNP. Il y commente jusqu'en 1944 des ouvrages de partisans de la collaboration[9] mais aussi des livres d'histoire[10], et y publie des éditoriaux géopolitiques[11].

Il devient à la fin de l'année 1941[12] le second de Déat en exerçant la fonction de secrétaire administratif puis secrétaire général et organisateur du RNP, acquis à la collaboration avec l'Allemagne nazie[13]. Il fait des tournées en province, participe à des meetings, donne des conférences et apparaît bientôt de facto comme le véritable patron du parti[14]. Il salue les nationaux-socialistes allemands en qui il voit des « frères en socialisme » et rêve de construire un « socialisme national » français. Il s'illustre notamment par son zèle de sergent recruteur contre la Résistance, par un anticommunisme et un antisémitisme certains, comme le confirme le titre d’un de ses éditoriaux à National populaire en juin 1942 : « Le communisme, entreprise juive »[15]. Il est cependant partisan d'un antisémitisme nuancé[16], comme le montre sa polémique avec Maurice-Ivan Sicard, du PPF, en 1942[17]. Il est également recruteur pour la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF)[18]. Il collabore aussi à l'agence de presse Inter-France[19].

Lorsque Déat est nommé ministre du Travail en mars 1944, Albertini devient son directeur de cabinet[20].

Il est arrêté à la Libération. À son procès en décembre 1944, il déclare qu'il n'a fait que suivre la voie tracée par Philippe Pétain et qu'il n'a commis qu'une erreur de jugement, certes « infiniment lourde », en croyant que l'Allemagne gagnerait la guerre. Il cache son admiration pour le national-socialisme et ment en affirmant qu'il était hostile à un engagement militaire de la France aux côtés de l'Allemagne et en assurant qu'il n'a pas fréquenté d'Allemands. Bien que reconnu coupable d'intelligence avec l'ennemi, il sauve sa tête, à la différence de collaborateurs moins éminents que lui comme Paul Chack, au bénéfice des circonstances atténuantes et grâce à des témoins à décharge et à une instruction et une accusation peu incisives. Il n'est condamné qu'à cinq ans de travaux forcés par la Cour de justice de la Seine[21],[22].

À Fresnes, Georges Albertini partage sa cellule avec le banquier Hippolyte Worms avec qui il se lie d'une « amitié profonde »[23].

Il passe en prison trois ans et demi des cinq années de sa condamnation. En , une grâce présidentielle lui permet de sortir de prison. Il a, selon Patrick Pesnot, bénéficié d'une « clémence assez incompréhensible », peut-être due au fait que son fils de 16 mois est mort lors de sa détention à la suite de maltraitances subies à l'assistance publique et que sa femme a été torturée lors de sa détention[24].

Collaborateur d'Albertini, le journaliste Morvan Duhamel affirme que : « Georges Albertini était si peu antisémite qu'il a travaillé avec de nombreux Juifs (Hippolyte Worms, Boris Souvarine, Raymond Aron…) et qu'il en comptait plusieurs dans son équipe d'Est & Ouest (Alexis Goldenberg…). Il n'a jamais été d'extrême-droite et est resté longtemps socialiste. C'est d'ailleurs son ami d'avant-guerre Vincent Auriol qui, élu président de la République, l'a libéré du bagne en 1948 pour qu'il reprenne l'action au côté du Parti socialiste SFIO, en particulier pour qu'il aide à la formation de syndicats Force ouvrière dans les différentes branches professionnelles. À cette époque, Albertini a aussi aidé Vincent Auriol à expliquer, dans une brochure, pourquoi il ne pouvait gracier le communiste Henri Martin, condamné pour intelligence avec l'ennemi en Indochine. Albertini était alors très proche de Guy Mollet et de son adjoint Pierre Commin. En 1953, il s'affichait encore comme très proche des sociaux-démocrates scandinaves et il me l'a écrit. Si vraiment Georges Albertini était l'affreux que dépeignent les communistes et leurs proches, aurait-il pu devenir le conseiller privilégié d'importantes personnalités politiques, de droite comme de gauche, et de hauts fonctionnaires du Quai d'Orsay, de la Police, de l'administration préfectorale et de plusieurs gouvernements étrangers ? ».

Afin d'organiser la nouvelle CGT Force ouvrière, Albertini s'entoure d'anciens collaborateurs du RNP[25].

L'anticommunisme, et l'après-guerre[modifier | modifier le code]

Le réseau d'amitiés et d'intérêts noué avant, pendant et après la guerre par Georges Albertini lui permet non seulement de survivre, mais d'exercer longtemps son influence. Il entre à la banque Worms, comme « conseiller » à la direction générale. Parallèlement, il monte une entreprise de « documentation politique » axée sur la lutte contre le communisme. Il réunit autour de lui des journalistes comme Claude Harmel mais aussi (et surtout) Boris Souvarine, qui devient un des plus actifs collaborateurs de son bulletin d'information. Rapidement, l’activité du centre se diversifie, en particulier avec la sortie de la revue Est-Ouest, que le journaliste communiste René Andrieu qualifie d'officine dans le quotidien L'Humanité. Elle s'étend à l'Amérique du Sud (création en 1961 de la revue Este y Oeste), à l'Italie (avec « Documenti sul comunismo ») et plusieurs pays d'Afrique.

Georges Albertini se reconvertit dans la propagande anticommuniste pendant la guerre froide et devient un conseiller influent sous les IVe et Ve Républiques. Dans sa croisade contre le communisme, il est servi par le mélange de peur et d'aveuglement qui régnait pendant la guerre froide : peur de la menace soviétique d'un côté, aveuglement de ceux qui refusaient de voir les errements du système stalinien, de l'autre. Avec le soutien, financier notamment, du Groupement des industries métallurgiques, puis des services américains[23], et grâce à la réceptivité qu'il trouvait auprès des diverses sensibilités anticommunistes, il parvint à tisser sa toile. Parmi ses nombreux contacts, on recense Jean Baylot, fondateur de la Grande Loge nationale française, ou encore le résistant Henri Frenay. Il fait office d'expert auprès des Renseignements généraux (RG) français dans le domaine de la lutte anticommuniste[26].

Sa technique de documentation, sa propension à démasquer le dessous des choses ou à dénoncer l'ennemi intérieur (par exemple, Le Monde, présenté, dans les années 1950, comme un agent du Kremlin) convenaient au climat de l'époque. Il devient également un conseiller très écouté de Georges Pompidou, alors Premier ministre de De Gaulle, et, lorsque Pompidou est élu président de la République, Albertini conserve encore une grande influence sur ses deux conseillers Marie-France Garaud et Pierre Juillet. Il collabore également avec ces derniers lorsqu'ils sont dans l'entourage de Jacques Chirac qu'il rencontre et conseille personnellement. Philippe Lamy estime ainsi qu'il « n'est pas étranger » à l'appel de Cochin[27]. Il est également reçu régulièrement par François Mitterrand qu'il fait soutenir financièrement[25].

Le monde politique sollicite ses conseils, jusqu'en 1981. Détournant des jeunes loups de l'extrême droite « tentés par l'action violente » grâce à l'argent de la formation professionnelle, à travers l'ALEPS, qui publie en 1974 le faux journal France-Matin, mais aussi via l'Institut supérieur du travail, outil de propagande du patronat, il fut également le conseiller occulte – via Claude Harmel, pseudonyme de l'ancien collaborateur Guy Lemonnier – de, entre autres, Alain Madelin, Patrick Devedjian, Gérard Longuet et Hervé Novelli, et, via l'Institut d'histoire sociale, de Georges Pompidou[28].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • La Politique de Richelieu, éditions du RNP, 1943, préface de Marcel Déat.
  • sous le pseudonyme Claude Varennes, Le destin de Marcel Déat : un témoignage de première main sur l'histoire de 4 années terribles, Paris, Janmaray, 254 pages, 1948.
  • Cent ans de Boulevard Haussmann, Worms & Cie, 1978.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Rigoulot, Georges Albertini, socialiste, collaborateur, gaulliste, Perrin, 2012, p. 63-69
  2. L’Œuvre, 28 novembre 1940
  3. Pierre Rigoulot, op. cit., p. 79
  4. La Tribune de l’Aube, 18 juillet 1941, Ibid., 30 août 1941
  5. Pierre Rigoulot, op. cit., p. 82
  6. La Tribune de l’Aube, 28 avril 1941
  7. L'Atelier, 17 mai 1941, L’Œuvre, 15 novembre 1941
  8. L'Atelier, 22 juillet 1944
  9. L'Atelier, 18 décembre 1943, G. Albertini, "La Troisième République" de Léon Emery", L'Atelier, 3 juin 1944, G. Albertini, "Ecrit pendant la guerre"
  10. L'Atelier, 1er juillet 1944
  11. L'Atelier, 15 juillet 1944, G. Albertini, "Réflexions sur la guerre à l'Est", Ibid., 13 mai 1944, G. Albertini, "Roosevelt et le débarquement"
  12. Pierre Rigoulot, op. cit., p. 90-91. Il n'obtient le poste de secrétaire général exécutif qu'en mai 1942 selon cet auteur (p. 98 mais la presse liée au RNP lui donne ce titre dès 1941 : L’Œuvre, 18 décembre 1941, Ibid., 16 décembre 1941
  13. L’Œuvre, 13 avril 1942
  14. Pierre Rigoulot, op. cit., p. 95-96
  15. Jean Chatain, « Un homme de l'ombre », sur L'Humanité, (consulté le ).
  16. Jean Lévy, Le dossier Georges Albertini, L'Harmattan, 1992, p. 8
  17. L’Œuvre, 23 juillet 1942, G. Albertini, "Les juifs, le RNP et M. Sicard"
  18. Albert Camus, Combat, 30 août 1945.
  19. Gérard Bonet, L'agence Inter-France de Pétain à Hitler, éditions du félin, 2012, p. 166
  20. L'Atelier, 1er avril 1944, L’Œuvre, 21 mars 1944 (photographie), Ibid., 18 mars 1944 (photographie)
  21. L’Humanité, 21 décembre 1944, Ibid., 22 décembre 1944, L'Aurore, 21 décembre 1944, Ibid., 22 décembre 1944, Paris-presse, L’Intransigeant, 21 décembre 1944
  22. Pierre Rigoulot, Georges Albertini, socialiste, collaborateur, gaulliste, Perrin, 2012, p. 157-186
  23. a et b Claude Jacquemart,Le mystérieux Georges Albertini, Valeurs actuelles, 20 septembre 2012
  24. Philippe Bourdrel, L'Epuration sauvage, Perrin, 1991
  25. a et b “Georges Albertini, portrait d'un homme dans le siècle du communisme”, avec Morvan Duhamel, radiocourtoisie.fr, 18 janvier 2014
  26. Beau, Nicolas., Dans l'oeil des RG, Paris, Robert Laffont, 245 p. (ISBN 978-2-221-22081-8 et 2-221-22081-1, OCLC 1125270238, lire en ligne)
  27. Philippe Lamy (sous la dir. de Claude Dargent), Le Club de l'horloge (1974-2002) : évolution et mutation d'un laboratoire idéologique (thèse de doctorat en sociologie), Paris, université Paris-VIII, (SUDOC 197696295, lire en ligne), p. 484.
  28. Patrick Pesnot, émission Rendez-vous avec X sur France Inter, 9 mars 2013

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Émission de radio[modifier | modifier le code]

Documentaire[modifier | modifier le code]

  • La Centrale, une histoire de l'anti-communisme, documentaire de Sébastien Tézé, Public Sénat, 1er mai 2021, voir en ligne.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Archives[modifier | modifier le code]

  • Inventaire du fonds Georges Albertini conservé à La contemporaine. Le fonds est composé de la correspondance reçue par Albertini en lien avec la Collaboration.