Georges Albertini

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Georges Albertini
Albertini, Georges (Gassier).jpg

Albertini lors de son procès en 1944.

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Georges Albertini, () est un homme politique socialiste et pacifiste avant la Seconde Guerre mondiale, passé à l'extrême droite et engagé dans la collaboration. Après guerre, il anime la revue anticommuniste Est & Ouest et devient une éminence grise de Georges Pompidou.

Avant-guerre[modifier | modifier le code]

Né d'un père cheminot d'origine corse et d'une mère femme de ménage, normalien, il devient professeur d'histoire et géographie et militant de la SFIO en 1932. Durant les années 1930, il collabore à la revue les Nouveaux cahiers dès 1937, où l'on tente de remédier à la crise par un rapprochement du patronat et des syndicats ouvriers en augmentant le rôle de l'élite technicienne et en mettant sur pied une politique pour favoriser les rapports économiques franco-allemands.

Il est membre des Jeunesses socialistes, de la Fédération de l'enseignement et de la CGT. De 1934 à 1939, il participe au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes.

Pacifiste et munichois, il s'oppose à ce sujet au futur chef résistant Pierre Brossolette. Il s'oppose également à la guerre en 1939.

La collaboration[modifier | modifier le code]

Mobilisé, décoré, il devient en 1942 le second de Marcel Déat en exerçant la fonction de secrétaire administratif et organisateur du RNP (Rassemblement national populaire), acquis à la collaboration avec l'Allemagne nazie. Il salue les nationaux-socialistes allemands en qui il voit des « frères en socialisme » et rêve de construire un « socialisme national » français. Il s'illustre notamment par son zèle de sergent recruteur contre la Résistance, par un anticommunisme et un antisémitisme particulièrement violents. Deux haines pour lui indissociables, comme le confirme le titre d’un de ses éditoriaux à National populaire en juin 1942 : « Le communisme, entreprise juive »[1]. Il est également recruteur pour la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF)[2]. Il est arrêté à la Libération.

À son procès, il déclara qu'il n'avait fait que suivre la voie tracée par Philippe Pétain et qu'il n'avait commis qu'une erreur de jugement, certes « infiniment lourde », en croyant que l'Allemagne gagnerait la guerre. Bien que reconnu coupable d'intelligence avec l'ennemi, il sauva sa tête, à la différence de collaborateurs moins éminents que lui, au bénéfice des circonstances atténuantes.

À Fresnes, Georges Albertini partage sa cellule avec le banquier Hippolyte Worms avec qui il se lie d'une « amitié profonde »[3].

Il passe en prison trois ans et demi des cinq années de sa condamnation. En février 1948, une grâce présidentielle lui permit de sortir de prison. Il a, selon Patrick Pesnot, bénéficié d'une « clémence assez incompréhensible », peut-être due au fait que son fils de 16 mois est mort lors de sa détention suite aux maltraitances subies à l'Assistance Publique et que sa femme a été torturée lors de sa détention[4].

Concernant son antisémitisme, le journaliste Morvan Duhamel précise : « Georges Albertini était si peu antisémite qu'il a travaillé avec de nombreux juifs (Hippolyte Worms, Boris Souvarine, Raymond Aron…) et qu'il en comptait plusieurs dans son équipe d'Est & Ouest (Alexis Goldenberg…). Il n'a jamais été d'extrême-droite et est resté longtemps socialiste. C'est d'ailleurs son ami d'avant-guerre Vincent Auriol qui, élu président de la République, l'a libéré du bagne en 1948 pour qu'il reprenne l'action au côté du Parti socialiste SFIO, en particulier pour qu'il aide à la formation de syndicats Force ouvrière dans les différentes branches professionnelles. À cette époque, Albertini a aussi aidé Vincent Auriol à expliquer, dans une brochure, pourquoi il ne pouvait gracier le communiste Henri Martin, condamné pour intelligences avec l'ennemi en Indochine. Albertini était alors très proche de Guy Mollet et de son adjoint Pierre Commin. En 1953, il s'affichait encore comme très proche des sociaux-démocrates scandinaves et il me l'a écrit. Si vraiment Georges Albertini était l'affreux que dépeignent les communistes et leurs proches, aurait-il pu devenir le conseiller privilégié d'importantes personnalités politiques, de droite comme de gauche, et de hauts fonctionnaires du Quai d'Orsay, de la Police, de l'administration préfectorale et de plusieurs gouvernements étrangers ? »

Afin d'organiser la nouvelle CGT Force ouvrière, Albertini s'entoure d'anciens collaborateurs du RNP[5].

L'anticommunisme, et l'après guerre[modifier | modifier le code]

Le réseau d'amitiés et d'intérêts noué avant, pendant et après la guerre par Georges Albertini lui permet non seulement de survivre, mais d'exercer longtemps son influence. Il entre à la banque Worms, comme « conseiller » à la direction générale. Simultanément, il monte une entreprise de « documentation politique », axée sur la lutte contre le communisme. Il réunit autour de lui des journalistes comme Claude Harmel ou surtout, comme Boris Souvarine, qui devient un des plus actifs collaborateurs de son bulletin d'information. Rapidement, l’activité du centre se diversifie, en particulier avec la sortie de la revue Est-Ouest, que le journaliste communiste René Andrieu qualifie d'officine dans le quotidien L'Humanité. Elle s'étend à l'Amérique du Sud (création en 1961 de la revue Este y Oeste), à l'Italie (avec « Documenti sul comunismo ») et plusieurs pays d'Afrique.

Il se reconvertit à la propagande anticommuniste pendant la guerre froide et devient un conseiller influent sous la IVe et Ve République. Dans sa croisade contre le communisme, il fut servi par le mélange de peur et d'aveuglement qui régnait pendant la guerre froide, peur de la menace soviétique, d'un côté, aveuglement de ceux qui refusaient de voir les errements du système stalinien, de l'autre. Avec le soutien, financier notamment, du Groupement des industries métallurgiques, puis des services américains[3], et grâce à la réceptivité qu'il trouvait auprès des diverses sensibilités anticommunistes, il parvint à tisser sa toile. Parmi ses nombreux contacts, on trouve Jean Baylot, fondateur de la Grande Loge nationale française, ou encore le résistant Henri Frenay.

Sa technique de documentation, sa propension à démasquer le dessous des choses ou à dénoncer l'ennemi intérieur (par exemple, Le Monde, présenté, dans les années 1950, comme un agent du Kremlin) convenaient au climat de l'époque. Il devient également un conseiller très écouté de Georges Pompidou, alors Premier ministre de De Gaulle, et, lorsque Pompidou est élu président de la République, Albertini conserve encore une grande influence sur ses deux conseillers Marie-France Garaud et Pierre Juillet. Il collabore également avec ces derniers lorsqu'ils sont dans l'entourage de Jacques Chirac qu'il rencontre et conseille personnellement. Il est également reçu régulièrement par François Mitterrand qu'il fait soutenir financièrement[5].

Le monde politique sollicite ses conseils, jusqu'en 1981. Détournant des jeunes loups de l'extrême droite « tentés par l'action violente » grâce à l'argent de la formation professionnelle, à travers l'ALEPS, via l'Institut supérieur du travail, outil de propagande du patronat, il fut également le conseiller occulte – via Claude Harmel, pseudonyme de l'ancien collaborateur Guy Lemonnier – de, entre autres, Alain Madelin, Patrick Devedjian, Gérard Longuet et Hervé Novelli, et, via l'Institut d'histoire sociale, de Georges Pompidou[6].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • La Politique de Richelieu, éditions du RNP, 1943, préface de Marcel Déat.
  • sous le pseudonyme Claude Varennes, Le destin de Marcel Déat : un témoignage de première main sur l'histoire de 4 années terribles, Paris, Janmaray, 254 pages, 1948.
  • Cent ans de Boulevard Haussmann, Worms & Cie, 1978.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.humanite.fr/node/38972
  2. Albert Camus, Combat, 30 août 1945.
  3. a et b Le mystérieux Georges Albertini, Claude Jacquemart, Valeurs actuelles, 20 septembre 2012
  4. Philippe Bourdrel, L'Epuration sauvage, Perrin, 1991
  5. a et b “Georges Albertini, portrait d'un homme dans le siècle du communisme”, avec Morvan Duhamel, radiocourtoisie.fr, 18 janvier 2014
  6. Patrick Pesnot, émission Rendez-vous avec X sur France Inter, 9 mars 2013

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Émission de radio[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]