Claude Harmel

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Claude Harmel
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Biographie
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Guy LemonnierVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités

Guy Lemonnier, alias Claude Harmel (né en 1916 à Saint-Brieuc, mort dans la nuit du 14 au 15 novembre 2011[1]), est un journaliste activiste collaborationniste français, devenu sous son pseudonyme un spécialiste du syndicalisme et un militant anticommuniste après l'épuration.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant la Seconde Guerre mondiale, Guy Lemonnier, fils d'instituteurs, est étudiant boursier d'Etat, licencié ès lettres, puis professeur de lettres au lycée de Brest à partir de 1938. Il est le gendre de l'industriel franc-maçon et socialiste Octave Brilleaud, maire de Saint-Brieuc (1931-40) et conseiller général, qui a quitté en 1934 la SFIO pour le Parti socialiste de France-Union Jean Jaurès puis l'Union socialiste républicaine[2]. Militant socialiste et pacifiste, membre d'une section de la Libre-pensée[3], il est membre des Étudiants socialistes à partir de 1934 et secrétaire des jeunesses socialistes de la section de Rennes en 1937[4]. Il aurait adhéré à la SFIO de 1934 à 1939[5], ce qu'il nie[6]. Il est aussi membre de la CGT, plus particulièrement de sa tendance Syndicats, anticommuniste, groupée autour de René Belin[7]. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, il appuie au sein de la fédération SFIO du Finistère la motion de la tendance ultra-pacifiste « Redressement », constituée autour de Ludovic Zoretti et de Maurice Deixonne[8]. Il publie dans Le Breton socialiste des articles tout aussi ultra-pacifistes et anticommunistes[9].

Sous l'Occupation, il est nommé après sa démobilisation en octobre 1940 à Dinan, où il enseigne au collège de cette ville[10]. Il adhère en 1943[11] au Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat, un parti collaborationiste. C'est dans les Côtes-du-Nord qu'il milite pour ce parti, avant de rejoindre sa direction parisienne[12],[13]. Il a participé en décembre 1942 au premier congrès de l'Union de l'enseignement (UE), l'association des enseignants du RNP, aux côtés de Zoretti et d'Albertini[14]. Selon Jean-Pierre Biondi, il est alors séduit par l'idée selon laquelle « le national-socialisme rejetait le capitalisme classique et esquissait une forme de société pré-socialiste »[12]. Il appuie la collaboration et appelle à une révolution nationale et socialiste dans des journaux comme L'Atelier, Germinal ou Le National populaire (le bulletin du RNP, auquel il collabore à partir de novembre 1943, y signant 21 articles)[15]. Il devient l'adjoint de Georges Albertini, secrétaire général, n° 2 du RNP et véritable patron de ce parti. Il est désigné secrétaire administratif du RNP en juillet 1943 et remplace de facto Albertini lorsque ce-dernier devient directeur du cabinet de Marcel Déat, nommé ministre du travail au printemps 1944[16].

Arrêté à la Libération, en avril 1945, il est emprisonné à Fresnes, révoqué de l'enseignement, condamné en mai 1947 à quatre[17] années de prison et à la dégradation nationale à vie. Il est cependant libéré en novembre 1947 et amnistié en 1951[12].

Resté en relation étroite avec Albertini, il rejoint son officine anticommuniste, installée en 1951 au 86, boulevard Haussmann (siège du Centre d'archives et du BEIPI, qui diffusent des informations sur le monde communiste) et devient son bras droit. Il préside l'Association d'études et d'informations et de politique internationale, fondée en 1949 par Albertini, collabore à la revue le Bulletin d'études et d'informations politiques internationales (BEIPI), qui devient en 1956 Est § Ouest. Il en est le directeur de publication de 1961 à 1981. Désigné en juin 1951 coordinateur de toute l'équipe du 86, il devient le gérant en juin 1961 du Centre d'archives et de documentation politique et sociale, constitué en SARL dont il est l'un des associés, aux côtés d'Albertini et d'Émile Roche[18].

Il prend le pseudonyme de Claude Harmel et devient un spécialiste du syndicalisme et du communisme. Il rejoint en 1948 le Bureau d'études et de documentation économique et sociale (BEDES), fondé par Paul Mathot, ancien avocat de la CGT. À partir du n° 8, le bulletin du BEDES est presque entièrement rédigé par Lemonnier/Harmel. Sous les auspices du BEDES, il participe avec Albertini à d'autres publications (Dictionnaire des girouettes, Tribune européenne, le bulletin des Forces ouvrières syndicalistes européennes, fondé par des dirigeants du syndicat anticommuniste Force Ouvrière) et publie une brochure, Le parti communiste et sa doctrine, sous le pseudonyme de René Milon[19]. Il dirige la feuille bleue du Centre d'archives d'Albertini, un bulletin hebdomadaire consacré aux questions sociales et syndicales[20]. Il fonde en janvier 1955 un autre bulletin, Les Etudes sociales et syndicales, qu'il rédige presque seul jusqu'en 1982. Anticommuniste, il y dénonce notamment le noyautage de la CGT et d'autres syndicats par les communistes[21]. Après une interruption, ce bulletin est à nouveau publié à partir de 1984, par Harmel et Bernard Vivier jusqu'en 1992[22].

Il a été aussi membre du comité de rédaction des revues fédéralistes et proeuropéennes Fédération et Le XXe siècle fédéraliste, du mouvement La Fédération. Il anime ainsi en 1964 une table ronde sur "le conflit sino-soviétique et la politique française"[23]. Il est également l'un des deux vice-présidents et l'un des principaux animateurs d'une éphémère association, l'Association pour la meilleure sécurité sociale (APMSS), fondée en 1959 par Raymond Bernard, chirurgien maurrassien, et liée à une association patronale, le Centre d'études politiques et civiques (CEPEC) de Georges Laederich, l'autre vice-président de l'APMSS: cette dernière association, qui existe jusqu'en 1962, préconise une réforme de la Sécurité sociale sur une base mutualiste et antiétatiste. Harmel s'exprime dans son périodique, APMSS, et rédige des lettres et des notes envoyés aux parlementaires[24]. Cet ancien socialiste participe ensuite à la fondation en 1966 d'un groupement néolibéral et patronal, l'Association pour la liberté économique et le progrès social (ALEPS), qu'il anime en tant que secrétaire général jusqu'en 1974[25].

En 1969, il fonde et préside l'Institut supérieur du travail (IST)[1], avec notamment l'économiste catholique Achille Dauphin-Meunier, doyen de la Faculté Autonome et Cogérée d'Économie et de Droit, dite FACO (Faculté libre de droit, d’économie et de gestion (FACO Paris)), où il enseigne[26]. L'IST organise des stages de formation sur l'histoire et le droit du travail[27].

En 1974, il est directeur de publication de France Matin, un tract politique prenant la forme d'un journal, qui, tiré en une fois à 2 millions d'exemplaires, annonçait la mise en place inévitable du « rationnement » si François Mitterrand venait à être élu[13]. Le journal, éphémère, était financé par l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM)[28].

Harmel devient, de 1976 à 1983, le secrétaire général de l'Institut d'histoire sociale (IHS) de Boris Souvarine, autre collaborateur d'Est § Ouest[29].

Harmel est la source principale de Jean Montaldo, le polémiste dans son ouvrage "La Maffia des syndicats" (datant de 1981).

Il a été proche des hommes politiques Hervé Novelli et Alain Madelin, qui l'ont décrit comme leur « père spirituel » à l'occasion des 40 ans de l'ALEPS. Il avait confié à Hervé Novelli, alors encore étudiant à Dauphine, la gestion de la bibliothèque de l'IST[13]. Madelin, qui a été le gérant de 1973 à 1978 des Etudes sociales et syndicales[30], lui confie un chapitre de l'ouvrage qu'il fait publier sur le modèle libéral français, consacré aux rapports entre les libéraux et la question sociale, qu'ils n'ont pas ignorée.

Publications[modifier | modifier le code]

  • 1944 : La Nation et le patriotisme (signé Guy Lemonnier), Éditions du Rassemblement national populaire[31]
  • 1949 : Histoire de l’anarchie, des origines à 1880, Le Portulan, avec Alain Sergent. Réédité en 1984 par les éditions Champ libre, (ISBN 2851841459)
  • 1949 : Lettres à Léon Blum sur le socialisme et la paix
  • 1969: collaboration à Robert Aron (dir.), L'Histoire contemporaine depuis 1945, Larousse
  • 1982 : La Confédération générale du travail, 1947-1981, PUF, coll. Que sais-je ?, (ISBN 2130375146)
  • 1982 : Le Parti socialiste : courants et conflits
  • 1983 : La C.G.T. à la conquête du pouvoir : l'exemple de Poissy
  • 1995 : Naissance de la CGT le congrès de Limoges, septième congrès national corporatif, 23-28 septembre 1895, introduction et notes, Numéro Hors-série des Cahiers d'histoire sociale, Institut d'histoire sociale / Albin Michel, 1995, 310 p. < (ISBN 2-226-07855-X)>
  • 1997 : La pensée libérale et les questions sociales dans Aux sources du modèle libéral français, Perrin, Alain Madelin (dir.)

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Claude Harmel, figure de l'anticommunisme, fondateur de l'Institut supérieur du travail », dans Le Monde daté du 29 novembre 2011.
  2. Christian Bougeard, Les forces politiques en Bretagne: notables, élus et militants, 1914-1946, Presses universitaires de Rennes, 2011, p. 161 et p. 235, Est § Ouest, Article d'Harmel, Joseph Pinard, op. cit., p. 117 ( il évoque lui la fille d'un député-maire de Saint-Brieuc passé du socialisme SFIO aux néo-socialistes or Brilleaud n'a pas été député ). Une autre source affirme faussement qu'il est le gendre de Guy Le Normand, professeur d'allemand et responsable de la fédération de la SFIO du Finistère: François Prigent, Charles Foulon, une vie d’engagement(s), p. 90.
  3. Joseph Pinard, op. cit., p. 113
  4. Cahiers Jaurès, 2012/3, In memoriam ( Lemonnier est resté abonné à cette revue et s'est réclamé de Jaurès ), Joseph Pinard, op. cit., p. 117, Rachel Mazuy, « Les "Amis de l'URSS" et le voyage en Union soviétique. La mise en scène d'une conversion (1933-1939) » dans Politix. Revue des sciences sociales du politique, 1992, volume 5, n° 18, p. 116.
  5. Le Monde, 06 décembre 1992, rubrique livres politiques, « Quelques idées de rechange », André Laurens - rectificatif.
  6. Le Monde, 22 novembre 1992, "Livres politiques, Compléments au dossier Albertini"
  7. Michel Dreyfus, Gérard Gautron, Jean-Louis Robert (et plus particulièrement Hélène Roussel), La Naissance de Force ouvrière. Autour de Robert Bothereau, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2003. Fiche de lecture par Georges Ubbiali et Jean-Paul Salles, sur le site des éditions Dissidences.
  8. Christian Bougeard, op. cit., p. 235, Le Breton socialiste, n° 512, 27 mai 1939, "Compte rendu du congrès de Châteaulin", p. 13, Le Populaire, 25 mai 1939. Le nom complet de la tendance, constituée à l'automne 1938, est redressement pour la construction du socialisme et de la paix. Georges Albertini appuie aussi cette motion.
  9. Benoît Kermoal, Bretons, internationalistes et européens ? Les socialistes bretons et l’idée européenne aux lendemains de la Grande Guerre, Siècles, 41/2015, note 75, Le Breton socialiste, édition de la région brestoise, 13 mai 1939, Guy Lemonnier, "Pour une politique de paix", p. 8, Ibid., 26 août 1939, G. Lemonnier, "Les moyens de la paix", p. 8
  10. Christian Bougeard, op. cit., p. 235
  11. Selon Pierre Rigoulot, Georges Albertini, socialiste, collaborateur, gaulliste, Perrin, 2012, p. 17
  12. a b et c Maurice Lucas, Les socialistes dans le Finistère ( 1905-2005 ), Apogée, 2005, p. 148 ( en septembre 1943 selon cet auteur ), Jean-Pierre Biondi, La Mêlée des pacifistes, 1914-1945, Maisonneuve & Larose, 2000, p. 124.
  13. a b et c « Novelli attaque France 3 pour avoir évoqué son passé politique », sur Rue89, 22 mars 2009.
  14. Pierre Rigoulot, op. cit., p. 104
  15. Cahiers Jaurès, 2012/3, In memoriam, Joseph Pinard, op. cit., p. 117
  16. Pierre Rigoulot, op. cit., p. 17
  17. A trois ans selon Pierre Rigoulot, op. cit., p. 17
  18. Pierre Rigoulot, op. cit., p. 207, 233-235
  19. Pierre Rigoulot, p. cit., p. 215-216, Jean-Louis Robert ( dir. ), La naissance de Force ouvrière: Autour de Robert Bothereau, Presses universitaires de Rennes, 2015, p. 238
  20. Pierre Rigoulot, op. cit., p. 240
  21. Cf. l'analyse du bulletin par Joseph Pinard, supra
  22. Joseph Pinard, op. cit., p. 121. Vivier a été formé par la Faculté libre de droit, d’économie et de gestion (FACO Paris) au cours des années 1970; il a été le rédacteur en chef de Faco-flash. Il préside actuellement l'Institut supérieur du travail.
  23. Table ronde du 13 mai 1964
  24. Le Monde, 10 juillet 1959, "L'Association nationale pour la meilleure sécurité sociale veut provoquer une prise de conscience de l'opinion" ( conférence de presse de Raymond Bernard, Victor Berger-Vachon, président de l'association, universitaire vice-président du CEPEC, Harmel et Hyacinthe Dubreuil, APMSS, n° 6, septembre 1961. Cf. aussi la page Centre d'études politiques et civiques
  25. Kevin Brooks, "Diffusion et transformation du néolibéralisme en France des années 1960 aux années 1980. L'ALEPS et les nouveaux économistes", mémoire de master de l'IEP de Grenoble, 2012, Le Monde, 22/10/1969, 28/11/1973
  26. Il y enseigne dans les années 1970 l'histoire des faits économiques en première année, avec Georges Lefranc
  27. Pierre Rigoulot, op. cit., p. 239
  28. Libération, "L'UIMM, l'enquête qui va à droite", 31/1/2008
  29. L'Institut d'histoire sociale, page de présentation.
  30. Joseph Pinard, op. cit., p. 114
  31. Conférence faite au camp des cadres des J.N.P., Saint-Ouen-l'Aumône, le 14 juin 1943 ; notice bibliographique sur le catalogue général de la BNF.