Charlotte Salomon

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Charlotte Salomon
Charlotte Salomon painting in the garden about 1939.jpg

Charlotte Salomon dans le jardin de la villa L'Ermitage à Villefranche-sur-Mer en 1939.

Naissance
Décès
(à 26 ans)
Auschwitz
Nationalité
Activité
Formation
Domiciles
Mouvement
Père
Albert Salomon (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Charlotte Salomon, née à Berlin le et morte à Auschwitz le , est une artiste plasticienne et peintre allemande d'origine juive.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Autoportrait 1940.

Enfant et fille unique d'Albert Salomon et de Fränze (Franziska) Grunwald, Charlotte Salomon grandit dans une famille aisée de la communauté juive berlinoise, son père étant médecin et professeur à l'université Humboldt de Berlin.

En 1926, quand elle a neuf ans, on lui annonce la mort de sa mère à la suite d'une mauvaise grippe. C'est en réalité un suicide. En septembre 1930, en secondes noces, son père épouse l'artiste lyrique Paula Lindberg, dite « Paulinka ». Avec cette dernière, les relations sont complexes pour Charlotte, enfant timide et morose.

Antisémitisme et camps[modifier | modifier le code]

Kristallnacht (« La Nuit de Cristal »).

En janvier 1933, après la nomination d'Adolf Hitler au poste de Chancelier, se produisent les premières persécutions des « ennemis du peuple allemand » : les communistes, les sociaux-démocrates, les socialistes, les francs-maçons et surtout la communauté juive sont interdits d'exercer certaines professions ou fonctions.

En septembre 1933, en raison de l'antisémitisme ambiant, Charlotte « Lotte » Salomon quitte le lycée un an avant l'Abitur (le baccalauréat allemand) et intègre l'académie des beaux-arts de Berlin où elle commence à étudier l'art. Là encore, elle souffre de l'antisémitisme et doit interrompre ses études après s'être vu refuser le premier prix d'un concours d'art en raison de ses origines juives.

Son père, le professeur Salomon reçoit l'interdiction de professer à l'Université et ne peut plus exercer la médecine qu'auprès des populations juives. En 1936, il est arrêté par les nazis et est interné à titre provisoire dans le camp de concentration de Sachsenhausen.

En janvier 1939, peu après la Nuit de Cristal (Reichskristallnacht, 9 novembre 1938), Charlotte quitte Berlin pour rejoindre ses grands-parents maternels partis d'Allemagne dès 1934 pour Rome puis le sud de la France à Villefranche-sur-Mer. C'est dans la propriété d'Ottilie Moore, une Américaine, qu'ils résident avec d'autres réfugiés.

Au mois de mars suivant, son père et sa belle-mère parviennent à quitter l'Allemagne pour Amsterdam aux Pays-Bas.

De la déclaration de guerre de septembre 1939 jusqu'à la défaite et l'Armistice de juin 1940, nombre de Juifs allemands ou autrichiens fuyant les persécutions raciales du IIIe Reich se sont réfugiés plus à l'ouest dans des pays plus sûrs à leurs yeux. En France, leurs nationalités d'origine les rangeant parmi les ennemis, la plupart d'entre eux sont internés dans divers camps de « regroupement » ayant parfois précédemment servi à « accueillir » des Espagnols ayant fui leur pays passé sous le régime franquiste.

Sa grand-mère s'étant suicidée en mars 1940, c'est avec son grand-père que Charlotte Salomon est internée dans les Basses-Pyrénées au camp de Gurs. Ils en sont libérés quelques mois plus tard en raison du mauvais état de santé du grand-père et parviennent à regagner la Côte d'Azur, alors en Zone d'occupation italienne en France depuis l'armistice de juin 1940 où les Italiens, quoique vaincus sur leur front franco-italien des Alpes, ont reçu une part du territoire français au titre d'alliés des vainqueurs allemands.

En octobre 1941, leur hôtesse américaine, dont le pays n'est pas encore entré en guerre, quitte la France pour les États-Unis. Un peu plus tard, la même année, Charlotte intègre la pension La Belle Aurore à Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Le 11 novembre 1942, en réponse au débarquement anglo-américain du 9 novembre en Afrique du nord, les Allemands franchissent la Ligne de démarcation définie par l'Armistice du 22 juin 1940 et envahissent la totalité du territoire métropolitain français à l'exception de la Zone d'occupation italienne en France ; l'Italie fasciste « profite » de ses bonnes relations avec l'Allemagne pour augmenter cette zone d'occupation et envahir la Corse restée jusque-là sous administration de l'État français. Le Rhône constitue grosso modo depuis Genève jusqu'à la Méditerranée, une frontière germano-italienne, Toulon et sa rade étant toutefois « partagés » entre les deux armées d'occupation.

Fin 1942, Charlotte part rejoindre son grand-père à Nice mais celui-ci y meurt en février 1943.

Le 17 juin 1943, à Nice, Charlotte Salomon épouse Alexander Nagler, un autre réfugié israélite de nationalité autrichienne qui aurait été un amant d'Ottilie Moore.

Après l'invasion de la majeure partie de l'Italie par les Armées alliées, la destitution de Mussolini par le roi Victor-Emmanuel III d'Italie et son remplacement par le Maréchal Badoglio, le nouveau gouvernement italien signe le 8 septembre 1943 avec les Alliés, un armistice retirant de facto puis de jure les troupes italiennes du camp de l'Axe. L'armée allemande envahit alors la Zone d'occupation italienne en France depuis l'Armistice de juin 1940, puis fait prisonnière et remplace la majeure partie des troupes italiennes (favorables à Badoglio). En outre, elle impose ses lois raciales, de police (Gestapo) et de terreur. Commence alors, pour les juifs de la zone italienne, la déportation.

Les arrestations de juifs et d'indésirables s'opèrent avec plus d'efficacité que du temps de l'occupation italienne. Les dénonciations se multiplient et c'est à la suite de l'une d'elles que Charlotte et son mari sont arrêtés. Faute d'avoir pu justifier lors de leur mariage, leur non-judaïcité et une déclaration de résidence en tant que juifs, leur cas est rapidement signalé à la Gestapo. Emmenés tout d'abord à l'hôtel Excelsior — siège niçois de la Gestapo — le 21 ou le 24 septembre, ils sont transférés à Drancy d'où le 7 octobre, par le convoi n° 60, ils sont acheminés vers Auschwitz. Le 10 octobre, immédiatement à son arrivée, Charlotte, enceinte de quatre mois, est envoyée à la mort via l'une des chambres à gaz d'Auschwitz-Birkenau. Son époux meurt à son tour le 1er janvier suivant.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Gouache tirée de la série Leben? oder Theater? (« Est-ce la vie ou du théâtre ? »).

Charlotte Salomon, que tous les événements relatifs aux persécutions, aux arrestations, à la guerre et à sa propre histoire ont plongée dans une crise profonde, commence à peindre pour lutter contre le désespoir. De la fin 1940 à la mi-1942, elle se consacre à son œuvre autobiographique Leben? oder Theater? qui pourrait se traduire par Est-ce la vie ou du théâtre ? En 18 mois, elle s'attaque à environ 1 325 gouaches ou aquarelles à partir des trois seules couleurs primaires : rouge, jaune et bleu. Elle choisit de n'en terminer vraiment qu'un peu plus de huit cents.

Ces tableaux montrent sa famille et ses amis, mettent en scène son enfance et sa jeunesse mais aussi les événements qu'elle a traversés. C'est une œuvre complexe s'accompagnant parfois aussi de texte et de musique. Les textes sont simples, parsemés de citations de la littérature allemande, Charlotte Salomon les insère dans ses tableaux, un peu à la manière d'une bande dessinée.

Peu avant son arrestation, en lui disant « Gardez-les bien, c’est toute ma vie », elle confie les gouaches de Leben? oder Theater?[1] à un ami proche, le Docteur Moridis afin qu'il les remette plus tard à Ottilie Moore.

De retour en Europe en 1946, cette dernière reçoit du Dr Moridis l'ensemble de l'œuvre picturale de Charlotte et c'est en 1947 qu'elle la transmet aux parents de Charlotte. Albert Salomon, rescapé après s'être évadé d'un camp de concentration à Westerbork aux Pays-Bas, et son épouse Paula ont miraculeusement survécu au conflit.

Totalement inconscients — et pour cause — de l'existence de l'œuvre de Charlotte, ils la conservent dans cinq boîtes soigneusement entourées de tissu. En 1959, ils en signalent l'existence au Stedelijk Museum d'Amsterdam et plusieurs expositions s'ensuivent.

Le 20 novembre 1971, Albert (mort en 1976) et Paula (morte en 2000) font au Musée historique juif (Joods Historisch Museum), le musée d'histoire juive d'Amsterdam, le don de cette œuvre autobiographique et unique en son genre qu'est la production de leur fille Charlotte Salomon.

Expositions[modifier | modifier le code]

  • (nl) Charlotte Salomon Musée historique juif (Joods Historisch Museum) à Amsterdam, « Charlotte Salomon. Le choix de Jonathan Safran Foer, Bernice Eisenstein et Ernst van Alphen », du 4 juin au 17 octobre 2010[2]
  • Exposition « Charlotte Salomon » à la chapelle Saint-Elme (Villefranche), du 9 mai 2015 au 30 septembre 2015
  • Exposition « Charlotte Salomon : vie ? ou théâtre ? » au musée Masséna de Nice, du 5 février au 24 mai 2016

Musique[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]