Abraham Schrameck

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Abraham Schrameck, né le à Saint-Étienne et mort le à Marseille, est un homme politique français. Il est le père de Anne-Marcelle Kahn et le beau-père de l'amiral Kahn.

Biographie[modifier | modifier le code]

Abraham Schrameck (debout) en landau avec le sultan du Maroc Moulay Abd al-Hafid et le haut fonctionnaire Si Kaddour Benghabrit à Marseille en 1912.

Il est successivement chef de cabinet de Louis Lépine, alors préfet de la Loire, puis préfet de Tarn-et- Garonne, le 24 septembre 1900 et de l'Aisne, le 3 novembre 1906. directeur de l’administration pénitentiaire, préfet des Bouches-du-Rhône de 1911 à 1918, gouverneur général de Madagascar[1],[2] du 11 août 1918 au 12 juillet 1919 , et ministre de l'Intérieur des deuxième et troisième gouvernements Paul Painlevé en 1925. Il est élu sénateur des Bouches-du-Rhône à quatre reprises entre 1920 et 1939.

Il s'attire alors les foudres de l'Action française. Charles Maurras publie une lettre ouverte, violemment antisémite, contre Schrameck, qui était juif, en réaction à l'assassinat de Marius Plateau, l'un des dirigeants de l'Action française :

« De vous, rien n'est connu. Mais vous êtes le Juif. Vous êtes l'Étranger. Vous êtes le produit du régime et de ses mystères. Vous venez des bas-fonds de la police, des loges et, votre nom semble l'indiquer, des ghettos rhénans. Vous nous apparaissez comme directeur des services pénitentiaires vers 1908 ou 1909. Là, vous faites martyriser Maxime Real del Sarte et ses compagnons coupables d'avoir milité pour la fête de Jeanne d'Arc. Vos premiers actes connus établissent votre fidélité à la consigne ethnique donnée par votre congénère Alfred Dreyfus le jour de sa dégradation : Ma race se vengera sur la vôtre. Votre race, une race juive dégénérée, car il y a des Juifs bien nés qui en éprouvent de la honte, la race des Trotsky et des Krassine, des Kurt Eisner et des Bela Kuhn, vous a chargé maintenant, d'organiser la révolution dans notre patrie. (...) C'est sans haine comme sans crainte que je donnerai l'ordre de verser votre sang de chien s'il vous arrive d'abuser de la force publique pour ouvrir les écluses de sang français sous les balles et les poignards de vos chers bandits de Moscou[3]. »

Cet épisode fut largement couvert par la presse de l'époque[4],[5],[6],[7],[8],[9]. Le député Jules Delahaye, également proche de l'AF, déclare en 1911 : « Il ne faut pas un juif à la tête des prisons pour maltraiter les chrétiens » [10].

En juillet 1940, Schrameck vota les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il est déchu de son mandat de sénateur par Pétain le 27 novembre 1941[11]. Il fut bientôt arrêté et interné en raison de ses origines juives. Parvenant à gagner la Provence, il y resta caché jusqu’à la Libération[12].

Famille[modifier | modifier le code]

Abraham Schrameck est né à Saint-Étienne (Loire) le 26 novembre 1867 . Il est le fils de Moïse "Maurice" Schrameck (mort en 1881), négociant, et de Hélène Bloch[13].

Il se marie le 22 avril 1895 avec Marguerite Odile Bernheim (27 décembre 1872-1940), fille de Jules Bernheim (1847-1913) et de Ernestine Levy (1849-1924)[14],[13].

Ils ont une fille, Anne-Marcelle Kahn, née le 4 juin 1896 dans le 7e arrondissement de Paris, qui épouse en 1922 le futur amiral Louis Kahn, et deux fils: Corneille Maurice Etienne Schrameck, né dans le 4e arrondissement de Paris, le 2 août 1897 et mort à Bligny (Marne) aux armées le 20 novembre 1919, et Georges Émile, né dans le 9e arrondissement de Paris, le 17 juillet 1899[14].

Il est le grand-oncle d'Olivier Schrameck[15].

Mandats sénatoriaux[modifier | modifier le code]

  • Élu le 11 janvier 1920
  • Réélu le 9 janvier 1921
  • Réélu le 14 janvier 1930
  • Réélu le 10 janvier 1939
  • Fin de mandat le 21 octobre 1945

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Gwendolyn Wright, 1991, p. 273.
  2. (en) List of Colonial Governors of Madagascar.
  3. Charles Maurras, « La politique. II. Lettre ouverte à M. Abraham Schrameck, ministre de l'Intérieur », L'Action française, no 160 (18e année),‎ , p. 1 (lire en ligne).
  4. (en) Richard Francis Crane, 2014, p. 20.
  5. (en)Samuel M. Osgood, 2012, p. 105.
  6. (en) Jonathan Judaken, 2013, p. 64.
  7. (en) Cyprian Blamires & Paul Jackson, 2006, p. 411.
  8. Laurent Joly, « D'une guerre l'autre : L'Action française et les Juifs, de l’Union sacrée à la Révolution nationale (1914-1944) », Revue d'histoire moderne et contemporaine, Paris, Belin, nos 59-4,‎ , p. 97-124 (lire en ligne).
  9. Un héritage antisémite, Charles Maurras (1868-1952) et l'Action française. akadem.org.
  10. Laurent Joly, « Antisémites et antisémitisme à la Chambre des députés sous la IIIe République », Revue d'histoire moderne et contemporaine, Paris, Belin, nos 54-3,‎ , p. 63-90 (ISBN 978-2-70114-571-6, ISSN 0048-8003, DOI 10.3917/rhmc.543.0063, lire en ligne).
  11. J.O. du 27 novembre 1941. chntgeai.fr.
  12. (en) Alan Rosen, 2010, Paris/Kahn home, August 21, 1946.
  13. a et b Anne-Marcelle Schrameck. geneanet.com.
  14. a et b Abraham Schrameck. Archives nationales.
  15. Olivier Schrameck

Liens externes[modifier | modifier le code]