Nathalie Sarraute

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Nathalie Sarraute
Nathalie Sarraute (crop).jpg
Nathalie Sarraute en 1983
Biographie
Naissance
Décès
(à 99 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Sépulture
Nom de naissance
Natalia (Natacha) Tcherniak
Surnom
Tachok
Nationalités
Activité
Conjoint
Raymond Sarraute (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Autres informations
Domaine
Religion
Mouvement
Distinctions
Œuvres principales

Nathalie Sarraute, Natalia (Natacha) Tcherniak née à Ivanovo-Voznessensk en Russie, le , morte à Paris le , est une femme de lettres française d'origine russe. Elle est l'une des figures du Nouveau Roman à partir de la publication de L'Ère du soupçon en 1956.

Biographie[modifier | modifier le code]

Nathalie Sarraute, née Natalia Ilinitchna Tcherniak, voit le jour le [1] à Ivanovo-Voznessensk, près de Moscou, dans une famille de la bourgeoisie juive assimilée, aisée et cultivée. Ses parents, Ilya Tcherniak et Pauline Chatounowski, divorcent alors qu'elle est âgée de deux ans. Sa mère l'emmène vivre avec elle à Genève, puis à Paris, où elles habitent rue Flatters, dans le cinquième arrondissement. Natalia va à l'école maternelle de la rue des Feuillantines. Chaque année, elle passe deux[2] mois avec son père, soit en Russie, soit en Suisse. Ensuite Natalia Tcherniak ira de nouveau vivre en Russie, à Saint-Pétersbourg, avec sa mère et le nouveau mari de celle-ci, Nicolas Boretzki. Ilya Tcherniak, le père de Natalia, qui connaît des difficultés en Russie du fait de ses opinions politiques, sera quant à lui contraint d'émigrer à Paris. Il va créer une usine de matières colorantes à Vanves. La jeune Natalia grandit aussi près de son père à Paris et avec Véra, la seconde femme de son père, et bientôt sa demi-sœur Hélène, dite Lili. Cette période, entre 1909 et 1917, sera difficilement vécue par Nathalie Sarraute.

Elle reçoit une éducation cosmopolite et, avant de trouver sa voie, poursuit des études diverses : elle étudie parallèlement l'anglais et l'histoire à Oxford, ensuite la sociologie à Berlin, puis fait des études de droit à Paris. Elle devient ensuite avocate, et s'inscrit au barreau de Paris. En 1925, elle épouse Raymond Sarraute, avocat comme elle. De cette union naissent trois enfants : Claude (née en 1927), Anne (1930-2008) et Dominique.

Parallèlement, Nathalie Sarraute découvre la littérature du XXe siècle, spécialement avec Marcel Proust, James Joyce et Virginia Woolf, qui bouleversent sa conception du roman. En 1932, elle écrit les premiers textes de ce qui deviendra le recueil de courts textes Tropismes dans lequel elle analyse les réactions physiques spontanées imperceptibles, très ténues, en réponse à une stimulation : « mouvements indéfinissables qui glissent très rapidement aux limites de la conscience ; ils sont à l'origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments que nous manifestons, que nous croyons éprouver et qu'il est possible de définir ». Tropismes sera publié en 1939 et salué par Jean-Paul Sartre et Max Jacob.

En 1940, Nathalie Sarraute est radiée du barreau à la suite des lois anti-juives et décide de se consacrer à la littérature. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle héberge un temps Samuel Beckett, dramaturge du théâtre de "l'absurde" recherché par la Gestapo pour ses activités de résistance. Elle réussira à rester en Île-de-France non sans se plier à plusieurs changements d'adresse et à l'usage de faux papiers ; elle sera contrainte de divorcer pour protéger Raymond d'une radiation du barreau.

En 1947, Jean-Paul Sartre écrit la préface de Portrait d'un inconnu, qui sera publié un an après par Robert Marin. Mais il lui faudra attendre la publication de Martereau (1953) pour commencer à connaître le succès. Le livre paraît chez Gallimard et elle restera désormais fidèle à cette maison d'édition.

En 1960, elle compte au nombre des signataires du Manifeste des 121, titré « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie ».

En 1964, elle reçoit le Prix international de littérature pour son roman Les Fruits d'Or.

Parallèlement à son œuvre romanesque, elle commence à écrire pour le théâtre, à l'invitation d'une radio allemande. Le Silence paraîtra en 1964, Le Mensonge deux ans plus tard. Suivront Isma, C'est beau, Elle est là et Pour un oui ou pour un non. Ces pièces suscitent rapidement l'intérêt des metteurs en scène. Ainsi, Claude Régy crée Isma en 1970, puis C'est beau en 1975 et Elle est là en 1980 ; Jean-Louis Barrault crée en 1967 Le Silence et Le Mensonge à l'Odéon, pièces que montera plus tard Jacques Lassalle (1993) pour l'inauguration du Vieux Colombier en tant que deuxième salle de la Comédie-Française. Simone Benmussa adapte son autobiographie Enfance pour la scène (1984), à Paris (Théâtre du Rond-Point), puis à New York sous le titre Childhood (1985) et crée ensuite Pour un oui ou pour un non (création mondiale à New York par Simone Benmussa sous le titre For no good reason en 1985 ; création en France au Théâtre du Rond-Point en 1986). Benmussa réalise aussi le film Portrait de Nathalie Sarraute, avec Nathalie Sarraute (production Centre Georges Pompidou et Éditions Gallimard), sélectionné dans "Perspectives du cinéma français" pour le Festival de Cannes de 1978.

Nathalie Sarraute meurt à Paris le alors qu'elle dit travailler à une septième pièce et est inhumée à Chérence, dans le Val-d'Oise.

Les enjeux de l'écriture[modifier | modifier le code]

En 1956, Nathalie Sarraute publie l'Ère du soupçon, essai sur la littérature qui récuse les conventions traditionnelles du roman. Elle y décrit notamment la nature novatrice des œuvres de Woolf, de Kafka, de Proust, de Joyce et de Dostoïevski. Elle devient alors, avec Alain Robbe-Grillet, Michel Butor ou encore Claude Simon, une figure de proue du courant du nouveau roman.

Sarraute ambitionne d'atteindre une « matière anonyme comme le sang »[3], veut révéler « le non-dit, le non-avoué », tout l'univers de la “sous-conversation”[4] . Les mots, le temps de leur énonciation, figent ce qu'ils nomment, et installent une conversation dans une routine inauthentique. Nathalie Sarraute veut défaire ces constructions mensongères et illusoires[5]. Elle veut mettre en jeu les « innombrables petits crimes » que provoquent sur nous les paroles d'autrui. Il ne s'agit pas vraiment de mensonges, mais ils sont imposés par le langage lui même[4].

Le terme « tropisme Ce lien renvoie vers une page d'homonymie », emprunté au langage scientifique, désigne l'orientation des plantes en fonction de leur milieu. Chez Sarraute, qui a intitulé sa première publication Tropismes, ce vocable renvoie à des mouvements intérieurs presque insensibles dus à des causes extérieures: phrases stéréotypées, conventions sociales. Sous la banalité apparente de ces conventions langagières, il existe en effet des rapports humains complexes, des sentiments intenses, voire violents (sensations d'enfermement, d'angoisse, de panique). Sarraute les décrit comme des mouvements instinctifs, déclenchés par la présence d'autrui ou par les paroles des autres. Tropismes, refusé par Gallimard et par Grasset, ne sera reconnu par la critique qu'une quinzaine d'années après sa parution.

En 1983, Sarraute publie Enfance, qui fait revivre le monde disparu des émigrés russes à Paris au début du XXe siècle. Dans ce recueil de scènes isolées, l'auteur s'efforce de retrouver ce qui constitue sa personnalité, s'attachant en particulier à reconstituer ses premières rencontres avec les mots, le plaisir de la lecture et l'activité introspective de l'écriture. Écriture à deux voix, ce texte se présente sous la forme d'un dialogue entre l'écrivain et son double, qui soumet l'entreprise autobiographique à un contrôle à la fois constant et rigoureux.

Descendance[modifier | modifier le code]

Elle est la mère de Claude Sarraute (journaliste, romancière et comédienne), d'Anne Sarraute (assistante de réalisation, chef monteuse et secrétaire de rédaction de La Quinzaine littéraire) et de Dominique Sarraute (photographe).

Elle fut la belle-mère du journaliste américain Stanley Karnow, de Christophe Tzara (fils de l'écrivain Tristan Tzara) et de l'académicien Jean-François Revel.

Elle est la grand-mère du haut fonctionnaire Nicolas Revel.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Le Silence, suivi de Le Mensonge, Paris, Gallimard, 1967
  • Isma ou Ce qui s'appelle rien suivi de Le silence et Le mensonge, Paris, Gallimard, coll. « Le Manteau d'Arlequin », 1970
  • Théâtre contenant Elle est là (E.O.), Le Mensonge, Isma, C'est beau, Paris, Gallimard, 18 octobre 1978
  • Pour un oui ou pour un non, Paris, Gallimard, 25 janvier 1982 (ISBN 978-2070264070)

Essais[modifier | modifier le code]

Entrevues avec[modifier | modifier le code]

  • Denise Bourdet, Nathalie Sarraute, dans: Visages d'aujourd'hui, Paris, Plon, 1960
  • Claire Francillon, Le Roman aujourd'hui. Un entretien avec Nathalie Sarraute, in Gazette de Lausanne, 29 novembre 1958
  • Yvon Belaval, Mimica Cranaki et Nathalie Sarraute, Conversation avec François Bondy, Paris, Gallimard, 1965
  • Geneviève Serreau, Nathalie Sarraute et les secrets de la création, in La Quinzaine littéraire, 1-15 mai 1968
  • Jean-Louis de Rambures, Comment travaillent les écrivains, in Le Monde, 14 janvier 1972, puis Paris, Flammarion, 1978
  • Guy Le Clecêh, Drames microscopiques, in Les Nouvelles littéraires, 28 janvier 1972
  • Gretchen R. Besser, Colloque avec Nathalie Sarraute, 22 April 1976, et in The French Review, L, 2, décembre 1976
  • Lucette Finas, Nathalie Sarraute: mon théâtre continue mes romans, in La Quinzaine littéraire, 16-31 décembre 1978
  • Lucette Finas, Comment j'ai écrit certains de mes livres, in Études littéraires, XII, 3, décembre 1979
  • Jean-Louis Ezine, Nathalie Sarraute, in Les Écrivains sur la sellette, Paris, Seuil, 1981
  • Pierre Boncenne, Nathalie Sarraute, in Lire, juin 1983
  • Serge Fauchereau et Jean Ristat, Conversation avec Nathalie Sarraute, in Digraphe, 32, mars 1984
  • Marc Saporta, Portrait d'une inconnue. Conversation biographique, in L'Arc, 95, 4e trimestre 1984
  • Alison Finch et David Kelley, Propos sur la technique du roman, in French Studies, juillet 1985
  • Carmen Licari, Qu'est-ce qu'il y a? qu'est-ce qui s'est passé? Mais rien, in Francofonia, 9, automne 1985
  • Irène Sadowska-Guillon, À la recherche du temps présent, in Acteurs, 34, mars 1986
  • André Rollin, Nathalie Sarraute, in Ils écrivent où, quand, comment?, Paris, Mazarine, 1986
  • Simone Benmussa, Nathalie Sarraute, qui êtes-vous?, Lyon: La Manufacture, 1987
  • Arnaud Rykner, Entretien avec Nathalie Sarraute (raccolta nell'aprile 1990), in Nathalie Sarraute, Paris, Seuil, coll. « Les Contemporains » no 10, 1991 (ISBN 2-02-010650-7)
  • Danièle Sallenave, Nathalie Sarraute. À voix nue, in France Culture, 23-27 mars 1992
  • Michèle Pardina, Un entretien avec Nathalie Sarraute, in Le Monde, 26 février 1993
  • Isabelle Huppert, Rencontre avec Nathalie Sarraute, in Cahiers du cinéma, 477, mars 1994
  • Antoine de Gaudemar, Sarraute, nulle part ailleurs, in Libération, 7 septembre 1995
  • Laurence Liban, Nathalie Sarraute, in Lire, 238, septembre 1995
  • Michèle Gazier, Nathalie Sarraute, l’après-midi, Éditions Naïve, 2010 (ISBN 978-2-3502-1230-2)
  • Rolande Causse, Conversations avec Nathalie Sarraute, Paris, Seuil, 2016 (ISBN 978-2-0213-3241-4)

Critique[modifier | modifier le code]

  • Sheila M. Bell, Nathalie Sarraute: a bibliography, London: Grant & Cutler, 1982
  • Sheila M. Bell, The conjurer's hat: Sarraute criticism since 1980, in Romance studies, 23, printemps 1994
  • Yvon Belaval e Mimica Cranaki, Nathalie Sarraute, Paris, Gallimard, coll. « la Bibliothèque idéale », 1965
  • René Micha, Nathalie Sarraute, Paris, éd. Universitaires, coll. « Classiques du XXe siècle » no 81, 1966
  • Jean-Luc Jaccard, Nathalie Sarraute, Zürich, Juris, 1967
  • Ruth Z. Temple, Nathalie Sarraute, Columbia U.P., 1968
  • Christine B. Wunderli-Müller, Le Théâtre du masque et de la banalité dans l'œuvre de Nathalie Sarraute, Zürich, Juris 1970
  • Micheline Tison-Braun, Nathalie Sarraute, ou la Recherche de l'authenticité, Paris, Gallimard, 1971
  • Élisabeth Eliez-Ruegg, La Conscience d'autrui et la conscience des objets dans l'œuvre de Nathalie Sarraute, Berne, Herbert Lang, 1972
  • Françoise Calin, La Vie retrouvée. Étude de l'œuvre romanesque de Nathalie Sarraute, Minard, Lettres modernes, coll. « Situations » no 35, 1976
  • Anthony S. Newman, Une poésie des discours. Essai sur les romans de Nathalie Sarraute, Genève, Droz, 1976
  • Gretchen Rous Besser, Nathalie Sarraute, New York, Twayne, 1979
  • André Allemand, L'Œuvre romanesque de Nathalie Sarraute, Neuchâtel, La Baconnière, 1980
  • Valérie Minogue, Nathalie Sarraute and the War of the Words, Edimbourg U.P., 1981
  • Helen Watson-Williams, The Novels of Nathalie Sarraute: towards an Æsthetic, Amsterdam, Rodopi, 1981
  • Arnaud Rykner, Théâtres du Nouveau Roman (Sarraute, Pinget, Duras), Paris, José Corti, 1988
  • Sabine Raffy, Sarraute romancière. Espaces intimes. New York, Peter Lang, 1988
  • Alan J. Clayton, Nathalie Sarraute, ou le Tremblement de l'écriture, Paris, Minard, coll. « Archives des lettres modernes » no 238, 1989
  • Jean Pierrot, Nathalie Sarraute, Paris, José Corti, 1990
  • Arnaud Rykner, Nathalie Sarraute, Paris, Seuil, 1991
  • Françoise Asso, Nathalie Sarraute, une écriture de l'effraction, Paris, P.U.F., 1995
  • Geneviève Henrot, L'Usage de la forme. Essai sur les Fruits d'Or de Nathalie Sarraute, Padova, Unipress, 2000
  • Rainier Rocchi, L'Intertextualité dans l'écriture de Nathalie Sarraute, Paris, Classiques Garnier, 2018.

Numéros de revues[modifier | modifier le code]

  • French Review, XL, spécial Issue, hiver 1967
  • Magazine littéraire, no 196, juin 1983
  • Aujourd'hui Nathalie Sarraute, Digraphe, no 32, mars 1984
  • L'Arc, no 95, quatrième trimestre 1984
  • Revue des Sciences Humaines, t. LXXXXIII, no 217, janvier-mars 1990
  • Livre catalogue d'exposition de la Bibliothèque nationale de France, Nathalie Sarraute, portrait d'un écrivain, par Annie Angremy avec la collaboration de Noëlle Giret, 1995
  • Sabine Raffy (éd.), Actes du Centre culturel international de Cerisy-la-Salle del 9-10 luglio 1989, in Annales de l'université de Besançon, no 580, Paris, Les Belles Lettres, 1995

Hommage[modifier | modifier le code]

Une esplanade, séparant la halle Pajol de la rue Pajol, dans le 18e arrondissement de Paris, est nommée Esplanade Nathalie-Sarraute en novembre 2013[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D'après la Bibliothèque nationale de France, catalogue BN-Opale-plus, fiche FRBNF11923722 créée le 3 novembre 1976, dans sa mise à jour du 15 février 2006
  2. Selon la chronologie donnée dans Pour un oui ou pour un non, collection Folio Théâtre
  3. Il [le lecteur] est plongé et maintenu jusqu’au bout dans une matière anonyme comme le sang, dans un magma sans nom, sans contour. dans L'Ère du soupçon.
  4. a et b Nathalie Sarraute appelle "sous-conversation" les phénomènes sensibles et fluctuants issus des dialogues : Emotion et sous-conversation: des tropismes sarrautiens à la sémiotique dialogique
  5. Préface de Arnaud Rykner de Pour un oui ou pour un non en Folio Théâtre.
  6. Paris La Chapelle - Inauguration de l'esplanade Nathalie Sarraute 7/11/2013


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Liens externes[modifier | modifier le code]