Maurice Duverger

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Maurice Duverger, né le à Angoulême, et mort le [1], est un juriste, politologue et professeur de droit français, spécialiste du droit constitutionnel.

Biographie[modifier | modifier le code]

Dès l'âge de quinze ans, il est militant dans des groupes d'extrême droite bordelais. En 1937, il est responsable à Bordeaux de l'Union populaire de la jeunesse française, organisation de jeunesse du Parti populaire français (PPF) et participe à ce titre à différents congrès des jeunesses doriotistes, étant membre de ce parti. Durant l'occupation, il accepte d'enseigner à l'Institut d'études corporatives et sociales, fondé sous l'égide du maréchal Pétain pour y former les cadres de la Révolution nationale.

Étudiant en droit à Bordeaux, Maurice Duverger est agrégé de la faculté de droit en 1942, puis successivement professeur à la Faculté de droit de Poitiers en 1942, à celle de Bordeaux en 1943 où il est le premier directeur de l'Institut d'études politiques de Bordeaux créé en 1948 et enfin à celle de Paris (faculté de droit et des sciences économiques) entre 1955 et 1985. Il est l'un des fondateurs du département de science politique de la Sorbonne (Paris I), en 1969.

Proche pendant la première période du régime de Vichy, on reproche parfois à Maurice Duverger un article controversé de technique juridique concernant le statut des juifs. En 1988, il gagne un procès contre le magazine Actuel qui l'accusait d'avoir soutenu les mesures discriminatoires anti-juives. Le doyen Georges Vedel témoigne à l'occasion de ce procès que « loin d'approuver le principe des mesures frappant les fonctionnaires juifs et encore moins d'en favoriser l'application, Maurice Duverger en a proposé une interprétation totalement restrictive de nature à en paralyser l'effet, ce qui, dans les circonstances du moment, constituait la contribution la plus efficace qu'un juriste pût apporter à l'opposition aux textes qu'il commentait. »[2].

Après s'être rapproché de la Résistance, il était aussi devenu — après la Libération jusqu'aux années 1980 — un éditorialiste écouté au journal Le Monde, dont il fut un des conseillers politiques. Ses articles sont alors aussi publiés dans El País, le Corriere della Sera et Le Nouvel Observateur.

De 1989 à 1994, il siège au Parlement européen comme élu indépendant de la liste du Parti communiste italien.

Maurice Duverger est le fondateur de l'Association des sciences politiques et de la Revue française de science politique, participant ainsi à la prise d'autonomie de la science politique proprement dite, dans les années 1970. Il fut le premier directeur de l'Institut d'études politiques de Bordeaux.

Ses doctrines de droit public[modifier | modifier le code]

Il est l’auteur de très nombreux ouvrages de droit constitutionnel et de science politique.

Les partis politiques[modifier | modifier le code]

Dans un livre devenu un classique, Les Partis politiques, il a démontré qu'un mode de scrutin proportionnel (de type italien ou Quatrième République) tendait à la multiplication des partis tandis qu'un mode de scrutin majoritaire à un tour (de type britannique ou américain) tendait au bipartisme.

Duverger est également l'auteur de l'expression quadrille bipolaire[3], qui a caractérisé l'essentiel de la Cinquième République : les fonctions exécutives étaient partagées par quatre partis réunis en deux pôles : le PS et le PCF d'une part, l'UDF et le RPR d'autre part.

La nouvelle séparation des pouvoirs[modifier | modifier le code]

Article détaillé : séparation des pouvoirs.

Selon l'auteur, « la séparation des pouvoirs revêt deux formes principales dans les démocraties occidentales, suivant les modes de relations entre le Parlement et le gouvernement : le régime parlementaire et le régime présidentiel […]. Mais ces dénominations se fondent trop exclusivement sur les rapports juridiques entre Parlement et gouvernement : elles ignorent trop les réalités politiques et notamment le rôle des partis. »

Ainsi, quand la majorité du parlement sera la même que celle du gouvernement, ce dernier sera alors un simple instrument de la politique du parlement ; parler de la séparation des pouvoirs entre parlement et gouvernement dans ce contexte devient absurde.

Selon lui, la véritable séparation, ou articulation, se fait entre la majorité et la minorité (qu'elles soient issues de coalitions ou non).

Ainsi, à l'intérieur de chaque institution (nationales comme le gouvernement ou le parlement, ou locales, comme un conseil municipal), le parti politique (ou la coalition de partis) qui a la majorité fait passer ses décisions, tandis que la minorité tente de les bloquer. Les partis politiques ont une action transcendante ou verticale, c'est-à-dire qu'ils appliquent une même politique à tous les échelons.

La théorie du régime semi-présidentiel[modifier | modifier le code]

Article détaillé : régime semi-présidentiel.

Maurice Duverger est aussi à l'origine du concept de régime semi-présidentiel regroupant les régimes mixtes empruntant certaines caractéristiques aux régimes parlementaires et aux régimes présidentiels. Les régimes semi-présidentiels seraient alors ceux de l'Allemagne de Weimar de 1919 à 1933, de la Finlande, de la France (Ve République), de l'Islande, de l'Irlande, de l'Autriche, du Portugal et de la plupart des pays européens sortis du communisme dans les années 1990. La pertinence de cette notion regroupant des pays aux pratiques politiques parfois contradictoires fut alors critiquée par d'autres constitutionnalistes comme Jean Gicquel, Jean-Louis Quermonne ou encore Olivier Duhamel.

Il est surprenant de voir que Maurice Duverger, au lieu de proposer une nouvelle classification tenant compte de la séparation des pouvoirs entre majorité et minorité, a préféré plutôt conserver la séparation classique entre régimes présidentiels et régimes parlementaires, en y ajoutant une troisième catégorie.

L'avènement obligatoire du socialisme démocratique[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage Introduction à la politique, Duverger émet une supposition[4] ; il pense qu'un événement va forcément se produire : l'avènement du socialisme démocratique. Au moment où il écrit, le monde se trouve dans un contexte de guerre froide ; il y a alors les deux systèmes opposés, celui de l'Est, communiste autoritaire, et celui de l'Ouest, démocratique et libéral. Duverger prédit que les deux systèmes vont se rejoindre, celui de l'Ouest en se socialisant, et celui de l'Est en se libéralisant. Les deux seraient alors, après une évolution sans doute longue, en passe d'être marqués par le socialisme démocratique. Cela ne se ferait pas sans heurts, ni sans obstacles, ni sans régressions temporaires, sans doute. Mais fatalement, du fait des mouvements populaires, ce système adviendra. Il admet que des divergences pourront demeurer entre les deux blocs ; mais il y aura, selon lui, un rapprochement. Il soutient que le Tiers-monde, après les deux blocs, ira dans le même mouvement vers ce système, socialiste et démocratique. Il suppose qu'en optant pour le communisme, les pays du Tiers-monde auront plus tôt fait d'arriver au socialisme démocratique qu'en optant d'abord pour le capitalisme. Il pense que l'on ne pourra pas arriver au socialisme démocratique sans passer préalablement par une de ces voies : communisme ou capitalisme. Il juge que, par son efficacité, le socialisme se démarque des deux autres systèmes ; il permet une planification globale bien plus enviable que l'économie de marché, marquée par « l'absence d'organisation » et du fait que le capitalisme est marqué par « l'impossibilité de construire une véritable communauté humaine [avec ce système anti-social] » ; et la démocratisation du communisme est irrémédiable du fait de « l'évolution économique et technique ». Il pense, d'ailleurs, que si le capitalisme reste en place encore un temps, ce n'est pas parce qu'on considère qu'il est légitime, mais parce que le système communiste observé, stalinien, est pire encore que lui. Si un jour l'Est est marqué par le socialisme démocratique, il n'y aura plus aucun attachement au capitalisme à l'Ouest. Duverger envisage aussi que le socialisme démocratique puisse advenir à l'Ouest avant de le faire à l'Est.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Docteur honoris causa[modifier | modifier le code]

Maurice Duverger est docteur honoris causa de plusieurs universités parmi lesquelles :

Ouvrages marquants[modifier | modifier le code]

  • La situation des fonctionnaires depuis la Révolution de 1940 (1940)
  • Les partis politiques (1951), Armand Colin.
  • La participation des femmes à la vie politique, UNESCO, 1955.
  • Échec au roi
  • Institutions politiques et droit constitutionnel (I. Les grands systèmes politiques et II. Le système politique français) (1970)
  • Demain La République (1958), René Julliard.
  • La VIe République et le régime présidentiel, Arthème Fayard, 1961.
  • Les institutions françaises, PUF, 1962.
  • Constitutions et documents politiques, PUF, 3e édition 1964
  • Introduction à la politique (1964)
  • Sociologie de la politique (le titre exact est Sociologie politique) publié aux Presses universitaires de France dans la collection Thémis (Paris, 1966) dirigée par Maurice Duverger.
  • La Monarchie républicaine, ou comment les démocraties se donnent des rois (1974)
  • Lettre ouverte aux socialistes Éditions Albin Michel, 1976, (ISBN 2-226-00326-6) (notice BnF no FRBNF34578046)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bertrand Le Gendre, « Maurice Duverger, professeur de droit et de sciences politiques, journaliste et éditeur », Le Monde, 22 décembre 2014
  2. Le Monde daté du .
  3. Maurice Duverger, Le système politique français, 21e édition, Presses Universitaires de France, collection Thémis, 1996, (ISBN 9782130474142).
  4. Maurice Duverger, Introduction à la politique, Idées/Gallimard, , chapitre "Vers le socialisme" (p. 363-380)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]