Francine Weisweiller

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Francine Weisweiller, née Francine Worms (9 juin 19168 décembre 2003), est une mécène française, amie de Cocteau, qui a tenu un salon littéraire et mondain à Paris comme dans sa villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Cocteau a consacré un film à cette villa, qu'il a ornée de fresques. Francine Weisweiller fut sa commanditaire, comme elle le fut aussi d'autres créateurs, tel Yves Saint Laurent.

Biographie[modifier | modifier le code]

"le Noir dont brillent les dents est noir dehors et rose dedans; moi je suis noire dedans et rose dehors".

Francine Wesiweiller (citée par Claude Mossé).

Elle naquit à Sao-Paulo d'Armand Worms, lorrain issu d'une famille de riches joailliers israélites originaires d'Alsace, qui avait créé dans ce pays au sous-sol riche en pierres précieuses et semi-précieuses, la joaillerie la plus réputée de la ville.

Arrière-petite-fille d'Alexandre Deutsch de La Meurthe, créateur de l'huile d'épuration Luciline destinée aux rouages des machines et qui imagina ensuite les premières pompes à essence dont le brevet lui apporta la fortune, elle fut apparentée par sa mère Jeanne Rheims, lorraine comme son époux, à Maurice Rheims[réf. nécessaire].

Mariée à 17 ans et divorcée après quelques mois, elle rencontra au début de la Seconde Guerre Mondiale le banquier et héritier de la société Shell Alexandre dit Alec Weisweiller, qui sera un collectionneur de tableau et grand propriétaire de chevaux de courses; elle l'épousa à Cannes en 1941 et en eut en 1942 une fille, Carole.

Son second époux était le petit-fils de Henry Deutsch de la Meurthe, issu d'une richissime famille d'industriels et de mécènes, ainsi que de la famille Fould, et très probablement apparenté avec le maître ébéniste rhénan Adam Weisweiler[réf. nécessaire].

En 1939 Francine n'avait pas voulu suivre ses parents qui, anticipant la tragédie de la guerre, avaient préféré regagner le Brésil; sa belle-mère, qui avait refusé d'assister à son mariage, fut arrêtée dans sa villa d'Antibes puis déportée à Auschwitz. Le souvenir de son sort tragique lui fit ensuite refuser son hospitalité à tous ceux - qui à ses yeux - avaient ne fut-ce que côtoyé les nazis, oukase qui concerna, entre autres personnalités, Maurice Chevalier ou Charles Trenet.

Informés en août 1943 par un jeune consul d'Italie de ses relations du repli des troupes italiennes et de la prochaine arrivée des Allemands, les Weisweiller, devenus Lelestrier, parvinrent à fuir pour l'Espagne, mais durent rester à Pau où ils purent se cacher afin d'échapper à la traque des juifs et résistants.

Le frère cadet de Francine, incorporé dans l'armée de de Lattre, fut tué au volant de sa jeep.

L'hôtel particulier des Weisweiller, 4, place des États-Unis à Paris, était voisin de celui de Marie-Laure de Noailles; Francine y recevait des hôtes tels que Madeleine Castaing, Yul Brynner, Jean-Edern Hallier, Jean Marais, Georges Auric, Francis Poulenc, Picasso, Jean Genet, Stravinsky, François Truffaut, Jean Babilée, Olivier Larronde, Alain Delon, Romy Schneider, Bernard et Annabel Buffet, Pierre Bergé, Yves Saint Laurent, Marlene Dietrich, Greta Garbo, Paul Kuentz, Henri-Georges Clouzot, Georges Cravenne, Denise Duval...

Francine Weisweiller avait fait la connaissance de Cocteau en 1949 par l'intermédiaire de l'une de ses cousines Rothschild, connue au cinéma sous le nom de Nicole Stephane, l'actrice principale du film Les Enfants terribles, produit par Francine Weisweiller.

De cette rencontre naquit une amitié où Francine Weisweiller joua le rôle d'inspiratrice pour Cocteau, dont elle finança plusieurs œuvres et favorisa l'élection à l'Académie française.

Elle fut associée à son frère Gérard Worms dans la direction des Éditions du Rocher à Monaco, qui y avaient été fondées le 1er novembre 1943 avec l'aide de l'écrivain et ancien ministre Jean Mistler par le journaliste devenu éditeur Charles Orengo (1913-1974) d'origine monégasque par sa mère, qui, responsable de la Censure Principale Française (CPF) de l'Ardèche à Annemasse de septembre 1941 à octobre 1942 (il a mécontenté Pierre Laval qui le démet alors de cette fonction) put y publier des textes d'auteurs résistants.

Francine y édita dans les années 1950 une grande partie des livres de Cocteau, qui séjourna souvent dans la propriété des Weisweiller à Saint-Jean-Cap-Ferrat, la « villa Santo-Sospir » ( du lieu dit "Saint-Soupir", allusion au soulagement ressenti par les marins qui avaient dépassé ce cap dangereux).

Cette propriété fut acquise en 1947 suite à une promesse d'Alexandre Weisweiller lors de leur fuite en 1943-44; il y fit creuser dans le rocher tombant à pic dans les flots une plage accessible de la terrasse de la villa par un escalier de 150 marches. Meublée avec raffinement, la maison fut ornée d’œuvres acquises ou offertes de Kisling, Soutine (protégé du couple Castaing), Picasso, Matisse, Braque, constituant une des plus belles collections de l'époque, et Cocteau en couvrit les murs de fresques tandis que la décoratrice-antiquaire Madeleine Castaing assurait une partie de la décoration.

La villa est aujourd'hui inscrite au titre des Monuments historiques français.

En l'honneur de Cocteau, Francine baptisa son yacht "Orphée II" et produisit le film Le Testament d'Orphée, dont certaines scènes furent tournées à la « villa Santo-Sospir ». Elle y fit une apparition dans le rôle de « la Dame qui s'est trompée d'époque », vêtue d'une robe de Balenciaga[1].

Elle y termina sa longue existence ruinée et seule, séparée de son mari - qui disparaîtra deux ans plus tard - et quarante ans après s'être brouillée avec son ami Cocteau, quelque temps avant sa mort.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Carole Weisweiler, Les murs de Jean Cocteau, Hermé 1998, photographies de Suzanne Held;
  • Carole Weisweiller, Jean Cocteau : Les Années Francine (1950-1963), Seuil, 2003;
  • Carole Weisweiller, Je l'appelais Monsieur Cocteau, Le Rocher, 2003;
  • Claude Mossé, Ces belles en leur demeure (éditions du Rocher, 2005, p. 248 à 279).
 (collectif) Histoire des éditions du Rocher 1943-2003(éditions du Rocher, 2003).

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • La Villa Santo-Sospir (1952), film de Cocteau, 36 min, où Francine Weisweiller interprète son propre rôle.
  • « Francine Weisweiller », film de la série documentaire Le Bal du siècle produit par Jean-Louis Remilleux, France 5, 2006

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Filmographie