Éminence grise

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
L'Éminence grise
Peinture représentant le père Joseph, par Jean-Léon Gérôme, 1873.

Éminence grise est une expression désignant un conseiller influent, voire exerçant réellement le pouvoir, tout en restant dans l'ombre d'une personnalité politique ou publique.

Origines[modifier | modifier le code]

Cette expression fut pour la première fois employée pour désigner Joseph François Leclerc du Tremblay, dit aussi « le Père Joseph » (1577-1638), conseiller officieux du cardinal de Richelieu, « éminence rouge » et principal ministre du roi Louis XIII[1]. Membre des capucins, il portait une robe de bure grise[2]. Bien qu'il ne fut pas nommé cardinal (sa mort l'en ayant privé de peu), ses détracteurs le considéraient aussi puissant que Richelieu, il eut droit au titre d'« éminence ». Il joua un rôle déterminant dans la dernière phase de la guerre de Trente Ans, en provoquant notamment l'intervention de la Suède.

Par la suite, on désigna une personne exerçant une influence sur une personnalité publique au-delà de son rôle officiel par la locution éminence grise, par référence au rôle du père Joseph sur Richelieu[3].

Exemples d'éminences grises[modifier | modifier le code]

Au VIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Au XVe siècle[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Spécificités de l'éminence grise[modifier | modifier le code]

L'éminence grise se distingue d'un conseiller habituel par l'influence qu'il exerce largement au-delà de ses responsabilités officielles. Ce sont par exemple :

Généralement, la vocation de ces personnages est de rester dans l'ombre[6].

Pierre Viansson-Ponté, dans le journal Le Monde, qualifia Jacques Foccart d'éminence grise, du fait de ses activités occultes concernant l'Afrique et de ses réseaux secrets, quoiqu'il n'ait pas eu sur le général de Gaulle une influence telle: il n'est pas démontrable que Foccard inspira cette politique, au lieu de se contenter d'appliquer les décisions de de Gaulle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f et g « De Raspoutine à Steve Bannon : splendeurs et misères des gourous en politique », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  2. Arte documentaire, Un âge de fer, la guerre de Trente Ans, épisode 2, octobre 2018
  3. « Pourquoi dit-on « une éminence grise » ? », sur fr.aletaia.org,
  4. Gilles Paris, « Stephen Bannon, éminence grise de Trump, sort de l’ombre », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  5. Gilles Paris, « Président Trump, semaine 4 : la Maison Blanche, nid d’emplois », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  6. Jean-Michel Eymeri-Douzans, Xavier Bioy, Stéphane Mouton, Le règne des entourages. Cabinets et conseillers de l’exécutif, Presses de Sciences Po, 2015.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henry d'Yvignac, L'Éminence grise (le père Joseph), Librairie du Dauphin, coll. « Les Grands hommes d'État catholiques », Paris, 1931, 164 p.
  • Georges Grente, L'Éminence grise, Gallimard, Paris, 1941, 219 p.
  • Aldous Huxley, Grey Eminence: A Study in Religion and Politics, Chatto and Windus, Londres, 1941, 288 p., (ISBN 978-0701108021). Ouvrage publié en trois éditions séparées, en France, en 1945 :
    • L'Éminence grise : essais et notes (traduction de Jules Castier), Éditions universelles, coll. « Univers » no 1, Paris, 1945, 303 p.
    • L'Éminence grise : études de religion et de politique (traduction de Jules Castier), Éditions du Rocher, coll. « L'Hippocampe » no 6, Monaco, 1945, 391 p. – Seule édition ayant continué à être diffusée.
    • L'Éminence grise (traduction de Claire et Marthe Gauthier), éditions Charlot, coll. « Les cinq continents », Alger, 1945, 317 p.
  • Benoist Pierre, Le père Joseph : l'éminence grise de Richelieu, Paris, Perrin, , 476 p. (ISBN 978-2-262-02244-0 et 2-262-02244-5, présentation en ligne), [présentation en ligne], [présentation en ligne], [présentation en ligne].
  • Pierre Assouline, Une éminence grise : Jean Jardin, 1904-1976, Balland, Paris, 1986, 374 p., (ISBN 2-7158-0607-8).
  • Christine Fauvet-Mycia, Les Éminences grises, éditions Belfond, coll. « Documents », Paris, 1988, 225 p., (ISBN 2-7144-2112-1).
  • Roger Faligot et Rémi Kauffer, Éminences grises, Fayard, Paris, 1991, 432 p. p.-p. de planches illustrées, (ISBN 2-213-02956-3).
  • Olivier Blanc, L'Éminence grise de Napoléon : Regnaud de Saint-Jean d'Angély, Pygmalion, 2002, 331 p.
  • Yves Théorêt et André-A. Lafrance, Les Éminences grises : à l'ombre du pouvoir, Hurtubise HMH, coll. « Cahiers du Québec » no 146 et coll. « Communications et science politique », Montréal, 2006, II−325 p., (ISBN 2-89428-887-5).
  • Dimitri Casali, Walter Bruyère, « Les Éminences grises du pouvoir », L'Express, 2011, 255 p., (ISBN 978-2-84343-843-1).
  • Charles Zorgbibe, Les éminences grises, Éditions de Fallois, 2020.
  • Cédric Michon, Dans la cour des lions, Passés composés, 2020.

Articles connexes[modifier | modifier le code]