Denise Glaser

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Denise Glaser
Denise Glaser 03.png

Discorama 1971 avec Joe Dassin.

Biographie
Naissance
Décès
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Nationalité
Activité

Denise Glaser, née le à Arras (Pas-de-Calais) et morte le à Paris, est une productrice et présentatrice de télévision française, particulièrement connue pour l'émission musicale Discorama.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et jeunesse[modifier | modifier le code]

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Denise Glaser naît dans une famille de commerçants qui tient à Arras le magasin Les rideaux bleus (robes, pantalons, tissus). Son grand-père, Simon Glaser, est un tailleur venu de Russie. Yvonne Stein (morte en 1972), sa mère, est la fille des créateurs du magasin, très connu des Arrageois de l'époque. Son père, Roger Glaser (mort en 1957), grièvement blessé durant la Première Guerre mondiale a reçu la Croix de guerre à la fin du conflit. Elle a un frère, Jean, qui deviendra médecin. Denise grandit dans une famille heureuse, avec ses deux cousines du côté des Stein, Simone et Réjane. Elle a aussi un cousin, qui prendra lui aussi ses distances après son licenciement en 1975.

Vers l'âge de 15 ans, Denise rêve de devenir pianiste et se découvre une vocation pour la musique classique.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, en raison de leur judéité, ses parents voient le magasin confisqué et aryanisé : de 1942 à 1944, il devient le siège de la Deutsche Werbestelle, office qui gère le Service du travail obligatoire. Réfugiée à Clermont-Ferrand en 1943 et 1944, Denise étudie la philosophie. Elle fait là une rencontre capitale, celle du couple d'enseignants et résistants Dominique et Jean-Toussaint Desanti, qui plus tard la présenteront à Frédéric Rossif à l'ORTF. Elle rejoint alors leur réseau de résistance, le Mouvement national contre le racisme et y fait bonne figure. Ce groupe de résistants est d'orientation communiste, ce qui sera reproché par les détracteurs de Denise à partir des années 1960. En 1943, elle se réfugie à l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban dirigé par le docteur Lucien Bonnafé et François Tosquelles où se cachaient de nombreux juifs et résistants, et y rencontre Paul Eluard[1].

Débuts professionnels[modifier | modifier le code]

En 1945, ses parents exigent qu'elle travaille au magasin familial, ou, à défaut, à l'usine. Denise Glaser refuse de leur obéir, car elle souhaite se diriger vers une carrière dans le spectacle : journalisme, mode, ou un autre métier tournant autour, qui reste toutefois à définir.

Il résulte une brouille avec ses parents, qui refusent de voir leur fille devenir une « saltimbanque », avec des emplois précaires. Pour eux, l'aventure de la télévision, qui en est encore à ses balbutiements, est un pari risqué, qui risque de conduire leur fille vers la misère. La brouille va durer une dizaine d'années. Denise Glaser se réconciliera avec eux seulement vers 1954-1955. Le regard de ses voisins est tout aussi difficile : ils ne comprennent pas cette femme solitaire et célibataire, qui ne travaille pas à l'usine. Les accrochages, altercations et disputes sont fréquents. C'est une époque difficile pour elle.

Elle commence d'abord à la radio, auprès de Jean Guignebert, où elle apprend le métier d'illustratrice sonore et entre au journal parlé[2]. Elle recherche alors des fonds sonores pour les producteurs d’émissions de radio et de télévision.

De 1944 à 1954, elle côtoie surtout des journalistes, des artistes (chanteurs, peintres, etc.) ou des gens de lettres. À cette époque, elle rencontre Boris Vian et Jacques Canetti, grand découvreur de talents, qui a lancé Jacques Brel, Georges Brassens, Léo Ferré et Gilbert Bécaud. Elle réalisera plus tard son rêve, en invitant à Discorama ses idoles Louis Armstrong et Duke Ellington, entre autres.

Au milieu des années 1950, Jean d'Arcy, patron de la RTF, lui propose une émission d’information sur le disque. C’est ainsi que naît Discorama, selon un canevas élaboré par Denise en 1957. Elle apparaît d'abord en association avec Jean-Pierre Darras ou Philippe Noiret (et aussi Jean Desailly), avant que ceux-ci ne partent (1962), absorbés par leur carrière de comédiens. Denise Glaser décide alors d'animer seule l'émission.

On (Jean D'Arcy, Frédéric Rossif, Pierre Tchernia, Pierre Desgraupes) regarde un peu ce qui se fait aux États-Unis, mais lancer de grands spectacles télévisés, à la manière de Frank Sinatra, est coûteux à la fin des années 1950. Ce n'est qu'à partir de la fin des années 1960 que la télévision française sera en mesure d'en programmer plus souvent. On mise sur un programme plutôt consacré à la chanson, mais le cinéma, la littérature ou l'art ne seront pas absents. Pour motiver l'attention du spectateur, un intervenant posera des questions à l'invité, pour mieux le découvrir et entrer dans son univers. C'est ce plan que va élaborer Denise Glaser en 1957 : presque tout est en place, et l'émission évoluera naturellement jusque vers 1975. Au début, le son est mono, le son stéréo n'arrivant qu'en 1971.

Les années Discorama[modifier | modifier le code]

Si Denise Glaser n'est pas très portée sur les yéyés, elle les invite tout de même à son émission, ne souhaitant pas être sectaire, et se voulant ouverte à tous les styles musicaux, même s'il n'y a pas une grande originalité. Car le répertoire des chansons des interprètes yéyés est composé d'adaptations de chansons américaines, alors que le but de Discorama était de montrer de la création musicale, et des univers singuliers, en cherchant à montrer le plus possible des auteurs-compositeurs. Denise Glaser va aussi aider des chanteurs dits « inclassables » comme Boby Lapointe, qui interviendra souvent à Discorama.

Mais ce sont surtout les maisons de disques qui font pression, à une époque ou il n'y avait que une seule chaine de télévision. Chacune d'entre elle souhaite avoir sa part du gâteau et promouvoir ses nouveaux talents. Même si on impose parfois à l'époque à Denise Glaser de recevoir des artistes yéyés sur son plateau, celle-ci estime que leur place est davantage dans l'émission "Âge tendre et tête de bois" d'Albert Raisner. Cependant, pour Denise, des interprètes sortent du lot, et s’avèrent pour elles singuliers. Ainsi, elle appréciera plutôt Michel Polnareff, Françoise Hardy, Hugues Aufray ou Salvatore Adamo, et qui possèdent un univers musical.[réf. souhaitée] D'ailleurs, par la suite, d'eux-mêmes, ils vont se démarquer du mouvement yéyés, pour s'afficher dans leurs univers propres et singuliers.

En revanche, elle n'aimera pas des artistes comme Frank Alamo, Sheila, Ringo, Richard Anthony, Johnny Hallyday ou Claude François[réf. nécessaire], même si elle recevra la plupart d'entre eux sur son plateau. Pour illustrer cette désapprobation, une émission de Discorama montrera par exemple Johnny Hallyday seul, répondant aux questions d'une Denise Glaser qui semble être dans une autre pièce, mais qui n'est pas face à lui. Une telle scène, qui montrait des tensions évidentes avec une maison de disques, ne se reproduira plus par la suite, car Discorama existait en grande partie grâce aux disques, et surtout, au public des vedettes.

Emission présentée par Denise Glaser
Joe Dassin au Discorama 1971

Denise Glaser se montrera aussi ouverte aux nouvelles musiques, ou formes musicales dites "expérimentales", où elle recevra notamment le musicien Vangelis, Xénakis, Klaus Schulze ou le groupe Magma, tout comme elle se montrera ouverte aux autres formes musicales du monde, ce qu'on appelle de nos jours la world music : musiques tziganes et manouches (Manitas de Plata), musiques traditionnelles africaines, comme Miriam Makeba…

Cependant, le grand défaut de l'émission Discorama sera de diffuser et d'intégrer des play-backs, la plupart du temps. La raison était que diffuser un artiste en play-back revenait moins cher à la production. Les artistes qui chantaient en direct étaient cependant tout aussi présents, et à défaut d'orchestre ou de musiciens, la vedette passait avec une bande son. Discorama sera l'une des premières émission de l'ORTF à passer des artistes en play-back. Bien entendu, Denise Glaser souhaitait au maximum la présence d'instruments. Un piano était disponible sur le plateau de l'émission, généralement utilisé pour cadrer un artiste chantant en play-back ; le piano contribuant à l'ambiance, et au décor. À l'époque, on avait beaucoup critiqué Denise Glaser, à propos du play-back. Mais ce genre qui venait des émissions et shows américains allait devenir indispensable pour promouvoir des artistes, par la suite, surtout dans les années 1970 et 1980. Il sera en partie responsable du déclin et des chutes d'audiences des émissions de variétés, surtout à la fin des années 1980.

Aussi, avec les exigences des maisons de disques, Denise Glaser va avoir de plus en plus de mal à consacrer des sujets sur les autres thématiques de Discorama : comme la peinture, ou elle recevra Salvador Dali, ou la mode, l'architecture, la littérature, etc. Car Discorama était avant tout une émission télévisée culturelle, même si elle privilégiait l'actualité du disque. Le thème d'une émission était choisi en équipe, puis soumis à la direction des programmes de l'ORTF.

Perte d'audience[modifier | modifier le code]

Denise Glaser diffuse la chanson Nuit et Brouillard de Jean Ferrat en 1963. Elle reçoit alors les foudres de Robert Bordaz, directeur de l'ORTF qui la catalogue comme « gauchiste » à éliminer.[réf. nécessaire] Robert Bordaz lance aussitôt une procédure de licenciement. Denise fait aussitôt savoir que c'est une chanson sur la déportation. De son côté, Jean Ferrat avait soutenu l'animatrice, en affirmant qu'il ne pouvait y avoir que lui comme responsable. À l'époque, une vingtaine d'années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, aborder certains sujets relatifs à cette période était un sujet sensible. Dans le contexte de l'époque, il y avait diverses interprétations à cette chanson. Ici , le sujet sensible était d'aborder que des Français avaient pris parts aux déportations, comme Maurice Papon, et que certains d'entre-eux étaient toujours actifs, souvent en des postes prestigieux. L'annonce d'un éventuel licenciement de Denise Glaser créa un fort émoi au sein des milieux artistiques, culturels et intellectuels, et même chez les politiques. Alain Peyrefitte, chargé de la communication à l'ORTF et ministre de l'information, décide alors d'intervenir. Il donne ordre à Robert Bordaz de maintenir Denise Glaser ainsi que son émission Discorama qui est populaire et qui réalise de bonnes audiences. De plus, des élections présidentielles devaient avoir lieu en 1965, et créer la polémique n'était pas à l'ordre du jour. Cependant, on conseilla à Denise de vérifier le contenu artistique des chansons, et de se tenir à une ligne de stricte neutralité politique et « morale », tout en conseillant à Jean Ferrat d'interpréter d'autres chansons, surtout pas engagées. Avoir une telle ligne va être par la suite difficile, mais cet incident prélude à d'autres…De plus, le général De Gaule, président de la république, aimait bien l'émission Discorama, et égratigner d'anciens collaborateurs sous l'occupation Allemande le dérangeait nullement, et il donna carte blanche à Alain Peyrefitte[réf. nécessaire].

En Mai 1968, Denise Glaser manifeste contre le parti gaulliste. Par trois fois, elle est interdite d’antenne par le ministre de l’Information de l’époque, pour ses idées trop à gauche. En 1974, Valéry Giscard d'Estaing, élu président de la République, divise l’ORTF en différentes sociétés, et c’est le début pour elle d’une longue période noire. Elle se trouve privée définitivement d’antenne. La dernière de Discorama est diffusée le . Cette dernière émission de Discorama est consacrée au chanteur canadien Gilles Vignault.

Ce qui décida le licenciement de Denise Glaser fut également l’avènement de la publicité, le besoin de rentabilité. C'était l'époque des artistes « à paillettes », qui n'étaient plus alors qu'un produit comme un autre. Discorama était l’une des rares émissions culturelles de l'époque, laquelle ne se prêtait pas vraiment aux longues analyses sur le monde du spectacle. Denise Glaser voulait développer un regard intimiste pour que l'artiste se dévoile lui-même, ou par lui-même, l'animatrice étant l'image même du public, incarnée en une seule personne. L'industrie du disque ne pensait pas la même chose, et voyait dans les silences de Denise Glaser du temps perdu, où au moins un ou plusieurs chanteurs pouvaient combler ce vide par plusieurs chansons, pour « présenter le ou les produits ». L'émission Numéro 1 illustre ce concept : pas trop de propos, davantage de chanson, « Des chansons en batterie » disaient certains professionnels du spectacle à l'époque. Ces changements importants du monde de la télé eurent raison de Discorama, et l’élection de Valéry Giscard d'Estaing sonna le glas de sa carrière à la télévision. À partir de l’été 1974, Denise Glaser voit le rythme de ses activités se réduire considérablement ; son salaire est divisé par trois. Elle savait, du reste, que sa chute était proche. Pour se maintenir, elle affirma n'avoir jamais eu de carte à un parti politique, mais se disait proche des idées de la gauche, surtout du Parti socialiste, ou de la sociale-démocratie. En revanche, elle n'avait jamais adhéré aux idées du Parti communiste stalinien, elle avait été plutôt réceptive aux théories anarchistes[3], sans toutefois les partager, ni y adhérer.

Denise Glaser n'avait aucun regret de son engagement dans un mouvement de résistance, durant la Seconde Guerre mondiale. Elle songe alors à se reconvertir dans la radio, ce qui semblait être la plus logique des choses à faire. Sa voix très audible de conteuse se portait tout à fait au cadre d'un tel projet. Mais les horizons furent tous aussi bouchés : les directeurs de RTL et Europe 1, entre autres, refusérent de la recevoir. Par la suite, elle continuera à espérer tout de même à travailler pour la radio, option non négligeable, mais on ne l'engagera jamais[réf. souhaitée].

Mise à l'écart[modifier | modifier le code]

Après 1975, Denise Glaser prête sa voix à diverses publicités. On la retrouve en voix publicitaire pour Reader's Digest, ou Monoprix. Elle prête aussi sa voix à quelques annonces de la SNCF, mais au fil du temps, les petits emplois deviennent de plus en plus rares. Dans le film Le Pion de Christian Gion (1978), elle interprète son propre personnage. De même, quelques rares relations du monde du spectacle ou de la télévision lui font faire de la figuration dans des téléfilms, ou la font participer à des courts-métrages. En proie à de nombreuses dettes, elle doit se résoudre à vendre une grande partie de sa collection de disques, dont certains sont rares et dédicacés (par des stars de la chanson qui sont passés à Discorama, ce sont des disques dits collectors). Très soucieuse de rester digne et conforme à son image publique, elle refuse en 1978 le soutien et l’assistance de l’association « La Roue Tourne », de Janalla Jarnach, qui vient en aide aux artistes déchus du show business. Denise Glaser espérait un retour à la télé, surtout entre 1975 et 1981 : sa traversée du désert est d'autant plus dure. Elle voit une grande partie de ceux qui avaient travaillé avec elle l'éviter désormais. Quant aux animateurs et producteurs des années 1970, ils la méprisent[réf. souhaitée].

De plus, elle demanda une audience au nouveau président, Valéry Giscard d'Estaing, pour s'expliquer, et lui demander son soutien, mais celui-ci refusa de la recevoir, invoquant un agenda très chargé, tout comme le nouveau ministre de la culture. Ce fut le temps de cruelles désillusions, qui annonçaient une mise au placard. Elle qui était jadis vue de tous, était maintenant presque recluse en son appartement[réf. souhaitée].

Le temps ou elle fréquentait les salles de spectacles était terminé. Le prix d'un simple billet en fond de salle à l'Olympia lui est désormais trop cher et inaccessible. De plus, elle n'a droit à aucune réduction ou traitement de faveur. Elle se contentera alors de voir des concerts, les prestations des chanteurs ou chanteuses à la télévision ou de regarder des chanteurs ou musiciens marginaux dans le métro Parisien[réf. souhaitée]. Exceptionnellement, en 1981, elle assistera au concert triomphe de Barbara, à Pantin.

Timide retour[modifier | modifier le code]

En 1981, Denise Glaser fait valoir ses droits à la retraite, après des années d'une période noire et un long conflit avec TF1 sur ses droits de productrice. Déboutée, elle perd tout et se retrouve dans la misère avec une faible retraite ; les revenus des animateurs de la télé publique des années 1960 sont en effet sans rapport avec ceux des animateurs-producteurs des années 1980-90. Néanmoins, en 1982, elle accepte de participer à une chronique culturelle, avec Henry Chapier pour Soir 3 sur FR3, où elle revient sur les grands moments de Discorama et commente l'actualité de la chanson française. L'émission est présentée en alternance par les journalistes Geneviève Guicheney et Jean-Jacques Peyraud. Plutôt qu'une émission, c'était une séquence de 5 à 15 minutes insérée dans le journal télévisé de FR3, et intitulée Carte blanche à Denise Glaser. Elle revient particulièrement sur la carrière de la chanteuse Barbara, qui vient de sortir d'un grand succès public à Pantin en 1981. Bien que programmées tardivement, ses interventions furent un succès, surtout auprès de la critique. Et bien qu'elle fussent limitées par l'heure de la programmation tardive, un public fidèle suivait l'émission. L'initiative émanait d'amis : André Holleaux, président de France 3 entre 1982 et 1985, et Maurice Seveno, directeur de la rédaction de FR3, exaspérés par le comportement indécent des animateurs-présentateurs de variétés de l'époque, qui refusaient de lui faire la moindre concession ou place, et qui ne lui pardonnaient pas son passé à gauche, ou qui la dévalorisaient à propos de son âge. Cette initiative visait à la faire revenir à la télévision[réf. nécessaire] ; à cette occasion, elle montre l'une des facettes de son caractère : son amour des auteurs-compositeurs jeunes ou méconnus. Véritable encyclopédie du monde du disque et de la chanson, elle argumente ses choix avec une rare passion et certains producteurs, dont Henri Tesson, conscients qu'ils ont trop longtemps ignoré une personne majeure du monde de la chanson et de la culture, songent alors à lui proposer de nouveau une émission à caractère culturel. En fait, elle reçoit beaucoup d'aide de son ami Hector de Galard, rédacteur en chef, journaliste et membre du conseil d'administration du Nouvel Observateur qui possède un carnet d'adresses bien rempli. Ce journaliste, d'origine aristocratique et très à gauche, attendait le tournant de 1981 et le retour de la gauche au pouvoir, pour aider aussi d'autres amis et relations. Lors des événements de 1968, Hector de Galard était tout aussi solidaire du mouvement de protestation à l'ORTF, et il ne cachait pas ses idées très à gauche. Celui-ci connaissait aussi Jean-Toussaint Desanti et Dominique Desanti, et était comme ce couple, proche du Parti communiste, d'où certaines craintes de Denise Glaser : elle voulait revenir à la télévision pour ses compétences ou son talent d'animatrice, et non par des relations issues du monde politique[Qui ?]. Frédéric Rossif et Pierre Tchernia, Georges de Caunes vont l'aider, mais cette aide va être sans suite pour sa carrière.

Pendant la campagne des élections présidentielles de 1980-1981, elle accepte de rencontrer le candidat socialiste François Mitterrand. Elle lui fait alors part de son envie de revenir à la télévision, et demande que plus d'émissions culturelles soient programmées en cas de victoire. De plus, elle émet des inquiétudes à propos des jeux télévisés qui envahissent de plus en plus le petit écran, et qui remplacent le plus souvent des émissions culturelles (ce qui débouchera sur les jeux ou programmes de télé-réalité). Sans trouver de mots assez forts, elle craint que ces jeux télévisés appauvrissent culturellement la France, et qu'ils rendent le peuple ignare. Elle craignait aussi de voir les enfants des classes populaires imiter les parents à travers ces jeux, êtres éduqués dans le culte de l'argent-roi et la jalousie de l'autre. Pour elle et la vie démocratique, la télévision se devait d'être citoyenne, comme l'école se devait de former le citoyen, car vue du plus grand nombre[réf. souhaitée]. Elle ne sera pas entendue. Si François Mitterrand s'engagera vers la liberté des radios libres en 1983, ou la création de la fête de la musique en 1982 (engendrée par Jack Lang), devant l'indépendance des médias, il ne fera pas grand chose pour les programmes culturels. Quant à Denise Glaser, il l'oubliera, sans être le seul à le faire.

En mars 1983, le magazine Télé 7 jours, dans sa rubrique "De bonne source" tenue par Franklin Didi, annonce son possible retour à la télévision : "Denise Glaser va-t-elle (enfin) effectuer sa rentrée ? A TF1, on parle de lui confier une émission (peut-être mensuelle). Mission: promouvoir de nouveaux talents. Ce qu'elle a fait pendant deux décennies, sans toujours être payée en retour..."[4]

L'un des derniers grands coups de cœur de Denise Glaser sera la découverte, en 1980, du chanteur tzigane Youri Azios Manoff, alors qu'il chantait, faisant la manche, dans une station de métro. Elle le présentera à l'un de ses amis, le compositeur Francis Lopez, auquel il inspira l'opérette Le Vagabond Tsigane, qui sera créée au Théâtre de la Renaissance, en 1982.

La maladie[modifier | modifier le code]

Mais les discussions traînent, et au même moment, Denise Glaser apprend qu'elle est malade (ou plutôt tout indique sa dépression ; ou son état dépressif ) : la reconnaissance du monde du spectacle arrive au moment où on lui annonce un cancer du poumon (Denise était connue pour être une grande fumeuse). Pendant ses longs silences, lors du déroulement de nombreux Discorama, il n'était pas rare de voir Denise Glaser, assise sur une chaise face à son invité, une cigarette à la main. Parfois, les deux protagonistes de l’émission du jour fumaient. Malgré ses interventions unanimement saluées, Denise Glaser, en proie à la maladie, n’apparaît plus en public dès la fin de 1982. Elle participe, du 29 novembre au 3 décembre 1982 à 5 numéros du jeu télévisé L'Académie des neuf de Jean-Pierre Foucault qui n'hésite pas à lui montrer la porte de la sortie, ne souhaitant pas lui-même subir le même sort[réf. nécessaire] que Danièle Gilbert, animatrice classée à droite et limogée moins d'un an avant, tout comme son ami Guy Lux, avec l'arrivée de la gauche au pouvoir. La participation de Denise Glaser à ce jeu avait des raisons purement financières, et alimentaires, et celle-ci était là à contrecœur, pour ensuite se retirer, écœurée du monde du show-business, du spectacle, et de la culture. Désormais, son retour à la télé n'était plus qu'un échec, et un lointain souvenir. Elle rend néanmoins hommage à la création de la fête de la musique, à la veille de sa mort (le 7 juin 1983), et se félicite dans un communiqué de sa réédition (pour le 21 juin suivant). Elle voyait en cette manifestation l’occasion de faire connaître au grand public de jeunes artistes, ou voir confirmer d'autres par leur talent. La maladie a aussi pour effet de la plonger dans l’oubli, ce qui est vécu très difficilement par l’ancienne animatrice. Ses derniers mois furent vécus dans un état de stress intense, dans la solitude presque complète, recluse, et dans une grande souffrance psychologique, quand elle décida de se retirer dans son appartement de la rue du Pot-de-Fer, à Paris, où elle passait son temps à écouter la musique, surtout du piano. Ce sont ses voisins qui, le 7 juin 1983, signalèrent que quelque chose d’inhabituel se passait. Le tourne-disque avait cessé de tourner… définitivement. Les pompiers et le SAMU furent alors avertis. Ils ne purent malheureusement que constater le décès de Denise Glaser, d’un infarctus, consécutif à la souffrance engendrée par son cancer du poumon, et à son état d'affaiblissement généralisé, sans oublier aussi sa solitude. La grande dame du disque est donc morte discrètement, au milieu de ses disques qui reflétaient l’image de ce qu'elle fut jadis.

Quelque temps avant sa mort, Denise Glaser confia à son amie et confidente Dominique Desanti à propos des chanteurs et chanteuses : « Maintenant qu'ils sont célèbres, ils m'ont oubliée. »

Son suicide fut souvent évoqué, mais jamais confirmé, car Denise Glaser avait de nombreux projets qui ne furent jamais confirmés, ce qui est loin de présenter une personne malade, en fin de vie, alors que celle-ci débordait d'énergie.

Seuls sont présents pour ses obsèques au cimetière Saint-Roch, à Valenciennes, Pierre Bellemare, Catherine Lara et Barbara. Guy Lux et Michel Drucker refusent de venir. Denise Glaser laissait derrière elle plus de 350 heures d’enregistrements ainsi qu'environ 2 h 45 pour Carte blanche à Denise Glaser FR3, 1982[réf. souhaitée] (avec la participation de Henry Chapier).

On apprend après sa mort que TF1 devait lui confier une nouvelle émission : « Elle avait écrit au président de la République. Deux fois. D'abord, pour le féliciter de son élection. Puis pour lui lancer un appel pathétique. François Mitterrand l'avait reçue à l’Élysée. Elle nous avait mis dans la confidence. Nous étions momentanément tenus au secret… Le "Rayon Glaser" - titre de l'émission envisagée par TF1 - ne parcourra pas nos petits écrans »[5].

Un style à part à la télévision française[modifier | modifier le code]

Denise Glaser était connue pour ses « longs moments de silence et d'émotion qui devinrent célèbres »[6], qui en disaient plus sur l'artiste que bien des questions, et qu'elle mettait à profit pour observer. En outre, elle fut l'une des rares professionnelles de l'industrie de la chanson à prédire une future crise du disque et de la production des artistes. Denise Glaser critiquait aussi la cadence des sorties des disques : dans les années 1960, en effet, une vedette pouvait sortir en moyenne trois 45 tours par an, et un album 33 tours annuel, ou tous les deux ans, ce qu'elle qualifiait de « cadence infernale, industrielle ». L'artiste, pour Denise Glaser, devait évoluer à son rythme, et non à celui imposé par l'industrie musicale. La qualité de l'artiste ne devait pas se mesurer au nombre, ou à la cadence d'édition de ses chansons, mais à ce qu'il voulait faire, et à son recul face au « métier ».


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À noter que dans les années 1990, l'émission TV musicale Taratata, animée par Nagui, va s'inspirer plus ou moins du style « Glaser » en revenant à des interviews auprès des chanteurs invités. L'émission Taratata est ainsi peut-être l'héritière de l'émission de Denise Glaser, à la différence de la présence de public dans l'émission, alors que Discorama se déroulait dans un décor minimal, où seuls étaient présents la présentatrice, la vedette et les techniciens.

Un timbre poste de 58 Cents fut émis par la Poste Française en 2013, et représente une photo de Denise Glaser dans les années 1960.

Animatrice de télévision[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Didier Daeninckx, Caché dans la maison des fous, Paris, Éditions Bruno Doucey, coll. « Sur le fil », , 118 p. (ISBN 978-2-36229-084-8)
  2. Télé 7 Jours n°666, semaine du 27 janvier 1973, page 97, article d'Eric de Goutel.
  3. Georges Fontenis, Changer le monde, histoire du mouvement communiste libertaire (1945-1997).
  4. Télé 7 Jours n°1191, semaine du 26 mars au 1er avril 1983, page 116.
  5. Article de Franklin Didi publié dans sa rubrique "De bonne source". Télé 7 Jours n°1203, semaine du 18 au 24 juin 1983, page 112.
  6. « La mort de Denise Glaser : la grande prêtresse du petit écran », Jean-Pierre Thiollet, Le Quotidien de Paris, 8 juin 1983.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

DVD[modifier | modifier le code]

  • Discorama. Coffret 3 DVD, comprenant également un documentaire d'une heure sur Denise Glaser. INA, 2008.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]