Jean-Marie Soutou

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Jean-Marie Léon Soutou dit Jean-Marie Soutou, né le à Bruges dans les Pyrénées-Atlantiques et mort le , est un résistant français, membre fondateur de Amitié chrétienne avec l'abbé Alexandre Glasberg. Il est un diplomate et haut fonctionnaire, ambassadeur de France en Algérie, président et inspecteur général des postes diplomatiques et consulaires (1966–1971), président de la Société des amis de Raymond Aron, président de la Croix-Rouge française. Il est reconnu comme Juste parmi les nations.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean-Marie Soutou[1],[2] est né le à Bruges dans les dans les Basses-Pyrénées aujourd'hui Pyrénées-Atlantiques[3].

Il est le fils d'Antoine Soutou, le cordonnier du village, et de Marie Matocq-Massey[4].

Études[modifier | modifier le code]

La famille Soutou habite en face de l'école communale du village de plus de 1 500 habitants. Il fait ses études au Collège de Bétharram à Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), jusqu'à l'âge de 15 ans[5]. Il reçoit une formation d’électricien, métier qu’il n'exerce que peu de temps[6].

La Revue Esprit[modifier | modifier le code]

À Pau, à partir de 1934, il fréquente l’abbé Plaquevent et ses proches quelques qui ont constitué un groupe Esprit. Il fait connaissance de Bertrand d'Astorg, Jacques Ellul et de Bernard Charbonneau, qui viennent de Bordeaux[4].

En avril 1939, Emmanuel Mounier le recrute comme secrétaire de rédaction de la Revue Esprit[4].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En septembre 1939, Jean-Marie Soutou est mobilisé. Il est démobilisé en août 1940 à Cheylard-l'Évêque en Ardèche[4].

Résistance[modifier | modifier le code]

Il reste quelques mois en Ardèche puis rejoint en 1941 Emmanuel Mounier à Lyon. Il fait partie des fondateurs de l'"Amitié chrétienne ", établie à Lyon en 1941, dans le but d'aider les juifs et autres victimes soumis aux décrets de Vichy et de l'occupant, associant des catholiques et des protestants[7].

Il se charge de fournir de faux papiers d'identité. Il participe à l’organisation de passages clandestins en Suisse. Il trouve des cachettes pour des enfants[7].

Camp de Vénissieux[modifier | modifier le code]

Le camp de Vénissieux (ou camp de Vénissieux-Saint-Fons), situé 25-27 avenue de la République[8] à Vénissieux (Métropole de Lyon), fut utilisé notamment pour l'internement des juifs apatrides lors des rafles de l'été 1942.

Dans le cadre de la grande rafle du 26 août 1942, 1016 juifs considérés comme apatrides sont arrêtés puis internés dans le camp de Vénissieux. 546 partiront de Lyon pour le camp de Drancy.

Une nouvelle circulaire des autorités de Vichy venant de paraître stipulait que les orphelins ne feraient pas partie des personnes déportées. Flouant les autorités, des œuvres charitables vont s'introduire dans le camp et faire signer à des détenus en partance des actes de délégation de paternité. En les reniant, ces femmes et ces hommes sont allés au-delà d’eux-mêmes pour laisser à leurs enfants une chance de survie.

108 enfants sont ainsi exfiltrés durant la nuit du 28 au 29 août (quatre seront repris et assassinés, 9 enfants retrouveront leurs parents). À l'extérieur du camp de nombreux relais seront nécessaires pour les cacher jusqu'à la fin de la guerre.

Ce sauvetage est un des plus spectaculaires de la Seconde Guerre mondiale. Citons le cardinal Gerlier (Primat des Gaules, Archevêque de Lyon) qui couvre de son autorité morale les actions illégales du groupe de Résistance "L'Amitié Chrétienne" (l’abbé Glasberg, le Révérend Père Chaillet et Jean-Marie Soutou) mais aussi le Pasteur Boegner, Madeleine Barot et la CIMADE, le docteur Joseph Weill, Charles Lederman, Elisabeth Hirsch, Hélène Levy, Claude Gutmann ainsi que l’OSE (Œuvre de secours aux enfants), Gilbert Lesage et le Service Social des Etrangers.

Arrestation[modifier | modifier le code]

Le 27 janvier 1943 la Gestapo arrête dans les bureaux de l'"Amitié chrétienne" le père Pierre Chaillet et Jean-Marie Soutou, au motif qu'ils auraient donné asile à des Juifs recherchés par les autorités[7].

Le père Pierre Chaillet est remis en liberté quelques heures après. Jean-Marie Soutou reste en prison trois semaines à la prison Montluc. Il doit sa libération au cardinal Pierre Gerlier[7].

Jean-Marie Soutou passe clandestinement en Suisse avec l'aide de la résistance[7].

La Suisse[modifier | modifier le code]

De 1943 à 1944, il est délégué en Suisse du commissariat de l’Information[4].

Après la Guerre[modifier | modifier le code]

Le Diplomate[modifier | modifier le code]

En 1945, il devient secrétaire d’ambassade (cadre complémentaire) en Yougoslavie[4]. En 1950, il devient administrateur au ministère des Affaires étrangères (affaires économiques) et en 1951, secrétaire des Affaires étrangères[4].

De juin 1954 à février 1955, il devient Directeur adjoint de cabinet de Pierre Mendès France (ministre des Affaires étrangères et président du Conseil)[4].

Il est Ministre plénipotentiaire en 1954 et devient en 1955-1956 Sous-directeur d’Europe (Europe orientale) au ministère des Affaires étrangères[4].

En 1956, il est Ministre-conseiller d’ambassade en URSS[4].

En 1958, il est Consul général à Milan en Italie[4].

Il devient de 1961 à 1962 Directeur des affaires d’Europe au ministère des Affaires étrangères, Directeur des affaires africaines et malgaches, puis de 1962 à 1965, Chargé des affaires d’Afrique-Levant[4].

De 1966 à 1971, il est Inspecteur général des postes diplomatiques et consulaires[4].

De 1971 à 1975, Jean-Marie Soutou est ambassadeur de France en Algérie[9].

En 1975, il est Représentant de la France auprès des Communautés européennes. En 1976, il devient Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères[4].

La Croix-Rouge française[modifier | modifier le code]

Il est président de la Croix-Rouge française de 1978 à 1983[4].

Famille[modifier | modifier le code]

Il épouse le Maria Isabel (Maribel) de Semprun y Maura (1921-2011), une sœur de Jorge Semprún. Ils ont un fils, l'historien Georges-Henri Soutou[4], né à Genève le [4].

Honneurs[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Jean-Marie Soutou, résistant, diplomate, européen », sur un site du journal Le Monde, (consulté le 24 juillet 2020).
  2. « Biographie de Jean-Marie Soutou », sur Who's Who (consulté le 24 juillet 2020).
  3. « Jean-Marie Soutou », sur ajpn.org (consulté le 24 juillet 2020).
  4. a b c d e f g h i j k l m n o p et q « Jean-Marie Soutou, ambassadeur de France », Revue de Pau et du Béarn, no 35,‎ (lire en ligne [PDF]).
  5. Paul THIBAUD. L'esprit de Jean-Marie Soutou. la-croix.com. 1er octobre 2013,
  6. « Jean-Marie Soutou (1912 – 2003) », sur bva-bcm.asso.fr (consulté le 24 juillet 2020).
  7. a b c d e et f « Jean-Marie Soutou », sur yadvashem-france.org (consulté le 24 juillet 2020).
  8. "Plaques Commémoratives des Camps de Vénissieux", monweekendalyon.com
  9. « Décret du 15 novembre 1971, JORF no 266 du 16 novembre 1971 », sur Légifrance (consulté le 24 juillet 2020), p. 11270.
  10. Gérard Rouillon, « Biographie de Jean-Marie Soutou », sur yadvashem-france.org, (consulté le 24 juillet 2020).
  11. Madeleine Comte. L’abbé Glasberg au secours des Juifs. Note 4.
  12. Jean-Marie Soutou, Un diplomate engagé Mémoires 1939-1979, 2011. canalacademie.com.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]