Le Juif et la France

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Affiche de l'exposition sur la façade du palais Berlitz.

Le Juif et la France est une exposition raciste et antisémite qui eut lieu à Paris du 5 septembre 1941 au 15 janvier 1942 durant la Seconde Guerre mondiale. Elle est organisée et financée par la propagande de l'occupant allemand à travers l'Institut d'étude des questions juives (IEQJ). Cette exposition s'appuie sur le travail de George Montandon, professeur à l'École d'anthropologie de Paris et auteur du livre Comment reconnaître le Juif ? publié en novembre 1940. Cette exposition se veut donc « scientifique ».

C'est au palais Berlitz que l'exposition est inaugurée, deux semaines après la seconde grande rafle parisienne[1], par le propagandiste antisémite Paul Sézille, secrétaire général de l'IEQJ, qui en a rédigé l'introduction du catalogue. Le thème général est la supposée emprise corruptrice générale des Juifs sur les institutions et les secteurs d'activité français : l'armée, le cinéma, l'économie, la littérature : « l'inversion sexuelle, la destruction de nos traditions sont les thèmes favoris des écrivains Juifs »[2]. Pour aider les visiteurs à se faire une idée précise et concrète de « l'ennemi », photographies et maquettes exposent des visages juifs correspondant aux stéréotypes antisémites, comme le nez crochu ou les cheveux sales.

Présentée comme une entreprise d'éducation populaire - pour « aider » les « Français à reconnaître les Juifs par leurs caractéristiques physiques »[3] -, cette exposition est utilisée par la propagande pour tenter de justifier diverses mesures discriminatoires prises par Vichy à l'encontre des Juifs français. Mais les promoteurs réels de l'exposition, qui en assurent d'ailleurs le financement, sont le bureau parisien du service allemand de la Sureté ainsi que la section d'information de l'ambassade d'Allemagne[4].

Entre autres symboles, une araignée symbolise « la juiverie faisant un festin avec le sang de notre France », la sculpture d'un Juif errant hideux étreint le monde dans ses griffes au pied de « La France nouvelle »[5]… L'exposition stigmatise en outre, à travers leurs portraits parmi d'autres sur des panneaux d'exposition, une série de personnalités de diverses professions et en particulier le célèbre - à l'époque - marchand de meubles Wolff Lévitan, le journaliste de radio Jean-Michel Grunebaum, le journaliste Pierre Lazareff, le dramaturge Henri Bernstein, le producteur Bernard Natan ou encore l'homme politique Léon Blum[6].

Les chiffres de fréquentation divergent selon les sources ; certaines parlent de 155 000 visiteurs[7], d'autres mentionnant les 500 000 visiteurs payants, avec autant de gratuits et demi-tarifs, revendiqués par les autorités collaborationnistes pour la région parisienne[8]. Il semble néanmoins qu'après un succès de curiosité les premiers jours, l'intérêt se soit émoussé auprès d'une population méfiante face à ce qui est proposé par l'occupant[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 20 au 25 août 1941, 4232 hommes arrêtés ; Michel Laffitte, Juif dans la France allemande : institutions, dirigeants et communautés au temps de la Shoah, éd. Tallandier, 2006, p. 73.
  2. Pascal Ory, Les collaborateurs : 1940-1945, Paris, Seuil, coll. « Points / Histoire », (ISBN 2-02-004585-0), p. 158.
  3. [PDF] « L'exposition « Le Juif et la France » », Akadem, Fonds social juif unifié.
  4. Philippe Bourdrel, Histoire des juifs de France, volume II, éd. Albin Michel, 2004, p. 108-109.
  5. Béatrice Philippe, Être juif dans la société française du Moyen Âge à nos jours, éd. Complexe, 1997, p. 310
  6. « Inauguration de l'exposition "Le Juif et la France " au Palais Berlitz », Les Actualités mondiales, 12 septembre 1941, sur le site de l'INA.
  7. Alan Riding, Et la fête continue : La vie culturelle à Paris sous l'Occupation, éd. Plon, 2012, p. 78.
  8. Philippe Bourdrel, Histoire des juifs de France, volume II, éd. Albin Michel, 2004, p. 109.
  9. Béatrice Philippe, Être juif dans la société française du Moyen Âge à nos jours, éd. Complexe, 1997, p. 311.

Compléments[modifier | modifier le code]

  • « L'identification des Juifs » : l'héritage de l'exposition de 1941 « Le Juif et la France », in Revue d'histoire de la Shoah no 173, septembre 2001, p. 170-191.

Articles connexes[modifier | modifier le code]