Hélène Rounder

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Hélène Rounder (née le à Paris, France - décédée le à Marseille, France), résistante, déportée à Auschwitz, fait partie de l'Orchestre des femmes d'Auschwitz, sous le nom de "la petite Hélène"[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Hélène Rounder naît [2]le 15 février 1922 dans le 11e arrondissement de Paris de Nestan Marc dit Max Rounder (1890-1942) et de Léja dite Louise Ber (1892-1942) , deux immigrés juifs, polonais et russes, arrivés en France au début du XXe siècle. Ceux-ci se sont mariés à Royan (Charente-Maritime) en 1933 où la famille passe quelques années. Hélène grandit au 104 rue de Châtillon[3] à Montrouge, avec sa cadette Marie Rounder (1913-2000). Son père est tailleur, sa mère aide à l'atelier du 197 rue Championnet dans le 18e arrondissement de Paris. Hélène est naturalisée française à sa majorité.

Parcours de résistante et déportation[modifier | modifier le code]

En 1937, Hélène a 15 ans et écrit [4],[5],[6]au courrier des enfants du quotidien communiste "l’Humanité". Quand elle commence ses études à la Faculté de Lettres de Paris, elle milite aux Etudiants communistes. Elle participe à la manifestation du 11 novembre 1940 à l’Arc de Triomphe, en commémoration de l'armistice de novembre 1918. Elle est arrêtée une première fois le 27 novembre 1940 à son domicile de Montrouge lors de la vague d'arrestations menées par la Brigade Spéciale anti-communiste (BS1) à la suite de l’affaire dite de la « bibliothèque Mazarine »[7], où des tracts de propagande communiste, destinés aux étudiants, étaient insérés dans les livres. Dix-neuf étudiants communistes dont Jean Commère, Gisèle Vallepin (épouse Commère), Maurice Delon[8], Claude Lalet[9], Eugénie Lory[10] (épouse Lalet), Jean Rozinoer[11], René Revel, Pierre Kast[12], Bernard Kirschen[13], Jules Bresson, Jean Trouble, Raymond Guglielmo[14], Paulette Levy, Jean Levy, Jean Gros[15], Olivier Souef[16],[17], Pierre Daix[18], Jeanne Brunschwig[19] sont arrêtés et inculpés de propagande communiste.

Elle est incarcérée [20]à la prison de la Roquette, à Paris, du 29 novembre 1940 au 2 mars 1941.

Elle est condamnée [21]le 2 mars 1941 à 3 mois d’emprisonnement par la 15ème Chambre du tribunal de première instance de la Seine pour propagande communiste en infraction au décret du 26 septembre 1939 et libérée le jour même car elle avait purgé sa peine pendant son incarcération préventive. Elle reprend immédiatement ses activités de résistante.

A partir de mars 1942, onze inspecteurs de la Brigade spéciale BS1 entament la filature méthodique des militants engagés dans l’impression et la diffusion de journaux et de tracts communistes (Affaire Arthur Tintelin[22]). André Diez[23] dit Dédé le boiteux , un des responsables de l’organisation, est arrêté le 18 juin 1942, tout comme Yvonne Picard, qui sera déportée à Auschwitz. Hélène Rounder, dont le nom apparait dans les documents d'André Diez est arrêtée le 26 juin 1942 à son domicile. Au total une soixantaine de personnes sont appréhendées et certaines torturées.

Hélène Rounder est enfermée à la prison de Fresnes, puis au Dépôt de la préfecture de police de Paris du 26 juin 1942 au 3 août 1942, et enfin au Fort de Romainville du 3 août 1942 au 1er septembre 1942. Les autorités allemandes l’ayant identifiée comme juive, elle est séparée de ses camarades communistes et internée au camp de Drancy du 1er septembre 1942 au 18 juillet 1943.

Depuis Drancy elle est déportée le 18 juillet 1943 par le convoi n°57 au départ de la gare du Bourget. A son arrivée à Auschwitz, le 21 juillet 1943, elle est tatouée avec le numéro de matricule 50290 et un triangle pointe en bas sous ce numéro[24].

Hélène Rounder échappe à l'extermination après avoir été recrutée dans l’orchestre des femmes d’Auschwitz en tant que violoniste et copiste. On retrouve sa trace sous le nom de « la petite Hélène »[1] parmi les membres de toute nationalité de cet orchestre, ainsi qu’un permis de travail (Arbeitseinsatzkarten[25]) dans les archives de l’ITS Arolsen[26] et du musée d'Auschwitz-Bikenau[27]. Les survivantes sont transférées le 31 octobre 1944, au camp de Bergen-Belsen, où elles arrivent le 2 novembre 1944. Le camp est libéré le 15 avril 1945 par l'armée britannique.

Rapatriée à Paris par avion le 4 juin 1945, Hélène Rounder retrouve pour quelques mois seulement sa sœur Marie. Sa mère est décédée [2]le 28 mars 1942 à Paris dans un hospice proche de la Cité Internationale Universitaire de Paris. Son père, arrêté peu après elle, a été déporté par le convoi n°7 du 19 juillet 1942 et gazé [28]à son arrivée à Auschwitz le 24 juillet 1942.

Après guerre[modifier | modifier le code]

Au sortir de la guerre, Hélène s’engage dans l’armée française pour une courte période de 2 ans avec un poste à Berlin comme attachée « traducteur rédacteur » 1ère classe au groupe français du "Conseil de Contrôle (Division de l'Agriculture et du Ravitaillement)".

Rentrée en France, elle obtient sa licence de Lettres de la Faculté de Paris.

Elle obtient son certificat d’appartenance[29] aux FFI en 1950 en raison de son appartenance au FFC – réseau Front National – de juillet 1940 au 28 novembre 1940, puis du 01 mars 1941 au 24 juin 1942. Elle reçoit le statut de « déportée politique », mais sa demande de « déportée résistante » arrive après les délais légaux (forclusion en 1951).

Hélène s’engage dans une association dédiée aux enfants : le Centre International de l'Enfance, situé à l'époque au Château de Longchamp, Paris 16ième. Elle part quelques jours en mission à Brazzaville au Gabon.

Elle se marie[30] à Marseille avec Lucien Diatkine en 1955. Elle obtient sa licence d’anglais à l’université d’Aix-en-Provence. Elle parle aussi l’allemand, notamment avec une réfugiée allemande d’après-guerre en provenance de Leipzig : frau Martha Möler.

Elle garde toujours un violon avec elle et continue d’en jouer à Marseille. Attirée par les Beaux-Arts - elle dessine très bien – elle fréquente les milieux artistiques et a des amis architectes.

Toujours proche de Violette Jacquet-Silberstein qui faisait partie avec elle de l’orchestre des femmes d’Auschwitz, elle l’écoute chanter régulièrement dans les restaurants de la côte d’Azur, notamment à Cassis, l’été, au bistrot « Chez Tania », dans la calanque de Figuerolle, où Violette assure une ambiance musicale tsigane et russe.

Hélène poursuit son engagement social auprès de l'ORT France, institution juive d'éducation et de formation, créée en 1921, et participe au jumelage des villes de Marseille et de Haïfa en Israël. En 1967, juste après « la guerre des 6 jours », elle se rend en Israël revoir ses amis peintres : Kurt Heinberg et son épouse, mais aussi l’ancien consul à Marseille : Avner Arazi.

Décès[modifier | modifier le code]

Frappée par un cancer du sein, et malgré un traitement agressif, Hélène décède [30]à Marseille le 14 avril 1972 des suites de cette longue maladie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b jean-jacques Felstein, Dans l'Orchestre d'Auschwitz : les secrets de ma mère, Paris, Imago Editions, , 206 p. (ISBN 9782849520949), p86, p174, p203
  2. a et b « Etat civil de la ville de Paris »
  3. « Recensement de la population du département des Hauts de Seine », sur http://archives.hauts-de-seine.fr/
  4. « La page des enfants », L'Humanité,‎ , N°14287 page 8 (www.retronews.fr)
  5. « La page des enfants », L'Humanité,‎ , N°14161 page 8 (www.retronews.fr)
  6. « La page des enfants », L'Humanité,‎ , N°14029 page 8 (www.retronew.fr)
  7. « La propagande communiste chez les étudiants est démasquée : 19 arrestations », Le Petit Parisien,‎ (gallica.fr)
  8. https://maitron.fr/spip.php?article109207
  9. https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article89682
  10. https://maitron.fr/spip.php?article186233
  11. https://maitron.fr/spip.php?article140531
  12. https://maitron.fr/spip.php?article137452
  13. https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article137850
  14. https://maitron.fr/spip.php?article76233
  15. Claudine Cardon-Hamet, Historienne, « Déportés politiques à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des "45000" », sur https://politique-auschwitz.blogspot.com/search?q=Jean+Gros
  16. Claudine Cardon-Hamet, Historienne, « Déportés politiques à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des "45000" », sur Déportés politiques à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des "45000" (consulté le 8 avril 2021)
  17. https://maitron.fr/spip.php?article131507
  18. https://maitron.fr/spip.php?article21303
  19. https://maitron.fr/spip.php?article139265
  20. « Archives de Paris : dossiers D1U6-3733 et 31W-17 (minutes des procès) », sur www.archives.paris.fr
  21. « Les-archives-de-la-prefecture-de-police : dossiers GB 166_261-266 et 77W349-159446 », sur https://www.prefecturedepolice.interieur.gouv.fr/Nous-connaitre/Services-et-missions/Service-de-la-memoire-et-des-affaires-culturelles/Les-archives-de-la-prefecture-de-police
  22. https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article87353
  23. https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article22720
  24. « Sonderkommando - Les tatouages », sur www.sonderkommando.info (consulté le 11 avril 2021)
  25. (en) « arbeitseinsatz », sur http://www.auschwitz.org/en/museum/about-the-available-data/registers-and-cards/arbeitseinsatz/
  26. https://arolsen-archives.org/fr/
  27. « Musée d’Etat Auschwitz-Birkenau », sur http://www.auschwitz.org/en/more/french/
  28. Serge Klarsfeld - Jean-Pierre Stroweis, « Le Mֳémorial de la Déportation des Juifs de France - en ligne », sur https://stevemorse.org/france/
  29. « Archives-des-conflits-contemporains à Cain dossier AC-21P-666 975 BVACC », sur https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/centres-shd/caen-division-archives-des-conflits-contemporains
  30. a et b « Etat civil de la ville de Marseille »

Liens externes[modifier | modifier le code]