Shoah en France

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Shoah en France
Camp d'internement de Drancy.
Camp d'internement de Drancy.

Type Génocide
Organisateur Nazi Swastika.svg Troisième Reich
Date 1940-1944
Victimes
Morts 76 000

La Shoah en France recouvre les persécutions, les déportations et l'extermination subies par les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale en France.

Déclaration de guerre[modifier | modifier le code]

À la déclaration de guerre, les Juifs français sont mobilisés comme tous leurs compatriotes et, comme en 1914, de nombreux Juifs étrangers s'engagent dans les régiments de volontaires étrangers. Si on estime à 40 000 le nombre de volontaires juifs incorporés, des Juifs allemands réfugiés en France sont aussi incarcérés comme ressortissants ennemis[1]. En règle générale, les Juifs sont confiants dans la capacité de la France à les protéger des nazis. Mais un bon nombre de Juifs, particulièrement ceux d'Alsace et de Moselle chassés de chez eux par les Allemands, se réfugient en zone non occupée dès juillet 1940[2].

La convention d'armistice du 22 juin 1940 signé entre le représentant du Troisième Reich d'Hitler et celui du gouvernement français de Pétain, s'il ne comprend aucune disposition relative aux Juifs, prévoit deux clauses qui vont lier leur sort à la politique antisémite de l'Allemagne :

  • l'article 3 prévoit que dans les régions que le Reich allemand occupe, le gouvernement et l'administration français doivent « faciliter par tous les moyens les réglementations relatives » à l'exercice des droits du Reich ;
  • les articles 16 et 19 prévoient que le gouvernement français doit procéder au rapatriement de la population dans les territoires occupés, que « le gouvernement français est tenu de livrer sur demande tous les ressortissants allemands désignés par le gouvernement du Reich et qui se trouvent en France, de même que dans les possessions françaises, les colonies, les territoires sous protectorat et sous mandat. »[3].

Les ordonnances allemandes et les lois contre les Juifs et les étrangers prises par le régime de Vichy[modifier | modifier le code]

Texte du statut des Juifs, annoté de la main de Pétain (page 1). Archives Mémorial de la Shoah.
Texte du statut des Juifs, annoté de la main de Pétain (page 2). Archives Mémorial de la Shoah.
Affiche sur la ligne de démarcation

De l'armistice à l'invasion de la zone libre[modifier | modifier le code]

Dès l'été 1940, Otto Abetz, l'ambassadeur d'Allemagne à Paris, organise l'expropriation de riches familles juives[4]. Le régime de Vichy prend les premières mesures antijuives peu après les autorités allemandes, dès l'automne 1940 : le Statut des Juifs du 3 octobre, préparé par Raphaël Alibert mais durci par Pétain lui-même selon un document rendu public en 2010 par Serge Klarsfeld[5], interdit aux Juifs français d'exercer certaines professions (enseignant, journaliste, avocat, etc.), tandis que l'acte dit loi du 4 octobre 1940 prévoit d'enfermer les étrangers juifs dans des camps d'internement au sud du pays comme celui de Gurs, où ils sont rejoints par des convois de Juifs déportés par les Allemands depuis des régions que le Reich désire définitivement annexer, comme l'Alsace, la Lorraine et même, pour certains, de Belgique.

Affiche diffusée à Marseille en juillet 1941 ordonnant le recensement des Juifs

Le Commissariat général aux questions juives créé par l'administration de l'« État français » en mars 1941 organise la spoliation des biens juifs[6] et orchestre la propagande antisémite, tandis que les Allemands commencent, en zone occupée, à établir des fichiers recensant les Juifs et que le Second statut des Juifs du achève de systématiser sur l'ensemble du territoire. Ces fichiers, dont le fichier Tulard[7], secondent l'administration nazie dans sa politique de déportation, alors que l'absence de port de l'étoile jaune, qui n'est pas obligatoire en zone non occupée, ne protège pas les Juifs des grandes rafles[8].

Instauration de l'UGIF[modifier | modifier le code]

Pour contrôler au plus près la communauté juive, les Allemands créent le 29 novembre 1941 l'Union Générale des Israélites de France (UGIF) chargée de fédérer l'ensemble des œuvres juives caritatives. Les Allemands peuvent connaître ainsi les domiciles des Juifs. Les dirigeants de l'UGIF prennent trop tard la mesure du risque qu'il y a à dialoguer avec les nazis et disparaissent en déportation, tels René-Raoul Lambert et André Baur[9].

Les rafles et la déportation[modifier | modifier le code]

Une ordonnance allemande ordonne le port de l'étoile jaune à tous les Juifs âgés de plus de 6 ans le 29 mai 1942[10].

Les arrestations de Juifs en France commencent dès 1940 pour des personnes individuelles, et massivement en 1941. La première rafle a lieu le . Les Juifs arrêtés, hommes et étrangers, sont internés dans les premiers camps de transit : le camp de Pithiviers et celui de Beaune-la-Rolande dans le Loiret (3 747 hommes). La deuxième rafle, les 20-21 août 1941, concerne 4 232 hommes français et étrangers, qui sont conduits au camp de Drancy[11].

La déportation des Juifs commence le , date de départ de Paris pour Auschwitz du premier convoi[12]. Elles visent également les femmes et les enfants à compter de la rafle du Vel d'Hiv des 16 et , durant laquelle 13 000 Juifs sont arrêtés par la police française. En zone occupée, l'administration et la police françaises sont en effet sous l'autorité allemande. Elles appliquent donc les ordonnances allemandes prises contre les Juifs[13] et livrent en 1942 aux Allemands les Juifs étrangers des camps d'internement. Elles contribuent également à envoyer plusieurs dizaines de milliers d'entre eux à la mort dans les camps d'extermination via le camp de Drancy[14].

En zone non occupée, à partir d'août 1942, les Juifs étrangers qui avaient été déportés après l'armistice dans les camps de réfugiés du Sud-Ouest de la France, comme celui de Gurs, sont à nouveau arrêtés et déportés dans des convois à destination de la zone occupée, puis des camps d'extermination en Allemagne et en Pologne[15]. Le 26 août 1942 une rafle orchestrée par les services du secrétaire général à la Police du gouvernement de Vichy René Bousquet fait arrêter et déporter 6584 juifs étrangers ou apatrides résidant en zone sud, encore non occupée à cette date. Cette initiative qui repose uniquement sur les forces de police et gendarmerie française des 40 départements de la zone libre joue un rôle certain dans la prise de conscience de la Shoah par les Français[16].

De l'invasion de la zone libre à la capitulation de l'Allemagne le 8 mai 1945[modifier | modifier le code]

En novembre 1942, l'ensemble du territoire est sous contrôle allemand, à l'exception de la zone d'occupation italienne où les Juifs sont plutôt épargnés, ceci jusqu'à la chute du régime de Mussolini et au remplacement des troupes italiennes par les Allemands en septembre 1943[N 1].

Les autorités allemandes prennent de plus en plus en charge la traque des Juifs, alors que Vichy doit composer avec une opinion rendue progressivement sensible aux persécutions et que la Résistance juive se structure. Cependant, la Milice constituée de Français acquis à l'idéologie nazie, redouble d'activité pour livrer aux Allemands les familles juives dont elle connaît l'existence. C'est ainsi que le rythme des convois vers l'Allemagne s'amplifie. Les derniers, en provenance du camp de Drancy, quittent la gare de Bobigny le [17].

En Algérie, le général Giraud puis le général de Gaulle tardent à rétablir la légalité républicaine : les Juifs ne retrouvent ainsi la citoyenneté française que le 20 octobre 1943[18].

Entre 1942 et 1943, dans la clandestinité, des groupes de résistants favorisent la création du SERE (Service d'évacuation et de regroupement d'enfants — qui devient en 1944 l'OPEJ). Sa mission essentielle consiste alors à sauver des enfants juifs dont les parents ont été déportés ou ont disparu. Ces enfants, menacés d'arrestation et de déportation, sont mis à l'abri dans des familles et institutions non juives. Dès septembre 1944, l'OPEJ regroupe les enfants dans des maisons d'enfants de déportés, créées à leur intention[19].

René Carmille, chef du service national des statistiques, sabote l'utilisation par les autorités d'occupation des fichiers indiquant la « race » juive, constitués sur les cartes perforées utilisées par les systèmes mécanographiques. Carmille est arrêté à Lyon en février 1944 et meurt en déportation[20].

Le Camp de Drancy[modifier | modifier le code]

Article principal : Camp de Drancy.

D'août 1941 à août 1944, le camp d'internement de Drancy ou camp de Drancy a été la plaque tournante de la politique de déportation antisémite en France. Situé au nord-est de Paris, dans la ville de Drancy (alors dans le département de la Seine, aujourd'hui en Seine-Saint-Denis), ce camp a été pendant trois ans le principal lieu d'internement avant déportation depuis la gare du Bourget (1942-1943) puis la gare de Bobigny (1943-1944) vers les camps d'extermination nazis; pour la majorité des convois ce fut pour Auschwitz. Neuf Juifs déportés de France sur dix passèrent par le camp de Drancy lors de la Shoah.

Les convois de la déportation[modifier | modifier le code]

Les routes de la déportation et de la Shoah.

Il y eut environ 75 convois de la déportation partis de France sur trois années, notamment depuis le camp de Drancy et à destination d'Auschwitz. Ils étaient principalement composés de personnes présumées comme étant de religion, d’appartenance ou d’ascendance juive. Ces convois sont une des composantes, en France, de la Shoah. Le premier convoi quitta le territoire français le et le dernier, le .

Les convois 41, 43, 54, 56 n'existent pas en raison d'erreurs de dénomination commises à l'époque, et le 64 est parti avant le 63, là aussi en raison d'une erreur. Les deux derniers (78 et 79) n'ont pas reçu de numérotation.

Les convois 50 à 51 ont été dirigés vers Majdanek, les convois 52 et 53 vers Sobibor, le convoi 73 vers Kaunas et vers Réval (Tallinn), le convoi 79 vers Buchenwald. Tous les autres convois ont été dirigés vers Auschwitz.

Les déportés du Nord et du Pas-de-Calais, environ 1 000 personnes dont 202 enfants, ont été convoyés par la Belgique.

Article connexe : Shoah en Belgique.

Cette liste est issue du Mémorial de la déportation des Juifs de France dressé par Serge et Beate Klarsfeld (1re édition 1978, 2e édition 2012)

Wagon du camp de Drancy

Les victimes de la Shoah en France[modifier | modifier le code]

Selon des chiffres établis par l'association des Fils et filles de déportés juifs de France présidée par Serge Klarsfeld et publiés en 1985 :

  • 75 721 Juifs, dont près de 11 000 enfants, ont été déportés de France entre mars 1942 et août 1944 ;
  • en tout, on dénombre 74 convois en direction des camps de concentration ou d'extermination ; pour la plupart, ils sont partis de la gare du Bourget (1942-1943) ou de la gare de Bobigny (1943-1944) ; le premier, en date du 27 mars 1942, est parti de Compiègne et le dernier, le 18 août 1944, de Clermont-Ferrand ;
  • près de 90 % de ces 76 000 Juifs ont été déportés vers Auschwitz :
    • en 1942, les 43 convois sont partis pour Auschwitz-Birkenau ;
    • en 1943, sur 17 convois, 13 sont allés à Auschwitz et 4 à Sobibor ;
    • en 1944, sur 14 convois, 13 sont partis pour Auschwitz, et l’un est parti pour Kaunas et Reval (le convoi 73) ;
  • 3 000 personnes sont mortes dans les camps d'internement français et il a été procédé à environ 1 000 exécutions de Juifs sur le sol français ; ces 4 000 victimes s’ajoutent ainsi aux 76 000 déportés, le bilan de la « solution finale » pour la France est alors proche de 80 000 victimes en tout ;
  • 2 566 survivants ont été comptabilisés à la libération des camps en 1945, soit environ 3 % des déportés ;
  • les nationalités les plus touchées parmi les Juifs déportés de France ont été les Polonais (environ 26 000), les Français (24 000 dont plus de 7 000 sont des enfants nés en France de parents étrangers), les Allemands (7 000), les Russes (4 500), les Roumains (3 300), les Autrichiens (2 500), les Grecs (1 500), les Turcs (1 300), les Hongrois (1 200) ;
  • pour au moins 85 % des Juifs déportés de France, l'opération d’arrestation a été exécutée par les forces de police françaises.

Grâce à l'existence d'une zone non occupée permettant de se soustraire aux mesures d'extermination prises par les Allemands, grâce aussi à l'aide de nombreux Français souvent restés anonymes, les trois quarts[N 2] des Juifs vivant alors en France survivent (90 % si l'on fait référence aux Juifs de nationalité française, 60 % si l'on se réfère uniquement aux Juifs étrangers), un taux important comparés à d'autres pays occupés d'Europe, tel la Belgique qui n’a compté que 55 % de survivants et les Pays-Bas 20 %[21]. Malgré cela, 74 182 des 330 000 Juifs présents en France sont déportés, dont 11 000 enfants et 55 000 étrangers. Seulement 3 % des déportés juifs de France vers les camps de la mort survivent[22]. À ces chiffres, il faut ajouter les 1 200 Juifs assassinés par la police allemande ou ses complices français, et les 3 000 autres Juifs morts d'épuisement ou de maladie dans les camps français. On arrive ainsi à plus de 76 000 victimes juives[23].

La survie des Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Face aux périls qui pèsent sur eux, les Juifs de France qui n'ont pas pu fuir à l'étranger n'ont d'autre choix que de se cacher ou de combattre.

Se cacher pour survivre[modifier | modifier le code]

Pour les Juifs, il s'agit tout d'abord de survivre. Survivre, cela signifie éviter l'arrestation qui conduit dans les camps d'internement en France (comme ceux de Gurs et des Milles en zone sud et ceux de Beaune-la-Rolande et Pithiviers en zone occupée) puis au camp de Drancy, avant le transfert en Allemagne dans les camps de la mort depuis principalement la gare du Bourget (1942-1943) et la gare de Bobigny (1943-1944). Pour éviter la dénonciation ou l'arrestation, se faire le plus discret possible est indispensable et, en cas d'une mauvaise rencontre avec la police française ou allemande, mieux vaut avoir des faux-papiers qui ne mentionnent plus de noms juifs ou de lieux de naissance en Europe centrale ou orientale. Encore faut-il bien choisir ce nom de façon à garder les mêmes initiales et à ne pas trop contrefaire sa signature et être convaincant en déclinant son identité sans accent étranger[24].

Survivre signifie aussi avoir de quoi nourrir et loger sa famille. De par le statut des Juifs, beaucoup d'entre eux perdent leur droit d'exercer leur métier s'ils sont médecins, professeurs ou officiers par exemple. Tous les entrepreneurs, du patron des Galeries Lafayette aux petits boutiquiers, perdent aussi leur entreprise de par une ordonnance allemande du 18 octobre 1940 qui organise « l'aryanisation » des entreprises appartenant à des Juifs. Il leur faut donc exercer des métiers ne nécessitant guère d'investissements ni de protections comme représentant de commerce. Avant l'invasion par les Allemands de la zone libre, les grandes villes du sud comme Marseille peuvent encore fournir abri et emploi[25].

Après novembre 1942 et l'occupation allemande de presque tout le territoire, Marseille ou Toulouse deviennent aussi dangereuses pour les Juifs que Paris. Beaucoup de Juifs se réfugient alors à la campagne. De nombreux Français non-Juifs leur fournissent asile et protection ou leur évitent l'arrestation en les prévenant à temps. Un des actes les plus héroïques est à l'actif de policiers qui font échouer une rafle à Nancy. Certains de ces Français ont été nommés Justes parmi les nations par l'institut Yad Vachem. L'histoire du Chambon-sur-Lignon et du pasteur André Trocmé a souvent été célébrée mais des milliers d'autres Juifs ont dû leur survie à des inconnus. D'autres petites villes s'illustrent aussi par la protection qu'elles fournissent aux enfants ou aux familles juifs, comme Dieulefit et Moissac.

Des milliers de familles doivent confier leurs enfants à des familles non juives pour qu'elles les abritent sous un faux nom le temps de la guerre. Ces enfants sont généralement épargnés mais tous ne retrouvent pas leurs parents et quelques-uns y perdent la connaissance de leurs racines juives[26].

Article connexe : Affaire Finaly.

Survivre, c'est enfin s'organiser pour s'entraider. « Nous étions si seuls » a écrit Wladimir Rabi[9]. Lors de leurs proclamations, les mesures anti-juives ne créent guère de remous. Les Juifs sont chassés du professorat ou de l'exercice de la médecine sans que cela émeuve ces professions. André Néher, professeur d'allemand en a témoigné. L'Église catholique attend les rafles de l’été 1942[27] et les prises de position des cardinaux Pierre Gerlier et Jules Saliège pour exprimer sa compassion et parfois protéger des Juifs cherchant un asile[28], la hiérarchie ecclésiastique pétainiste étant indifférente à de rares exceptions près au sort de la population juive alors que certains fidèles catholiques agissent dans l'ombre, à leur faible niveau, mais de manière efficace dès la proclamation des mesures anti-juives[29]. En 1942, des Juifs séfarades dont Salim Hallali trouvent aussi refuge à la Grande Mosquée de Paris[30].

Les organisations juives comme les Éclaireurs Israélites de France et l'OSE réussissent à sauver de nombreux enfants en organisant l'évasion vers la Suisse. Le Consistoire central de France, sous l'impulsion de son président Jacques Heilbronner et du grand-rabbin Isaïe Schwartz avec son adjoint Jacob Kaplan, crée des caisses de secours et multiplie les démarches auprès des autorités de Vichy et de l'Église de France pour obtenir des soutiens. Pour éviter le désastre total, il est nécessaire de coordonner les efforts de tous. En juillet 1943, des négociations permettent de créer le Comité général de défense juive. Un accord conclu avec le Consistoire central aboutit à la création clandestine du Conseil représentatif des israélites de France (CRIF) dont la charte est définitivement élaborée en 1944. Sa première tâche est d'unifier les actions de sauvetage[31].

Combattre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Résistance juive en France.

Des Juifs ou personnes d'origine juive (puisque les Nazis leur promettaient le même sort) choisissent de lutter contre l'Allemagne nazie et leur engagement dans la Résistance intérieure ou la France libre est parfois précoce. Ainsi, le premier civil à rejoindre le général de Gaulle est un Juif, René Cassin[32],[33]. Beaucoup d'autres suivent, dont François Jacob, Maurice Schumann, Pierre Mendès France, Pierre Dac, Pierre Laroque ou Jean-Pierre Lévy, chef national du mouvement Franc-Tireur, dont fait aussi partie l'historien Marc Bloch. On peut également citer le cas de Michel Debré, haut fonctionnaire de Vichy entré dans le réseau CDLR en février 1943, dont le grand-père paternel était rabbin[34]. Les spécificités de la menace qui planait sur tous les Juifs ont incité certains d'entre eux à se regrouper pour secourir les internés dans les camps français (Beaune-la-Rolande, le camp des Milles, etc.), favoriser les filières d'évasion, la confection de faux papiers et lutter pour la libération. Les premiers réseaux clandestins se sont formés autour des Éclaireurs Israélites de France dès 1941 avec Robert Gamzon[35] et de l'Œuvre de secours aux enfants (OSE) avec le docteur Joseph Weill[35] et Georges Loinger[35].

Une résistance militaire s'organise aussi avec Jacques Lazarus[35] autour de l'Armée juive (qui devient à la Libération l'Organisation juive de combat ou OJC) qui prend le maquis dans la Montagne Noire, près de Castres[36].

Isaac Schneersohn crée en 1943 le Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), destiné à recueillir les preuves documentaires de la Shoah, dont Léon Poliakov prend la direction dès la Libération[37]. Le CDJC est à l'origine du Mémorial de la Shoah.

Le régime de Vichy donne particulièrement d'ampleur au procès de la Main-d'œuvre immigrée (MOI), une organisation communiste en marge des organisations juives mais composée principalement de Juifs[38]. L'Affiche rouge, un placard de propagande publié par le régime de Vichy, où apparaissent plusieurs résistants juifs, témoigne de leur courage célébré par Louis Aragon[38] et Léo Ferré[39].

La libération[modifier | modifier le code]

Les responsabilités[modifier | modifier le code]

Les témoins de la Shoah en France[modifier | modifier le code]

Procès[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le banquier juif italien Angelo Donati et le Comité d'aide aux réfugiés (Comité Dubouchage) tentent ainsi de sauver les Juifs de la déportation par la police française entre novembre 1942 et septembre 1943. Donati réussit à convaincre les autorités d'occupation italienne de protéger les Juifs. Après la chute de Mussolini, il cherche en août 1943 à organiser le transport de milliers de Juifs en Afrique du nord avec l'aide du Vatican, de l'Italie et des Alliés mais l'armistice du 8 septembre 1943 le fait échouer.
  2. Environ 50 000 ont pu quitter le territoire français, souvent par l’Espagne ou la Suisse, un tiers ont vécu en situation régulière, notamment 15 000 prisonniers de guerre non déportables. Source : Renée Poznanski, Être juif en France pendant la Seconde Guerre mondiale, Hachette, 1994, p. 451.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Blumenkranz 1972, IV, 5, 1
  2. Philippe 1979, p. 227
  3. Voir Armistice du 22 juin 1940.
  4. Jérôme Gautheretn, Thomas Wieder, « De la haine dans l'air », Le Monde, 27 juillet 2010.
  5. « Pétain a durci le texte sur les Juifs, selon un document inédit », sur Le Point,‎
  6. Voir le rapport de la Mission d'étude sur la spoliation des Juifs
  7. Michel Louis Lévy, « Réflexion sur les évaluations du nombre de Juifs en France dans Démographie et destin des sous-populations », sur Google Books,‎ 21-23 septembre 1981, p. 42-44
  8. Voir l'article Rafle de Marseille
  9. a et b Philippe 1979, chapitre « La Guerre »
  10. Philippe 1979, p. 251
  11. « Les rafles de 1941 », sur Chemins de mémoire, site du ministère de la Défense.
  12. Blumenkranz 1972, p. 404
  13. Tal Bruttmann, « Au bureau des affaires juives. L'administration française et l'application de la législation antisémite », La Découverte, 2006.
  14. Blumenkranz 1972, p. 401-405
  15. René Souriac et Patrick Cabanel, Histoire de France, 1750-1995: Monarchies et républiques, Presses Universitaires du Mirail, (ISBN 2-85816-274-3, lire en ligne), p. 215.
  16. Jacques Semelin, Persécutions et entraides dans la France occupée, Editions Les Arènes-Seuil, Paris, 2013, 901 pages, pp. 838-843
  17. Bénédicte Prot, « Dernier convoi Drancy-Auschwitz » (consulté le 16 septembre 2011).
  18. Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, Odile Jacob, 2002, p. 383.
  19. « OPEJ - Historique », sur le site de l'OPEJ.
  20. Voir « Le train de la mort » par Christian Bernadac
  21. Jacques Sémelin, Persécutions et entraides dans la France occupée. Comment 75 % des Juifs en France ont échappé à la mort, Le Seuil, , 912 p. (ISBN 978 2 35204 235 8)
  22. [PDF]Fils et Filles des Déportés Juifs de France, « Enfants juifs déportés – La brochure de l'exposition », sur Akadem
  23. Marrus et Paxton 2015, p. 482
  24. Jean Estèbe, Les Juifs à Toulouse et en midi toulousain au temps de Vichy, Presses universitaires du Mirail, (ISBN 2-85816-263-8), p. 247.
  25. Renée Dray-Bensousan, Les juifs à Marseille pendant La Seconde Guerre mondiale: août 1939--août 1944, Belles Lettres, (ISBN 9782251380667), p. 40.
  26. Céline Marrot-Fellag Ariouet, « Les enfants cachés pendant la Seconde Guerre mondiale aux sources d'une histoire clandestine », sur Maison de Sèvres,‎
  27. Sylvie Bernay, L'Église de France face à la persécution des Juifs 1940-1944, CNRS Éditions, , 528 p. (ISBN 978-2-271-07153-8).
  28. Philippe 1979, p. 264-266
  29. Jacques Duquesne, Les catholiques français sous l'Occupation, Grasset, , 457 p. (ISBN 978-2-246-11609-7).
  30. Voir l'interview de Benjamin Stora : « Quand la Mosquée de Paris sauvait des juifs »
  31. « La création du CRIF », sur CRIF
  32. « René Cassin », sur Fondation et Institut Charles de Gaulle
  33. Jean-Marie Guillon et Pierre Laborie, Mémoire et histoire--la Résistance, Privat, (ISBN 2708953834, présentation en ligne), p. 233
  34. Voir l'arbre généalogique de la famille Debré.
  35. a, b, c et d Marc Fineltin, « Robert Gamzon dit Castor », Joseph Weill, Georges Loinger et Jacques Lazarus sur Mémoire et espoirs de la Résistance
  36. Maurice Wiener, « Organisation Juive de Combat », sur Mémoire et espoirs de la Résistance
  37. Renée Poznanski, « La création du centre de documentation juive contemporaine en France (avril 1943) », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, sur Persée,‎ juillet-septembre 1999
  38. a et b Philippe 1979, p. 276
  39. « Léo Ferré : discographie d’un galaxique »

Articles connexes[modifier | modifier le code]