Maurice Rajsfus

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Maurice Rajsfus, né le à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), est un écrivain, journaliste et historien[1] et militant français. Il est auteur de nombreux livres dans lesquels il a abordé les thèmes du génocide des juifs en France, de la police et des atteintes aux libertés.

Maurice Rajsfus à Orléans (maison des associations), septembre 2005.

En 1994, il a cofondé l'Observatoire des libertés publiques[2], qu'il préside.

Biographie[modifier | modifier le code]

Maurice Rajsfus est le fils de parents juifs polonais arrivés en France au début des années 1920. Ils ont été mariés par le maire d'Aubervilliers, Pierre Laval, « alors encore avocat pacifiste »[3].

Rescapé de la rafle du Vél' d'Hiv[modifier | modifier le code]

En juillet 1942, alors qu'il a 14 ans, il est arrêté avec ses parents et sa sœur aînée, Eugénie/ Jenny 16 ans, lors de la rafle du Vélodrome d'Hiver par un policier « un temps voisin de palier [...]. Lorsque, en 1988, Rajsfus tentera de l'approcher (« pour comprendre »), le retraité l'éconduira d'un brutal : « Ça ne m'intéresse pas ! » Il n'a cessé depuis d'incarner cette « police de Vichy au passé trop présent, sans remords et sans mémoire[3]. » Maurice Rajsfus est relâché avec sa sœur à la suite d'un ordre aléatoire excluant les enfants juifs français de 14 à 16 ans de la rafle[3] ; ses parents ne reviendront pas[4].

Au lendemain de la guerre, il est « « Jeune communiste » à 16 ans, exclu à 18 pour « hitléro-trotskisme », militant de la IVe Internationale avant 1950, puis du groupe Socialisme ou Barbarie avec Lefort et Castoriadis, mobilisant le mouvement des Auberges de jeunesse contre la guerre d'Algérie dès 1955 et président de Ras l'Front de 1991 à 1999 »[3].

Créateur de l'Observatoire des libertés publiques[modifier | modifier le code]

Un an après que, le 6 avril 1993, le jeune Makomé M’Bowolé a été tué[5],[6],[7] d'« une balle dans la tête à bout touchant[8] » alors qu'il était interrogé, menotté, au commissariat des Grandes Carrières (18e arrondissement de Paris)[3], Maurice Rajsfus cofonde l'Observatoire des libertés publiques, qui relève dans son bulletin mensuel Que fait la police ?, ce qui constituerait, selon lui, des bavures policières[9].

Pour lui, le lien entre passé et présent est constant, notamment dans la surveillance de la police : « Ils ont volé des années de vie à mes parents. Tous ont participé aux rafles quand ils étaient requis. Pratiquement pas un seul n’a démissionné. Si la police française ne s’était pas mise aux ordres, jamais il n’y aurait eu autant de dégâts. Il y a eu 250 000 déportés de France, dont 76 000 Juifs, les autres étant, pour l’essentiel, des communistes et des gaullistes...). Et que dire de ce policier qui, rendant compte à la préfecture de sa mission, ose écrire, le 22 juillet : « Le Vél’ d’Hiv’ est évacué. Il restait 50 Juifs malades et des objets perdus, le tout a été transféré à Drancy[10]. »

Antisioniste[modifier | modifier le code]

Définissant le sionisme comme un « projet présenté comme « généreux » par ses initiateurs », il considère qu'il « a rapidement dérivé en une entreprise également raciste »[11]. En parallèle, il dénonce l'utilisation de l'accusation d'antisémitisme qui est, selon lui, devenue « une arme brandie contre tous ceux qui s’opposent au sionisme, idéologie active qui ne saurait souffrir la moindre critique »[12].

Il publie, en 1990, Palestine : chronique des événements courants, 1988-1989 et L'Ennemi intérieur : Israël-Palestine, livres dans lesquels il décrit Israël comme « une démocratie sous haute surveillance » et dénonce les exactions de l'armée israélienne[13].

Études et recherches[modifier | modifier le code]

N'ayant longtemps eu que le certificat d’études, puisqu'il quitta le collège à 14 ans, Maurice Rajsfus a cependant passé un doctorat en sociologie en 1992[14].

Il a été à plusieurs reprises membre du jury des Big Brother Awards France, et a préfacé le livre, Big Brother Awards. Les surveillants surveillés (2008)[15]. Toutefois il n'a pas une formation académique dans le domaine de l'Histoire. Pierre Vidal-Naquet note dans sa préface du livre de Maurice Rajsfus consacré à l'Union générale des israélites de France (UGIF) que « Entre Maurice Rajsfus et moi, il y a dois-je ajouter, une autre différence. Je suis, il n'est pas un « historien de profession ». » et estime qu' « Il y a parfois à discuter sur la façon dont Maurice Rajsfus aborde le matériel historique, mais « Messieurs les Historiens » - et je ne m'excepte pas du lot - auraient dû commencer »[16].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Des Juifs dans la collaboration, L'UGIF (1941-1944), préface de Pierre Vidal-Naquet, éd. Études et Documentation Internationales, 1980 (ISBN 2-85139-057-0 et 978-2851390578).
  • Sois Juif et tais-toi ! 1930-1940 – Les Français « Israélites » face au nazisme, éditions de l'Atelier, 1981 (ISBN 978-2851390646).
  • Jeudi noir, Paris, éditions L'Harmattan, 1988 (ISBN 2-7384-0039-6) (sur la rafle du Vélodrome d'Hiver).
  • Les Silences de la police – 16 juillet 1942-17 octobre 1961, avec Jean-Luc Einaudi, éd. L'Esprit frappeur, 2001 (ISBN 2-84405-173-1), sur la rafle du Vel' d'Hiv' et le massacre des Algériens à Paris du 17 octobre 1961.
  • Palestine, chronique des événements courants, 1988/ 1989, éditions L'Harmattan.
  • La Rafle du Vél’ d’Hiv’, collection « Que sais-je ? », éditions PUF.
  • N'oublie pas le petit Jésus ! – L'Église catholique et les enfants juifs (1940-1945), Manya, 1994 (ISBN 2-87896-096-3).
  • La Police de Vichy, Les forces de l'ordre françaises au service de la Gestapo 1940-1944, Le Cherche midi, 1995 (ISBN 2-86274-358-5).
  • La police hors la loi – Des milliers de bavures sans ordonnances depuis 1968, Le Cherche midi, 1996 (ISBN 2-86274-466-2).
  • Les Français de la débâcle – Juin-septembre 1940, un si bel été, Le Cherche midi, 1997.
  • Mai 68 – Sous les pavés, la répression, Le Cherche midi, 1998.
  • La Censure militaire et policière 1914-1918, Le Cherche midi, 1999.
  • De la victoire à la débâcle 1919-1940, Le Cherche midi, 2000.
  • 1953, un 14 juillet sanglant, collection « Moisson Rouge », 2003.
  • La Libération inconnue – À chacun sa résistance, Le Cherche midi, 2004 (sur la Libération et la Résistance).
  • Drancy, un camp de concentration très ordinaire, 1941-1944, Le Cherche midi, 2005 (ISBN 2-86274-435-2), sur le camp de Drancy.
  • Le Chagrin et la colère, Le Cherche midi, 2005.
  • La France Bleu Marine – De Marcellin à Sarkozy (mai 1968-octobre 2005), L’Ésprit frappeur, 2005.
  • Moussa et David, dessin de Jacques Demiguel, Tartamudo, 2006.
  • Candide n'est pas mort, Le Cherche midi, 2008.
  • Portrait physique et mental du policier ordinaire, éd. Après la Lune, 2008 (ISBN 2352270448 et 978-2352270447).
  • Les mercenaires de la République, Éditions du Monde libertaire, 2008, (notice BnF no FRBNF41269779), (OCLC 234041168).
  • À vos ordres ? Jamais plus !, éd. Monde libertaire, 2009.
  • 17, rue Dieu et autres cris de colère, éd. Le Temps des cerises, 2009 (ISBN 978-2-84109-750-0).
  • L'Intelligence du Barbare, éd. Monde libertaire, 2010 (ISBN 978-2-915514-36-0).
  • Le Petit Maurice dans la tourmente, 1940-1944 – Quatre ans parmi les sous-hommes (bande dessinée), dessin de Mario et Michel D’Agostini, avec le soutien du Mémorial de la Shoah, éd. Tartamudo, 2010.
  • Je n'aime pas la police de mon pays – L'aventure du bulletin Que fait la police ? (1994-2012), illustrations de Siné, Faujour et Tignous, éditions Libertalia, collection « À boulets rouges », 2012 (ISBN 978-2918059240).

Une adaptation théâtrale, La Rafle du Vél' d'Hiv, a été réalisée et jouée en 2004 par Philippe Ogouz d'après trois livres de Maurice Rajsfus : Opération étoile jaune (Le Cherche midi), Chroniques d'un survivant (Noésis), La Rafle du Vél' d'Hiv, (PUF) :

Films[modifier | modifier le code]

  • L'An prochain, la révolution, un film de Frédéric Goldbronn, prod. et dist. Cauri Films, 2010 - vidéo couleur, 71 min.

Notice d'autorité[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Béatrice Vallaeys, « Maurice Papon devant ses juges. Deux historiens refusent de témoigner. Maurice Rajsfus et Henry Rousso sont cités par la défense. », sur liberation.fr, Libération,‎ (consulté le 4 décembre 2013).
  2. Observatoire des libertés publiques.
  3. a, b, c, d et e Pierre Marcelle, « Rage de raison », portrait de Maurice Rajsfus » dans Libération, 28 avril 2002.
  4. « Maurice Rajsfus ; la rafle du Vel d'hiv » [vidéo], sur ina.fr, Patrice Gélinet, Les Jours du siècle, France Inter,‎ (consulté le 4 décembre 2013).
  5. Renaud Leblond, « Scènes de haine ordinaire à Paris 18e », sur lexpress.fr, L'Express,‎ (consulté le 8 novembre 2013).
  6. Patricia Tourancheau, « Avril 93, un mort au commissariat. Le policier Compain est jugé à Paris pour « homicide volontaire », sur liberation.fr, Libération,‎ (consulté le 8 novembre 2013).
  7. L'inspecteur qui l'a tué fut condamné à huit ans de prison. Sources : Cathy Capvert, « Début du procès du policier qui avait tué le jeune Makomé », L'Humanité, 12 février 1996 ; « Procès Makomé : un « énorme gâchis », selon SOS Racisme », L'Humanité, 16 février 1996.
  8. « Présentation de l’Observatoire des libertés publiques », dans Que fait la police ?, Maurice Rajsfus et Alexis Violet, mai 1999.
  9. Site de l'Observatoire des libertés publiques : http://quefaitlapolice.samizdat.net
  10. Jean Morawski, « Vel' d'Hiv. Vincennes, 1942 : cent « disparus », L'Humanité, 16 juillet 2002.
  11. Citation dans Wikiquote.
  12. Maurice Rasjfus, Vous avez dit antisémitisme ?, 1er novembre 2000.
  13. L'Ennemi intérieur : Israël-Palestine, éditions de l'Atelier, 1987 (ISBN 978-2851390875) [aperçu en ligne].
  14. « Entretien avec Maurice Rajsfus », Barricata, mars 2007.
  15. Big Brother Awards. Les surveillants surveillés, éditions Zone
  16. Maurice Rajsfus, Des Juifs Dans La Collaboration L'U.g.i.f.1941-1944, préface de Pierre Vidal-Naquet, LA CORDE ET LE PENDU p.13

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]