Jean-Jacques Bernard

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Jean-Jacques Bernard (né le à Enghien-les-Bains (Val d'Oise) et mort le à Paris) est un romancier et dramaturge français. Fils de Tristan Bernard, il est chef de file de l'école du silence ou, comme certains critiques l'appelaient, l'art de l'inexprimé, dans lequel le dialogue n'a pas fait connaître les attitudes des personnages réels.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean-Jacques Bernard commence à écrire des pièces avant la Première Guerre mondiale. La jalousie inconsciente est le thème de Le Feu reprend qui reprend mal. En 1911, il se marie avec Georgette Fray qui lui donne trois enfants : François-René en 1913, Nicolas en 1914 et Anne-Marie en 1919. Il est par ailleurs le frère du cinéaste Raymond Bernard, le neveu par alliance de Pierre Veber et le cousin de Pierre-Gilles Veber et Serge Veber.

En août 1914, il est mobilisé tout au long de la Première Guerre mondiale, et est affecté à plusieurs postes sur différents lieux du front.

Dans l’entre-deux guerres, il connaît le succès grâce à de nombreuses pièces de théâtre. Le feu qui reprend mal, pièce en trois actes et en prose, est représentée pour la première fois en 1921 et sera reprise à la Comédie-Française en 1929. Martine est jouée en 1922 au Théâtre de la Chimère avec Marguerite Jamois, puis sera montée dans plusieurs pays et reconduite à la Comédie Française avec Madeleine Renaud en 1934 et 1939. Le Secret d’Arvers, pièce en un acte et en prose, paraît en 1926.

En 1927, Jean-Jacques Bernard devient secrétaire de la section des Auteurs à la Société universelle du théâtre, qui organise de 1927 à 1938 des congrès, et des saisons internationales de spectacles. En 1930, il est élu à la Commission des auteurs dramatiques. Il est nommé trois fois vice-président entre 1930 et 1940.

Le 12 décembre 1941, lors de la rafle, dite « rafle des notables juifs », 743 juifs ayant presque tous la nationalité française et dont fait partie Jean-Jacques Bernard, sont arrêtés. Il s’agit entre autres de chefs d’entreprises, commerçants, ingénieurs, médecins, avocats ou universitaires. Ces personnes sont internées dans le camp de Compiègne-Royallieu avec 300 immigrés juifs venant du camp de Drancy. Dans ce camp, comparable aux camps de concentration allemands, Jean-Jacques Bernard est le témoin de la mort de nombreux internés. Il est libéré trois mois plus tard, le 13 mars 1942, en raison de son état de santé et échappe ainsi à la déportation[1].

Ses proches ne sont pas épargnés : son père et sa seconde épouse, arrêtés en septembre 1943 et internés à Drancy sont libérés dix-sept jours plus tard grâce aux interventions de leurs amis Sacha Guitry et Arletty. Son fils, François-René, ne connaîtra pas la même chance ; il est arrêté en 1944 dans le maquis du Tarn et est assassiné dans le camp de Mauthausen. Son frère Nicolas est alors résistant dans le Vercors.

Durant cette période, les pièces de Jean-Jacques Bernard, Marie Stuart, Reine d’Écosse et Louise de la Vallière, interdites en France, sont jouées à Genève en 1942 et 1943.

Il est le premier, en décembre 1944, à publier en France un témoignage sur l’inhumaine condition imposée aux prisonniers, condamnés à mourir de faim, et l’atrocité des camps de concentration. Dans son œuvre, Le Camp de la mort lente, il aborde aussi la cohabitation dans le camp de Compiègne des israélites français et des juifs étrangers et leurs idées différentes quant aux notions de « Nation juive » ou encore de « Dieu Juif ». François Mauriac, écrivain et membre de l’Académie française, lui consacrera un article élogieux et enthousiaste en Une du Figaro. Entre 1953 et 1956 il est membre du comité de rédaction de la revue l'Echauguette du diplomate et écrivain Jean-Marc Montguerre.

Tristan Bernard, très attristé par la mort de son petit-fils François-René, meurt le 7 décembre 1947. Jean-Jacques Bernard lui dédie un livre intitulé Mon père Tristan Bernard quelques années plus tard, en 1955.

De 1957 à 1959, il est président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD). Il est également durant une longue période président du CIFTA, Comité International des Fédérations des Théâtres d’Amateurs de langue française.

Le Théâtre psychologique, Martine et Le feu qui reprend mal[modifier | modifier le code]

Pièce en cinq tableaux inspirée de la guerre et jouée en 1921 au théâtre des Escholiers, Le feu qui reprend mal est considérée comme intimiste et fait partie d’un courant, « Le théâtre psychologique ». Le héros est un combattant qui rentre au foyer conjugal et qui traverse une crise de jalousie rétrospective en apprenant l’hospitalité, sans doute innocente, donnée par sa femme à un jeune officier américain. L’année suivante, Martine, mélancolique histoire d’une petite paysanne qui aime et souffre en silence, illustre à merveille l’esthétique intimiste. Les pièces postérieures sont moins réussies. Jean-Jacques Bernard peint des êtres sincères et simples qui, par intimité ou pudeur, se renferment en eux-mêmes ; leurs paroles brèves ou banales, laissent deviner comme un dialogue sous-jacent lourd de réflexion, ou d’angoisse, l’art de l’auteur, délicat et subtil, crée autour d’eux une atmosphère de poésie contenue.

Quelques autres œuvres théâtrales :

  • Le Printemps des Autres (3 actes)
  • L'invitation au voyage (3 actes)
  • Le Secret d'Arvers (1 acte)
  • Denise Marette (3 actes)
  • L'âme en peine (3 actes)
  • A la recherche des cœurs (4 actes)
  • Les Sœurs Guédonec (2 actes)
  • La Louise (1 acte)
  • Jeanne de Pantin (11 tableaux)
  • Nationale 6 (5 tableaux)
  • Le Jardinier d'Ispahan (3 actes) d'après Madeleine Landier
  • Louise de la Vallière (3 actes et 10 tableaux)
  • Marie Stuart, Reine d'Écosse (14 tableaux)

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1912 : La Joie du sacrifice et Les enfants jouent
  • 1919 : La Maison épargnée (représentation au théâtre Antoine)
  • 1920 : Le Feu qui reprend mal
  • 1922 : Martine, son plus grand succès (et au théâtre en cinq tableaux),
  • 1939 : Le Jardinier d'Ispahan
  • 1944: Le Camp de la mort lente (Ed. Albin Michel).
  • 1947 : Der Knabe mit dem gelben Stern (en allemand), dans Lancelot. Der Bote aus Frankreich., no 13, Neuwied 1948, p. 77-98 (original dans La Nef, no 25-26, 1947),
  • L'épicier
  • Les Tendresses menacées
  • Madeleine Landier, roman suivi de New Chicago
  • Les Enfants jouent..., récit de guerre
  • Témoignages, essais sur le théâtre
  • Le Printemps des autres (The Others' Spring)
  • L'Invitation au voyage
  • Denise Marette
  • L'Âme en peine
  • Le Secret d'Arvers
  • Le Roi de Malousie
  • Les Sœurs Guédonec
  • Jeanne de Pantin
  • À la recherche des cœurs
  • Nationale 6

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Jacques Bernard, Le Camp de la mort lente, Compiègne 1941-1942, Édition Albin Michel, Paris, 1944, 249 p. ; rééd. Éditions Le Manuscrit, 2006, 334 p. (ISBN 2748169301 et 978-2-7481-6930-0) [lire en ligne]

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