Serge Jeanneret

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Serge Jeanneret
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Serge Jeanneret est un instituteur, militant et homme politique français né le et mort le à Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'Auguste Jeanneret, lieutenant « mort pour la France » durant la Première Guerre mondiale, et de Mme Jeanneret née Poulain[1], Serge Jeanneret est instituteur public à Paris puis professeur au collège Turgot dans cette même ville de 1930 à 1942. Nationaliste, il milite au cercle Fustel de Coulanges[2] et adhère à l'Action française. Charles Maurras le décrit ainsi en 1932, à l'occasion d'un banquet du Cercle durant lequel Jeanneret a pris la parole: « (...) Un autre instituteur, un très jeune homme, yeux ardents, visage résolu, traits marqués de tous les rayons de l'intelligence, a fait un bref discours, excellent, pour revendiquer deux grands biens dont l'instituteur est frustré; un enseignement véridique de l'histoire de France et l'initiation au grec et au latin »[3]. François Le Grix, directeur de La Revue hebdomadaire intéressé par sa « croisade antiparlementaire et antidémocratique », le charge de la rubrique « l’école primaire » dans son périodique, à partir d’août 1933[4]. La même année, il fonde avec son frère René, instituteur également[5], l'Union Corporative des Instituteurs ( UCI ), issue du Cercle Fustel de Coulanges et dont il est le secrétaire général : c’est une « organisation de lutte contre la propagande antipatriotique des syndicats de l’enseignement », contre les « 80 000 instituteurs cégétistes » et les « 10 000 moscoutaires » du Syndicat national des instituteurs, « révolutionnaire, antipatriote, antimilitariste », contre les « politiciens » et les Loges maçonniques, et qui préconise « la suppression du parlementarisme »[6]. Il dirige et anime son périodique, L'École française, destiné aux instituteurs « nationaux »[7]. Auquel collaborent ponctuellement des membres ou des proches du Cercle Fustel de Coulanges comme Abel Bonnard, Albert Rivaud, Henri Boegner ou le général Maxime Weygand[8]. Il milite pour le patriotisme à l'école et combat la politique scolaire de Jean Zay. « Il a été ces dix dernières années le chef de file des instituteurs nationaux et c’est lui qui le premier publia le fac-similé du fameux texte de Jean Zay sur le drapeau torche-c… » » [ allusion à un poème antimilitariste de jeunesse de Jean Zay qui avait comparé le drapeau tricolore à « un torche-cul », que la droite lui rappela sans cesse ]  affirmera l’organe des étudiants français d’Action française en 1941[9]. Il loue Charles Maurras lors d'un meeting en son honneur en octobre 1937: « Vous nous avez appris à penser, à agir, à vaincre. Vous remplissez le rôle de guide »[10]. Il collabore aussi à la fin des années 1930 aux revues Combat et L’insurgé de la « jeune droite » maurrassienne, et adhère au PPF. Un certain antisémitisme affleure dans des articles hostiles au Front populaire de Léon Blum et aux communistes[11].

Lieutenant d'infanterie dans un régiment de marche en 1939-40, démobilisé après la défaite de 1940[12], il s'exprime sur la nécessité de la révision des manuels scolaires[13], demande de « faire confiance aux instituteurs » mais de « rénover les cadres »[14]. Il a été suspendu pour 7 mois « pour avoir mentionné, en marge de sa déclaration légale anti-maçonnique, son désir de mesures moins platoniques » mais le ministre Jérôme Carcopino l’a réintégré[15]. Début mai 1942, il devient chef adjoint de cabinet du ministre de l'Éducation nationale Abel Bonnard - qui a été avant guerre un proche du Cercle Fustel de Coulanges -, dans le gouvernement formé par Pierre Laval[16], mais il en démissionne début juin[17]. Il fut décoré de la francisque ( no 536 ). Il collabore au quotidien Le Matin de 1942 à 1944; ses articles en "une" s'intéressent aux instituteurs, aux conditions concrètes de l'éducation, et encore au « rôle civique et patriotique de l'école primaire »[18]. Dans un de ses articles, il déplore la réaction cléricale : « On sait que je ne suis pas suspect d’hostilité à l’égard de l’enseignement libre, et que j’ai lutté pour la défense de la liberté des catholiques en un temps où il y avait quelque mérite à le faire. On sait aussi que je ne dissimule pas les défauts de notre école publique, ni les fautes des instituteurs. Mais dans quelle mesure le sectarisme des uns n’a-t-il pas suscité la réaction des autres ? (…) Les procédés dont usent certains prêtres, et surtout leurs amis mal dévoués, risquent de réveiller partout cet anticléricalisme qui a fait tant de mal à la France »[19]. Dans un autre, il verse dans l'antisémitisme[20]. Avec les deux livres qu'il publie pendant la guerre, il poursuit aussi son combat pour une éducation "patriotique". Serge Jeanneret collabore aussi à la Revue universelle d'Henri Massis, un ancien proche du cercle Fustel de Coulanges[21], au quotidien Le Cri du peuple du PPF de Jacques Doriot ainsi qu'à la revue Idées, "revue de la Révolution nationale" ( 1943-44 )[22].

Maurrassien germanophobe, il a mené un double jeu et apparaît comme un vichysto-résistant: il a fait partie du réseau du colonel Alfred Heurteaux, puis en 1942 du réseau de résistance Alliance, dirigé par Marie-Madeleine Fourcade, un réseau qui a principalement été fondé par d'anciens militants d'extrême droite ou de droite. Il a aussi fait partie de l'Organisation de résistance de l'Armée. Révoqué de l’enseignement à la Libération, il argue de son double jeu et reçoit la croix de guerre 1939-45 et la croix du volontaire de la résistance et obtient du Conseil d’État en 1946 la cassation de sa révocation[23].

Au début des années 1950, il fréquente les milieux politiques "modérés"; il est notamment le secrétaire parlementaire du groupe ARS constitué en 1952 ( Indépendants d'action républicaine et sociale: les gaullistes qui ont accepté de soutenir Antoine Pinay ). Il collabore à des périodiques comme L’Observateur catholique ou à l'éphémère hebdomadaire Le Présent, aux côtés de Claude-Joseph Gignoux, Louis Salleron et René Belin[24]. Il est aussi en 1954 directeur de la revue pédagogique L’Educateur moderne lorsqu'il participe à un débat du Centre d'études politiques et civiques, à la suite d'une conférence de René Gillouin, qui avant-guerre a assisté à des banquets du Cercle Fustel de Coulanges[25]. Avec le philosophe catholique Gustave Thibon, il donne une conférence en 1955 sur "la responsabilité des élites dans la civilisation de l'avenir" au Centre économique et social de perfectionnement des cadres[26].

Il rejoint le mouvement poujadiste en 1955 et devient le rédacteur en chef de Fraternité française, journal de Pierre Poujade. Partisan de l'Algérie française, il signe en 1960 le contre-manifeste qui s'oppose au Manifeste des 121 et collabore jusqu'en 1963 au périodique antigaulliste L'Esprit public (revue)[27]. Il signe en 1963 avec Roland Laudenbach, autre collaborateur de l'Esprit public et éditeur ( la Table ronde ) un contrat pour un ouvrage sur "la crise de l'enseignement", qui n'est pas paru[28]. Il rejoint ensuite en 1965 le candidat de l'extrême droite à l'élection présidentielle, Jean-Louis Tixier-Vignancour; il dirige son périodique, TV, Demain[29].

Dans le même temps, il est proche de Bernard Lafay, signataire comme lui en 1960 du manifeste du Front national pour l'Algérie française[30], qui le nomme cette année-là à la commission exécutive du Centre républicain et en fait son directeur de cabinet de 1969 à 1972: Lafay est alors secrétaire d’État au développement industriel et scientifique dans le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas[31]. Il continue ensuite de travailler auprès de M. Lafay, devenu député RPR.

Ce qui ne l'empêche pas de participer à la fondation du Front national en 1972[32] mais il le quitte en 1975 pour rejoindre le RPR. Il est conseiller municipal RPR de Paris ( mars 1977[33]-89 ), président de commission au conseil de Paris, et conseiller régional ( 1977-83 ).

Collaborateur de périodiques catholiques traditionalistes d'extrême droite ( Présent, Itinéraires (revue) de Jean Madiran[34] ), il prend part en novembre 1981 à un meeting de catholiques traditionalistes « pour la défense de l'enseignement chrétien et de l'âme française », aux côtés de Madiran et de Bernard Antony. Il y déclare que ce sont les Frères des écoles chrétiennes, au dix-septième siècle, et, en particulier, saint Jean-Baptiste de La Salle, qui ont développé le système scolaire en France. La Révolution n'aurait fait selon lui que détruire le système sans pouvoir le remplacer: « Ce n'est pas à Jules Ferry que l'on doit la reconstruction de l'école, mais à François Guizot, en 1833. Jules Ferry et son équipe en ont recueilli les fruits pour les empoisonner »[35].

Il adhère en 1986 à nouveau au Front national. Il est élu conseiller régional FN d'Île-de-France, puis vice-président du groupe FN[36]. Tout en conservant ses fonctions au conseil de Paris où il siège toujours avec le RPR, ce qui conduit Georges Sarre à déclarer : « Paris doit être classée parmi les trois villes de France où le RPR, l’UDF et le Front national sont associés dans la majorité municipale. », les deux autres étant Dreux et Grasse (voir Alliances électorales du Front national)[37].

Serge Jeanneret se retire de la vie politique en 1992. Sa mémoire est saluée par le conseil de Paris à sa mort[38].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • L'éducation et l'idée de patrie, Librairie de l'Arc, collection du Cercle Fustel de Coulanges, 1936, 219 p.; une étude sur le patriotisme dans le primaire. Autres contributions d'Henri Boegner, Albert Rivaud, Olivier Pozzo di Borgo et Henri Carteron. Préface d'Abel Bonnard.
  • L'école dans la nation, Paris, Éditions de l'Union Corporative des Instituteurs, 1938, 16 p.
  • L'Ecole et l'esprit public, Paris, Les Cahiers de Combat, n° 4, 1938, 22 p.
  • La vérité sur les instituteurs, Flammarion, 1942, 199 p.[39].
  • L'École et l'esprit civique, Flammarion, 1943, 177 p.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Mathias Bernard, "Droites nationales et droites parlementaires en France au XXe siècle", Studia historica, historia contemp. no 30, 2012, , p. 131-132 ( en ligne )
  • Romain Souillac, Le mouvement Poujade, Presses de Sciences Po, 2013

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Matin, 25 août 1943, "Deuils", L'Action française, 4 septembre 1943, "Deuils"
  2. Il prend part à ses banquets et congrès, par exemple en 1938: Journal des débats, 13 avril 1938, "Le congrès du cercle Fustel de Coulanges"
  3. L'Action française, 2 juin 1932, Ch. Maurras, "I- Une assemblée" et "Le banquet du Cercle Fustel de Coulanges", Ibid., 3 juin 1932
  4. La Revue hebdomadaire, 1er juillet 1933, La Revue hebdomadaire, septembre 1933, 15 septembre 1934
  5. La Croix, 15 décembre 1936, "A propos de la suspension d'un instituteur public". Il sera désigné en 1943 membre de la commission d'interdiction des livres scolaires par le régime de Vichy: Informations générales, 27 juillet 1943
  6. Le Temps, « Un appel de l’Union corporative des instituteurs», 30 avril 1935. Cf. L'Action française, 19 août 1933, "L'antipatriotisme des instituteurs est l'œuvre du régime", lettre de S. Jeanneret au nom de l'UCI, Jean-Michel Barreau, "les "nationaux" et l'école dans l'entre-deux-guerres" dans Quasimodo, n° 3-4 (« Nationalismes sportifs »), printemps 1997, Montpellier, p. 165-168
  7. Journal des débats, 2 mai 1934, "Le Cercle Fustel de Coulanges": appel pour aider à la fondation de l'École française
  8. L'Action française, 10 avril 1938 ( liste des membres du comité de rédaction du périodique, instituteurs publics ), Ibid., 11 novembre 1937
  9. L'Étudiant français, 10 avril 1941, "Bonne foi surprise". Cf. Jean-Michel Barreau, op. cit., p. 168: L'École française a publié le poème de Zay, un pastiche, dans son numéro du 10 février 1936.
  10. L'Action française, 30 octobre 1937, "La couronne civique à Charles Maurras", Ibid., 4 novembre 1937. Il lisait Maurras à 15 ans, selon son frère René
  11. L'Action française, 13 décembre 1936, "L'affaire Rethault"
  12. Le Matin, 31 mars 1941, p. 3
  13. L'Ouest-Eclair, 11 septembre 1940, "La question des manuels" ( interview, avec une photographie )
  14. Ibid., 13 septembre 1940, "Vers la réforme de l'enseignement primaire"
  15. 'L’Étudiant français, 10 avril 1941, Le Matin, 31 mars 1941, Émile Bocquillon ( ami de Jeanneret, ils ont mené les mêmes combats ), "Ne confondons pas par vengeance bons et mauvais. Un déni de justice à réparer dans l'enseignement primaire", p. 1 et 3, Le cri du peuple, 28 août 1941, Pierre Godefroi, "Dictature"
  16. Journal officiel, 7 mai 1942, Journal des débats, 8 mai 1942, "Le cabinet de M. Abel Bonnard", Informations générales, 12 mai 1942
  17. La Croix, 4 juin 1942, "De partout"
  18. Le Matin, 4 août 1942, "Dans l'enseignement les réformes sont inefficaces. À quand la révolution?", Le Matin, 29 août 1942, "Le rôle civique et patriotique de l'école primaire",Le Matin, 8 octobre 1942, "Les instituteurs et la restauration française. De l'idéal au possible", Le Matin, 17 décembre 1942, S. Jeanneret, "Ce qu'il faut d'abord apprendre aux enfants", Ibid., 25 novembre 1943, "Éducation générale et traitements particuliers"
  19. Le Matin, 15-4-1943, S. Jeanneret, « Simple histoire »
  20. Le Matin, 26 mars 1943, S. Jeanneret, "Histoires anciennes"
  21. S. Jeanneret, "L'école et la vie professionnelle", La Revue universelle, no 2, 15 janvier 1941, p. 120-121
  22. Il y publie 5 articles: Michel Bergès, Vichy contre Mounier: les non-conformistes face aux années 1940, Economica, 1997, p. 252-253
  23. Pour les informations concernant ce paragraphe, cf. Romain Souillac, Le mouvement Poujade, Presses de Sciences Po, 2013
  24. Mathias Bernard, op. cit., Romain Souillac, op. cit.
  25. Les Cahiers du CEPEC, no 5, « Pour créer en France un esprit public », texte du 2e débat du 16 décembre 1954, p. 33-34: « Bien que l’école publique ait cru devoir se passer de mes services pour des raisons complexes, je pense qu’il est de mon devoir d’instituteur de défendre la laïcité et de ne pas laisser le monopole du micro (à ) représentant de l’Église ( qui venait de s'exprimer ). (…) Les sources de l'esprit public résident essentiellement dans l'éducation », fondée sur selon lui sur le respect de la religion, l'obéissance aux lois et le dévouement à la République, d'où la nécessité d'une « réforme de l'éducation » devant les carences des familles, de l'Église et de l'école
  26. Centre animé par le catholique Roger Millot et issu de la Confédération française de l'encadrement - Confédération générale des cadres et la Fédération nationale des syndicats d'ingénieurs et de cadres supérieurs ( que Millot préside ) depuis 1952. Conférence finale de la session 1954-55: Cf. liste des exposés présentés au Centre pour la session 1954-55 dans le Bulletin technique de la Suisse romande, 81/1955, cahier 21-22 ( en ligne )
  27. Francis Bergeron, Philippe Vilgier, De Le Pen à Le Pen, une histoire des nationaux et des nationalistes sous la Ve République, DM Morin, 1985, p. 50
  28. Fonds des éditions de La Table ronde, p. 152
  29. Le Monde, 3 juillet 1965
  30. Henry Coston, Partis, journaux et hommes politiques d'hier et d'aujourd'hui, Lectures françaises, décembre 1960, p. 318. Il l'accompagne en Suisse au siège de la Croix-Rouge en 1962: International review of the Red Cross, august 1962, p. 367
  31. Cf. Romain Souillac, op. cit., Le Monde, 4 juillet 1969, "Dans les cabinets ministériels"
  32. René Monzat, Enquêtes sur la droite extrême, Le Monde-éditions, 1992, p. 293
  33. Le Monde, 22 février 1977, "La liste RPR du 17e arrondissement"
  34. Francis Bergeron, Philippe Vilgier, op. cit., p. 170, Itinéraires, no 295, juillet-août 1985, S. Jeanneret, "L'enseignement au Moyen Âge, l'ère des ténèbres ?"
  35. Le Monde, 24 novembre 1981, "Rosaire au poing"
  36. Le Monde, 11 novembre 1987
  37. Le Monde, 10 novembre 1987, « M. Sarre (PS) : double langage »
  38. Site apps.paris.fr
  39. Journal des débats, 1er novembre 1941, "Quelques livres nouveaux", La Croix, 2 décembre 1941