Rafle du billet vert

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Plaque commémorative à la gare d'Austerlitz mentionnant l'arrestation de 3 700 juifs le .

La « rafle » du billet vert est la convocation et l'arrestation de Juifs étrangers par la police française le . Bien que le terme de rafle soit impropre puisque les victimes ont répondu à une convocation, il a été consacré par l'usage car il s'agit de la première vague d'arrestations massives de Juifs sous le régime de Vichy, avant notamment la rafle du Vel d'Hiv à la mi-.

Contexte et préparatifs[modifier | modifier le code]

À partir de , les autorités françaises recensent les Juifs étrangers sur ordre des Allemands, puis le régime de Vichy prend l'initiative de promulguer une loi sur le statut des Juifs (loi du ). Theodor Dannecker, représentant d'Adolf Eichmann à Paris, souhaite cependant accélérer l'exclusion des Juifs, non seulement en les recensant et en les spoliant, mais également en les internant. Il peut compter sur Carltheo Zeitschel, qui partage avec lui les mêmes objectifs, et qui est chargé à l'ambassade d'Allemagne à Paris des relations avec le Commissariat général aux questions juives, créé le .

Le , Dannecker informe le préfet Jean-Pierre Ingrand, représentant du ministère de l'Intérieur en zone occupée[1], de la transformation du camp de prisonniers de Pithiviers en camp d'internement, avec transfert de sa gestion aux autorités françaises. Les Allemands exigent dans le même temps l'application de la loi du qui permet l'internement des Juifs étrangers. Le seul camp de Pithiviers étant insuffisant, celui de Beaune-la-Rolande est également requis, pour une capacité totale de 5 000 places[2].

Déroulement des opérations[modifier | modifier le code]

Enregistrement des victimes de la rafle du billet vert par la gendarmerie française à leur arrivée au camp de Pithiviers.

Sur la base des recensements effectués, 6 694 Juifs étrangers, Polonais pour la plupart, des hommes de 18 à 40 ans habitant en région parisienne, reçoivent une convocation pour « examen de situation » (le billet vert)[3], les sommant de se rendre, accompagnés d'un proche, dans divers lieux de rassemblement le , dont le gymnase Japy. Plus de la moitié (3 747) obéissent car ils pensent qu'il ne s'agit que d'une formalité administrative, et sont aussitôt arrêtés pendant que la personne qui les accompagne est invitée à aller leur chercher des affaires et des vivres. Ils sont transférés en autobus à la gare d'Austerlitz et déportés le jour-même par quatre trains spéciaux vers les camps d'internement du Loiret (à peu près 1 700 à Pithiviers et 2 000 à Beaune-la-Rolande)[4].

Destin des raflés[modifier | modifier le code]

Entre et , environ 800 prisonniers réussissent à s'échapper mais ils sont souvent arrêtés à nouveau. Dans leur très grande majorité, les victimes de cette opération sont déportées lors des premiers convois de et et assassinées à Auschwitz-Birkenau.

Parmi les personnes raflées se trouvait le grand-père de l'animateur de télévision Michel Cymes, mort à Auschwitz[5].

La réaction de Je suis partout[modifier | modifier le code]

Le journal antisémite Je suis partout, dans son édition du , réagit à ces arrestations en masse en publiant cet article : « La police française a pris enfin la décision de purger Paris et de mettre hors d’état de nuire les milliers de Juifs étrangers, roumains, polonais, tchèques, autrichiens qui, depuis plusieurs années, faisaient leurs affaires aux dépens des nôtres. Mercredi matin, la Préfecture de Police a réussi un beau coup de filet, puisque cinq mille habitants ont été mis en état d’arrestation. L’affaire fut menée dans le plus grand secret. Les gens du ghetto, qui ne manquent cependant pas de nez, crurent à une simple vérification de police. Bien vite, un officier s’empressa de les détromper. Il s’agissait d’une arrestation, en bonne et due forme. Il faut dire que les Juifs ne goûtèrent pas cette invitation de se rendre, à leur tour, immédiatement et sans délai, quelque part en France. Jusqu’ici, les Français avaient eu seuls à en faire les frais. Sous les voûtes de ce gymnase Japy où, au cours de multiples « meetings », ces mêmes Juifs s’étaient réunis pour préparer, décider et fignoler leur guerre, là, sur la tribune d’où Bernard Lecache les haranguait, les voici réunis. Des femmes, à bout de nerfs, se renversent, échevelées. Elles viennent de découvrir la douleur de perdre mari, fils ou père[6]. »

Photographies[modifier | modifier le code]

Au début des années 2010, 200 planches-contacts traitant de Paris sous l'Occupation réapparaissent lors d'une foire à Reims. Cinq d'entre elles, soit une centaine de clichés, concernent la rafle du billet vert et la vie des déportés aux camps de Beaune-la-Rolande et de Pithiviers. Un brocanteur normand les achète et n'y pense guère jusqu'au visionnage d'un documentaire sur la Seconde Guerre mondiale. Il prend alors contact avec des collectionneurs, qui finissent par les léguer au Mémorial de la Shoah. Leur photographe pourrait être Harry Croner, membre d'une Compagnie de propagande qui accompagnait ce jour-là Theodor Dannecker et quelques officiels allemands assister aux opérations. Certaines photos furent publiées dans la presse collaborationniste, figurant par la suite dans des fonds d'archives ou des ouvrages historiques mais sans que le nom du photographe soit indiqué. L'un des clichés est célèbre pour avoir été repris dans le film Nuit et Brouillard (1956) d'Alain Resnais ; il était autrefois convenu qu'il avait été pris à Pithiviers, alors qu'on sait de nos jours qu'il s'agit de Beaune-la-Rolande[4].

Hommage[modifier | modifier le code]

Une plaque commémorative rappelle cet épisode gare d'Austerlitz.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Éric Conan, « Les regrets d'un serviteur de Vichy », L'Express, (consulté le ).
  2. Denis Peschanski, La France des camps : L'internement, 1938-1946, Paris, Gallimard, coll. « La suite des temps », (ISBN 2-07-073138-3), p. 198–202. Texte remanié de Denis Peschanski et Antoine Prost (dir.), Les camps français d'internement (1938-1946) (thèse de doctorat en histoire contemporaine, Paris-1), (HAL tel-00362523, résumé).
  3. « 14 mai 1941 La « rafle du billet vert » », sur herodote.net, (consulté le )
  4. a et b Benoît Hopquin, « Des photos inédites lèvent le voile sur la « rafle du billet vert », en 1941, dans Paris occupé », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  5. Paris Match, n°3754, semaine du 15 au 21 avril 2021, p.31 : "Mon grand-père Joseph, il fait partie de la rafle des billets verts : les policiers français l'ont convoqué dans un gymnase du XIe arrondissement. Il a été déporté à Auschwitz où il est mort"
  6. Robert Klein, Je suis partout, les Juifs, 1941, , 190 p. (ISBN 978-1731151193), p. 91–92.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • David Diamant [pseudonyme de David Erlich] (préf. Marcel Paul), Le Billet vert : Vie et lutte à Pithiviers et Beaune-la-Rolande, camps pour juifs, camps pour chrétiens, camps pour patriotes, Paris, Éditions du Renouveau, , 334 p. (notice BnF no FRBNF34708849).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]