Francine Christophe

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Francine Christophe
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Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (87 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Conjoint
Jean Jacques Lorch
Autres informations
Genres artistiques
Témoignage (en), autobiographieVoir et modifier les données sur Wikidata
Lieu de détention
Distinction
Œuvres principales
Une petite fille privilégiée
Guy s'en va : Deux chroniques parallèles

Francine Christophe est une femme de lettres et poétesse française née le dans le 17e arrondissement de Paris, déportée, à Bergen-Belsen, dans le convoi no 80[1], en date du . Elle donne régulièrement des conférences auprès des jeunes dans les collèges et lycées pour livrer son témoignage.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Francine Christophe naît le dans le 17e arrondissement de Paris, fille de Robert Christophe (1907-1983), né Robert Salomon Christophstein à Lille, et de Marcelle Nordmann (1907-1998), née dans le 10e arrondissement de Paris[2],[3],[4],[5],[1].

Elle est issue d’une vieille famille bourgeoise française qui a compté des généraux, des médecins, des mathématiciens, des œnologues, des musiciens. Elle fait partie d’une famille juive française non pratiquante. Aussi, quelle a été leur stupeur devant ce qui va leur arriver.

Francine est fille de prisonnier de guerre. Son père, Robert, lieutenant de réserve, est fait prisonnier à Clisson en , est envoyé aux oflags XIII A à Nuremberg et XVII A en Autriche puis au camp de représailles X C à Lübeck[6].

Arrestation[modifier | modifier le code]

Francine Christophe a 8 ans1/2 lorsqu’elle est arrêtée avec sa mère en essayant de passer la ligne de démarcation, à La Rochefoucauld, en Charente, le . D’abord enfermées dans la salle des fêtes, elles sont envoyées à la prison d’Angoulême. Des chants patriotiques s’élèvent du quartier des hommes pour ceux qui vont être fusillés.

Les camps en France[modifier | modifier le code]

Francine et sa mère vont connaître plusieurs camps d’internement en France.

Elles rejoignent le camp de Poitiers en autocar. Là, juifs et Tsiganes sont gardés par des gendarmes, il n’y a pas d’Allemands. Dans ce camp où grouillent les rats, les puces, et les vers blancs, ils sont nourris d’un brouet, sont comptés par les gendarmes. Quelques jours après, elles sont conduites en wagon à bestiaux au camp de Drancy, camp occupé par les juifs de « la rafle des notables », et par des femmes de prisonniers. Ils sont à 80 dans une chambrée, ont droit à une auge avec des robinets pour se laver, un matelas sale pour deux. Des départs pour Pitchipoï ont lieu 2 à 3 fois par semaine. À la baraque de fouille, des jeunes Français, brutalement, déchirent des livres de prières, cassent des jouets des enfants, prennent ce qui a de la valeur. Il faut porter l’étoile, peinte au pochoir par manque de tissus. Elle rencontre des « amis des juifs », internés parce qu’ils ont mis une étoile par solidarité.

La foule de Drancy est bruyante, atroce, bouge et crie. Elle voit arriver des enfants blessés, sales, hébétés, attachés avec une ficelle par le cou par famille, les grands portant les petits. À Drancy, sa mère qui va aux « pluches », ramène des pommes de terre. Elles ont droit à du courrier, des colis. Elle a faim. En payant les gardiens, il y a possibilité de faire sortir des lettres. Elles y restent 3 semaines.

Puis elles sont transférées, en wagon à bestiaux accroché à un train de voyageurs, à Pithiviers durant trois semaines. Elle trouve un trèfle à quatre feuilles. Des gens qui ont essayé de franchir la ligne de démarcation sont dans ce camp. Ils sont dans de la paille souillée. Un jour, elle est sur la liste des partants sans sa mère. Celle-ci fait une crise de colère, tout en énonçant la litanie de généraux de la famille au gendarme qui pense qu’il y a eu une erreur[7].

Francine Christophe et sa mère sont envoyées en wagons à bestiaux à Beaune-la-Rolande où elles arrivent dans un camp presque vide, sale, maculé d’excréments, de sang et de boue. C’est là que des enfants de la rafle du Vél’ d’Hiv’ ont été blessés en étant séparés brutalement de leur mère. C’était ceux qu’elle a vus à Drancy. Sa mère doit nettoyer matelas et couvertures répugnants avec une autre femme contre une tranche de pain d’épices. Francine se met « en congé de douleur ». Elle est en vacances, chante, lit, écrit, et pourtant il se passe des choses terribles. Elle reste 9 mois dans ce camp. Sa mère est chef de baraque[7].

Les démarches inutiles[modifier | modifier le code]

Le père, de son Stalag en Allemagne, écrit partout pour les faire libérer. Mais les personnes contactées butent sur les mots : « ascendance israélite ».

Le père qui s’inquiète sur les déportations, fait parvenir une lettre à Pétain sans résultats. Le , elles retournent à Drancy en wagons à bestiaux. Elles y restent 11 mois. Le , le camp de Drancy est transmis aux Allemands. Les gendarmes sont relevés de leur fonction. Ils sortent du camp[7].

Déportation[modifier | modifier le code]

Francine Christophe est déportée avec sa mère par le convoi du [6] avec d’autres femmes et enfants de prisonniers de guerre français, juifs. Ils ne vont pas à Auschwitz mais deviennent des « juifs d’échange » à Bergen-Belsen. Le père, prisonnier, a donné un statut spécial à sa femme et à sa fille qui sont non déportables selon la convention de Genève[7].

Evacuée toutes les deux, quelques jours avant la libération du camp par convoi ferroviaire vers Theresienstadt, elles sont libérées après 13 jours d’errance par l’armée soviétique à Tröbitz le [6].

Retour en France[modifier | modifier le code]

Francine Christophe, avec sa mère, retrouve son père et ses deux grands-mères.

À propos de son retour, elle explique que, bonne élève jusqu’à 8 ans, elle a du mal à reprendre des études.

Elle rejoint sa grand-mère, Esther Nordmann, née Dreyfus, famille originaire d'Hégenheim, un petit village alsacien, et qui habite faubourg Saint-Honoré et a un magasin de robes, elle y apprend son métier de décoratrice et devient indépendante[8].

Elle devient écrivain et conférencière[7].

Elle intervient, comme témoin, dans les écoles de la région de Versailles[8].

Famille[modifier | modifier le code]

Francine Christophe épouse Jean-Jacques Lorch, elle a 2 enfants, un garçon et une fille, et 4 petits-enfants.

Elle est l’amie de Victor Perahia avec qui elle a été emprisonnée à Bergen-Belsen[8].

Distinction[modifier | modifier le code]

Francine Christophe reçoit, le , la médaille d'Or de la Ville de Paris[8].

Pièces de théâtre[modifier | modifier le code]

  • Une petite fille privilégiée, Compagnie TRAC, de Francine Christophe, avec Magali Helias, mise en scène : Philippe Hottier, Cyrille Bosc[9] (du 5 mars au 26 avril 2014, du mardi au samedi à 18h30, Le Lucernaire, 53 rue Notre Dame des Champs 75006 Paris. )
  • Guy s'en va
  • Une toute petite histoire
  • La fête inconnue

Publications[modifier | modifier le code]

  • Une petite fille privilégiéeUne enfant dans le monde des camps 1942-1945, L’Harmattan, 1996, rééd. Pocket 2001, 220 p.
  • Après les camps la vie, Paris, L’Harmattan, 2002, 186 p.
  • Souvenirs en marge. Récits bien courts, Paris, L’Harmattan, 2002, 112 p.
  • Guy s’en va. Deux chroniques parallèles, Paris, L’Harmattan, 2005, 96 p.
  • La photo déchirée et autres poèmes, Paris, L’Harmattan, 2003, 101 p.
  • La fête inconnue. L’histoire d’une résistance enfantine à Bergen-Belsen 1944, Paris, Edition FMD, 2008, 40 p.
  • Mes derniers récits, L’harmattan, 2009, 226 p.
  • Vous parlerez pour nous , Poèmes concentrationnaires, L’Harmattan, 2010, 110 p.
  • Le Pêle-Mêle. Souvenirs, discours, articles, bla-bla, Paris, Dacres Éditions 2014

Apparitions[modifier | modifier le code]

  • Marcelle Christophe et Robert Christophe, Une famille dans la guerre, L’Harmattan, 1995 (rééd. de "Le miracle de nos prisons aux presses de la Cité, 375 pages, 1974)
  • Denis Perschanski, Lettres de Drancy, textes réunis et présentés par Antoine Sabbagh, Paris, Taillandier, 2002, 287 p.
  • Maurice Rajfus, Drancy : un camp de concentration très ordinaire, 1941-1944, Paris, J’ai lu, 2004, 411 p.
  • William Betsch, Drancy ou le travail d’oubli, Thames & Hudson, 2010, 235 p.[9]

Témoignages enregistrés[modifier | modifier le code]

  • DVD - Témoignage devant des élèves : Une petite fille privilégiée
  • FILM - Interview de Francine Christophe dans le fim Human (2015) de Yann Arthus-Bertrand à propos de l'épisode du morceau de chocolat.
  • DOCUMENTAIRE - "39-45 : La guerre des enfants" (2017) de Michèle Durren et Julien Johan diffusé sur France 3 le 9 mai 2018
  • BLOG - Témoignages par le Grenier de Sarah [10]
  • DVD - Enfants juifs de prisonniers de guerre, enfants-témoins déportés de France au Camp de l’Étoile à Bergen-Belsen, les 2, 3 mai, 21 et 23 juillet 1944[11].
  • SITE INTERNET - Témoignage de Francine Christophe pour Libération du 26 août 2009, sur le camp de Drancy [12]
  • SITE INTERNET - Epelbaum Didier, Obéir. Les déshonneurs du capitaine Vieux, Drancy, 1941-1944, Stock, 2009. Un article de Georges Weller[13]

Notes et références[modifier | modifier le code]


  1. a et b Voir, Klarsfeld, 2012.
  2. « Fichier INSEE des décès Robert Christophe », sur deces.matchid.io (consulté le 2 juillet 2020).
  3. « acte de naissance Robert Salomon Christophstein n° 2412 », sur archivesdepartementales.lenord.fr (consulté le 2 juillet 2020), p. 159.
  4. « acte de naissance Marcelle Nordmann n° 3312 », sur archives.paris.fr (consulté le 2 juillet 2020), p. 30.
  5. « Fichier INSEE des décès Marcelle Nordmann », sur deces.matchid.io (consulté le 2 juillet 2020).
  6. a b et c « CHRISTOPHE FRANCINE », sur memoiresdesdeportations.org (consulté le 1er juillet 2020).
  7. a b c d et e N. Mullier, « Juillet 1942 - Mai 1944, Une enfant dans les camps de Pétain par Francine Christophe », sur cercleshoah.org, 2011, revu avril 2016, novembre 2018 (consulté le 1er juillet 2020).
  8. a b c et d « Francine Christophe », sur rescapesdelashoah.org (consulté le 1er juillet 2020).
  9. a et b « Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah », sur cercleshoah.org, (consulté le 3 octobre 2018)
  10. « Francine »
  11. « Les enfants juifs de prisonniers de guerre déportés à Bergen-Belsen en 1944 », sur cercleshoah.org, (consulté le 3 octobre 2018)
  12. «Pour moi, Drancy évoquera toujours un camp», sur Libération.fr (consulté le 3 octobre 2018)
  13. « Francine », sur Humanité

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]