Caserne des Tourelles
| Caserne des Tourelles | |
Caserne des Tourelles en , siège de la DGSE. | |
| Construction | - |
|---|---|
| Coordonnées | 48° 52′ 28″ nord, 2° 24′ 25″ est |
| modifier |
|
La caserne des Tourelles est une ancienne caserne militaire située 133-161 boulevard Mortier dans le 20e arrondissement de Paris, qui fut un camp d'internement pendant la Seconde Guerre mondiale, puis le siège, appelé officiellement Centre administratif des Tourelles (CAT), de la direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE), le service de renseignement extérieur de la France. En , la DGSE reçoit la caserne de l'autre côté du boulevard, la caserne Mortier, pour étendre son siège.
Origine du nom
[modifier | modifier le code]Sa dénomination vient de la rue des Tourelles qui longe l'édifice. Cette rue est elle-même ainsi dénommée en raison de deux tourelles à pans coupés d'un pavillon autrefois situé dans le parc Saint-Fargeau. La caserne construite à l'emplacement de ces deux édifices les fait disparaitre.
Description
[modifier | modifier le code]La caserne est composée de trois bâtiments. Elle est sise 133-161, boulevard Mortier - 30-42, rue des Tourelles.
Historique
[modifier | modifier le code]Construction
[modifier | modifier le code]
La construction de la caserne des Tourelles est décidée par la loi du , pour remplacer les casernes de la Courtille, de Popincourt et de Penthièvre, qui étaient délabrées. La caserne est située sur une fraction du territoire de l'ancien parc du château de Ménilmontant ou « parc de Saint-Fargeau » autour d'une petite butte qui était l'un des trois points culminants de Paris avec la butte Montmartre et la rue du Télégraphe.
Elle est inaugurée le [1] pour accueillir trois bataillons du 104e régiment d'infanterie de ligne venant du Mans[2].
En , la dégradation militaire de Georges Graby et Henri Michel, les meurtriers de Madame Goüin dans l'affaire du wagon sanglant, a lieu dans la cour de la caserne des Tourelles.
Seconde Guerre mondiale
[modifier | modifier le code]Au début de la Seconde Guerre mondiale, la caserne des Tourelles abrite des régiments d'infanterie coloniale.
Au début de l'Occupation, elle est partagée entre les autorités françaises et l'armée d'occupation, et sert à interner les « indésirables étrangers » (réfugiés, Juifs, apatrides...). En , elle devient, sur décision de la préfecture de police, un camp d'internement. Des Français y sont internés à partir de début , avec l'ouverture d'une section pour les communistes[3].
Le camp des Tourelles est l'un des principaux lieux de détentions parisiens des femmes juives[4], le camp de Drancy étant réservé aux hommes jusqu'à la rafle du Vél'd'Hiv (mi-)[3].
Le bâtiment A, sert de lieu d'hébergement à un détachement de la Wehrmacht ainsi que de lieu d'accueil pour les réfugiés de retour d'exode. Plus tard, un bureau de placement de la main d'œuvre en Allemagne s'y installe. Ce bâtiment sert également d'entrepôt pour les colis destinés aux prisonniers de guerre.
Le bâtiment B, devient, à partir du , un centre d'internement administratif et de séjour surveillé pour les « Aryens » amis des Juifs, des anonymes solidaires de la condition de la population juive et opposants à leurs persécutions qui sont soumis au port de l'étoile jaune avec l'inscription « Amis des Juifs ».
Le bâtiment C, est un centre de rassemblement des étrangers comme les républicains espagnols, et des politiques, puis des réfractaires au STO et une annexe des prisons de Fresnes et de la Santé[3].
Le camp est libéré le . Près de 8 000 personnes y ont été enfermées entre et [3].
Après guerre
[modifier | modifier le code]Après , la caserne abrite le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) qui devient la DGSE en .
La DGSE y collecte de volumineuses données provenant du renseignement d'origine électromagnétique, compressées et conservées en trois niveaux de sous-sols de la caserne[5].
Elle reçoit le surnom de « la Piscine » du fait de la proximité de la piscine des Tourelles, quoique les agents préfèrent l'appeler « la boîte » ou « la crèmerie »[6].
En , la DGSE étend son siège grâce à la caserne Mortier, située de l'autre côté du boulevard, qui lui est affectée[7].
Le , le président de la République, Emmanuel Macron, annonce que le déplacement du siège de la DGSE vers le fort de Vincennes, envisagé depuis , doit avoir lieu en [8].
Littérature
[modifier | modifier le code]- Patrick Modiano évoque la caserne des Tourelles, dans son livre Dora Bruder, comme lieu d'internement en de cette adolescente juive[4].
Mémoire
[modifier | modifier le code]
Le , à l'occasion du 77e anniversaire de la rafle du billet vert, la Ville de Paris a dévoilé une plaque commémorative à la mémoire des populations internées dans l'ancienne caserne des Tourelles entre et . La plaque mémorielle est apposée au 163, boulevard Mortier, dans le 20e arrondissement :
« Au camp d'internement de la caserne des Tourelles, 141-143 boulevard Mortier, environ 8000 femmes et hommes ont été détenus entre 1940 et 1944 par le gouvernement de Vichy complice de l'occupant Nazi : "indésirables" étrangers ou français, Juifs, communistes et politiques, républicains espagnols, récidivistes de droit commun ou pour infractions économiques, réfractaires au service du travail obligatoire.
Parmi eux, plusieurs centaines, parce que Juifs, furent assassinés, dans les camps de la mort. »
Du au se tient au musée de l'Histoire vivante à Montreuil une exposition sur le camp d'internement des Tourelles entre et [9],[10],[11].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Michel Dansel et Alexandra d'Arnoux, Paris 20, Paris, Jean-Claude Simoën, coll. « Histoire des arrondissements de Paris », , 213 p. (BNF 34606161), p. 16.
- ↑ Henri Gourdon de Genouillac, Paris à travers les siècles : Histoire nationale de Paris et des Parisiens, depuis la fondation de Lutèce jusqu'à nos jours, vol. 5, Paris, Roy, , p. 458 [lire en ligne].
- Louis Poulhès, « , ouverture du camp des Tourelles », L'Humanité Dimanche, no 689, 2-8 janvier 2020, p. 77–81.
- Siefridt 2009.
- ↑ Jacques Follorou et Franck Johannès, « Révélations sur le Big Brother français », Le Monde, .
- ↑ Roger Faligot, Jean Guisnel et Rémi Kauffer, « La IVe République et le « SDECE socialiste » », dans Histoire politique des services secrets français : De la Seconde Guerre mondiale à nos jours, Paris, La Découverte, coll. « Poche / Essais », , 738 p. (ISBN 978-2-7071-7771-1 et 978-2-7071-7856-5, DOI 10.3917/dec.falig.2013.01, lire en ligne), p. 70–144 [lire en ligne].
- ↑ Roger Husson (question) et ministère de la Défense (réponse), « Projet d'extension des locaux de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) », question au gouvernement no 20264, sur senat.fr, .
- ↑ Denis Cosnard, « Envisagé depuis , prévu pour , l'interminable déménagement ultrasensible du quartier général des espions français », Le Monde, .
- ↑ Nicolas Devers-Dreyfus, « Exposition. Les Tourelles, un camp d'internement à Paris », L'Humanité, .
- ↑ « Le camp d'internement des Tourelles », sur museehistoirevivante.fr.
- ↑ « Exposition sur le camp d'internement des Tourelles - », sur fondationresistance.org, Fondation de la Résistance, .
Pour approfondir
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Henry Bulawko, « Les premiers internements juifs à la caserne des Tourelles », Le Monde juif, no 97, , p. 36–37 (DOI 10.3917/lmj.162.0036, lire en ligne).
- Jean-Claude Demory, Vingt-deux femmes sans importance : la nuit tragique des Tourelles, - , Paris, Le Félin, coll. « Histoire vraie », , 150 p. (ISBN 978-2-494297-64-7).
- France Hamelin, Femmes dans la nuit : L'internement à la Petite Roquette et au camp des Tourelles, -, Paris, Renaudot, , 387 p. (ISBN 2-87742-003-5).
- Louis Poulhès, Un camp d'internement en plein Paris : les Tourelles, Neuilly-sur-Seine, Atlande, coll. « Témoignage », , 307 p. (ISBN 978-2-35030-569-1).
- Yvette Sémard (préf. Gilles Perrault), En souvenir de l'avenir. Au jour le jour dans les camps de Vichy -. La Petite Roquette, les camps des Tourelles, d'Aincourt, de Gaillon, de La Lande et de Mérignac, Montreuil, L'Arbre verdoyant, , 197 p. (ISBN 2-86718-023-3 (édité erroné)).
- Françoise Siefridt (préf. Jacques Duquesne, postface Cédric Gruat), J'ai voulu porter l'étoile jaune : Journal de Françoise Siefridt, chrétienne et résistante, Paris, Robert Laffont, , 212 p. (ISBN 978-2-221-11348-6 et 978-2-221-12574-8, lire en ligne).
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]
- Caserne désaffectée à Paris
- Camp de concentration en France
- Camp de concentration de la Seconde Guerre mondiale
- Camp de prisonniers de la Seconde Guerre mondiale
- Collaboration en France pendant la Seconde Guerre mondiale
- Monument à Paris
- Histoire des Juifs sous le régime de Vichy
- Lieu lié à la Shoah en France
- Mémoire de la Seconde Guerre mondiale à Paris
- Service de documentation extérieure et de contre-espionnage
- Direction générale de la Sécurité extérieure