Commission gouvernementale de Sigmaringen

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Délégation française
puis
Commission gouvernementale française pour la défense des intérêts nationaux
Drapeau
Drapeau officiel[réf. nécessaire][1]
Informations générales
Statut Gouvernement en exil
Capitale Sigmaringen[2] (de facto)
Langue Français
Monnaie Reichsmark[3] (de facto)
Histoire et événements
Départ de Pétain, fin effective du régime de Vichy
Dissolution
Président de la commission gouvernementale
1944-1945 Fernand de Brinon

Entités précédentes :

Entités suivantes :

  • Aucune (GPRF en place sur le territoire français)

La Commission gouvernementale de Sigmaringen, appelée aussi Délégation française, puis Commission gouvernementale française pour la défense des intérêts nationaux[3] (septembre 1944avril 1945), était le gouvernement en exil de la France vichyste, logée dans une enclave française spécialement créée par Hitler en Allemagne nazie dans l'ancien château des Hohenzollern-Sigmaringen, dans la petite ville souabe de Sigmaringen, dans le Sud-Ouest de l'Allemagne.

Contexte[modifier | modifier le code]

Mi-août 1944, après le débarquement de Provence et la progression des Alliés hors de Normandie, la libération de la France s'accélère. Les Allemands décident alors le d'emmener le maréchal Pétain, contre son gré[4], de Vichy à Belfort. Pierre Laval, chef du gouvernement et ministre des Affaires étrangères qui a tenu un dernier conseil des ministres du régime de Vichy à Paris et a échoué dans son ultime manœuvre politique pour un transfert de pouvoir au parlement pour contrer gaullistes et communistes, est également amené à Belfort. Ils sont suivis par des fidèles et collaborateurs du régime allemand comme Joseph Darnand et une partie de la Milice ou Marcel Déat, qui s'installe à Nancy[5].

Pétain, dès son départ de Vichy, se considérant avec ses ministres comme prisonniers, décide de cesser ses fonctions, et donc de ne plus prendre de décision pour protester[1]. Laval fait de même[1],[6].

Mais les Allemands veulent maintenir un « Gouvernement français » avec l'espoir de stabiliser le front dans l'Est de la France et dans le cas d'une éventuelle reconquête[7]. Les refus de Pétain et Laval et le souhait par les autorités allemandes d'une apparence d'un certain légalisme, vont entrainer des négociations entre les autorités allemandes et plusieurs personnalités de Vichy dans un contexte de fortes rivalités entres elles.

Le , devant la progression alliée, Pétain, Laval, suivi par une partie du régime de Vichy, sont amenés à Sigmaringen.

Négociations pour un nouveau gouvernement[modifier | modifier le code]

Des négociations se déroulent du au à Steinort, village de Prusse-Orientale, dans le château où est installé Joachim von Ribbentrop, le ministre des Affaires étrangères du Reich, à proximité du quartier-général de Hitler, la Wolfsschanze. Fernand de Brinon, qui était le délégué général de Vichy en zone occupée, parait le seul à avoir la légitimité, mais les Allemands ne le voit que comme une solution transitoire[7]. Marcel Déat, replié sur Nancy, souhaite mettre en place un gouvernement « national-révolutionnaire » pro-allemand. Jacques Doriot et une partie de ses militants du PPF, est réfugié à Neustadt an der Weinstraße dans le Palatinat auprès du gauleiter Josef Bürckel dont il espère le soutien auprès de Hitler pour un gouvernement révolutionnaire et anticommuniste.

Une première rencontre a lieu le à Steinort entre de Brinon et von Ribbentrop. Le de Brinon refuse une invitation de Hitler à se rendre à son QG mais envoie un représentant, Paul Marion.

La Commission gouvernementale[modifier | modifier le code]

Une commission gouvernementale, dirigée par Fernand de Brinon[1], est alors proclamée. Elle va tenir une illusion de gouvernement et d'État avec drapeaux (Pétain protestera auprès des autorités allemandes que le drapeau français soit hissé sur le château[1]) fanfares, radios, journaux et timbres, jusqu'en avril 1945.

Membres[modifier | modifier le code]

Activités[modifier | modifier le code]

Le château de Sigmaringen.

Jean Luchaire, commissaire à l'information, crée le le quotidien La France, destiné au lectorat des exilés, et qui paraît jusqu'au [9]. Cette publication est utilisée par la Commission comme journal officiel.

Joseph Darnand, peu à l'aise dans ce contexte, retourne vite sur le terrain, pour participer aux combats en Italie, durant lesquels il est capturé. Eugène Bridoux ne participe que rarement à la commission. Marcel Déat est le seul membre de la commission à revendiquer le titre de « ministre » : il publie différents décrets dans La France, divise son cabinet en plusieurs directions et revendique la responsabilité du sort des travailleurs du STO et des prisonniers français en Allemagne[10].

Jacques Doriot fonde, de son côté, un « Comité de libération française » le [11], peu avant de trouver la mort, mitraillé par un avion de nationalité inconnue, quelques semaines avant la fin du « gouvernement de Sigmaringen ».

Pétain, sa suite, et ses ministres, quoiqu'en « grève », logent dans le château de Sigmaringen. Tous les autres sont logés dans les deux hôtels de la ville, le Bären et le Löwen. Le Bären, qui existe encore aujourd'hui, accueille les journalistes peu connus ou les petits fonctionnaires ; l'acteur Robert Le Vigan et l'écrivain Lucien Rebatet y ont également dormi. Louis-Ferdinand Céline, qui y est aussi en exil à ce moment-là avec sa femme, Lucette Destouches, a tiré un roman autobiographique de cette période à Sigmaringen, D'un château l'autre.

Début 1945, les victoires du général de Lattre déclenchent un vent de panique à Sigmaringen où les exilés de Vichy commencent à organiser leurs fuites, lesquelles s'accélèrent avec l'avancée des Alliés[12]

La fin[modifier | modifier le code]

La Commission cesse d'exister avec l'avance des troupes alliées sur le sol allemand. Pétain quitte Sigmaringen le , emmené par les Allemands ; le au matin, la 1re division blindée française[13] (divisée en trois groupes pour l'opération : le groupe de Rozoi, le groupe de Vallin et le groupe de Doré) reçoit l'ordre de prendre d'assaut la ville, appuyée par une compagnie de zouaves de l'ex-Armée d'Afrique, ainsi que par une batterie d'artillerie et une section du génie. Les troupes françaises, commandées par Charles Vallin, ne doivent affronter qu'une très faible résistance de la part des Allemands et de certains ex-miliciens. Par la suite, la 1re armée française fait sa jonction avec l'armée américaine à Ulm, ville de Bade-Wurtemberg située aux confluents du Danube[13]. Pétain, réfugié en Suisse le , demande ensuite à regagner la France ; il est finalement remis aux autorités françaises le [14].

Article détaillé : Arrestation du maréchal Pétain.

À la fin de la guerre, trois des cinq membres de la Commission sont arrêtés, jugés et fusillés :

  • Fernand de Brinon se réfugie dans un hôtel près d'Innsbruck. Arrêté par les troupes américaines, il est remis aux autorités françaises et transféré à Paris en . Condamné à mort en , il est exécuté le à la prison de Fresnes[15], sa grâce ayant été refusée par le président de la République nouvellement élu, Vincent Auriol.
  • Jean Luchaire, réfugié à Merano dans les Alpes italiennes, se rend à la police militaire américaine lors de l'occupation de la ville mais est laissé libre. Il est identifié un peu plus tard par des agents français de la sécurité militaire américaine[16]. Il est alors incarcéré à Milan pendant un mois et demi puis transféré en France à la prison de Fresnes en . Ayant cherché à retarder son procès, il est condamné à mort le et fusillé le au fort de Montrouge[17]., sa grâce ayant été refusée par de Gaulle
  • Joseph Darnand est condamné à mort le et fusillé au fort de Châtillon, le . Il avait écrit au général de Gaulle non pour demander sa grâce mais celle de ses hommes de la Milice[17].

Deux membres parviendront à s'enfuir et mourront en exil :

  • le général Bridoux est arrêté par les troupes américaines en . Ramené en France, il est interné au fort de Montrouge[18]. Transféré pour raison de santé à l'hôpital du Val-de-Grâce à Paris, il s'en échappe[18] et s'enfuit en Espagne où il meurt en 1955. Il avait été condamné à mort par la Haute cour de justice en 1948[18].
  • Marcel Déat, aidé par des ecclésiastiques italiens[18], se cache avec son épouse dans la montagne italienne, puis à Gènes et enfin à Turin[18] où il meurt en 1955.

Autres exilés à Sigmaringen[modifier | modifier le code]

Quelques noms :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, éd. Librairie Académique Perrin, Paris, 1962-1964 ; rééd. CAL, Paris, chap. « Pétain : sa carrière, son procès », p. 40, 45.
    « Lorsque le , le drapeau français, à son insu, est hissé sur le château à côté des armes des Hohenzollern, sa réaction sera double. D’une part, il adresse à l'ambassadeur Otto Abetz une lettre de protestation : « J'apprends que le pavillon français vient d’être hissé sur le château qui m’a été désigné comme résidence forcée, lequel jouirait au surplus, du privilège de l’extraterritorialité. Ces mesures donnent à ma présence ici une apparence de consentement qui est absolument contraire à mon sentiment et contre lequel je m’élève avec énergie […] »
    D’autre part, il laisse la Maréchale prévenir l’amiral Bléhaut : celui-ci, avec des officiers, monte sur le toit, décroche le drapeau tricolore, qui sera dorénavant caché au fond d’un poêle. »
  2. Henry Rousso, Pétain et la fin de la collaboration, Sigmaringen 1944-1945, Éditions Complexe, 1999, 441 p. (ISBN 2870271387 et 978-2870271384), p. 37 [lire en ligne (page consultée le 27 juillet 2014)].
  3. a et b Henry Rousso, Pétain et la fin de la collaboration, Sigmaringen 1944-1945, op. cit., p. 120 [lire en ligne (page consultée le 18 septembre 2009)].
  4. « Philippe Pétain (1856-1951) », sur le site cheminsdememoire.gouv.fr.
  5. Jean-Paul Cointet, Sigmaringen, Paris, Perrin, coll. « Tempus », , 462 p. (ISBN 978-2-262-03300-2), p. 54.
  6. Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, op. cit., chap. « Pierre Laval : sa carrière politique », p. 81-82.
  7. a et b Jean-Paul Cointet, Sigmaringen, op. cit., p. 53.
  8. a, b, c, d et e Henry Rousso, Pétain et la fin de la collaboration, op. cit., p. 51-59.
  9. Philippe Randa, Dictionnaire commenté de la collaboration française, Jean Picollec, 1997, p. 518.
  10. Henry Rousso, Pétain et la fin de la collaboration, Sigmaringen 1944-1945, op. cit., p. 127.
  11. Henry Rousso, Pétain et la fin de la collaboration, Sigmaringen 1944-1945, op. cit., p. 279.
  12. Fred Kupferman (préf. Henri Rousso), Laval, Paris, Tallandier, , 2e éd. (1re éd. Balland, 1987), 654 p. (ISBN 978-284734-254-3), p. 549-552.
  13. a et b André Kaspi (dir.) (en collaboration avec Anne Grynberg, Catherine Nicault, Ralph Schor et Annette Wieviorka), La Libération de la France : juin 1944–janvier 1946, Paris, Succès du Livre Éditions, coll. « Document », (1re éd. Librairie académique Perrin, 1995), 563 p. (ISBN 978-2738223685), p. 156-158 [texte intégral].
  14. Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, op. cit., chap. « Pétain : sa carrière, son procès », p. 48-49.
  15. Jean-Paul Cointet, Sigmaringen, op. cit., p. 426.
  16. Jean-Paul Cointet, Sigmaringen, op. cit., p. 417.
  17. a et b Jean-Paul Cointet, Sigmaringen, op. cit., p. 427.
  18. a, b, c, d et e Jean-Paul Cointet, Sigmaringen, op. cit., p. 433.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Les Ténèbres. Terminus Sigmaringen (Die Finsternis, Allemagne, 2005), film documentaire de Thomas Tielsch d'après le roman de Céline, K-Films, 2006, 82' (DVD)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]