Marcel Dassault

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bloch et Dassault.
Marcel Dassault
Marcel Bloch en 1914.
Marcel Bloch en 1914.
Fonctions
Député 1951-1955
puis 1958-1986
Sénateur 1957-1958
Gouvernement IVe République
Ve République
Groupe politique RPF (1951-1955)
RS (1957-1958)
UNR (1958-1962)
UNR-UDT (1962-1967)
UDVe (1967-1968)
UDR (1968-1978)
RPR (1978-1986)
Biographie
Nom de naissance Bloch
Date de naissance
Date de décès (à 94 ans)
Nationalité Drapeau de la France France
Enfants Serge Dassault
Résidence Alpes-Maritimes
Oise

Marcel Dassault, né Marcel Ferdinand Bloch le dans le 9e arrondissement de Paris et mort le (à 94 ans) à Neuilly-sur-Seine, est un ingénieur, homme politique et entrepreneur français. Il est surtout connu en tant que fondateur et PDG du Groupe Dassault.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et formation[modifier | modifier le code]

Marcel Bloch descend par sa mère, Noémie Allatini, de Moïse Allatini, originaire de Livourne, première fortune de Salonique et troisième fortune de l'Empire ottoman, et, par son père, Adolphe Bloch, d'une famille juive alsacienne, originaire de Fénétrange en Moselle. Adolphe est né à Strasbourg en 1844 et est venu à Paris faire ses études de médecine. Marcel est le dernier d'une famille de quatre enfants : l'aîné meurt très jeune, le deuxième Darius Paul Bloch devient général d'armée, le troisième René chirurgien des hôpitaux de Paris, meurt en déportation à Auschwitz[1]. Ils sont cousins de Darius Milhaud et de Nissim de Camondo. Marcel fait ses études secondaires au lycée Condorcet à Paris, avant d'entrer à l’École d'électricité Bréguet (ESIEE), puis d'intégrer l’École supérieure d'aéronautique et de construction mécanique (Supaéro) dont il sort diplômé en 1913. Marcel raconte dans son autobiographie qu'il est passionné par les exploits des aviateurs de son époque et décide d'embrasser la carrière aéronautique lorsqu'un jour en 1909, en récréation dans la cour de l'école Bréguet, il voit le Wilbur Wright du comte de Lambert boucler la tour Eiffel[2].

L'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Associé à Henry Potez, alors qu'ils étaient tous les deux mobilisés au laboratoire d'aéronautique de Chalais-Meudon, il dessine, à titre privé, l'Hélice Éclair pour avion en 1915, utilisée par l’aviation française durant la Première Guerre mondiale[3]. Les deux associés toujours soldats créent en 1917 la SEA, Société d'études aéronautiques et reçoivent le renfort de Louis Coroller pour concevoir un prototype d'un avion complet, un biplace d'observation, le SEA IV. L'armée en commanda 1 000, mais la fin de la guerre arriva rapidement, et le 11 novembre 1918, 100 SEA IV furent livrés, mais le reste de la commande fut résilié[4].

Avec la paix, le marché de l'aéronautique s'écroule, ce qui n'empêche pas Potez de persévérer et de créer sa propre compagnie d'aviation, mais Bloch quitte un temps le domaine aéronautique, et se lance dans le commerce du meuble, l'immobilier et la carrosserie automobile[5].

En 1928, Poincaré institua un Ministère de l'Air qui favorisa la conception par des ingénieurs de prototypes artisanaux. Ce fut l'occasion pour Bloch de revenir à l'aéronautique en créant la Société des avions Marcel Bloch en 1928 et de recevoir la commande de 20 avions sanitaires à la fin de l'année 1931[6]. En 1933, pour honorer une commande plus importante de bombardiers bimoteurs Bloch 200, Marcel Bloch en sous-traita la fabrication aux usines de son ami Potez[7], mais bientôt, il s'installa à Courbevoie dans une usine qui comptait 700 ouvriers en 1935[8].

Sous le Front populaire, en 1936-1937, la société Bloch fut nationalisée et incorporée à la Société nationale des constructions aéronautiques du sud-ouest (SNCASO), société d'économie mixte où l'État était actionnaire majoritaire. En plus de l'usine de Courbevoie, la SNCASO regroupait une usine à Bordeaux et une autre à Rochefort. Marcel Bloch fut nommé administrateur délégué (c'est-à-dire principal dirigeant) de la SNCASO, et avec le chèque reçu pour son expropriation, il investit dans la Société anonyme des avions Marcel Bloch (SAAMB), bureau d'études qu'il avait fondé en décembre 1936. Marcel Bloch, administrateur délégué de la société nationale SNCASO, passait des contrats au bureau d'études SAAMB qui percevait de substantiels droits de licences[9]. Cette situation quelque peu scabreuse valut à l'avionneur de devenir la cible de la presse d'extrême-droite et en particulier de l'hebdomadaire Gringoire[10].

La course aux armements qui précéda la Seconde Guerre mondiale se traduisit par une croissance spectaculaire du secteur aéronautique. La SNCASO qui comptait 1 500 ouvriers en 1937 en comptera 7 000 en 1940[11]. Une nouvelle usine avait été construite à Châteauroux. Pour son propre compte, Bloch disposait d'une usine à Saint-Cloud, en fit construire une autre à Thiers[12] et fonde Bordeaux-Aéronautique, le 17 octobre 1939. Au début de l'année 1940, pour mettre un terme à la situation ambiguë dont il a été question, Marcel Bloch démissionna de son poste d'administrateur délégué de la SNCASO[13].

Les difficultés durant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Après la défaite de la France et l'armistice qui suivit, Marcel Bloch se retira dans sa villa de Cannes[14], alors que son frère, le général Darius Paul Bloch se ralliait secrètement à De Gaulle immédiatement après son appel du 18 juin. En juillet 1940, Focke-Wulf commande deux cent Bloch 175[15]. Cependant Gringoire continue de se déchaîner contre le Juif Marcel Bloch[16]. Le 6 octobre 1940, il est arrêté à Cannes et interné administrativement par le gouvernement de Vichy dans l'Indre, à Pellevoisin d'abord et en Ardèche, à Vals-les-Bains ensuite, avec un certain nombre de personnalités dont Marx Dormoy, Vincent Auriol, Georges Mandel, Jules Moch et quelques autres dont Eugène Montel, maire de Colomiers (siège d'usines Dassault après la guerre)[17]. Le ministre de l'Intérieur Marcel Peyrouton obtient de son collègue de l'Air le général Bergeret qu'il soit libéré en janvier 1941 et assigné à résidence à Thiers où une usine est en construction. Sa libération déclenche une nouvelle campagne de presse, Au Pilori se joignant à Gringoire pour demander que Bloch soit jugé pour avoir « extirpé à l’État français la coquette somme de cent millions de francs pour une certaine convention de licence[18] ». Bloch rédige un mémoire de onze pages pour répondre aux attaques, mais Bergeret obtient qu'il soit à nouveau incarcéré à Thiers le 9 avril 1941, puis transféré à la maison d'arrêt de Riom[19]. Libéré sous caution le 13 octobre 1941 après que la chambre d'accusation a débouté l'appel de Bergeret, il est arrêté quelques heures après sa sortie sur ordre du même Bergeret et à nouveau interné administratif à Vals-les-Bains. Ses compagnons de détention sont alors Paul Reynaud et le colonel Groussard, toujours Georges Mandel et le général Cochet[20]. Ses problèmes de santé justifient son transfert, en mars 1943, à la prison-hôpital d'Écully, près de Lyon où il séjourne jusqu'en mars 1944[21]. Pendant sa détention à Thiers, le Commissariat aux questions juives envoye aux directions régionales du service d'épuration économique de Marseille et de Limoges l'ordre de procéder à des enquêtes sur les sociétés Bloch et sur les conditions dans lesquelles ont été construits un certain nombre d'avions, mais le comité d'organisation de l'aéronautique dirigé par Joseph Roos parvient à faire traîner les processus d'aryanisation si bien qu'aucune entreprise d'aéronautique n'est véritablement aryanisée selon les lois de Vichy[22]. En 1942 cependant, les autorités allemandes de la Militärbefehlshaber in Frankreich (MBF) nomment un administrateur provisoire de l'entreprise Bloch à Saint-Cloud, Jean de Broë[22] tandis que Claude de Cambronne devient le représentant provisoire pour la Zone libre. Henri Deplante, engagé par Bloch en 1930 et responsable du bureau d'études de la SNCASO en 1940, replié sur Chateauroux, puis sur Mandelieu est sollicité en septembre 1942 pour rejoindre la région parisienne et travailler avec les Allemands, mais il refuse et passe en Espagne après l'invasion de la zone Libre en novembre 1942[23].

Les raisons précises pour lesquelles Marcel Bloch est arrêté par la Gestapo en mars 1944 ne sont pas très claires. Toujours est-il qu'il est interné à la prison Montluc, à Lyon, où son compagnon de cellule est André Frossard[24]. Madeleine, épouse de Marcel, et Claude, leur fils aîné, ont été également arrêtés le 30 mars, mais relâchés le lendemain. Marcel les retrouve avec son autre fils Serge au camp de Drancy, où il est transféré au mois de juillet. Il est cependant déporté sans sa famille à Buchenwald, par le convoi du 17 août 1944[25]. A Buchenwald, il porte le triangle rouge des prisonniers politiques[26]. De santé fragile et âgé de 52 ans, Marcel Bloch peut redouter de ne pas survivre longtemps dans un camp de concentration particulièrement dur, mais il est repéré par Frager[27] et signalé auprès du «Comité des intérêts français » dirigé par Marcel Paul, membre du Parti communiste français et chef de l'organisation clandestine du camp, et également par Albert Baudet. C'est à cette organisation qu'il doit d'être encore vivant à la libération du camp en avril 1945[28]. Il manifeste par la suite sa gratitude en nommant Albert Baudet directeur de la publicité du magazine Jours de France et en versant chaque année une somme d'argent au journal l’Humanité et à la Fédération des déportés FNDIRP. Il témoigne publiquement en faveur de l'action de Marcel Paul à Buchenwald.

Le succès après-guerre[modifier | modifier le code]

En 1946, il fait changer son patronyme en Bloch-Dassault (décret paru au Journal officiel du 4 décembre 1946), puis en Dassault (décret paru au Journal officiel du 15 février 1949). Dassault est une déformation du nom de code « Char d'assault », pseudonyme utilisé par son frère, le général Darius Paul Bloch, dans la résistance[29].

Marcel Dassault se convertit au catholicisme en 1950[30]. En 1956, il est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur[31], plus haute distinction française.

Sa société devient la société des avions Marcel Dassault, puis la Générale Aéronautique Marcel Dassault (GAMD), qui produit les premiers avions à réaction français : Ouragan (1949), Mystère II (1952), Mystère IV (1954), Super-Mystère B-2 (1955), Mirage III (1956), Mirage IV (1959) qui équipent les forces nucléaires françaises et l'avion civil, bi-réacteur d'affaires Mystère-Falcon (1963). Puis le Mirage F1 dont le premier vol a lieu en 1966. Une division électronique est également créée en 1954 pour le développement de radars.

Absorbant les usines Bréguet, la GAMD est renommée avions Marcel Dassault-Bréguet aviation (AMD-BA) en 1971. Elle produit alors l'Alpha Jet (1973) avec l'allemand Dornier, avion d'entraînement qui équipe entre autres la Patrouille de France, le Jaguar avec British Aircraft Corporation, le Mirage 2000 (1978), l'avion de transport de passagers Mercure (1973), le Rafale et des évolutions de la série des Falcon. Il se crée ainsi un groupe industriel militaire et civil centré sur l'aviation, l'électronique (Électronique Serge Dassault) et l'informatique (Dassault Systèmes). Après l'élection de François Mitterrand comme président de la République, en 1981, Marcel Dassault échappe à la nationalisation en faisant don à l'État de 26 % de ses actions. En 1990, la société AMD-BA est renommée Dassault Aviation et devient leader mondial dans ce domaine.

Il s'intéresse également à la presse en créant un hebdomadaire, Jours de France[notes 1], concurrent de Paris Match, dans lequel il fit une part belle à l'aviation et à ses idoles Chantal Goya et Thierry Le Luron. Lui-même y tenait une rubrique, « le Café du commerce ».

Gaulliste, il est sénateur des Alpes-Maritimes, puis député de l'Oise jusqu'à sa mort à 94 ans. Il joue un rôle dans le début de la carrière de Jacques Chirac, fils d'un de ses collaborateurs, en le recommandant à Georges Pompidou. Doyen de l'Assemblée nationale de 1978 à 1986, il ouvrit, le jeudi , la première législature de gauche de l'histoire de la Cinquième République[32].

Le 20 octobre 1984, l'Action Directe organise un attentat à la bombe de son usine de Saint-Cloud mais au palmarès des plus grandes fortunes de France, il arrive premier en 1985 avec sept milliards de francs[réf. souhaitée].

Il meurt à l'hôpital américain de Neuilly et a droit à un hommage exceptionnel de la part du gouvernement Chirac qui organise ses obsèques en la cathédrale Saint-Louis des Invalides le 22 avril 1986, geste unique envers un industriel français[33]. Il est enterré au cimetière de Passy. Son épouse Madeleine (née Minckès) décède en 1992 à 91 ans.

Postérité[modifier | modifier le code]

Marcel Dassault compte parmi les membres de sa famille José de Bérys, Francine Bloch et Darius Milhaud. Son fils Serge prend sa succession à la tête du groupe et agrandit la famille de quatre petits-enfants : Olivier, Laurent, Thierry et Marie-Hélène.

Régis Franc s'est inspiré de lui dans ses trois tomes de Tonton Marcel - Capitaine d'Industrie, aux éditions Casterman.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Producteur[modifier | modifier le code]

Scénariste[modifier | modifier le code]

Personnage[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

  • Légion d'honneur :
    • Chevalier : 1924
    • Officier : 1935
    • Commandeur : 1948
    • Grand officier : 1951
    • Grand-croix : 1956

Hommages[modifier | modifier le code]

Tombe de Marcel Dassault et de sa femme au cimetière de Passy.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Le , Le Canard enchaîné publie sa feuille d'impôt. Il perçoit, en 1978, 24  millions de francs. Le document est cocasse : Dassault ne s'attribue aucun salaire des entreprises aéronautiques qu'il détient, mais s'accorde un revenu annuel de 54  millions de centimes au titre de rédacteur en chef de Jours de France.
Références
  1. Pierre Assouline, Monsieur Dassault, Balland, , p. 20
  2. Pierre Assouline, Monsieur Dassault, Balland, , p. 34
  3. Pierre Assouline, monsieur Dassault, Balland, 1983, p. 45
  4. Assouline, pp. 46-48
  5. Assouline, pp. 53-55
  6. Assouline, pp. 60-69
  7. Assouline, p. 73
  8. Assouline, p. 81
  9. Assouline, pp. 99-102
  10. Assouline, p. 111.
  11. Assouline, p. 157
  12. Assouline, p. 139.
  13. Assouline, p. 131.
  14. Assouline, p.142.
  15. Klemm, op cit, p 54
  16. Assouline, p.144-145.
  17. Assouline, p. 148.
  18. Assouline, pp. 153-155
  19. Assouline, pp. 156-159
  20. Assouline, pp. 164-167.
  21. Assouline, p. 173.
  22. a et b Assouline, p. 161.
  23. Assouline, p. 172.
  24. Assouline, pp. 176-177
  25. Assouline, p. 180
  26. Assouline, p.186
  27. Jorge Semprún, Le Fer rouge de la mémoire, Quel beau dimanche Gallimard Quarto, page 624 et 625
  28. Assouline, pp. 185-205
  29. Pierre Dallenne, Des Trente Glorieuses à la Nouvelle économie, Ellipses, , p. 12
  30. Pierre Assouline, Monsieur Dassault, Balland, , p. 218
  31. Biographie - Site de Dassault Aviation
  32. Compte-rendu intégral de la séance du 2 juillet 1981 - Journal officiel de la République française [PDF]
  33. Jean Garrigues, La France de la Ve République : 1958-2008, Armand Colin, , p. 127

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]