Raphaël Feigelson

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Raphaël Feigelson
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Anatoliy Shapiro grave.jpg
Vue de la sépulture.

Raphaël Feigelson, né le à Paris et mort dans cette même ville le [1],[2], est un résistant français. Évadé d'Auschwitz le 21 ou le , il rencontre une unité de l'Armée rouge qu'il persuade d'aller rapidement libérer ce camp d’extermination.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine et jeunesse[modifier | modifier le code]

Ses parents, Pinkos et Luba sont des juifs d'origine lithuanienne venus de Vilna. Sa mère est presque aveugle et son père tient un magasin de machines à coudre dans le 5e arrondissement de Paris[3],[4]. Leur fils Raphaël est élève en 1940 au Lycée Lavoisier[3],[Note 1].

Résistance[modifier | modifier le code]

Dès la défaite, son père prend au sérieux la menace nazie. Si la famille Feigelson se fait recenser comme juifs en octobre 1940, c'est pour ne pas attirer l'attention des autorités alors que Pinkos fait distribuer dans les boîtes à lettres du quartier, par son épouse et son fils, des tracts manuscrits du groupuscule DAVID (Direction de l'Armée des Volontaires Israélites de Défense)[3]. Raphaël assiste aussi à la manifestation du 11 novembre 1940 aux Champs-Élysées[3].

La boutique de son père est identifiée par un placard sur sa vitrine comme une entreprise juive. Malgré cela ou à cause de cela, elle sert de boîte aux lettres à plusieurs réseaux de résistance. Au printemps 1942, un client y dépose un poste émetteur-récepteur dissimulé dans un coffret de machine à coudre. Etant suivi par des agents de la Gestapo, ce client et Pinkos sont arrêtés. Ce dernier est condamné à 3 ans mais à la suite d'une erreur administrative, le greffier de la prison comprend que la condamnation n'est que de 3 mois. Pinkos est libéré et se cachera dans son appartement jusqu'à la libération de Paris. Raphaël comprend vite qu'il peut être arrêté à tout moment et parvient à gagner Lyon puis Toulouse où il devient pensionnaire rue des Récollets[3] et est élève à l'école primaire supérieure du lycée Marcelin Berthelot[5].

À Toulouse, il prend, très jeune, la direction de l'Union de la jeunesse juive (UJJ), mouvement de la gauche juive proche du parti communiste qui fait partie des Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP)[6]. Il enrôle dans la Résistance de nombreux combattants[4]

Après l'arrestation d'un de ses compagnons, il est arrêté à son tour le 29 mai 1944 et torturé. Il déclare ne pas avoir parlé car le choc électrique du à la gégène l'aurait rendu amnésique. Il est déporté de Drancy pour Auschwitz le 31 juillet 1944 par le convoi 77[4].

Auschwitz[modifier | modifier le code]

À Auschwitz qu'il décrit comme un « enfer » dont on ne peut « sortir que par une cheminée »[4], il est tatoué avec le numéro B3747[3] et affecté à divers commandos. Il arrive à faire partie d'une organisation de résistance. Les SS commencent à évacuer le camp le 17 janvier 1945, entraînant des milliers de déportés dans les marches de la mort. Les résistants reçoivent alors l'ordre de se cacher. Alors que les SS arrivent pour raser le site, les résistants dont Feigelson réussissent à s'évader le 21 janvier et marchent vers les Soviétiques qui les arrêtent le 24 ou le 25 janvier en les prenant pour des espions qu'ils s'apprêtent à fusiller[7]. Feigelson a la chance de tomber sur Anatoly Shapiro (en), un officier juif qui comprend le yiddish[7], auquel il raconte Auschwitz et qu'il persuade de marcher vers ce camp où il retourne donc avec les Soviétiques qui le libèrent le 27 janvier 1945[4]. Il « rejoint alors les unités de l'Armée rouge avec lesquelles il participe aux combats et au nettoyage de la région »[4]. Anatoly Shapiro salua bien plus tard sa bravoure[7].

Il peut ensuite regagner la France en uniforme de l’Armée rouge à bord d'un bateau anglais qui l'amène d'Odessa à Marseille. Il retrouve ses parents à Paris en avril 1945[4]. Il a 19 ans.

Après-guerre : témoin de la Shoah et écrivain[modifier | modifier le code]

S'il devient commerçant pour gagner sa vie[8], dès l’après-guerre, il commence à témoigner de l’expérience concentrationnaire et à lutter contre l’impunité des criminels nazis. En 1964, il est secrétaire général de l'Amicale des juifs anciens résistants[9]. Il participe à la création en 1971 du « Comité national de liaison pour la recherche et le châtiment des criminels de guerre », avant de créer l’association Auschwitz-Birkenau-Monowit, en 1979, pour contrer le discours négationniste. Il est un des premiers responsables associatifs porteur de la mémoire du génocide à évoquer le « devoir de mémoire » en 1991[10]. Il a publié plusieurs ouvrages aux Éditions Jean Grassin où il évoque la guerre et l'antisémitisme dont L’Usage de la parole (1964)[11], Le Crime du 15 décembre (1965) préfacé par Vercors, illustré par Jean Amblard[12] et Écrivains juifs de langue française[13].

Il décède le à Paris à l'âge de 95 ans[1].

Décorations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jusque dans les années 1970, les classes actuelles du collège étaient données dans des lycées.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Décès de Raphaël Feigelson, héros de la Résistance française », sur The Times of Israel, - L'article contient une vidéo témoignage par Ralph Feigelson.
  2. Insee, « Acte de décès de Raphaël Feigelson », sur MatchID.
  3. a b c d e et f Alain Vincenot, Rescapés d'Auschwitz - Les derniers témoins, L'Archipel, (lire en ligne).
  4. a b c d e f g et h François Maurice, « Ce Français qui a guidé les Russes à Auschwitz : Raphaël Feigelson », sur Revue Méthode.
  5. « Honneur à Raphaël Feigelson », sur Association des anciens élèves du lycée Berthelot de Toulouse, .
  6. Anny Latour, La résistance juive en France: 1940-1944, Stock, (lire en ligne).
  7. a b et c Anatoly Shapiro, « Le 27 janvier 1945, Auschwitz était libéré » [archive], sur La lettre de l'AFMA, bulletin d'information de l'association Fonds mémoire d'Auschwitz, texte écrit dans un samizdat en 1981, reproduit en novembre-décembre 2009, p. 9.
  8. « Biographie Raphaël Feigelson Commerçant - Who's Who ».
  9. « Parmi les participants », sur le site du MRAP, 15 juin - 15 juillet 1964, p. 3.
  10. Sébastien Ledoux, « LE TEMPS DU « DEVOIR DE MÉMOIRE » DES ANNÉES 1970 A NOS JOURS - Thèse de doctorat en sciences humaines », UNIVERSITÉ PARIS 1 Panthéon-Sorbonne.
  11. Ralph Feigelson, L’Usage de la parole, Grassin, (lire en ligne) (extraits).
  12. Ralph Feigelson, Le Crime du 15 décembre, Grassin, (lire en ligne) (extraits).
  13. Présentation en ligne : Ralph Feigelson, Écrivains juifs de langue française, Grassin (lire en ligne).
  14. « Décret du 15 avril 2016 portant promotion », sur France phaléristique.
  15. Décret du 10 mai 1958, JO du 24 mai 1958, page 4922.
  16. a et b « Raphaël (dit Raph) FEIGELSON », sur Convoi 77.org.

Liens externes[modifier | modifier le code]