Michel Slitinsky

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Michel Slitinsky
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Biographie
Naissance
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Nationalité
Activité

Michel Slitinsky, né le 5 février 1925 à Bordeaux , mort à Bordeaux le 8 décembre 2012[1],[2], est un écrivain, historien et résistant français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Une famille d'émigrés ukrainiens[modifier | modifier le code]

Il est issu d'une famille juive d'Ielisavetgrad, petite ville actuellement située en Ukraine entre Kiev et Odessa du côté de son père et de Tcherniguov du côté de sa mère (toutes ces villes faisaient alors partie de l'Empire russe avant d'appartenir à l'URSS créée à peine plus de deux ans avant la naissance de Michel Slitinsky; au cours des XVIIIe et XIXe siècles une grande migration venue de Pologne avait fait d'Odessa la ville la plus juive des grandes villes de l'Empire russe et que le nom Slitinsky est d'origine polonaise).

Paris[modifier | modifier le code]

Son père Abraham Slitinsky , et toute la communauté juive vivent dans la crainte de l'inquisition tsariste. C'est en effet le temps des pogroms qui se développent en Ukraine, avec l'intervention des Cosaques. En 1912 la famille décide de quitter le pays et de gagner la France, « terre des libertés » et de s'installer à Paris, mais seuls les enfants s'exilent, les parents et grands-parents préférant rester au pays .

Une partie des émigrants rejoindra l'Argentine. Un cousin de Michel Slitinsky deviendra doyen de la faculté de droit (il sera assassiné par les fascistes de Perón) et une cousine doyenne de la faculté de médecine, (spécialiste oto-rhino-laryngologiste, elle a été appelée régulièrement dans des colloques européens). On trouve aussi un avocat et un chanteur d'opéra. Cette branche familliale qui possède des propriétés en Terre de Feu deviendra après la guerre antenne de l'Institut ibérique du professeur Salomon.

Abraham , mécanicien, travaille dans une usine d'armement et sera en 1916, pendant la Première Guerre mondiale, un des rares contribuables volontaires à verser de l'or pour la Défense Nationale.

Abraham , veuf , vient à Paris avec son premier fils , Israël Slitinsky. Il rencontre, dans l'importante colonie juive résidant dans le secteur Vincennes-Montreuil sa future femme Esther Hotenstein, originaire de Tcherniguov, une couturière aux Galeries Lafayette.

Bordeaux[modifier | modifier le code]

Peu après la fin de la Première Guerre mondiale, ils s'installent à Bordeaux , 3 rue de la Chartreuse, et ouvrent un magasin de vêtements usagés, bonneterie et brocante au 72 cours de l'Yser.

Naissent à six ans d'intervalle Alice (1919) et Michel (1925).

Avec ses amis , Abraham crée une association qui viendra en aide aux immigrés de l'Est nommée Société de Fraternité Israélite, dont les statuts sont déposés en 1920. Il est promu président et s'entoure de nombreuses personnalités dont Stolpner, Sandler, Pryvis, Cypel, Gaykine et Alitenssi.

Le premier fils d'Abraham, Israël [3], né le 1er septembre 1908, à Zusmenka, représentant de commerce resté à Paris, où il habite au 153 Rue du Temple dans le 3e arrondissement, est raflé et déporté par le premier convoi de France vers Auschwitz le 27 mars 1942 en compagnie de 1112 personnes[4].

Une tante , Brokka Eterstein[5], née Brokka Titensky, le 24 mai 1889 à Tchernygoff, et habitant au 170 Avenue de Paris à Vincennes (Val-de-Marne)[4] est déportée par le convoi no 12, le 29 juillet 1942 avec 1000 personnes , et gazée à Auschwitz.

Abraham Slitinsky sera raflé par les services de police de la préfecture de Gironde[6], interné au Camp de Mérignac et déporté par le convoi No. 42[7], du 26 octobre 1942 en direction du Camp de Drancy et gazé à Auschwitz.

Esther, son épouse, restera cachée pendant trois ans dans une cave à Bordeaux.

Michel Slitinsky, qui a alors 17 ans, aura juste le temps de s'enfuir par les toits lors de l'arrestation nocturne de sa famille.

Résistance[modifier | modifier le code]

Michel Slitinsky entre en clandestinité et intègre un réseau de résistance qui le mène dans les maquis d'Auvergne (M.U.R).

Dès la Libération, il n'a de cesse de reconstituer l'histoire de la Résistance en Gironde, collectant témoignages et documents consignés dans deux ouvrages parus en 1969 et 1972.

Sa recherche active et passionnée en fait un historien autodidacte.

Affaire Papon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Maurice Papon.

En 1981, Michel Bergès, qui effectue des recherches dans les archives de la préfecture de Gironde retrouve le procès-verbal de police qui relate l'arrestation de Michel Slitinsky à qui il communique des photocopies[8].

D'autres documents portent le nom de Maurice Papon qui était, entre 1942 et 1944, secrétaire général de la préfecture de Gironde et qui en 1981, est alors ministre du Budget. La communication par Michel Slitinsky de certaines de ces copies au Canard enchaîné est à l'origine de l'« affaire Papon »[8].

Pendant dix ans, Michel Slitinsky collabore avec Michel Bergès et les avocats Michel Touzet et Gérard Boulanger pour établir la responsabilité de Papon dans la déportation des Juifs de Gironde[8].

En 1983, il publie aux Éditions Alain Moreau " l'Affaire Papon ", résultat de ses recherches et découvertes, préfacé par Gilles Pérault . Aussitôt Papon lance une procédure à l'encontre de Moreau, Perrault et Slitinsky . À peine diffusé, le livre est saisi et retiré des librairies .C'est en fait la préface de Gilles Perrault qui est touchée car il utilise les termes de " franc salop " pour parler du rôle de Papon dans le recensement, l'arrestation et la déportation des juifs de Gironde. Alain Moreau, très réactif édite une seconde édition de l'ouvrage avec , en nouvelle préface, les minutes du procès qui ont interdit la première édition. Plus de 30000 exemplaires seront vendus .

En 1990, Michel Slitinsky se brouille avec Michel Bergès[8] devenu alors défenseur et qui témoignera en faveur de Maurice Papon, qu'il ne cite pas[9] dans le livre qu'il publie au moment du procès Papon[10]. Il a consacré en tout quatre livres sur le sujet.

En 1997 et 1998, lors du procès de Papon, Slitinsky est porte-parole des parties civiles et assiste à toutes les audiences du procès qui dure six mois. Sa déposition a lieu les 21 et 22 janvier 1998[9],[11],[12].

Michel Slitinsky, est mort le 8 décembre 2012 à Bordeaux à l’âge de 87 ans[13] et a été inhumé au cimetière juif du Cours de l’Yser[14].

Honneurs[modifier | modifier le code]

Deux rues portent son nom , à Bègles (33) et à Talence (33)

Œuvres[modifier | modifier le code]

Livres:

  • L'affaire Papon, Éditions Alain Moreau, 1983, Préface de Gilles Perrault, Préface interdite qui donne lieu à une seconde édition de L'affaire Papon en 1984 avec comme préface le rendu de justice qui a donné lieu à l'interdiction de la préface de Perrault qui traitait Papon de « franc salaud ».

Articles:

  • Articles dans la Revue de l'Institut Aquitain d'Études Sociales , ainsi que dans plusieurs grands quotidiens et magazines.

Ouvrages collectifs:

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-François Mekel, « Michel Slitinsky est mort », sur France 3 Aquitaine, (consulté le 10 décembre 2012)
  2. Nicolas Weill, « Michel Slitinsky, l'ancien résistant à l'origine de l'affaire Papon, est mort », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  3. « Mémorial de la Shoah », sur bdi.memorialdelashoah.org (consulté le 19 juillet 2017)
  4. a et b Voir, Klarsfeld, 2012.
  5. « Mémorial de la Shoah », sur bdi.memorialdelashoah.org (consulté le 19 juillet 2017)
  6. Arrêt de la chambre d'accusation du procès PaponEn ligne sur le site du journal Sud-Ouest
  7. Voir, Klarsfeld, 2012
  8. a, b, c et d Éric Conan, Le procès Papon, un journal d'audience, Gallimard, 1998, p.131-135
  9. a et b Séance du procès Papon du 22 janvier 1998 en ligne sur le site du journal sud-ouest
  10. Michel Slitinsky, Procès Papon, le devoir de mémoire, Éditions de l'Aube, 1998 (ISBN 2876783843)
  11. Éric Conan, Le procès Papon, un journal d'audience, Gallimard, 1998, p.138-143
  12. Séance du procès Papon du 21 janvier 1998 en ligne sur le site du journal sud-ouest
  13. AFP, « Michel Slitinsky inhumé à Bordeaux », sur lefigaro.fr, (consulté le 11 décembre 2012)
  14. « Disparition de Michel Slitinsky », sur La face cachée de l’étoile jaune !, (consulté le 12 décembre 2012)

Articles connexes[modifier | modifier le code]