Gerda Bikales

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Gerda Bikales
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Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (88 ans)
Breslau
Nationalité
Conjoint

Gerda Bikales (née Bierzonski) (14 mai 1931, Breslau, Allemagne, aujourd'hui Wrocław, Pologne-) est une enseignante américaine, qui en 1943 est une jeune réfugiée juive allemande vivant illégalement à Lyon avec sa mère, les deux étant sauvées de la déportation lors de la rafle de la rue Sainte-Catherine à Lyon, par Germaine Ribière, Juste parmi les nations.

Biographie[modifier | modifier le code]

Gerda (Gitel) Bierzonski[1] est née le 14 mai[2] 1931, à Breslau[3], en Allemagne, aujourd'hui Wrocław, Pologne, de parents polonais. Son père réussit à immigrer aux États-Unis en 1938. En 1939, avec sa mère elles arrivent à Anvers, en Belgique[4].

Témoignage de Gerda Bikiles[modifier | modifier le code]

Il a fallu soixante ans à Gerda Bikales pour découvrir l'identité de la personne qui lui avait sauvé la vie ainsi qu'à sa mère[5],[6].

« Pendant soixante ans, je n'ai rien su sur cette femme qui a sauvé ma vie en ce matin froid de février 1943. Ni son nom, ni comment elle en est arrivée là, ou ce qui lui est arrivé plus tard »[7],[8],[9].

Gerda Bikales et sa mère sont des réfugiées juives allemandes vivant illégalement à Lyon qui doivent périodiquement se rendre aux bureaux de l'UGIF, au 12 de la rue Sainte-Catherine[7]. Face aux multiples arrestations, Gerda décide de ne plus retourner à l'école et de rester avec sa mère. Mère et fille sont conscientes du danger et prennent des précautions lorsqu'elles se déplacent[7]. En ce jour de février 1943, elles vont faire un saut aux bureaux de l'UGIF, pour chercher des tickets de rationnement[7].

« Tout paraissait normal, alors nous sommes entrées dans l'immeuble et nous avons grimpé l'escalier. À mi-chemin nous avons remarqué que la femme qui était occupée à nettoyer le premier étage nous faisait signe, discrètement nous indiquant de partir. Nous n'avons pas posé de questions, nous avons fait demi-tour et nous sommes sorties[10],[11]. »

Gerda et sa mère apprennent plus tard dans la journée que la Gestapo avait tendu une souricière dans les bureaux de l'UGIF. Cela a duré des heures. Si Germaine Ribière a sauvé de nombreux Juifs ce jour-là, il y eut malgré tout des arrestations, conduisant à quatre-vingt-quatre déportations[12].

« Depuis ce jour-là, je me suis souvent demandé qui était cette femme qui avait sauvé nos vies. Était-elle la concierge qui avait observé les Allemands entrer et ne pas ressortir ? Était-elle une employée dans un bureau de l'immeuble ? Ou peut-être une locataire ? Une chose j'étais sûre : elle avait risqué sa vie pour avertir les Juifs du danger qui les attendait. Si elle n'avait pas été présente ce matin-là, je ne serais pas ici à l'heure actuelle pour raconter cette histoire »[12],[13].

Des années plus tard, l'époux de Gerda Bikales accepte un emploi en France où le couple s'installe. Gerda va en pèlerinage au 12, rue Sainte-Catherine (Lyon) et remarque la modeste plaque fixée à l'entrée de l'immeuble, commémorant le raid de la Gestapo de 1943[12]. Puis à Paris, Gerda Bikales assiste à une conférence de Germaine Ribière sur l'affaire Finaly et constate que Germaine Ribière est âgée, avec une voix plutôt faible. Après la conférence, Germaine Ribière dédicace des exemplaires de son livre sur l'affaire Finaly, dont l'exemplaire de Gerda Bikales[14], mais celle-ci ne se doute toujours pas qu'elle a de fait rencontré sa protectrice. L'identité de celle-ci ne sera révélée que le jour où l'époux de Gerda Bikales lui montre un journal mentionnant le décès de Germaine Ribière et décrivant ses hauts faits[15]. Gerda Biklales regrette de ne pas avoir su ce que représentait pour elle Germaine Ribière et bien que leurs chemins se soient croisés à nouveau, en temps de paix, les deux protagonistes n'ont pas fait le lien[16].

« Je pense à elle souvent, avec affection et gratitude. Elle n'est plus une figure vague et anonyme dans mon esprit. Son pays et la communauté juive l'ont honorée et se sont honorés en le faisant. Et je suis particulièrement fière de mon héroïne »[16],[17],[18],[19].

Après la Guerre[modifier | modifier le code]

Gerda Bikales et ses parents survivent à la Shoah.

Elle fait ses études au Upsala College et à l'université Rutgers. Elle obtient un Masters degree in Social Welfare[20].

Elle préside U.S. English, elle qui apprend quatre langues (l'allemand, le yiddish, le flamand et le français) avant d'apprendre l'anglais, lorsqu'elle immigre à l'âge de 16 ans aux États-Unis[21].

Elle épouse le Norbert M. Bikales, chimiste et administrateur scientifique le 28 avril 1951. Il est né le 7 janvier 1929 à Berlin, le fils de Salomon et Bertha (Bander) Bikales. Il immigre aux États-Unis en 1946. Ils ont deux enfants: Edward A. Bikales et Marguerite Sarlin Bikales[22].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Gerda Bierzonski Bikales diary. United States Holocaust Memorial Museum. Don de son Journal (1 Jan 1944 - 31 Dec 1944). Février 2011.
  2. BIERZONSKI GERDA GISELA 14.05.1931 POLEN BIKALES-BIERZONSKI. Archives d'Etat de Genève Etat au 30.07.2009. Personnes enregistrées à la frontière genevoise durant la Deuxième Guerre mondiale.
  3. Wir sind Juden aus Breslau. We are Jews from Breslau. Young Survivors and their Fates after 1933. A feature documentary by Karin Kaper and Dirk Szuszies. 2016.
  4. [(en) Oral history interview with Gerda Bikales. The United States Holocaust Memorial Museum.
  5. Bikales, 2008, p. 194-197.
  6. Voir, Bikales, 2010, p. 159, note 52.
  7. a b c et d Bikales, 2008, p. 194.
  8. « For sixty years, I knew nothing about the woman who had saved my life on that cold February morning in 1943. Not her name, not how she came to be there, not what happened to her afterwards ».
  9. Sur le rôle de Germaine Ribière ce jour-là, voir Moorehead, 2014, p. 210, qui par erreur donne le nom de Germaine Rivière!
  10. Bikales, 2008, p. 194-195.
  11. « All seemed normal, so we entered the building and started up the flight of stairs. Halfway up we noticed that the woman who was busy cleaning the first-floor landing was waving her hand at us, discreetly signaling us to leave. We didn't ask any question, just turned around and left. »
  12. a b et c Bikales, 2008, p. 195.
  13. « Since that day, I have often wondered about the woman who saved our lives. Was she the janitor, who had observed the Germans enter but not leave? Was she an office worker somewhere in the building? Or may be a tenant in one of the apartments? One thing I knew for sure: She had risked her life to warn Jews of the danger awaiting them. Had she not been there that morning, I would not be here now to tell the story. ».
  14. Bikales, 2008, p. 195-196.
  15. Bikales, 2008, p. 196.
  16. a et b Bikales, 2008, p. 197.
  17. « I think of her often, with affection and gratitude. She is no longer a vague, anonymous figure in my mind. Her country and the jewish community have honored her, and honored themselves by doing so. And I take special pride in my heroine. ».
  18. Bikales, 2008, p. 197, note que après la guerre, Germaine Ribière reprend sa carrière scientifique, demeure une fidèle catholique, et reste proche de la communauté juive.
  19. Germaine Ribiere a vécu une vie de foi et d'action. Elle s'est consacrée aux autres, sans demande en retour. Sa vie est guidée par des convictions et le devoir qui l'appelle. Elle est restée célibataire. Sa famille, c'est l'humanité.
  20. (en) Gerda Bikales. The Board of Directors. ProEnglish. The Nation's Leasding English Language Advocates.
  21. (en) Neil Pierce. Here, Opportunity Speaks English. The Washington Post. June 26, 1983.
  22. (en) Norbert M. Bikales chemist science administrator.
  23. (en)Gerda V. Bikales & Steve Workings. Admission of Puerto Rico to the Union of States: Unity Is the Issue, 1990, 12:59.
  24. (en) James Crawford. Hispanophobia, 1992.
  25. (en) Nicolaus Mills, Nathan Glazer. Arguing Immigration: The Controversy and Crisis Over the Future of Immigration in America. Simon and Schuster, 1994. Voir, Gerda Bikales. The Golden Rule in the Age of Global Village, p. 199.
  26. (en) Daniel HoSang. Racial Propositions: Ballot Initiatives and the Making of Postwar California, 2012.
  27. (en)Ronald Schmidt. Language Policy & Identity In The U.S., 2010, p. 167.
  28. (en) Catherine N. Dulmus & Karen M. Sowers. Social Work Fields of Practice: Historical Trends, Professional Issues, and Future Opportunities, 2012. Voir, Chapter 9.

Articles connexes[modifier | modifier le code]