Rafle de Marseille

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La rafle de Marseille s’est déroulée dans le Vieux-Port les 22, 23 et . Accompagnés de la police nationale, dirigée par René Bousquet, les Allemands organisent alors une rafle de près de 6 000 personnes, 1 642 furent déportées, dont 782 Juifs (3 977 personnes furent relâchées)[1], ainsi que l’expulsion globale d’un quartier, avant destruction. Le général SS Carl Oberg, responsable de la police allemande en France, fait le voyage depuis Paris, et transmet à Bousquet les consignes venant de Heinrich Himmler.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

À la suite de l'invasion allemande de la zone libre (opération Anton), les troupes allemandes occupent Marseille depuis le . Plusieurs attentats touchent les forces allemandes, dont deux attentats le tuant des officiers et soldats allemands[2]. Des opérations de représailles sont décidées par l'autorité allemande, et confirmées par la directive secrète de Heinrich Himmler du [2] imposant :

  • l'arrestation des criminels de Marseille et leur déportation vers l'Allemagne, avec « un chiffre rond de 100 000 personnes[Combien ?] environ » ;
  • la destruction du « quartier criminel » ;
  • la participation de la police française et de la « garde mobile de réserve » à ces opérations.

La destruction du quartier nord du Vieux-Port[modifier | modifier le code]

Destruction du quartier du Vieux-Port janvier 1943
Destruction des immeubles.
Avant le dynamitage vue depuis le pont transbordeur.

Louis Gillet écrit le dans la revue municipale[2] :

« Suburre obscène, un des cloaques les plus impurs, où s'amasse l'écume de la Méditerranée […] C'est l'empire du péché et de la mort. Ces quartiers patriciens abandonnés à la canaille, la misère et la honte, quel moyen de les vider de leur pus et les régénérer. »

L'aménagement du quartier s'étendant sur la rive nord du Vieux-Port est critiqué dès le XVIIIe siècle. Plusieurs projets de rénovation ont été ébauchés au fil des siècles. Durant la guerre, un plan d’urbanisme est préparé par des architectes acquis à la cause de la « Révolution nationale » mise en œuvre par le régime de Vichy. Les premiers travaux ont débuté à l'automne 1942. Précédemment, déjà, un quartier entier avait été rasé au début du XXe siècle, le « terrain de derrière la Bourse », laissé à l'état de terrain vague pendant cinquante ans. Dans le cas du quartier du Vieux-Port, la reconstruction n'a été achevée qu'en 1956. Les motivations d'assainissement et d'urbanisme ont servi à masquer une gigantesque entreprise de spoliation et de spéculation.

L’opération allemande vise à remodeler le quartier du Vieux-Port, dont les ruelles sont considérées comme dangereuses par les autorités allemandes. En outre, selon les consignes d’Himmler, la population raflée doit être évacuée vers des camps de concentration de la zone nord (particulièrement à Compiègne), tandis que le quartier doit être fouillé par la police allemande, aidée de leurs homologues français, puis les immeubles dynamités.

Déroulement de la rafle[modifier | modifier le code]

Évacuation du Vieux-Port.

Mandaté par Laval, Bousquet demande le un répit d’une semaine afin de mieux organiser l’opération et de faire venir des renforts policiers. De plus, alors que les nazis se préparaient à se cantonner dans les limites du 1er arrondissement, Bousquet propose d’élargir l’opération à toute la ville. Selon l’historien Maurice Rajsfus, il demande ainsi la complète liberté d’agir pour la police française, qu’il obtient d’Oberg.

Selon l’historien Jacques Delarue, deux cents inspecteurs venus de Paris et ailleurs, quinze compagnies de GMR et des escadrons de gendarmerie et de gardes mobiles sont descendus à Marseille. En tout, « douze mille policiers environ se trouvaient concentrés à Marseille »[3]. Le , le Vieux-Port est complètement bouclé. La ville est fouillée maison par maison, mis à part les quartiers résidentiels, durant 36 heures. « Au total, à la suite des dizaines de milliers de contrôle, près de 2 000 Marseillais […] se retrouveront dans les trains de la mort. » écrit ainsi Maurice Rajsfus. 1 500 immeubles sont détruits.

Bilan humain de l'opération « Tiger » (estimations) : 1 642 transferts vers Compiègne le , 782 Juifs déportés et exterminés à Sobibor, 600 « suspects » déportés à Sachsenhausen[4]).

La préfecture des Bouches-du-Rhône publie un communiqué le  :

« Pour des raisons d’ordre militaire et afin de garantir la sécurité de la population, les autorités militaires allemandes ont notifié à l’administration française l’ordre de procéder immédiatement à l’évacuation du quartier nord du Vieux-Port. Pour des motifs de sécurité intérieure, l’administration française avait, de son côté, décidé d’effectuer une vaste opération de police afin de débarrasser Marseille de certains éléments dont l’activité faisait peser de grands risques sur la population. L’administration française s’est efforcée d’éviter que puissent être confondues ces deux opérations. De très importantes forces de police ont procédé dans la ville à de multiples perquisitions. Des quartiers entiers ont été cernés et des vérifications d’identité ont été faites. Plus de 6 000 individus ont été arrêtés et 40 000 identités ont été vérifiées[5]. »

Le Petit Marseillais du ajoute :

« Précisons que les opérations d’évacuation du quartier nord du Vieux-Port ont été effectuées exclusivement par la police française et qu’elles n’ont donné lieu à aucun incident[5]. »

Pendant la rafle, René Bousquet (en col de fourrure, le 2e en partant de la droite) entouré par, de gauche à droite, Bernhard Griese (en manteau de cuir), Antoine Lemoine, Rolf Mühler (derrière Lemoine) et Pierre Barraud, à l'hôtel de ville de Marseille le [6].

Une photo, prise lors de cette opération et connue depuis le début des années 1970, montre Bousquet souriant, posant en compagnie du SS-Sturmbannführer Bernhard Griese, de Rolf Mühler (de), chef local de la SiPo et du SD, de Antoine Lemoine, préfet régional et de Pierre Barraud, préfet délégué à l’administration préfectorale de Marseille[7].

Les et , la rafle s'est étendue au quartier de l'Opéra où vivaient de nombreuses familles juives, en raison de la proximité avec la grande synagogue de la rue Breteuil. Deux cent cinquante familles ont été raflées, tôt le matin, avec une brutalité inouïe, les gens emmenés dans la tenue dans laquelle ils étaient au moment où les policiers ont franchi la porte, sans bagage ni objet personnel ; les familles ont été séparées dès le moment de l'arrestation, et ne se sont jamais retrouvées. Ce quartier était aussi celui de la pègre et du grand banditisme, dont les truands employés par la Gestapo, ce qui peut expliquer la violence des sbires.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Janvier 1943, les rafles de Marseille », sur jewishtraces.org,‎ (consulté le 3 mars 2016).
  2. a, b et c Follorou et Nouzille, Les Parrains corses, 2004, p. 47-48.
  3. Jacques Delarue, Trafics et Crimes sous l’Occupation, Le Livre de poche, 1971, p. 262.
  4. Source Cercle d'étude de la Shoah.
  5. a et b Maurice Rajsfus, La Police de Vichy – Les forces de l’ordre françaises au service de la Gestapo, Le Cherche midi éditeur, 1995, p. 213.
  6. (en) Donna F. Ryan, The Holocaust & the Jews of Marseille: The Enforcement of Anti-Semitic Policies in Vichy France, Urbana, University of Illinois Press, 1996, planche suivant la p. 180 (ISBN 978-0-252-06530-9).
  7. Maurice Rajsfus, La Police de Vichy – Les forces de l’ordre françaises au service de la Gestapo, op. cit., p. 215.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Patriote résistant, nos 578 et 579, janvier 1988.
  • Jacques Delarue, Trafics et crimes sous l’Occupation, Le Livre de poche, 1971.
  • Gérard Guicheteau, Marseille 1943, la fin du Vieux-Port, éditions Le Provençal, 1973.
  • Ahlrich Meyer, Marseille 1942-1944. Le regard de l’occupant, photographies de propagande de la Wehrmacht (édition bilingue), Bremen, Éditions Temmen, 1999.
  • Robert Mencherini (dir.), Provence-Auschwitz. De l’internement des étrangers à la déportation des Juifs 1939-1944, Aix-en-Provence, éd. PUP, 2007.
  • Christian Oppetit (dir.), Marseille, Vichy et les nazis, Marseille, Amicale des déportés d’Auschwitz et des camps de Haute-Silésie, 1993.
  • Maurice Rajsfus, La Police de Vichy. Les forces de l’ordre françaises au service de la Gestapo, 1940/44, Le Cherche midi éditeur, 1995.
  • Anne Sportiolo, « Le Vieux-Port de Marseille », L'Histoire, no 16, octobre 1979.
  • Jean Contrucci, Histoire de Marseille illustrée, Le Pérégrinateur éditeur, 2007.
  • Renée Dray-Bensousan, Les Juifs à Marseille 1939-1944, Éditions les Belles Lettres, 2004.
  • Maurice Gouiran, Train Bleu, Train Noir, Éditions Jigal, mars 2007.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Marseille, janvier 1943, Opération Sultan, documentaire de Jean-Pierre Carlon, France 3 Méditerranée–Productions du Lagon, 2004, 52 min.
  • Et le Vieux Port fut condamné, docufiction TV de Jean Dasque, ORTF, 1973, 48 min.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]