Adélaïde Hautval

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Adélaïde Hautval
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Distinctions
Adélaïde Hautval tree.jpg

plaque commémorative

Adélaïde Hautval, surnommée Heidi, née le au Hohwald (Bas-Rhin) et décédée le , est une psychiatre française, rescapée des camps de concentration nazis et reconnue Juste parmi les nations.

Biographie[modifier | modifier le code]

Surnommée Heïdi, Adélaïde est la fille du pasteur Hass[1]. Elle est la septième et plus jeune enfant de la famille[2].

Adélaïde Hautval fait ses études de médecine à Strasbourg, puis travaille dans des hôpitaux et des instituts neuro-psychiatriques[2].

Son arrestation a lieu en avril 1942, dans le train, alors qu'elle traversait la ligne de démarcation à Vierzon pour des raisons personnelles[2]. Emprisonnée à Bourges[2], elle prend la défense d'une famille juive maltraitée par un soldat allemand (elle parle l'allemand). Les Allemands lui disent alors « puisque vous défendez les juifs, vous partagerez leur sort[2]. » Internée à Pithiviers, les Allemands lui font porter sur la poitrine une étoile jaune avec une banderole « amie des juifs[2]. » Elle est ensuite transférée à Beaune-la-Rolande, puis à la prison d'Orléans en novembre 1942, enfin à la prison de Romainville le 17 novembre de la même année[2]. Elle est déportée à Auschwitz par le convoi du 24 janvier 1943, où elle a le matricule 31 802[2].

Sa qualité de médecin est reconnue au bout de quelques jours et elle devient médecin dans un des revier [n 1] de Birkenau[2]. Les conditions médicales sont plus que déplorables. Elle est d'abord affectée au block 22, où elle s'occupe de détenues allemandes, puis est envoyée en avril 1943 au block 10 du camp principal[2]. Le médecin-chef y pratique des « expériences », notamment des stérilisations de femmes en brûlant leurs organes avec des produits caustiques[2]. Adélaïde Hautval refuse d'y participer et est chargée des soins post-opératoires[2]. Lorsqu'un nouveau médecin-chef est affecté à ce service, il ordonne à Adélaïde Hautval de l'assister, ce qu'elle refuse et elle est renvoyée, en août 1943 parmi les autres détenues du camp[2]. Elle y est relativement isolée : en quelques mois la population du camp s'est renouvelée et les détenues qu'elle avait rencontrées en prison ou lors de son transfert sont mortes ou ont été transférées dans un autre block[2]. Le 16 août 1943, elle apprend par Orli Reichert-Wald (de) chargée de l'administration du revier qu'elle serait exécutée le lendemain si elle n'acceptait pas de participer aux opérations, ce qui ne la fait pas changer d'avis. Orli lui administre alors un somnifère, fait peut-être passer un autre cadavre pour le sien en prétendant qu'elle est déjà morte et lui sauve ainsi la vie[2].

Adélaïde Hautval est par la suite de nouveau affectée comme médecin au camp[2]. En tant que psychiatre, elle est amenée à examiner des femmes devenues folles avec comme ordre de les déclarer « inaptes au travail », ce qui les conduira directement à la chambre à gaz. Elle ne comprend pas pourquoi on lui demande ici des justifications médicales pour pouvoir assassiner. Volontaire pour « voir » et « dire après », elle assiste à plusieurs séries d'expériences des médecins nazis, notamment celles du Docteur Carl Clauberg spécialisé dans la stérilisation et la castration, tout en soulageant ses camarades et en les faisant échapper à la mort[3]. Elle souffre du typhus de novembre 1943 jusqu'en février-mars de l'année suivante[2].

Elle est transférée à Ravensbruck le où on l'envoie comme médecin au camp de Watenstedt (Salzgitter) (de) (une usine de munition), puis l'administration s'apercevant qu'elle était classée Nuit et brouillard, elle ne peut plus travailler à l'extérieur de Ravensbruck où elle est ramenée. Elle est alors de nouveau médecin au Revier[2]. Elle voit la libération du camp en avril 1945 mais y reste avec Marie-Claude Vaillant-Couturier afin de s'occuper des malades qui ne peuvent être immédiatement transportés[2]. Elle quitte le camp pour la France avec les derniers malades français le 25 juin 1945[2].

N'appartenant à aucun réseau ou organisation de résistance, Adélaïde Hautval n'obtient qu'avec difficulté une carte de déportée résistante[2]. Elle est décorée de l'Ordre national de la Légion d'honneur en décembre 1945 pour son dévouement envers les autres déportés dans les camps[2].

En 1946, Adélaïde Hautval écrit Médecine et crimes contre l'humanité, qui sera édité en 1991[4].

En mai 1964, elle témoigne au procès Leon Uris contre Vladislav Dering.

Le 18 mai 1965, Adélaïde Hautval reçoit la médaille des Justes parmi les nations[5]

Se découvrant des signes de la maladie de Parkinson[6], elle met fin à ses jours le 12 octobre 1988.

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • Chevalier de la Légion d'honneur, 1945.
  • Juste parmi les nations, 1965.

Hommages posthumes[modifier | modifier le code]

  • La commune du Hohwald a érigé en 1991 une fontaine sur laquelle est inscrite sa devise : « Pense et agis selon les eaux claires de ton être ».
  • Une rue de Strasbourg porte son nom depuis 1993.
  • La ville de Bourges nomme une rue Docteur Adélaïde-Hautval.
  • À Groslay, où elle vécut après la guerre, une plaque est apposée sur le mur de sa maison en novembre 1994.
  • À Guebwiller, le « Cercle Adélaïde Hautval » a été créé en 2006.
  • Une plaque commémorative a été apposée en gare de Rothau le 11 juin 2006.
  • Le , le directeur général des Hôpitaux de Paris, Martin Hirsch, annonce à l'AFP que l'hôpital de Villiers-le-Bel porte désormais le nom d'Adélaïde Hautval[7] en remplacement de son ancien nom de Charles Richet, médecin aux thèses racistes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le mot revier, prononcé par les déportés français revir, est l'abréviation de Krankenrevier, le quartier des malades dans un bâtiment militaire. Selon Charlotte Delbo, déportée à Auschwitz par le même convoi qu'Adélaïde Hautval, la signification qu'a ce mot au camp n'est pas traduisible en français car « ce n'est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C'est un lieu infect où les malades pourrissent sur trois étages. » Delbo, p. 24

Références[modifier | modifier le code]

  1. Contribution à la localisation des troubles psychiques post-commotionnels (les aphasies, les bradypsychies), Université de Strasbourg, 1934, 146 p. (thèse de Médecine) [1]
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u et v Delbo, p. 141-143
  3. Caroline Moorehead, Un train en Hiver, Cherche Midi, , 592 p. (ISBN 978-2-266-25872-2), p. 349
  4. Médecine et crimes contre l'humanité : témoignage manuscrit « Déportation » écrit en 1946, revu par l'auteur en 1987, Actes Sud, Paris, 1991, 101 p. (ISBN 2-86869-657-0) [2]
  5. Dossier n° 100, consulté sur le site de Yad Vashem.
  6. Florence Hervé, « Adelaïde Hautval », in Histoires et visages d'alsaciennes, Cabédita, Divonne-les-Bains, 2005, p. 82 (ISBN 2-88295-448-4)
  7. « L'hôpital de Villiers-le-Bel, Charles Richet, renommé Adélaïde Hautval après une longue polémique », sur Le Huffington Post, (consulté le 14 mai 2015)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Florence Hervé, « Adelaïde Hautval », Histoires et visages d'alsaciennes, Cabédita, Divonne-les-Bains, 2005, p. 80-82 (ISBN 2-88295-448-4)
  • (en) Mordecai Paldiel, « Adelaïde Hautval. The French Woman Physician: 'One of the Most Remarkable Persons Humankind Has Ever Known' », Saving the Jews: Men and Women who Defied the Final Solution, Taylor Trade Publications, 2011 (ISBN 9781589797345)
  • Léon Strauss, « Adélaïde Hautval », Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 45, p. 4647
  • Charlotte Delbo, Le Convoi du 24 janvier, Éditions de Minuit, 1965 (réédité en 2002), 304 p. (ISBN 2-7073-1638-5)
  • (en) Laura Lynn Windsor, Women in Medicine: An Encyclopedia, ABC-CLIO, Santa Barbara, Calif., 2002, p. 92 (ISBN 9781576073926)
  • Maryvonne Braunschweig, Georges Hauptmann, Docteur Adélaïde Hautval, dite Haïdi, 1906 – 1988. Des camps du Loiret à Auschwitz et Ravensbrück[...],témoignages de Génia Obœuf, d’Anise Postel-Vinay, nombreux documents originaux, édition du Cercle d'étude,Paris, 2017, 240 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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