Gouvernement Pierre Laval (6)

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Gouvernement Pierre Laval VI
Informations générales
Statut Gouvernement
Régime Régime de Vichy
Début
Fin
Durée 2 ans 4 mois et 1 jour
Chef du Gouvernement Pierre Laval
Histoire et événements
Fin du gouvernement François Darlan, début du 6e gouvernement de Laval
16 et 17 juillet 1942 Rafle du Vel' d'Hiv
L'armée de Vichy combat le débarquement alliés en Algérie et au Maroc, Vichy livre la Tunisie aux Allemands
11 novembre 1942 La Wehrmacht envahit la zone sud, Tunis et Bizerte
6 juin 1944 Opération Overlord, les Alliés débarquent en Normandie
Débarquement de Provence et progression des Alliés hors de Normandie
Insurrection à Paris, Pétain accepte de quitter Vichy pour Belfort
Pétain part de Vichy pour Belfort, fin effective du régime de Vichy
Proclamation de la Commission gouvernementale de Sigmaringen
Représentation
Législature Aucune, la XVIe ayant voté les pleins pouvoirs constituants à Pétain
Autre gouvernement :
Gouvernement de la France Libre
1941 - 1943 Comité national français
puis
1943 - 1944 Comité français de Libération nationale

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le sixième gouvernement Pierre Laval est le quatrième et dernier gouvernement du régime de Vichy en France, constitué par Philippe Pétain. Il succède au gouvernement François Darlan le [1], lors du rappel de Pierre Laval et se termine le , lorsque Pétain accepte de quitter Vichy pour Belfort, mettant fin au régime de Vichy qui subsistera encore quelques mois en Allemagne dans la commission gouvernementale de Sigmaringen.

Contexte[modifier | modifier le code]

Après deux ans passés à la tête du Régime de Vichy, le gouvernement de l'amiral Darlan est impopulaire, victime du marché de dupes des Allemands. Darlan a engagé davantage les forces de Vichy dans une collaboration élargie avec l'Allemagne étant pour lui la moins mauvaise solution, leur cédant beaucoup  : livraison de bases navales à Bizerte et Dakar, d'une base aérienne à Alep en Syrie, des véhicules, de l'artillerie et des munitions en Afrique du Nord, de la Tunisie, sans compter la livraison d'armes aux Irakiens.

En échange, Darlan demande une contrepartie aux Allemands (réduction des contraintes de l'armistice : libération des prisonniers français, disparition de la ligne de démarcation et du mazout pour la flotte française), ce qui les irritent.

Le , Hitler a signé le décret dotant la France d'un « chef supérieur de la SS et de la Police » (HSSPf ) chargé d'organiser la Shoah après la Conférence de Wannsee avec la Police française. Les allemands exigent alors le retour de Pierre Laval au pouvoir, et en attendant, ils rompent tout contact. Le 30 mars, les américains interviennent à Vichy contre un retour de Laval au pouvoir.

Historique[modifier | modifier le code]

Pétain remplace alors Darlan par Laval le . Darlan reste le successeur désigné du chef de l’État et devient commandant en chef des forces françaises.

René Bousquet devient secrétaire général à la police, membre du Gouvernement[2].

Le 5 mai 1942, les Britanniques débarquent à Diégo-Suarez (Madagascar), les combats avec les forces vichystes cesseront le 8 novembre.

Le retour au pouvoir de Laval coïncide avec la mise en place par les Allemands du plan de déportation des Juifs[3]. Une ordonnance allemande rend obligatoire le port de l'étoile jaune en zone occupée à partir du . Le prédécesseur de Laval, Darlan, s'était opposé à cette mesure en zone libre en mettant en avant l'opinion publique[3].

Le 2 juillet 1942, Bousquet et Oberg signent des accords de collaboration policière.

Le 16 et 17 juillet 1942, la police vichyste organise la rafle du Vel' d'Hiv.

Le 19 août 1942, les alliés lancent l'opération Jubilée sur la plage de Dieppe pour tester les défenses allemandes.

Le 3 novembre 1942, le maréchal Rommel est vaincu à la bataille d'El-Alamein, ce qui arrête l'avance italo-allemande vers le canal de Suez et sonne la retraite de l'Afrikakorps vers la Tunisie.

Le 8 novembre 1942, les alliés lancent le débarquement en Algérie et au Maroc (opération Torch).

Le 11 novembre 1942, la Wehrmacht envahit la zone sud, non occupée, et occupe Tunis et Bizerte, sans combats.

Le 19 novembre 1942, l'Armée d'Afrique reprend le combat contre les Allemands en Tunisie, à Medjez el-Bab.

Le 27 novembre 1942, la flotte française se saborde à Toulon et l'Armée de l'armistice se dissout.

Le 7 décembre 1942, l'Afrique-Occidentale française se rallie aux Alliés.

Le 24 décembre 1942, l'amiral François Darlan est assassiné à Alger par le jeune monarchiste Fernand Bonnier de La Chapelle.

Le février 1943, les troupes allemandes sont encerclées à Stalingrad.

Le 30 janvier 1943, Laval crée la Milice française.

Le mars 1943, la Guyane française se rallie aux Alliés.

Le 13 mai 1943, les forces de l'Axe capitulent en Tunisie.

Le 24 mai 1943, le premier milicien vichyste est tué par la Résistance intérieure française.

Le 31 mai 1943, l'escadre française immobilisée à Alexandrie se rallie aux Forces navales française d'Afrique.

Le 15 juillet 1943, les Antilles françaises se rallient à la France libre.

Le 5 octobre 1943, la Corse devient la première région française métropolitaine libérée par l'Armée française de la Libération et les Forces armées italiennes d'occupation.

Le 1er janvier 1944, Darnand est nommé secrétaire général au Maintien de l'ordre.

Le 6 juin 1944, les alliées lancent l'opération Overlord en Normandie (D Day).

Le , les Alliés débarquent en Provence et progressent hors de Normandie vers Paris, la libération de la France s'accélère.

Le jeudi 17 août 1944, Pierre Laval, chef du gouvernement et ministre des Affaires étrangères tient à Paris son dernier conseil de gouvernement avec cinq ministres[4]. Les Allemands ont accepté de réunir l'ancienne Assemblée nationale [5],[5]. Mais les ultra-collaborationnistes, Marcel Déat et Fernand de Brinon protestent auprès des Allemands qui changent d'avis[6] : ils emmènent Laval à Belfort[7] ainsi que des restes de son gouvernement « pour assurer sa sécurité légitime » et arrêtent Édouard Herriot[8].

Les Allemands veulent maintenir un « Gouvernement français » avec l'espoir de stabiliser le front dans l'Est de la France et dans le cas d'une éventuelle reconquête[9].

Le même jeudi, à Vichy, Cecil von Renthe-Fink, ministre délégué allemand, demande à Pétain d'aller en zone Nord, mais celui-ci refuse [10] et demande une formulation écrite de cette exigence[10].

Le vendredi 18, Cecil von Renthe-Fink renouvelle sa requête par deux fois.

Le samedi 19, à 11 h 30, Cecil von Renthe-Fink revient à l'hôtel du Parc, résidence du Maréchal, accompagné du général von Neubroon qui indique qu'il a des « ordres formels de Berlin »[10]. Le texte écrit est soumis à Pétain : « Le gouvernement du Reich donne instruction d’opérer le transfert du chef de l’État, même contre sa volonté[10]. » Devant le refus renouvelé du maréchal, les Allemands menacent de faire intervenir la Wehrmacht pour bombarder Vichy[10]. Après avoir pris à témoin l'ambassadeur de Suisse, Walter Stucki, du chantage dont il est l’objet, Pétain se soumet et met fin au gouvernement de Laval.

Le dimanche , les Allemands emmènent le maréchal Pétain, contre son gré[11], de Vichy au château de Morvillars[12] à côté de Belfort[13],[14], mettant fin au régime de Vichy qui subsistera encore quelques mois en Allemagne dans la commission gouvernementale de Sigmaringen.

Composition du gouvernement[modifier | modifier le code]

Remaniements[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Deuxième gouvernement Laval du 18 avril 1942 : « Le nouveau gouvernement de Vichy », Les Actualités Mondiales, 8 mai 1942, Archives de l'INA, sur le site ina.fr, consulté le 18 janvier 2009.
  2. Éric Conan, « La vraie vie de René Bousquet », sur lexpress.fr, L'Express, 28 septembre 1990, mis à jour le 17 décembre 2003 (consulté le 25 février 2016).
  3. a et b Asher Cohen, Persécutions et sauvetages, Juifs et Français sous l'occupation et sous Vichy, Cerf, 1993 (ISBN 2204044911), p. 256-257.
  4. André Brissaud (préface de Robert Aron), La dernière année de Vichy (1943-1944), Librairie Académique Perrin, Paris, 1965, 587 pages (ASIN B0014YAW8Q), p. 504–505 :
  5. a et b Robert O. Paxton (trad. Claude Bertrand, préf. Stanley Hoffmann), La France de Vichy – 1940-1944, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points-Histoire », (réimpr. novembre 1999) (1re éd. 1973), 475 p. (ISBN 978-2-02-039210-5), p. 382-383.
  6. André Brissaud (préf. Robert Aron), La Dernière année de Vichy (1943-1944), Paris, Librairie Académique Perrin, , 587 p., p. 491-492.
  7. Eberhard Jäckel, La France dans l'Europe de Hitler, op. cit., p. 495.
  8. Fred Kupferman (préf. Henri Rousso), Laval, Paris, Tallandier, , 2e éd. (1re éd. Balland, 1987), 654 p. (ISBN 978-284734-254-3, présentation en ligne).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  9. Jean-Paul Cointet, Sigmaringen, op. cit., p. 53.
  10. a, b, c, d et e Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, op. cit., p. 41–42.
  11. « Philippe Pétain (1856-1951) », sur le site cheminsdememoire.gouv.fr.
  12. Henry Rousso, Pétain et la fin de la Collaboration - Sigmaringen 1944-1945, éd. Complexe, 449 pages (ISBN 2-87027-138-7), p. 78.
  13. Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, éd. Librairie académique Perrin, Paris, 1962-1964 ; rééd. CAL, Paris, chap. « Pétain : sa carrière, son procès », p. 41–45.
  14. Eberhard Jäckel, La France dans l'Europe de Hitler, op. cit., p. 494–499 ; l'auteur donne cette précision, p. 498–499 :
    « Le maréchal tenait à entourer cette scène du maximum de publicité et à lui donner le caractère d’une arrestation violente. Mais d’un autre côté il voulait éviter les effusions de sang, aussi Neubronn fut-il informé dans la nuit par l’intermédiaire du ministre suisse [Walter Stucki], de ce qui attendait les Allemands le lendemain matin. Les issues de l’hôtel du Parc seraient verrouillées et barricadées, mais la garde du Maréchal n’opposerait pas de résistance ; les Allemands furent priés de se munir des outils nécessaires pour forcer les portes et les grilles. Ainsi fut fait. [...] »
  15. [PDF] Jérôme Cotillon, « Les entourages de Philippe Pétain, chef de l’État français, 1940-1942 », Histoire@Politique – Politique, culture, société, no 8, mai-août 2009.
    « Par la conjonction des événements précipitant une concentration entre les mains d’un seul des pouvoirs présidentiel et gouvernemental comme le cas de figure faisant du dernier président du Conseil de la République également le premier chef du nouvel État français, la personne de Pétain se retrouve tout à la fois investie de nouvelles fonctions exécutives sans avoir été dépossédée de ses anciennes attributions gouvernementales. »
    Voir en particulier la note 42, p. 16. : « Il est relevé que Laval chef du gouvernement ne porte pas pour autant le titre de président du Conseil, Pétain continue d’en être le détenteur et d’en exercer les pouvoirs afférents. Cf. à ce sujet AN 2AG 539 CC 140 B et Marc-Olivier Baruch, op. cit., p. 334-335 et 610. »
  16. a et b Marc Ferro, Pétain, Paris, Fayard, (réimpr. 2008), 789 p. (ISBN 978-2-213-01833-1), p. 523.

Article connexe[modifier | modifier le code]