François Lehideux

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François Lehideux
Fonctions
Membre du Conseil économique et social
Secrétaire d'État à la Production industrielle
Gouvernement Gouvernement Darlan
Prédécesseur Pierre Pucheu
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Paris
Date de décès
Lieu de décès Paris
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession Industriel

François Lehideux (, Paris - , Paris) est un industriel et homme politique français

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Jacques Lehideux, banquier, et de Suzanne Simon-Lorière, il est élève dans l’enseignement privé, au collège Sainte-Marie-de-Monceau, et ait des études de lettres et de droit, et sort diplômé de l'École libre des sciences politiques. Il a fait partie des « Équipes sociales » de Robert Garric, de 1922 à 1924, rencontrant, « au rythme d’une soirée tous les dix jours, un groupe de jeunes ouvriers et employés qui appartenaient à un foyer géré par une société, « Hospitalité de nuit », dont (son) père était administrateur »[1].

En 1929, il épouse Françoise Renault, fille de Fernand Renault et nièce de Louis. En 1934, il entre chez Renault dont il devient directeur général. Il a fondé après 1936 « des groupements PPF, PSF, des syndicats chrétiens, et d'autres syndicats encore » au sein des usines Renault, pour faire pièce à la CGT, même s'il a fini par laisser « s'éteindre l'activité dangereuse et combative de ces groupes », selon les mots de Louis Renault[2].

En 1939, il est officier dans un régiment d'auto-mitrailleuses, puis travaille dans l'équipe du ministre de l'armement, Raoul Dautry, qui fit en sorte qu'il remplace Louis Renault[3] qui en retour l'obligea à quitter Renault à l'été 1940 ; rupture officialisée en décembre[4].

Après la signature de l'armistice en 1940, le maréchal Pétain nomme François Lehideux Commissaire à la lutte contre le chômage en octobre 1940, délégué à l'Équipement national en février 1941, puis secrétaire d'État à la Production industrielle, dans le gouvernement de l'amiral François Darlan du 18 juillet 1941, succédant ainsi à Pierre Pucheu. Il conçoit avec Jacques Benoist-Méchin, Paul Marion, Pierre Pucheu et Jacques Barnaud un vaste plan d'un ordre nouveau en France remis à Abetz dans les premiers jours d'avril 1941 ; il s'agit selon Lehideux de tenir compte du fait que le rôle de la France est assigné par sa position géographique : « Carrefour naturel entre le nord et le sud de l'Europe, comme entre l'Europe et l'Amérique, elle est la grande voie de transit entre les pays centraux de la Méditerranée, entre l'Allemagne de l'Ouest et l'Océan. Ce trafic doit s'effectuer suivant les trois axes principaux : Cherbourg-Bâle ; Marseille-Hambourg. Ce réseau d'autostrade devra être complété par de larges voies d'eau, reliant le Rhin à la Méditerranée, le Rhin à l'Atlantique et l'Atlantique à la Méditerranée[5] ». François Lehideux voulait intégrer la France à l'Europe par un effort gigantesque de grands travaux et de construction routière, de reconstruction de cités sinistrées, rééquipement des ports, infrastructures pour les routes aériennes internationales, aménagement des banlieues ouvrières[6]. Avec Pierre Pucheu et Jean Bichelonne, il est l’un des membres du groupe de technocrates du gouvernement Darlan, partisans d’une rationalisation de l’économie française. Avec eux et Jacques Barnaud, d'aucuns l'ont accusé d'être un "synarque", membre de la supposée synarchie. La DGEN que Lehideux a fondé et dirigé a préparé un plan strictement administratif. Richard F. Kuisel a montré que le plan décennal prévu était « empreint d’intentions sociales, culturelles, et même morales », à la différence du plan Monnet : « L’impulsion moderniste allait de pair avec la glorification de la famille, de la solidarité sociale, de l’élite, des vertus paysannes, de l’éthique spartiate et de la forme physique ». En outre, il « faisait la part belle au marché libre et à l’initiative privée » et ses initiateurs apparaissent comme « des néo-libéraux modérés, soucieux d’éviter à la fois l’extrême dirigisme ainsi que le libéralisme de la IIIe République »[7].

Il est décoré de la Francisque. Il quitte le gouvernement au retour de Pierre Laval, le 18 avril 1942, et redevient directeur du Comité d’organisation de l’automobile, poste qu'il avait occupé à partir d'août 1940, jusqu’en 1944. Il a été partisan d'une collaboration économique avec les Allemands, notamment au comité d'organisation de l'automobile (COA)[8].

À la Libération, Lehideux est arrêté, le 28 août 1944, inculpé deux jours plus tard d’intelligence avec l’ennemi, emprisonné à la prison de la Santé, puis à Fresnes, le 16 septembre. Mais il fut mis en liberté provisoire le 19 juillet 1946 et bénéficia d'un non-lieu de la Haute Cour de justice en février 1949, pour insuffisance de charges et faits de résistance[9]: il avait en effet protégé des membres de l'Organisation civile et militaire (OCM)[10].

Après la guerre, François Lehideux travailla à la société Ford France, dont il fut membre du conseil d'administration, puis le président-directeur général de 1950 à 1953[3]. Après son échec chez Ford, Lehideux est devenu P-DG des Forges et ateliers de Commentry-Oissel - Georges Villiers, président du CNPF, en est l'un des administrateurs -, jusqu’à la fin des années 1960[11]. Il préside de 1959 à 1961 la société Pétro-Fouga[12] et est administrateur de l’entreprise de BTP THEG (Travaux hydrauliques et entreprises générales , liées toutes deux à Commentry-Oissel. Il est aussi administrateur de la société de cimenterie Poliet & Chausson, du motoriste ABG, puis des Éts Tunzini, intégrés à Saint-Gobain en 1965[13]. Ses activités débordent les frontières françaises : il a tenté en 1957 de se lancer dans l’exploitation du pétrole en Espagne, où il devient vice-président de la société Autopistas espanolas[14].

Il semble organiser des « déjeuners » à Paris. Georges Pompidou cite ainsi un « déjeuner Lehideux » auquel il participe en janvier 1952. C’est par lui que Lehideux a pu rencontrer au moins à quatre reprises le général de Gaulle dans ses locaux de la rue de Solferino entre 1955 et 1958, pendant la « traversée du désert » du général[15]. Il a signé en mai 1958 un appel de personnalités d'horizons divers (le général Zeller, Gabriel Marcel, Gilbert Grandval, Louis Massignon, Stanislas Fumet) appelant à un « gouvernement de salut public » dirigé par le général de Gaulle pour « rétablir entre les alliés les relations de confiance actuellement compromises », rétablir l'autorité de l'Etat, rebâtir l'unité nationale, réaliser une réforme des institutions et « faire en sorte que la justice sociale devienne une réalité ». Mais il n’est nommé que membre du Conseil économique et social de 1959 à 1961[3], de 1959 à 1961, présidé par Émile Roche, administrateur également de Poliet et Chausson, Commentry-Oissel et de Pétro-Fuga[16]. Peut-être grâce à Michel Debré, qu’il connaît selon ses dires[17].

Il a été l'un des premiers membres du mouvement civique transnational Fraternité mondiale, fondé à Paris en juin 1950 lors d'un congrès international, pour combattre notamment l'antisémitisme en Europe - alors qu'il a, comme ministre, contresigné plusieurs textes de loi antisémites du régime de Vichy - ; il est désigné avec le syndicaliste Gaston Tessier l'un des deux Français membres du comité provisoire du mouvement à la fin du congrès[18], puis il est l'un de ses "sponsors" jusqu'en 1954/55. Il a été membre de la section française de la Ligue européenne de coopération économique (LECE ou ELEC), en 1952-53[19]. Il a présidé deux think-tanks. Il est vice-président du Comité européen pour le progrès économique et social (CEPES ; un organisme de réflexion transnational proeuropéen, néolibéral et atlantiste, présidé par l'Italien Vittorio Valletta, président de FIAT, et fondé sous les auspices de la Fondation Ford et d'une organisation patronale américaine, le CED) et président-fondateur en 1952 de son groupe français; il occupe cette fonction jusqu'en 1958/59, puis est remplacé par Jean-Edouard Senn mais reste membre du conseil d'administration jusque' en 1966[20]. Il est vice-président en 1959[21] puis président dans les années 1970 du Centre d'études politiques et civiques (CEPEC). Il a ensuite présidé l'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain à partir de 1984 et fut l'objet de poursuites avec Maître Jacques Isorni à la suite de la parution dans Le Monde du 13 juillet 1984 d'un encart publicitaire intitulé: « Français, vous avez la mémoire courte »[22],[23] : après avoir été condamné en première instance, condamnation confirmée par la Cour d'appel de Paris, et la cour de cassation[24], il s'adressa à la Cour européenne des droits de l'homme, qui estima, dans un arrêt rendu le 23 septembre 1998, que condamner une personne ayant présenté sous un jour favorable les actions du maréchal Pétain constituait une violation du droit à la liberté d'expression, tel que défini par l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme. La Convention européenne des droits de l'homme condamna ainsi la France à verser à Messieurs Lehideux et Isorni la somme de 100 000 francs[25].

Sa nièce Martine Lehideux est membre du Parti de la France et son neveu Bernard Lehideux est membre du Bureau exécutif national du Modem. Il est le beau-père de Michèle Arnaud.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Liens[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. ses mémoires. Les Équipes sociales ont été fondées par Garric en 1920 et visent à constituer une élite sociale et à former la population ouvrière. Le père de Lehideux était « profondément catholique ». La « foi héritée » de son fils « se transforma et s’approfondit » selon ses dires (postface de ses mémoires, p. 460). Et à la fin de vie, il écrivit : « J’essayai de rendre ma vie cohérente avec cette foi (catholique). Si je n’y ai pas toujours réussi, j’ai toujours retrouvé en celle-ci la lumière de l’espérance. Mais, quoi qu’il en soit, si je m’efforçais, dans ma vie professionnelle et politique, de chercher dans ma foi le guide et le sens de mon action, ma foi restait, si j’ose dire, une valeur intime, une recherche faite dans le silence de ma conscience pour la détermination de mon action ».
  2. « Rejet de l'extrême droite et choix industriels. Une lettre inédite de Louis Renault à François Lehideux », 13-4-1940, site louisrenault.com, janvier 2014
  3. a, b et c Biographie sur le site des Annales des mines
  4. http://www.louisrenault.com/index.php/articles/histoire-sociale-et-politique
  5. Jacques Benoist-Méchin, De la défaite au désastre, tome 1, Albin Michel, 1984, p. 53.
  6. Dominique Venner, Histoire de la Collaboration, éd. Pygmalion, Gérard Watelet, 200, p. 241-242.
  7. BNF/gallica: Richard F. Kuisel, « Vichy et les origines de la planification économique (1940-1946) » in Le Mouvement social, janvier-mars 1977, n° 98
  8. BNF/gallica: Le Matin, 4-5-1941, 6-5-1941 : Claude Popelin (chef du service de presse du comité d’organisation de l’automobile, il a ensuite fait partie du cabinet de Lehideux, comme chargé de mission, en 1941. Lehideux l’a nommé attaché de direction générale de Ford-France pour les relations publiques, de 1950 à 1953) reçoit les journalistes du Matin à propos d’un accord entre les entreprises automobiles françaises, allemandes et italiennes, mené à bien côté français par Lehideux, président du COA. Il déclare que cet accord « apparaît aussi gros de conséquence que l’entrevue de Montoire (…) (et) le pendant, l’équivalent de la poignée de main qu’y échangea le maréchal avec le chancelier Hitler» et se déclare fier « que ce soit l’industrie automobile qui soit la première à s’engager sur la voie d’un ordre nouveau ». Rétropédalage deux jours plus tard : sa pensée aurait été « inexactement traduite » et il s’interdit « toute déclaration d’ordre politique » dans ses fonctions. Cf. ses mémoires Arènes politiques, Fayard, 1974, ainsi que que Talbot C. Himlay, "Résistance ou collaboration de l'industrie automobile française pendant la Seconde Guerre mondiale: le cas de Ford SAF", XXe siècle, 2015/1, n° 125. Sur le passé de Popelin (1899-1981) avant la guerre, cf. notamment Philippe Burrin, La dérive fasciste, Seuil, 1986. Cf. aussi le témoignage de Benoist-Méchin, introduit par Popelin dans le petit « groupe de jeunes hommes » formé autour de Lehideux, Pucheu, Barnaud, Le Roy Ladurie, etc. : De la défaite au désastre, vol. 1, Albin Michel, 1984, p. 53
  9. Henry Coston, Dictionnaire de la politique française, tome 2, 1972. Voir p. 297 où sont énumérées les décisions de la Haute cour de justice relatives à l'épuration, Bénédicte Vergez-Chaignon, Vichy en prison: les épurés 0 Fresnes après la Libération, Gallimard, 2006,
  10. Le capitaine Marc O'Neill [1], membre du réseau, avait demandé sa libération en 1944 auprès du ministre de l’intérieur André Le Troquer, pour l’aide que François Lehideux lui avait fournie en l’aidant à faire passer du matériel en Zone libre
    Voir à ce sujet Histoire orale. Inventaire analytique des sous-séries 3K et 4K, tome 1, p. 100 et 102, disponible sur le site du Ministère de la Défense et Bénédicte Vergez-Chaignon, Les vichysto-résistants: de 1940 à nos jours, Perrin, 2008, p. 522-528 (plus critique sur les relations entre Lehideux et O'Neill)
  11. Commentry-Oissel, fondée en 1919, est une firme d'importance moyenne, une société anonyme au capital de 156 millions de francs dans les années 1950, puis de 5 340 000 francs nouveaux en 1961. Ses activités dans l’Allier furent touchés par la crise de la sidérurgie : ses effectifs fondirent de 311 ouvriers à 90 en 1968 ( Les villes du Massif central, Université de Saint-Étienne, 1971, p. 305
  12. La société Pétro-Fouga fut constituée en 1958 pour la reprise de l’usine de Béziers des Éts Fouga et Cie. Son capital était de 5 millions de francs. Elle est liquidée en 1962, entraînant le licenciement de plusieurs centaines d’ouvriers et les critiques de la gauche pour qui « les crédits apportés (par l’État) à des groupes financiers (comme Pétro-Fouga) n’ont rien apporté à l’économie locale » : cf. Économie et politique, 1964, p. 109, qui souligne que « la Cour des comptes elle-même s’est étonnée dans son rapport de la facilité avec laquelle elle encaissa 1 milliard et demi d’anciens francs de crédit public avant de déposer le bilan en laissant un passif de 4 milliards pour un actif de 300 millions » et Raoul Balso, "Les Éts Fouga de Béziers (1920-1966)", in Revue d'histoire des chemins de fer, 28-29/2003 (Georges Villiers et Emile Roche sont cités)
  13. Lehideux s’est lié à Bernard Tunzini en 1939, selon ses Mémoires, alors qu’ils étaient tous deux officiers durant la « drôle de guerre » et qui lui succéda au commandement de son peloton du 3ème RAM. Tunzini reprit ses fonctions aux côtés de son père durant l’Occupation
  14. Who's who, Rafael Castro Balaguer, "Genesis y transformacion de un modelo de inversion international: el capital frances en la Espana del siglo XX", p. 146
  15. Georges Pompidou, Lettres, notes et portraits, 1928-1974, Robert Laffont, 2012, carnet du 7 au 12 janvier 1952 et note n° 58 ; Bernard Lachaise, « Les visiteurs du général de Gaulle au 5 rue de Solferino au temps de la traversée du désert », Espoir, n° 131, juin 2002 (en ligne sur le site charles-de-gaulle.org). Seules 60 personnes ont été reçues au moins 4 fois.
  16. Erling Bjol, La France devant l'Europe, Munksgaard, 1966, p. 335
  17. Le Monde, 17-5-1958, Philippe Alméras, Vichy, Londres, Paris, Ed. Dualpha, 2002, p. 220. Il fut convié à une réception à l’Élysée avec les autres membres du conseil économique et social en décembre 1960, et avec des grands noms du patronat privé, de l’acier, de la banque, de la chimie, de l’automobile, du textile, etc. : cf. Jean-Paul Alexis, Au protocole du général de Gaulle, Perrin, 2010 : Emmanuel de Vitry, Paul-Cavallier de Pont-à-Mousson, le baron Petiet, François et Jean-Pierre Peugeot, François Michelin, Raoul de Vitry, Marcel Boussac, Jean Prouvost, Charles Gillet, etc.
  18. Article extrait du New York times, 12/6/1950
  19. LECE, supplément à la publication n° 13, « La reconstruction monétaire de l'Europe et sa contribution au progrès économique et social », p. 14 : il fait partie des « participants de la section française de la LECE » qui n'ont pas pu participer à la conférence monétaire internationale de Bruxelles en janvier 1953
  20. collectif, L'Europe du patronat: de la guerre froide aux années soixante : actes du colloque de Louvain-la-Neuve des 10 et 11 mai 1990, Peter Lang, 1993
  21. Il a fréquenté ses réunions auparavant; on le trouve à une réunion de son bureau d'études le 16 décembre 1957, pour une conférence de l'amiral Gabriel Auphan sur les bases d'un redressement français: Les Dossiers du CEPEC, n° 2, p. 42
  22. Présentation sur la site de l'ADMP
  23. Le titre de l'encart fait référence à une phrase, restée célèbre, de l'allocution du maréchal Pétain le 17 juin 1941
  24. « CEDH: trois arrêts récents sur la liberté d'expression et d'information », sur le site de l'Observatoire européen de l'audiovisuel
  25. Publication de l'arrêt sur le site de l'ADMP