Georges Mandel

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Georges Mandel
Georges Mandel, député de la Gironde, en 1932.
Georges Mandel, député de la Gironde, en 1932.
Fonctions
Ministre français de l'Intérieur

(29 jours)
Président Albert Lebrun
Gouvernement Paul Reynaud
Prédécesseur Henri Roy
Successeur Charles Pomaret
Ministre français des Colonies

(2 ans, 1 mois et 8 jours)
Président Albert Lebrun
Gouvernement Gouvernement Édouard Daladier (3) (4) (5)
Prédécesseur Marius Moutet
Successeur Louis Rollin
Ministres français des Postes et Télécommunications

(1 an, 6 mois et 27 jours)
Président Albert Lebrun
Gouvernement Pierre-Étienne Flandin
Fernand Bouisson
Pierre Laval
Albert Sarraut
Prédécesseur André Mallarmé
Successeur Robert Jardillier
Député
1919-19241928-1940
Gouvernement IIIe République
Groupe politique NI (1919-1924)
Ind. (1928-1936)
IR (1936-1940)
Biographie
Date de naissance
Date de décès (59 ans)
Résidence Gironde

Georges Mandel, de son vrai nom Louis Georges Rothschild, né le à Chatou et assassiné le en forêt de Fontainebleau par des miliciens, est un homme politique de l’entre-deux-guerres et un résistant français.

S’il a été décrit comme le fils naturel d’une fille Rothschild, il est sans parenté avec la famille de banquiers du même nom.

Jeune journaliste, collaborateur de Georges Clemenceau à L’Homme libre, il le suit sur les chemins de la politique en devenant un de ses attachés de cabinet en 1908. Lorsque son vieux directeur accède à la présidence du conseil en novembre 1917, il devient son chef de cabinet.

Une longue carrière politique lui est ouverte dans le camp conservateur après la Grande Guerre. Son assassinat en juillet 1944 dans la France occupée, s'inscrit parmi les très nombreuses exactions de représailles commises par la Milice française sur tout le territoire après l'exécution, par la Résistance, du chef de la propagande vichyste Philippe Henriot.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né le 5 juin 1885, d’un père tailleur, dans une famille juive d’Alsace ayant choisi de rester française après l’annexion consécutive à la défaite de 1870, il s’engage très jeune en faveur d'Alfred Dreyfus et se lance dans le journalisme. Il entre à 21 ans à L'Aurore, le journal de Georges Clemenceau qui a fait paraître l’article J'accuse d’Émile Zola.

Quand, en 1906, Clemenceau accède à la présidence du Conseil, Mandel saisit l’occasion de participer à l’action gouvernementale, ce qu’il réalise pleinement en 1908. Malgré les propos peu amènes que Clemenceau aurait prononcés à son endroit (« Il n'a pas d'idées mais il est prêt à les défendre jusqu'à la mort[1] » ou « Quand c’est moi qui pète, c’est lui qui pue[2],[3],[4],[5] ! »), il sait se rendre indispensable et devient son chef de cabinet en novembre 1917.

Au début de la Première Guerre mondiale, il est facilement réformé. Après la guerre, ses ennemis politiques ne se priveront pas de traiter ce protégé de « planqué ».

Député et ministre (années 1920-1930)[modifier | modifier le code]

Élu député modéré de Gironde durant la vague Bleu Horizon de droite, ce proche de Clemenceau défend en 1920 le projet de rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Vatican.

Ceci lui vaut moult quolibets antisémites de certains députés de gauche, Alexandre Varenne en tête, qui reprennent des rumeurs l’accusant d’être un Rothschild, mais aussi de Jules Uhry ou Pierre Valude[6].

Lors d'une grève des postiers à Nice (Jean Baylot était secrétaire général du Syndicat national des agents des PTT), il fait venir des postiers de Paris pour briser la grève[7].

Il perd son mandat en 1924 face au Cartel des gauches, mais, après ce premier déboire, il est réélu continûment aux élections de 1928, de 1932 et de 1936 jusqu’à 1940.

En 1932, il se porte à la présidence du Groupe Indépendant de la Chambre des Députés, puis s’affirme comme ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones entre 1934 et 1936.

Il réforme avec une remarquable fermeté l’administration des P.T.T., autant du point de vue de sa gestion administrative que sous l’angle de son adaptation technique. C’est sous son égide que la première émission officielle de télévision française est diffusée le 26 avril 1935.

Dans les années 1930, il élève la voix pour avertir des dangers de l’Allemagne nazie. Le ministre énergique opposé à tout compromis avec les États totalitaires ne change pas de ton. Il obtient, en 1935, la condamnation par la Société des Nations du rétablissement du service militaire obligatoire par Adolf Hitler, puis s’oppose à Pierre Laval sur la question de la guerre d'agression menée contre l’Éthiopie par l’Italie de Benito Mussolini.

Après la victoire du Front populaire, il critique les réformes sociales du gouvernement de Blum, qui risquent – selon lui – d’affaiblir la productivité française face à la menace de l’Allemagne nazie en plein réarmement où les ouvriers fournissent un travail accru.

Ministre des Colonies de 1938 à 1940[modifier | modifier le code]

Médaillon de François Cogné à l'effigie de Georges Mandel.

Après la chute du Front populaire, il est nommé ministre des Colonies, d'avril 1938 à mai 1940, et s'emploie, tout en luttant contre les mouvements nationalistes au Maghreb, à préparer l'empire colonial français à un conflit qu'il sent inévitable. Cet homme de droite propose alors une alliance avec l'Union soviétique pour faire face à la menace hitlérienne, dont le danger pour la France lui paraît primordial, puis proteste contre les accords de Munich.

Il constitue le territoire de Mayotte et y institue l'islam en tant que religion reconnue par la France.

Il signe le « décret Mandel », du 16 janvier 1939, qui régit les relations entre les Églises et l'État dans les colonies où ne s'applique pas la Séparation votée en 1905 et qui s'applique encore aujourd'hui dans la plupart des collectivités d'Outre-Mer.

Mandel, véritable homme fort de la droite, est promu en urgence Ministre de l'Intérieur du gouvernement de Paul Reynaud formé le 18 mai 1940.

Il fait alors arrêter certains des principaux intellectuels favorables à l'Allemagne nazie, notamment les rédacteurs de l'hebdomadaire Je suis partout, Alain Laubreaux et Charles Lesca.

S'il fait tout pour endiguer l'esprit de débâcle qui s'abat sur la France et envisage un « réduit breton » puis un repli sur l'Afrique du Nord pour les forces françaises, il ne peut contrer l'arrivée au pouvoir du vieux maréchal Philippe Pétain, nommé président du Conseil, le 16 juin 1940, et investi des pleins-pouvoirs constituants par l'Assemblée nationale le 10 juillet 1940.

Mandel eut une influence directe dans le choix du nouveau sous-secrétaire d'État à la Guerre, le général (à titre provisoire, nommé le 5 juin 1940) Charles de Gaulle, pour représenter la France à Londres, conformément au vœu de Churchill.

Le Premier ministre britannique voulait un homme politique conservateur de premier plan, Paul Reynaud ou Georges Mandel, pour réaliser le projet d'une fusion d'États (idée de Jean Monnet, dans la note Union franco-britannique) et à défaut, continuer la lutte sans concession contre les nations de l'Axe.

Mandel a été en partie à l'origine de la détermination du général de Gaulle, le 14 juin 1940, d'aller à Londres représenter la France libre. L'épisode est en partie relaté par le général dans ses Mémoires de guerre. C'est ainsi que dans la nuit du jeudi 13 au vendredi 14 juin 1940, à la préfecture de Tours[8], en pleine débâcle de la France, Mandel lui déclara : " Vous avez de grands devoirs à accomplir, général, mais avec l'avantage d'être au milieu de nous tous un homme intact... Ne pensez qu'à ce qui doit être fait pour la France, et songez que, le cas échéant, votre fonction actuelle pourra vous faciliter les choses."

Le Massilia et le procès de Riom[modifier | modifier le code]

Opposé à l’Armistice et au pouvoir autoritaire en voie de constitution, il est arrêté sur la base de fausses accusations, le 17 juin 1940, sur ordre de Pétain à peine promu président du Conseil. Libéré à la demande notamment du président Albert Lebrun, il obtient une entrevue avec le Maréchal Pétain, chef de l’État, qui lui octroie sous sa dictée personnelle un sauf-conduit sur le territoire national.

Il cherche à organiser le départ pour l’Afrique du Nord du président de la République, des présidents de la Chambre des Députés et du Sénat et de nombreux parlementaires afin de poursuivre la lutte et la résistance à l'occupation allemande. Le gouvernement l'autorise de fait à constituer une base arrière à Alger au cas où l'occupant refuserait tout compromis sur la zone Sud non occupée. C'est ainsi que Mandel – qui tint alors à emporter un lourd buste en bronze de Clemenceau – et vingt-cinq autres députés, dont Pierre Mendès France, s’embarquent sur le Massilia le 21 juin avec un seul sénateur et sa maîtresse Deva Dassy. Après le compromis trouvé avec l'occupant nazi, cette démarche est récupérée par Pierre Laval pour accuser cette équipée de désertion devant l'ennemi et la discréditer devant l'opinion.

Au Maroc, les Anglais essaient de le faire venir à Londres pour diriger un gouvernement en exil. Une suite d'incidents empêche Mandel de rencontrer le ministre anglais. Un peu plus tôt, alors que le général Spears, officier britannique représentant de Churchill, lui avait réservé une place dans un avion, Mandel avait répondu : « ils vont dire que j'ai fui. »

Le 8 août 1940, Georges Mandel est arrêté au Maroc, déféré à la cour de Riom et conduit au château de Chazeron dans le Puy-de-Dôme où se trouvent déjà Paul Reynaud, Édouard Daladier et le général Maurice Gamelin. Tous quatre sont transférés dans un hôtel de Vals-les-Bains et condamnés à la prison à vie par le tribunal d’exception voulu par le maréchal Pétain, le 7 novembre 1941. Puis ils sont emprisonnés au fort du Portalet, dans les Pyrénées, sous la garde de gendarmes français.

Ballotté au gré du pouvoir collaborationniste[modifier | modifier le code]

À la suite de l’invasion de la zone libre par l’armée allemande, en novembre 1942, voulant s’emparer de Mandel et de Paul Reynaud, les Allemands organisent un coup de main sur le fort du Portalet. Les gendarmes leur ouvrent les portes et leur remettent les prisonniers qui sont transférés dans un camp de la Gestapo à Oranienburg-Sachsenhausen, non loin de Berlin.

De Buchenwald à la Santé[modifier | modifier le code]

Stèle commémorative située en forêt de Fontainebleau (en bordure de la D607) et dédiée à la mémoire de Georges Mandel
La tombe de Mandel à Passy
Plaque en l'honneur de Georges Mandel à l'hôtel de Beauvau (ministère français de l'Intérieur, Paris).

Mandel est ensuite incarcéré, près de Buchenwald, dans un camp spécial[9] destiné aux hommes politiques des pays occupés et où se trouve déjà l'ancien président du Conseil Léon Blum. Il est finalement rapatrié à la prison de la Santé, à Paris, où il est livré à la Milice, le 4 juillet 1944.

Le 7 juillet 1944, en forêt de Fontainebleau, le milicien Mansuy l'abat de seize balles dans le dos, en représailles à l’exécution par la Résistance du ministre collaborationniste de la Propagande Philippe Henriot[10]. Pour l'historien François Delpla, l'explication selon laquelle Mandel aurait été tué par la Milice pour venger l'exécution de Philippe Henriot est peu plausible. Il privilégie un ordre direct des dirigeants allemands. Cette thèse est controversée[11].

Sa tombe, au cimetière de Passy à Paris, est ornée du même médaillon en bronze représentant son profil que celui du monument à sa mémoire réalisé par le sculpteur François Cogné – auteur de la célèbre statue de Clemenceau sur l'avenue des Champs-Elysées à Paris – érigé à l’endroit où il fut assassiné sur le bord de la route Fontainebleau-Nemours (D607, ex N7, à 1,9 km de l’obélisque).

Post-mortem[modifier | modifier le code]

La cinquante-sixième promotion de commissaires de police issus de l'École nationale supérieure de la police, entrée en fonction en 2006, porte son nom.

Dans le « Fonds de Gaulle » déposé aux Archives nationales, on a retrouvé une note relative à l’« affaire Brasillach » dressant une liste des charges pesant sur l'écrivain. Brasillach est présenté comme « un des responsables de l'assassinat de Mandel », dont il demandait régulièrement la mise à mort dans son journal Je suis partout, alors que de Gaulle éprouvait pour lui estime et respect. Ce fut une des causes de son refus de gracier Robert Brasillach.

L'avenue Georges-Mandel (16e arrondissement de Paris) lui rend hommage. Une plaque en son honneur est par ailleurs apposée sur le mur extérieur du cimetière de Passy.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Emmanuel Berl, dans La Fin de la IIIe République (Gallimard, 1968, réédité en 2007), dresse un long portrait de Georges Mandel. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Paul Coblentz, Georges Mandel, Éditions Du Bélier, Paris, 1946.
  • * François Delpla, Qui a tué Georges Mandel ?, L'Archipel, coll. « Histoire », , 427 p. (EAN 9782809800753, notice BnF no FRBNF41345740, présentation en ligne). 
  • Bertrand Favreau, Georges Mandel : un clémenciste en Gironde, Paris, Pedone, coll. « Bibliothèque / Institut d'études politiques de Bordeaux, Centre d'étude et de recherche sur la vie locale. Série Vie locale » (no 1), , VI-296 p.
  • Bertrand Favreau, Georges Mandel ou La passion de la République, Paris, Fayard, coll. « Pour une histoire du XXe siècle », , 568 p. (ISBN 2-213-59441-4, présentation en ligne).
  • Jean-Noël Jeanneney, Georges Mandel, l’homme qu’on attendait, Paris, Seuil, 1991, sur la thématique des médias.
  • Adrien Le Bihan, La Fourberie de Clisthène. Procès du biographe élyséen de Georges Mandel, Cherche-bruit, 2008.
  • Nicolas Sarkozy, Georges Mandel, le moine de la politique, Éditions Grasset, coll. « Littérature », , 336 p. (EAN 9782246463016, notice BnF no FRBNF35681996)[12],[13]Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • John M. Sherwood, Georges Mandel and the Third Republic, Stanford University Press, 1970.
  • Georges Wormser, Georges Mandel. L’homme politique, Plon, 1967.

Sources[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gilbert Prouteau, Le Dernier Défi de Georges Clemenceau, Paris, France-Empire, 1979, p. 153, 340 p., (ISBN 9782246725213).
  2. « Le Point », 1699-1711 (consulté le 4 février 2015), p. 22.
  3. Steven Lehrer, Wartime Sites in Paris : 1939-1945, New York SF Tafel Publishers, 2013, 335 p., (ISBN 978-1-49229-292-0), p. 221 2013.
  4. Pierre Birnbaum, Les Fous de la République : Histoire politique des Juifs, Paris, Fayard, (ISBN 978-2-21302-884-2), 512 p.
  5. Jean Ferniot, Ah, que la politique était jolie !, Paris, Grasset, 2010, 313 p., (ISBN 978-2-24672-521-3).
  6. Laurent Joly (2007), « Antisémites et antisémitisme à la Chambre des députés sous la IIIe République », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 3/2007 (no 54-3), p. 63-90.
  7. Nicolas Sarkozy 1994.
  8. Max Gallo, Une histoire de la 2e Guerre mondiale, 1940 de l'abîme à l'espérance., Paris, XO Editions,, , 441 p. (ISBN 978-2-266-21085-0), p.176.
  9. camp situé « dans une enceinte en surplomb du camp et dans des conditions qui, sans être confortables, n'étaient pas aussi rudes que celles subies par les détenus de Buchenwald. », Blum et Mandel en conversations, Marc Riglet, L'Express.fr, 21 juin 2010.
  10. Georges Wormser, Georges Mandel : l'homme politique, p. 310.
  11. François Delpla 2008, ainsi que François Delpla, « Qui a tué Georges Mandel ? : Le dernier livre de l’auteur » (consulté le 30 mars 2017).
  12. Victor Noir, in Nicolas Sarkozy, le destin de Brutus, Denoël, 2005 affirme, en s'appuyant sur une comparaison de multiples passages, que ce livre est largement plagié du livre de Bertrand Favreau publié en 1969. Alain Garrigou, de la Fondation Copernic, conclut de même.
  13. Critique du livre par Adrien Le Bihan dans le Contre-journal.
  14. Salle des inventaires virtuelle des Archives nationales.