Jean Luchaire

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Jean Luchaire
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Fonctions
Commissaire à l'information (septembre 1944 - avril 1945) de la Commission gouvernementale de Sigmaringen
Biographie
Naissance
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Nationalité
Activité

Jean Louis Gabriel Luchaire est un journaliste et patron de presse français, né le 21 juillet 1901 à Sienne (Italie) et mort fusillé le 22 février 1946 au fort de Châtillon. Son nom reste associé à la politique collaborationniste en raison de son rôle sous l'Occupation.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est le fils de Julien Luchaire, historien et écrivain, et Fernande Dauriac, écrivaine, éditrice et économiste, fille de l'écrivain Lionel Dauriac (1847-1923). Il eut comme parrain Horace Finaly, futur directeur général de la Banque de Paris et des Pays-Bas.

Il épouse, en août 1920, Françoise Besnard (1903-1998), fille du peintre Robert Besnard et déjà enceinte de deux mois. De ce mariage naîtront cinq enfants : Corinne (1921-1950), comédienne, Robert (1922) décorateur de cinéma, Monique (1925), Florence (1926-1982) actrice et ballerine et Jean-François (1929), mort à la naissance.

Jean Luchaire collectionna les aventures féminines, notamment avec des actrices comme Marie Bell, Josseline Gaël, Geneviève Boucher-Fath, Monique Joyce, Mireille Balin, Yvette Lebon et Madeleine Sacquard, alias Maud Sacquard de Belleroche.

Un promoteur des relations franco-allemandes[modifier | modifier le code]

Après avoir assisté à la montée du fascisme en Italie, il se consacre au journalisme en France. Il s'oppose au traité de Versailles qu'il juge injuste pour l'Allemagne. Homme de gauche, Luchaire se fait très tôt le promoteur d'un rapprochement entre la France et l'Allemagne. C'est dans cette perspective qu'il soutient la politique extérieure de la France patronale entreprise par Aristide Briand[1]. De même en 1932, il apporte son soutien à Léon Blum.

Il fonde, en 1927, le mensuel Notre Temps qui appuie une forme de pacifisme raisonné et constructif.

Du pacifisme à la collaboration[modifier | modifier le code]

En 1930, Luchaire fait la connaissance d'Otto Abetz et noue avec lui une amitié durable. En liaison avec ce dernier, l'équipe de Notre temps participe aux rencontres franco-allemandes du Sohlberg en Forêt-Noire (juillet-août 1930), de Rethel dans les Ardennes (août 1931) et de Mayence (mars 1932)[2]. Ces rencontres donnent naissance au Comité d'entente des jeunesses pour le rapprochement franco-allemand, présidé par Jean Luchaire. Malgré le changement de régime intervenu en Allemagne, Luchaire s'obstine dans la conviction que l’établissement d’une paix définitive passe par une politique de conciliation entre les deux pays. Il écrit en 1933 : « Européens, nous devons traiter avec les gouvernements européens quels qu'ils soient. [...] Stresemann était plus sympathique qu'Hitler mais Hitler, c'est l'Allemagne. [...] Au surplus, ce qui compte essentiellement à nos yeux, c'est la paix. La liberté n'est le plus précieux des biens qu'à condition de vivre[3] ».

L'Occupation[modifier | modifier le code]

La défaite de la France dans la bataille de 1940 rapproche encore davantage Luchaire et Abetz, devenu alors ambassadeur du Troisième Reich à Paris. À partir de novembre 1940, Luchaire fonde le journal collaborationniste Les Nouveaux Temps et occupe dès lors une place considérable dans la presse parisienne. Fidèle au gouvernement de Vichy, il devient le président de l'Association de la presse parisienne, en 1941, et préside la Corporation nationale de la presse française, organisme qui, d'une part, en imposant à tous les petits journaux moyennant finances un éditeur de presse du clan Luchaire, et, d'autre part, en étant contrôlé par un commissaire du gouvernement qui n'est autre que Jean Luchaire lui-même, concentra entre ses mains le contrôle idéologique de toute la presse collaborationniste en zone nord[4].

Deux jours après l'assassinat de Georges Mandel (7 juillet 1944), il signe (avec l'amiral Platon, Déat, Brinon, etc.) une déclaration commune (dite "appel des 29") auprès du Maréchal Pétain, visant à remettre en cause Pierre Laval, qu'ils jugent trop tiède face à l'offensive anglo-américaine en Normandie, et demandant un gouvernement formé de "personnalités indiscutables".

Quelques jours avant la libération de Paris (août 1944), il se réfugie, en compagnie de Marcel Déat et de Fernand de Brinon, à Sigmaringen, où le maréchal Pétain a été emmené par les Allemands[5]. Il est nommé commissaire à l'Information au sein de la Commission gouvernementale pour la défense des intérêts français, présidée par Fernand de Brinon. Directeur du journal La France, quotidien en langue française destiné aux exilés de Sigmaringen, qui paraîtra jusqu'en mars 1945, il dirige aussi une radio, Ici la France.

Lors de la défaite de l'Allemagne et de la chute du gouvernement en exil en avril 1945, il tente, sans succès, d'obtenir le droit d'asile politique au Liechtenstein et en Suisse avec sa famille et Marcel Déat. Il est arrêté par les Américains à Merano à la mi-mai 1945 puis livré aux Français.

Ramené à Paris, il est traduit en justice pour collaboration avec l'ennemi devant la Haute Cour de justice en janvier 1946. Il est condamné à mort, malgré le témoignage en sa faveur d'Otto Abetz (qui écope de vingt ans de travaux forcés en 1949), et est exécuté le 22 février au fort de Châtillon.

Témoignages[modifier | modifier le code]

Contrairement à lui, son père Julien Luchaire choisit le camp de la Résistance. Julien Luchaire laisse un témoignage de son déchirement entre ses convictions et son fils dans un ouvrage intitulé Confessions d'un Français moyen, dont le premier tome est publié en 1943.

Corinne Luchaire, comédienne et fille de Jean Luchaire, a publié quant à elle, juste avant sa mort prématurée en 1950, un ouvrage autobiographique (Ma drôle de vie, 1949) qui constitue un document intéressant sur sa situation de fille d'un personnage en vue de la collaboration.

Publications[modifier | modifier le code]

Ses écrits[modifier | modifier le code]

  • Les Rapports franco-italiens et la question yougoslave, Florence, Vita latina, Ligue latine de la jeunesse, 1919.
  • Problèmes du jour, Paris, A. Delpeuch, 1924.
  • Un plan de liquidation financière de la guerre. L'Évacuation rhénane par le règlement des réparations et des dettes interalliées, Paris, [?], 1928.
  • Une génération réaliste, Paris, Valois, Bibliothèque syndicaliste, 1929.
  • Les Anglais et nous. L'Action britannique contre la France jusqu'au 13 décembre 1940, Paris, éditions du Livre moderne, 1941.
  • Partage du pouvoir, patrons et salariés, Paris, éditions Balzac, 1943.
  • De l'Union fédérale européenne à la réforme de l'État français, Paris, 86 rue Claude-Bernard, sans date.

Sur son activité sous l'Occupation[modifier | modifier le code]

  • Claude Lévy, Les Nouveaux Temps et l'Idéologie de la collaboration, Librairie Armand Colin et Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1974
  • Henry Rousso, Un château en Allemagne, Sigmaringen 1944-1945, Ramsay, 1980 (ISBN 2-85956-146-3). Réédité en 1999 sous le titre Pétain et la Fin de la collaboration : Sigmaringen 1944-1945, éditions Complexe (ISBN 2-87027-138-7)
  • Cédric Meletta, Jean Luchaire. l'enfant perdu des années sombres (1901-1946), Paris, Perrin, 2013.

Sur son procès[modifier | modifier le code]

  • Quatre procès de trahison devant la Cour de justice de Paris : Paquis, Bucard, Luchaire, Brasillach. Réquisitoires et Plaidoiries, Paris, Les Éditions de Paris, 1947.
  • Les Procès de collaboration : Fernand de Brinon, Joseph Darnand, Jean Luchaire. Compte rendu sténographique, Paris, Albin Michel, 1948.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Simon Epstein, Un paradoxe français, Albin Michel, pp. 160-161.
  2. Barbara Lambaueur, Otto Abetz et les Français, ou l'Envers de la collaboration, Paris, Fayard, 2001.
  3. Jean Luchaire, « Meilleur climat européen », Notre temps, 26 mars 1933.
  4. Pascal Ory, les collaborateurs, Points/Histoire, Seuil 1976 pp.77-78
  5. Claude Lévy, Les Nouveaux Temps et l'Idéologie de la collaboration, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 1974, p. 224.