Jean Jérôme

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Jean Jérôme
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Biographie
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Solotvyn (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Décès
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Michał FeintuchVoir et modifier les données sur Wikidata
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Jean Jérôme, pseudonyme de Michel Feintuch (12 mars 1906 à Solotvyn (en), Autriche-Hongrie, auj. en Ukraine - 1er mai 1990, en Suisse) est un membre du Parti communiste français, militant internationaliste, responsable de la main-d'œuvre immigrée (MOI) et résistant.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît en Galicie au sein d'une famille juive modeste de neuf enfants, dont quatre meurent en bas âge[1]. Marqué dès le début de sa vie par l'éducation religieuse et un judaïsme militant, il apprend dans les écoles confessionnelles à traduire la Bible de l'hébreu en yiddish. Michel Feintuch commence à travailler très tôt comme petit employé. La guerre de 14-18 est alors terminée, et la Galicie est redevenue polonaise. Michel se syndique rapidement et fréquente le Parti communiste de Pologne clandestin dès sa seizième année. Deux fois arrêté, il ne trouve plus de travail et quitte la Pologne pour échapper au service militaire et à ses bataillons disciplinaires qui attendent inévitablement un militant révolutionnaire.

Il se fixe en Belgique à partir de 1927, manœuvre aux laminoirs Espérance-Longdoz et étudiant à l'université de Liège. Il milite dans la MOI et entre au bureau fédéral du Parti communiste de Belgique où il est chargé de la trésorerie[1]. Expulsé de Belgique en 1929, il passe clandestinement en France. Il travaille d'abord illégalement sur des chantiers puis trouve un emploi de câbleur-monteur dans la « société industrielle du téléphone » dans le XVe arrondissement de Paris[2]. Il est élu au Comité exécutif du Syndicat des métaux CGTU de la région parisienne et, en même temps, milite activement au Parti communiste français, notamment à la section centrale de la MOE, plus tard la MOI. Membre du Bureau national de la main-d'oeuvre immigrée de la CGTU, il est expulsé de France en Belgique en 1931, mais regagne clandestinement la région parisienne. Il restera clandestin de longues années. Il rencontre en 1933 Eugen Fried, le représentant de l'Internationale communiste à Paris.

En 1937, le futur Jean Jérôme est à la direction de la Commission internationale de ravitaillement qui organise les envois d'armes et de vivres aux brigades internationales pendant la guerre d'Espagne. Quand la République d'Espagne s'effondre, les réseaux d'aide à l'effort de guerre des républicains se réorientent vers l'aide aux réfugiés qui arrivaient en France par dizaines de milliers. Selon Thierry Wolton[3], il aurait effectué un stage d'espionnage à Moscou en 1938-1939.

En 1940, il établit la liaison avec Jacques Duclos et participe activement à l'activité de propagande clandestine du Parti communiste[2]. Il s'occupe d'éditer du matériel et de faire paraître l’Humanité clandestine, activité qu'il mène à bien avec son frère Pierre blessé à la guerre d'Espagne[2]. C'est à cette époque que Michel Feintuch prend le pseudonyme de Jean Jérome, qui lui restera jusqu'à la fin de sa vie. L'historien Philippe Robrieux pense que Jean Jérôme a été désigné pour remplacer Ceretti, l'ancien responsable de France-Navigation et de la caisse noire de l'IC, alors rappelé à Moscou, comme Thorez.

En plus de ces responsabilités techniques, Jean Jérôme établit également, de mars à mai 1941, des contacts avec des intellectuels antifascistes. On retrouve Jean Jérôme et ses relations dans les premiers contacts avec les gaullistes.

Pierre Feintuch, son frère, né le 21 novembre 1909 à Solotvyn, et habitant au 40 rue des Boulangers dans le 5e arrondissement de Paris, est déporté par le convoi No. 34, en date du 18 septembre 1942, du Camp de Drancy vers Auschwitz[4],[5],[1].

Jean Jérôme est arrêté en avril 1943, à l'occasion d'un contact avec Betka Brikner (alias Betka Weinraub), une femme qui faisait les liaisons de Louis Gronowski, responsable national de la MOI. Il échappe au transfert à Drancy d'où il devait être déporté comme juif, et est interné pendant seize mois à la prison de la Santé, puis à la prison des Tourelles. Il est libéré le 19 août 1944 et rejoint alors le comité militaire national des FTPF dirigé par Charles Tillon. Alors qu'il est menacé d'expulsion, car il n'a pas la nationalité française, André Blumel annule l'arrêté d'expulsion et Jean Jérôme reçoit la nationalité française en janvier 1947.

Par la suite, Jean Jérôme est un des responsables des finances du Parti communiste et notamment le patron des sociétés commerciales qui travaillent avec les pays d’Europe de l’Est. Il a la confiance des dirigeants du Parti, Maurice Thorez et Jacques Duclos. Il exerce des responsabilités financières nationales et internationales, en liaison avec Gaston Plissonnier[1]. Robrieux, qui voit en Jean Jérôme un personnage troublant, brosse de lui un portrait peu élogieux en ces termes : il « promène partout son visage dur et inquiétant, surmonté de sortes de lorgnons et son regard en vrille qui semble vouloir plonger à l'intérieur de chacun… il apparaît à ceux qui le fréquentent comme un dirigeant de sang-froid, glacial et impitoyable quand il le faut, réaliste, habile, dominateur et sûr de lui, mais aussi comme un homme jovial qui sait se montrer à la fois intéressant dans la conversation et bon compagnon avec ses intimes ». Il a gardé jusqu'à la fin un léger accent qui trahissait ses origines.

Dans la biographie qu'il a remise à Jean Maitron pour le dictionnaire du mouvement ouvrier, Jean Jérôme mentionne des responsabilités qu'il a exercées dans le domaine culturel, telles la reconstitution du Centre de diffusion du livre et de la presse (CDLP), la création des Éditions sociales et d'un réseau de librairies, la reconstitution de la maison de disques Le Chant du Monde et la société cinématographique Cinéfrance. Il avait aussi créé la Bibliothèque marxiste de Paris rassemblant 40 000 volumes[2].

Jean Jérôme meurt en 1990. Ses cendres reposent au Cimetière du Père-Lachaise, à Paris (87ème Division, Colombarium, Case n° 10277).

Dans les années 80, une controverse a lieu entre Philippe Robrieux, présentant Jean Jérôme comme ayant livré le groupe Manouchian pour des raisons liées à la stratégie politique du PCF, et Annie Kriegel et Jean-Jacques Becker, récusant cette accusation.

Décorations[modifier | modifier le code]

Ouvrages autobiographiques[modifier | modifier le code]

  • La part des hommes : souvenirs d'un témoin, Acropole, 1983, 288 pages, (ISBN 2714414907)
  • Les Clandestins (1940-44) : souvenirs d'un témoin, Acropole, 1986, 289 pages, (ISBN 2735700380)[6]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d René Lemarquis, Jean Maitron, Claude Pennetier, « JÉRÔME Jean (JEAN-JÉRÔME) [FEINTUCH Michel dit] Autres pseudonymes : MAREK Jean-Jules, LEBLANC-DUBOIS », sur maitron-en-ligne.univ-paris1.fr (consulté le 13 mars 2018).
  2. a b c et d « Un homme communiste », sur humanite.fr, (consulté le 13 mars 2018).
  3. Thierry Wolton, Le KGB en France, Bernard Grasset, Paris, 1986, p.37
  4. Voir, Klarsfeld, 2012.
  5. Pierre Feintuch est inscrit sur le mur des Noms en tant que Pinkus FEINTUCH, cf. Mémorial de la Shoah
  6. Consultable sur Gallica (les 46 premières pages)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • René Lemarquis, Jean Maitron, Claude Pennetier, Le Dictionnaire Bibliographique du Mouvement Ouvrier Français, Editions Ouvrières.
  • Philippe Robrieux, Histoire Intérieure du Parti Communiste, 4 Tomes (1920-45), Fayard, 1980-84.
    • L'Affaire Manouchian, Fayard, 1986
  • Emmanuel de Chambost, La direction du PCF dans la clandestinité (1941-44), L'Harmattan, 1997
  • Pauline Gallinari, Les communistes et le cinéma. France, de la Libération aux années 60, Rennes, Presses universitaires de Rennes, collection « Histoire », 2015, 299 pages (dans cet ouvrage le rôle de Jean Jérôme comme responsable « prééminent au sein du parti pour tout ce qui touchait au cinéma. » est souligné)
  • Serge Klarsfeld. Le Mémorial de la déportation des Juifs de France. Beate et Serge Klarsfeld: Paris, 1978. Nouvelle édition, mise à jour, avec une liste alphabétique des noms.FFDJF (Fils et Filles des Déportés Juifs de France), 2012.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]