Joseph Darnand

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Joseph Darnand
Image illustrative de l'article Joseph Darnand
Fonctions
Secrétaire d’État à l’Intérieur (Régime de Vichy)
Chef de l'État Philippe Pétain
Gouvernement Laval (6)
Secrétaire-général au Maintien de l’ordre
(Régime de Vichy)
Gouvernement Laval (6)
Biographie
Date de naissance
Date de décès
Joseph Darnand
Naissance
Coligny
Décès (à 48 ans)
Fontenay-aux-Roses
Origine Français
Allégeance Drapeau de la France République française
Drapeau de l'État français État français (Vichy)
Flag of German Reich (1935–1945).svg Troisième Reich
Arme Drapeau de la France Armée de terre
Flag of the collaborationist French Militia.svg Milice française
Flag Schutzstaffel.svg Waffen-SS
Grade 1917 caporal
1917 sergent
1918 adjudant
1921 sous-lieutenant
1939 lieutenant (Armée française)
1943 SS-Obersturmführer
1944 SS-Sturmbannführer
Années de service 1914-19211939-1945
Conflits Première Guerre mondiale
Seconde Guerre mondiale
Commandement Secrétaire général de la Milice française (1943-1944)
Faits d'armes Seconde bataille de Champagne
Bataille de France
Distinctions Médaille militaire
Croix de guerre belge
Officier de la Légion d'honneur
Autres fonctions Secrétaire-général au maintien de l’ordre (État français), 1943-1944
Secrétaire d’État à l’Intérieur (État français), 1944

Aimé-Joseph Darnand est un militaire et homme politique français né à Coligny dans l'Ain le et mort fusillé au fort de Châtillon, à Fontenay-aux-Roses, Seine (actuel département des Hauts-de-Seine), le . Il était une figure majeure de la collaboration française.

Ancien combattant de la Grande Guerre et de 1939-1940, militant d'extrême droite dans l'entre-deux-guerres, soutien actif et précoce du maréchal Pétain et du régime de Vichy, il choisit ensuite la voie d'une totale collaboration avec l'occupant nazi. Il devint ainsi membre honoraire de la SS en 1943. Son principal rôle historique fut d'être le fondateur et dirigeant de la Milice française, organisation paramilitaire de type fasciste, supplétive de la Gestapo et chargée de la traque des résistants, des Juifs et des réfractaires au STO.

Les exactions de ses hommes, concentrées principalement au sud du tracé de la ligne de démarcation[1], valurent à Darnand d'être considéré comme l'une des personnalités les plus jusqu'au-boutistes de la collaboration. Il fut condamné à mort et exécuté après la Libération.

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

« Issu d’une famille modeste de l’Ain dont le père est cheminot, le jeune Joseph Darnand est imprégné des valeurs traditionnelles du catholicisme » indique l'historien Max Lagarrigue[2]. Joseph Darnand est élève de l'école Saint-Louis à Bourg (en Bresse) jusqu'à 11 ans puis d'octobre 1911 à mars 1913 au collège Lamartine de Belley[3]. Il rentre à Coligny[4] et travaille comme boulanger à l'asile psychiatrique de Bourg puis il entre en apprentissage, comme ébéniste[4], chez M. Dumarchy[3].

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Lors de la Première Guerre mondiale, il est incorporé au 35e régiment d'infanterie, le . Il est nommé caporal en , sergent le , enfin adjudant en 1918[4]. Il est plusieurs fois blessé[4] et reçoit six citations dont deux à l'ordre de l'armée pour son courage comme « nettoyeur de tranchées »[5]. Le , son corps franc fait vingt-sept prisonniers au sein d'un état-major de régiment allemand et s'empare de documents essentiels qui permettent de connaître le plan de l'offensive ennemie du [4],[6], qui est vouée à l'échec immédiat grâce au général Gouraud, qui commande la 4e armée[4],[6]. Darnand reçoit la médaille militaire le ,[6] des mains du général Pétain[4], à qui il voue ensuite un attachement sans borne. Le texte de sa citation indique : « Sous-officier d'élite, d'une bravoure hors de pair. […] Le sous-officier Darnand a été, en tout point, un serviteur modèle et un de nos artisans de notre victoire finale. C'est un beau brave[7]. » Pour ce fait d'armes, le général Gouraud lui remet la croix de la Légion d’honneur le , au cours d'une prise d'armes dans la cour des Invalides[8]. Dans une lettre adressée à Maxime Real del Sarte, l'ancien président de la République devenu président du conseil Raymond Poincaré s'excuse de son absence au banquet célébrant le héros qui eut lieu après la cérémonie mais salue en lui « un artisan de la victoire »[9],[10].

En septembre 1919, il s'engage pour deux ans dans l'armée, après un passage dans les troupes d'occupation en Allemagne, il participe à la campagne contre les forces de Kemal Atatürk en Cilicie[4]. Il part en permission libérable en . Il quitte l'armée avec le grade de sous-lieutenant[4].

Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Après une vie quelque peu instable, il entre comme vendeur décorateur à la fabrique de meubles Chaleyssin à Lyon. Il devient ensuite directeur de la succursale niçoise de cette société puis directeur en 1929 de la société des bus du littoral à Nice. Il fonde aussi une société de transports[11],[12],[13]. Il milite d'abord dans le cadre de l’Action française (AF)[11],[14] à partir de 1925, à Lyon puis à Nice, comme commissaire d'AF puis chef des commissaires d'AF de cette ville[15]. Lorsque la section de Nice leur fait savoir en qu'il a reçu la légion d'honneur[7], les chefs de la ligue royaliste décident d'utiliser cette décoration pour leur propagande, alors que l'Action française a été condamnée par le pape en 1926 : ils soulignent son appartenance à la ligue, lui offrent plusieurs fois la « une » de l'Action française, le présentent comme « l'artisan de la victoire »[5], lui font publier un récit de son exploit[16], font venir des militants de la ligue pour l'acclamer lors de la prise d'armes du [17], organisent un banquet à Paris en son honneur[15],[18] auquel prennent part des dirigeants d'associations d'anciens combattants et les chefs de la ligue, dont Charles Maurras, Maxime Réal del Sarte et Maurice Pujo. Darnand y déclare : « En tant que ligueur d'AF, s'il m'est permis d'exprimer dans une pareille journée un regret, c'est d'avoir été décoré au nom du président de la République ! Formulons le vœu qui est au fond de nos cœurs. Puisse bientôt le roi Jean, revenu au trône de ses pères, rendu à la France qu'ils ont faite, décorer ceux qui la maintiennent[9]. »

En , les dirigeants de la ligue lui offrent la présidence d'un meeting à Paris d'anciens combattants, initié par les royalistes, contre la ratification des dettes interalliées[19], auquel prend part le président de l'Union nationale des combattants, Henri Rossignol, et le secrétaire général de l'Association des mutilés de guerre, Edmond Bloch, aux côtés de dirigeants de la ligue, dont son président[20]. Deux jours plus tard, il prend part au défilé organisé sur l'avenue des Champs-Élysées par l'Action française et des associations d'anciens combattants pour protester contre la ratification et contre le Gouvernement ; il porte le drapeau des anciens combattants d'AF et défile à leur tête[21]. En , les chefs de la ligue royaliste lui offrent la présidence de leur association d'anciens combattants, l'Association Marius Plateau, constituée légalement le de cette année[22]. Il quitte cette fonction au cours de l'année 1931[23]. Il semble quitter l'Action française avant 1935, déçu par son manque d'activisme[24].

Il adhère ensuite aux Croix-de-feu et à partir de 1936 au Parti populaire français (PPF)[25],[26], mais il est une nouvelle fois déçu par le manque d'action directe, notamment contre les communistes qu'il déteste[27]. Il conspire contre la République en liaison avec le complot de La Cagoule[28], dont il est le responsable à Nice[11]. Arrêté le [29], il est libéré le [30] et bénéficie d'un non-lieu[11].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

« Au moment de la déclaration de guerre, en septembre 1939, […] il s’engage aussitôt comme combattant volontaire. Il constitue un corps franc et s’illustre encore aux combats[2]. » Il est affecté, comme lieutenant, dans un corps franc de 150 hommes du 24e bataillon de chasseurs de la 29e division, chargé d’actions de commando et de renseignement derrière les lignes ennemies[25]. À la suite d'une mission de renseignement, les [6] et , à Forbach, il est nommé « premier soldat de France » et fait officier de la Légion d’honneur, par le général Georges, pour être retourné chercher aux mains de l'ennemi le corps de son chef et ami, le capitaine Agnely[25]. La couverture de Match[25],[31] du lui est même consacrée[32],[33]. Après de nombreux combats lors de la bataille de France, de la Somme à la Loire[25], il est fait prisonnier le , il parvient à s’évader du camp de Pithiviers en et à rejoindre Nice[25],[2]. Après la Libération, Georges Bernanos dira : « s’il y avait eu plus de Darnand en 1940, il n’y aurait pas eu de miliciens en 1944 »[34].

Pétain et le SOL[modifier | modifier le code]

Après l'arrivée au pouvoir de Pétain, en , Joseph Darnand se rallie à lui sans hésitation, en raison du prestige du maréchal, puis adopte la Révolution nationale[35]. À l’automne 1940, il prend la tête de la nouvelle Légion française des combattants (LFC) dans les Alpes-Maritimes[36],[35], laquelle comptera jusqu'à 70 000 adhérents dans ce département[35]. Après l’ouverture de la LFC aux jeunes partisans du régime qui n’ont jamais combattu, il fonde en , dans son département, un Service d'ordre légionnaire (SOL)[37],[38], où s’introduisent certains éléments du « milieu » niçois. Ce SOL, étendu ultérieurement à toute la zone non occupée (le [38]) et à l’Afrique du Nord, prône la Collaboration active avec l’occupant nazi[37]. Plusieurs chefs et militants des SOL se livrent à des actions brutales contre les adversaires réels ou supposés du régime et déclenchent une vague de délation qui n’épargne ni les autorités civiles, ni les autorités religieuses de l’État français.

Lorsque le commandement national du SOL est attribué à Darnand, en [39], il s’installe à Vichy et il affiche des positions ouvertement collaborationnistes et ultraracistes[40], tout en restant toujours très proche de Pétain[37],[41],[12],[42]. Darnand devient en délégué permanent de la Légion auprès du gouvernement[43].

En , au retour d'un voyage en Pologne à l'invitation des Allemands, il adhère à la LVF[44],[45].

Selon le résistant Claude Bourdet[46], des résistants des Alpes-Maritimes tentèrent en 1940 de convaincre Darnand d'entrer dans la dissidence et de fonder les groupes-francs de la Résistance. Un instant hésitant, Darnand refusa au nom de son allégeance absolue à Pétain. En 1943, dans un moment de négociations difficiles avec Laval et les Allemands, Darnand, un temps découragé, fit quelques sondages en direction de la France libre[47], puis abandonna définitivement toute idée de changer de camp ; selon Jean Lacouture (qui, dans sa biographie de De Gaulle, cite Louis Vallon), à la suite du signalement fait par le BCRA de la demande de Darnand, le général de Gaulle s'y était opposé voilement en ces termes : « Eh quoi ? Si Darquier de Pellepoix se faisait circoncire, il faudrait que je l'accepte, lui aussi[48] ! »

Lors du débarquement allié du en Afrique du Nord, Darnand donne l'ordre aux SOL de résister[49]. La Phalange africaine est créée en Tunisie le sur suggestion des Allemands et Darnand prononce un discours appelant les jeunes Français à s'enrôler pour combattre à leur côté par « patriotisme » pour ne pas « livre[r] les territoires à l'étranger »[49]. Bon nombre des officiers de la Phalange africaine proviennent du SOL[49].

Dans un message aux Français du [50], le maréchal Pétain déclare que les SOL lui « ont donné le témoignage de leur dévouement et de leur dynamisme[50] » et que ceux d'Afrique du Nord, « en versant leur sang pour la Patrie, [lui ont] prouvé que leur fidélité les rendait capables d'aller jusqu'au sacrifice suprême[50] ». En réalité, lors des opérations de , seules quelques dizaines des hommes de Darnand, sur des milliers, se sont battus contre les Alliés à Oran et au Maroc, tandis qu’à Alger les SOL se sont tous laissé capturer sans résistance.

Naissance de la Milice[modifier | modifier le code]

Loi du 30 janvier 1943 portant création de la Milice française, Archives nationales A/1853.
Drapeau de la Milice
L'emblème de la Milice.

Pétain annonce le l’autonomie du SOL et sa transformation en Milice française, sous les ordres de son chef national Darnand[50]. Cela est rendu officiel par une loi[51],[52].

L’autonomie du SOL est décidée pour permettre à Darnand et à ses hommes d’agir, à leur façon[53].

Le , la fondation de la Milice a lieu à Vichy[54] et une cérémonie se déroule le [53]. Laval en est le président officiel[53],[54], mais la gestion courante et la vraie direction reviennent à Darnand[53], son secrétaire général[54],[55]. Le , Pétain s'adresse à la Milice pour lui indiquer qu'« elle devait constituer la force indispensable pour mener la lutte contre les puissances occultes […] et être investie de toutes les missions d'avant-garde, notamment celles relatives au maintien de l'ordre, à la garde des points sensibles du territoire, à la lutte contre le communisme[26]. » Pétain et Laval ne démentiront jamais leur soutien public à la Milice et à ses actes. En , Laval rappelle encore qu'il est « main dans la main avec Darnand » car selon lui, « la démocratie, c'est l'antichambre du bolchevisme ».

Le serment de la Milice mentionne entre autres le combat contre la « lèpre juive »[56],[57]. Le mouvement se voulait à la fois antisémite, anticommuniste, anticapitaliste et révolutionnaire[57]. Selon les historiens Henry Rousso ou Jean-Pierre Azéma, le projet de Darnand et de ses hommes était de faire de la Milice un succédané de parti unique, et à terme l'ossature d'un authentique régime totalitaire. La montée en force de Darnand dans le gouvernement de Vichy, jusque-là avant tout autoritaire et réactionnaire, marque une étape décisive dans la fascisation finale du régime, ainsi que dans sa satellisation par les Allemands[58].

En , Darnand est nommé SS-Frw-Obersturmführer (lieutenant) de la Waffen-SS[59],[60] et il prête serment à Hitler[59],[26],[61], à l'ambassade allemande, rue de Lille, à Paris. Il ne revêtira que rarement l'uniforme SS, notamment pour le serment et quand il se présenta en novembre 1944 au dépôt de Wildflecken de la division SS Charlemagne pour prendre ses fonctions (il sera d'ailleurs refoulé, les autorités allemandes ne voulant pas de politiques). Son engagement chez les SS est suivi par celui de quatorze de ses proches collaborateurs, le [59].

En , Darnand est cosignataire, avec Marcel Déat, Jean Luchaire, Georges Guilbaud et Noël de Tissot d'un « Plan de redressement national français »[62],[63]. Ce programme politique, largement inspiré de celui des nazis, vise à établir un État national-socialiste en France avec création d'un parti unique[63],[62]. Les signataires demandent le remplacement du gouvernement Laval — dont il dénoncent l'inaction contre les communistes[63], les réfractaires au STO[63],[62] ainsi que concernant l'opposition croissante de la population[62] —, principalement par des ultras collaborationnistes, prévoient de renforcer la collaboration avec l'Allemagne dont ils souhaitent la victoire, de participer à la « défense commune du continent », de s'engager à « entreprendre la reconquête des territoires africains » et de revoir dans un sens plus favorable la question de la main-d'œuvre[63]. Ce plan constitue un « violent réquisitoire contre Vichy »[62].

Puis, le , dans un article paru en première page de l'hebdomadaire de la Milice, Combats, sous le titre « Alerte, miliciens ! », Darnand lance un appel à ses hommes à s'engager dans la Waffen-SS, pour lutter contre le « judaïsme triomphant » et « détruire le bolchevisme », ce qui, selon lui, est la façon la plus utile de servir la cause française[59].

Le , à la demande des Allemands, après négociations avec Laval fin , Darnand est nommé par Pétain, qui souhaite sa venue au Gouvernement et a confiance en lui[64], secrétaire-général au Maintien de l’ordre, en remplacement de René Bousquet[65],[66],[67],[68]. En , la Milice est étendue au Nord de la France[69]), et les hommes de main de divers partis collaborationnistes y sont versés[69]. Le , quelques jours après le débarquement allié, son titre ministériel est changé en secrétaire d’État à l’Intérieur[70].

Activité de la Milice[modifier | modifier le code]

Darnand vient à Paris et recherche un logement confortable. Il jette son dévolu sur un appartement du 16e arrondissement, dans un immeuble appartenant à la famille juive Schwob d’Héricourt, dont les occupants légitimes, y compris leurs petits-enfants, sont contraints de se cacher.

La Milice française, que Darnand qualifie de « nouvelle chevalerie », et qui, depuis , est armée[64], mène une série d'actions violentes[1] : comme supplétifs des Allemands, ils luttent contre la Résistance[71],[1],[72] et participent à la liquidation des maquis des Glières[73],[71],[1],[74]. Déstabilisés par leur impopularité auprès de la nette majorité des Français, les miliciens redoublent d'extrémisme[1]. Les immeubles de la Milice, à commencer par le Petit Casino de Vichy[75], deviennent des lieux de torture systématique. Les miliciens pratiquent également la délation, contribuent à l'organisation des rafles, et se livrent parfois à d'authentiques massacres, ainsi à Saint-Amand-Montrond () où plus de 80 cadavres de civils seront retirés d'un puits. Contre les résistants, Darnand institue fin aussi des cours martiales, où aucune garantie élémentaire du droit n'est respectée[76],[77]. Elles se chargeront notamment de condamner à mort et de faire exécuter les révoltés de la prison centrale d'Eysses (), à qui la vie sauve avait été promise en échange de leur reddition[78].

Au début de 1944, les miliciens fusillent aussi près de Lyon les octogénaires Victor Basch et sa femme Hélène Basch, faisant payer à l'ancien président de la Ligue des droits de l'homme des décennies de dreyfusisme et de militantisme républicain, ainsi que ses origines juives. Les hommes de Darnand s’engagent dans la chasse aux Juifs, et dans l’assassinat des hommes politiques, qui, comme Jean Zay[79],[80], Georges Mandel[81],[80] et Maurice Sarraut, ont tenté de s’opposer à l'Allemagne nazie. Les miliciens se livrent également à des exécutions sommaires[82] : à la suite de l’assassinat par la résistance du secrétaire d'État de l'Information et de la Propagande Philippe Henriot, le [83], des membres de la Milice sillonnent en voiture les rues de Châteauroux en tirant au hasard sur les passants. À Rillieux-la-Pape, Paul Touvier fait fusiller arbitrairement sept Juifs[84] et le chef milicien Joannès Clavier fait fusiller sept autres personnes à Mâcon[84]. Ces actions sont désavouées par Laval qui, craignant les réactions de l'opinion publique très largement acquise aux Alliés et à la Résistance, réprimande Darnand ; Clavier est emprisonné brièvement à la prison Montluc[84], il sera condamné à mort en 1945 et fusillé[85].

Manquant d'hommes, Darnand ne disposera jamais de plus de 30 000[72] à 34 000 militants[71], dont à l'automne 1943 environ 10 000 combattants armés, actifs sur le terrain[86]. Aussi se montre-t-il peu regardant sur le recrutement : des jeunes gens qui cherchent à échapper au STO, mais aussi des d'aventuriers, des repris de justice ou criminels de droit commun. Les exactions politiques des miliciens se doublent ainsi de nombreux vols, cambriolages, rackets, extorsions de fonds, voies de faits sur la voie publique ou contre des fonctionnaires, qui achèvent de discréditer totalement la Milice dans la population[1].

Le , Pétain, dans une lettre à Laval, finit par s'inquiéter des exactions de la Milice, tout en reconnaissant son rôle essentiel dans la collaboration avec la police allemande[87],[88]. Laval transmet cette lettre à Darnand qui répond à Pétain : « Pendant quatre ans j'ai reçu vos compliments et vos félicitations. Vous m'avez encouragé. Et aujourd'hui, parce que les Américains sont aux portes de Paris, vous commencez à me dire que je vais être la tache de l'Histoire de France ? […] On aurait pu s'y prendre plus tôt[89],[88]. »

Fuite en Allemagne[modifier | modifier le code]

À la Libération, les miliciens prennent le chemin de l’Allemagne. Darnand participe à Sigmaringen au gouvernement en exil de la France vichyste[90], chargé de « l'Intérieur », puis tente avec Doriot et Déat de créer un « Comité de libération française »[91] qui ne voit pas le jour en raison de la mort de Doriot, le , victime d'une attaque aérienne[92].

Les miliciens sont ensuite affectés à la Waffen SS (division Charlemagne). Mais Darnand doit en abandonner le commandement à un officier supérieur allemand. Il repart bientôt sur le terrain, en République sociale italienne, faire la chasse aux partisans[93]. Là, il est reçu villa Bianca à Fasano par Georges Guilbaud, ministre plénipotentiaire en Italie, et sa femme Maud[94]. Il est arrêté le par les Britanniques, et remis aux autorités françaises.

Condamnation à mort[modifier | modifier le code]

Transféré en France, Darnand est jugé et condamné à mort[95] le par la Haute Cour de justice. Il est exécuté le [96],[97], au fort de Châtillon. Lors de sa détention, il eut pour aumônier son ancien subalterne des corps francs, le RP Bruckberger, qui avait opté pour la Résistance. Ce dernier a écrit un opuscule dans lequel il décrit la conversion de Darnand, mort en paix et muni des sacrements[98]. Au moment de l'exécution, Darnand a entonné le refrain du chant des cohortes (composé pour le SOL et repris par la Milice) : « À genoux, nous fîmes le serment, de mourir en chantant, s'il le faut, pour la France nouvelle ».

Famille[modifier | modifier le code]

Le , il épouse Antoinette Foucachon (1899-1994), la nièce de M. Descher qui lui donnera deux enfants : une fille qui mourut en bas âge et un fils, Jean-Philippe[3] lui-même membre de l'Avant-garde puis speaker à Radio-Vatican, professeur de français à Tucuman en Argentine, ingénieur à Cologne, en Allemagne[74] et enfin résident espagnol à Tarragona où il épousa Ursula.

Le neveu de Joseph Darnand, Robert Darnand, était résistant et a été déporté à Neuengamme.

Sa nièce, Jeanne Brevet, a épousé Henry Charbonneau puis Léon Degrelle.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Ferro 1987, p. 534-539.
  2. a, b et c Max Lagarrigue, « Joseph Darnand, un zélé collaborateur », arkheia-revue.org.
  3. a, b et c Daniel Laurent et Roger Lenevette, « La Milice », histoquiz-contemporain.com.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h et i Brissaud 1965, p. 108-114.
  5. a et b « Joseph Darnand, artisan de la victoire », L'Action française, 7 avril 1927, textes de ses citations.
  6. a, b, c et d Ferro 1987, p. 532.
  7. a et b « Un artisan de la victoire. Joseph Darnand, commissaire d'Action française, chevalier de la Légion d'honneur », L'Action française, 28 février 1927.
  8. Il n'est pas le seul à être décoré ce jour-là ; certains journaux le mettent néanmoins en avant : « La Légion d'honneur à un héros », Le Gaulois, 6 avril 1927 ; Binet-Valmer (président de la Ligue des chefs de section), « Un artisan de la victoire », Le Journal, 4 avril 1927 (qui cite le rapport de son lieutenant de 1918), p. 1-2 (photographie de Darnand en civil) ; « Prise d'armes aux Invalides – Des braves reçoivent la croix », Le Matin, 8 avril 1927 (photographie de Darnand recevant la croix de la Légion d'honneur).
  9. a et b « La journée du patriotisme français – À la gloire de Joseph Darnand, artisan de la victoire », L'Action française, 8 avril 1927, p. 1-2.
  10. Jean Mabire, La Division Charlemagne, J. Grancher, 1998, p. 48.
  11. a, b, c et d Brissaud 1965, p. 114-116.
  12. a et b Ferro 1987, p. 226.
  13. Michel Germain, Histoire de la Milice et des forces du maintien de l'ordre en Haute-Savoie, La Fontaine de Siloé, 1997, p. 16-17.
  14. Gisèle et Serge Berstein, Dictionnaire historique de la France contemporaine, t. I : 1870-1945, Éditions Complexe, 1995 (ISBN 2870275498 et 978-2870275498) [présentation en ligne].
  15. a et b « Un banquet à Joseph Darnand, « artisan de la victoire» , commissaire d'Action française », L'Action française, 31 mars 1927.
  16. « Le coup de main historique du 14 juillet 1918 – Un récit de Joseph Darnand », L'Action française, 6 avril 1927, p. 1.
  17. « Une lettre de Joseph Darnand à La Croix », L'Action française, 15 avril 1927.
  18. « Le banquet de Joseph Darnand, artisan de la victoire », L'Action française, 5 avril 1927.
  19. Pour le gouvernement Raymond Poincaré, il s'agissait de ratifier les accords (en) Mellon-Bérenger () et Caillaux-Churchill (), auxquels s'étaient opposés les anciens combattants, afin de faciliter les négociations dans le cadre du plan Young. Ils le furent finalement en .
  20. « Une manifestation d'anciens combattants », Journal des débats, 23 juin 1929, p. 3 ; « Ne ratifions pas », L'Action française, 21 juin 1929 ; « Au crique de Paris – Le refus de l'esclavage – Dix mille combattants, à la réunion de l'Association Marius Plateau, s'engagent à ne jamais lier la France par de prétendues dettes de guerre », L'Action française, 22 juin 1929 ; « La vie et l'activité de l'AF », Almanach de l'Action française, 1930, p. 328-329.
  21. « Contre la ratification – La protestation des combattants », L'Action française, 24 juin 1929, p. 1-2 (10 000 manifestants dont des parlementaires selon l'AF) ; « Contre la ratification des dettes – La manifestation des anciens combattants », Journal des débats, 24 juin 1929 (entre 2 300 et 3 000 manifestants selon les autorités, dont 1 100 membres de l'AF, 240 Croix-de-feu et 650 camelots du roi).
  22. « L'association Marius Plateau – Anciens combattants d'Action française », Almanach de l'Action française, 1931, p. 499-500 (composition du comité directeur p. 500 ; « Le service funèbre à la mémoire de Marius Plateau », L'Action française, 23 janvier 1930 (il est absent des cérémonies de Paris commémorant l'assassinat de Marius Plateau) ; « XVIIe congrès d'Action française – L'Association Marius Plateau », L'Action française, 7 décembre 1930 (cité comme président mais absent au congrès). Il n'a donc pas quitté l'Action française en 1928 et n'a pas été le chef des Camelots pour toute la Provence, comme on peut le lire parfois, notamment dans Michel Germain, Histoire de la Milice et des forces du maintien de l'ordre en Haute-Savoie,op. cit., p. 17.
  23. Il est remplacé par Georges Gaudy.
  24. Gérard Gaudin, « L'Action française en Provence », dans Michel Leymarie, Jacques Prévotat, L'Action française : culture, société, politique, Éditions du Septentrion, 2008, p. 265-266.
  25. a, b, c, d, e et f Brissaud 1965, p. 116-119.
  26. a, b et c Ferro 1987, p. 533.
  27. Michèle Cointet, La Milice française, Fayard, 2013.
  28. Ferro 1987, p. 533, 625.
  29. « Des inculpés de l'affaire CSAR ont été interrogés », Le Matin, 29 juillet 1938 ; « L'affaire du CSAR », Le Journal, 29 juillet 1938 ; « Le complot du CSAR », Le Populaire, 29 juillet 1938 ; « Un héros de la guerre en prison », Le Mutilé de l'Algérie, 13 novembre 1938.
  30. « Le CSAR », L'Ouest-Éclair, 18 décembre 1938.
  31. Ancien titre de Paris Match.
  32. Dominique Venner, La Nouvelle Revue d’histoire, mars 2010, no 47, p. 30.
  33. Couverture de Match du 21 mars 1940, voir aussi : « « Le magazine MATCH – Couvertures de MATCH 1938-1940 », sur le site chevallet.eu.
  34. Dominique Venner, Histoire de la Collaboration, Pygmalion, 2000, p. 84.
  35. a, b et c Brissaud 1965, p. 119-121.
  36. « Les présidents départementaux de la Légion sont désignés », Le Journal, 20 octobre 1940.
  37. a, b et c Brissaud 1965, p. 122-124.
  38. a et b Ferro 1987, p. 225.
  39. Ferro 1987, p. 225-226, 532.
  40. Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, éd. Perrin, Paris, 1997 ; rééd. Perrin, coll. « Tempus », 2000 et 2004, 374 p. (ISBN 978-2-262-02229-7), p. 184.
  41. Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, op. cit., p. 141.
  42. « Journées légionnaires de Nice », Vice-présidence du Conseil – Informations générales, 23 février 1942 ; « L'investiture des SOL à Marseille », La Croix, 6 octobre 1942.
  43. « Nomination du délégué permanent de la Légion », État français – Informations générales, 11 août 1942.
  44. Brissaud 1965, p. 124-126.
  45. Ferro 1987, p. 532-533.
  46. Claude Bourdet, L'Aventure incertaine - De la Résistance à la Restauration, Stock, 1975.
  47. Brissaud 1965, p. 135-136.
  48. Jean Lacouture, Charles de Gaulle, I. Le rebelle 1890-1944, Paris, Le Seuil, 1984 (ISBN 2-02-006968-7), p. 757.
  49. a, b et c Brissaud 1965, p. 126.
  50. a, b, c et d Philippe Pétain, Discours aux Français, , Paris, Albin Michel, 420 p. (ISBN 978-2-226-03867-8), p. 296.
  51. Brissaud 1965, p. 127.
  52. Journal officiel du 31 janvier 1943, no 27, p. 260.
  53. a, b, c et d Brissaud 1965, p. 127-128.
  54. a, b et c Ferro 1987, p. 408.
  55. « Création de la Milice française – Nomination du secrétaire général », État français – Informations générales, 9 février 1943.
  56. Brissaud 1965, p. 562.
  57. a et b Ferro 1987, p. 408-409.
  58. Selon Robert Paxton et Stanley Hoffmann.
  59. a, b, c et d Brissaud 1965, p. 136-139.
  60. De nombreuses sources, même sérieuses, citent à tort qu'il reçut le grade Sturmbannführer (commandant), en réalité il ne recevra ce grade que le .
  61. Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, op. cit., p. 110.
  62. a, b, c, d et e Ferro 1987, p. 483-484.
  63. a, b, c, d et e Brissaud 1965, p. 80-86.
  64. a et b Ferro 1987, p. 534.
  65. Brissaud 1965, p. 227-228, 231-232, 235 et 267-268.
  66. Robert O. Paxton, La France de Vichy 1940-1944 (préface de Stanley Hoffmann, traduction Claude Bertrand), Éditions du Seuil, 1973 ; rééd. 1997 ; réimp. Seuil, coll. « Points Histoire », novembre 1999, 475 p. (ISBN 978-2-02-039210-5), p. 294-295 et 310.
  67. Ferro 1987, p. 523, 530-531, 534.
  68. Cette nomination est actée officiellement le , par décret publié au Journal officiel du (André Brissaud, La Dernière année de Vichy, op. cit., p. 267).
  69. a et b Brissaud 1965, p. 273-274.
  70. Brissaud 1965, p. 408.
  71. a, b et c Robert O. Paxton, La France de Vichy 1940-1944, op. cit., p. 349-350.
  72. a et b Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, op. cit., p. 114.
  73. Brissaud 1965, p. 306-313.
  74. a et b Éric Conan, « La cavale des maudits », 12 août 1993, sur le site lexpress.fr.
  75. Brissaud 1965, p. 314.
  76. Brissaud 1965, p. 270-273.
  77. Une loi du avait autorisé Darnand à constituer des cours martiales sommaires (il n'y avait ni procureur ni avocats) : trois juges, tous miliciens, siégeaient anonymement et prononçaient en quelques minutes des condamnations à mort exécutables immédiatement.
  78. Brissaud 1965, p. 274-275.
  79. Brissaud 1965, p. 415-417.
  80. a et b Ferro 1987, p. 570-572.
  81. Brissaud 1965, p. 428-438.
  82. Ferro 1987, p. 134.
  83. Brissaud 1965, p. 417-423.
  84. a, b et c Éric Conan, Henry Rousso, Vichy, un passé qui ne passe pas, éd. Fayard, Paris, 1994 ; nouvelle édition Gallimard, coll. « Folio histoire », Paris, 1996, 513 p. (ISBN 2-07-032900-3 et 978-2070329007), p. 210-212.
  85. André Brissaud, La Dernière année de Vichy, op. cit., p. 438
    Dans cet ouvrage le nom du chef milicien est orthographié « Clavies ».
  86. Pascal Ory, Les Collaborateurs 1940-1945, Seuil, 1976, p. 250.
  87. Ferro 1987, p. 567-570, 572-573.
  88. a et b Éric Conan, Henry Rousso, Vichy, un passé qui ne passe pas, op. cit., p. 215.
  89. Ferro 1987, p. 574.
  90. Ferro 1987, p. 601, 603-604.
  91. Ferro 1987, p. 608-609.
  92. Ferro 1987, p. 609.
  93. Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, op. cit., p. 317.
  94. Maud de Belleroche, Le Ballet des crabes, Paris, Filipacchi, 1975, p. 41, 107.
  95. Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, op. cit., p. 332.
  96. Robert O. Paxton, La France de Vichy 1940-1944, op. cit., p. 400.
  97. Son procès fait l'objet d'un long chapitre du livre de l'historien Roger Maudhuy, Les Grands procès de la Collaboration (Lucien Souny).
  98. Hugues,Vieil, La Mort en Chantant, éditions Picolly,‎ .
  99. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Ici Londres, 1940-1944 – Le monde en feu, 8 décembre 1941-7 novembre 1942, Documentation française, 1976, vol. 2, p. 182.
  100. Hugues Viel, Darnand, la mort en chantant, éditions de la Toison d'Or,‎ (réimpr. 1996).
  101. Gérard Chauvy, Histoire sombre de la milice – Le dossier de la phalange maudite de la France de 1943, Ixelles Éditions, 2012, p. 15.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]