Abel Hermant

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Abel Hermant
Abel Hermant 1921.jpg
Abel Hermant en 1921
Biographie
Naissance
Décès
(à 88 ans)
ChantillyVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Antoine Joseph Abel Hermant
Surnoms
La Belle Hermant
La Belle au Bois d’HermantVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
LancelotVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
française
Formation
Activités
Conjoint
Georgette Charpentier (d) (de à )Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Membre de
Condamnation
Distinction

Abel Hermant, né le à Paris 8e et mort le à Chantilly[1], est un écrivain et dramaturge français.

Son œuvre est abondante et comporte plus de 150 romans, 11 pièces de théâtre, de nombreux essais et de très nombreux articles parus dans les journaux comme Le Figaro, Le Temps, Paris-Midi ou Le Matin.

Il est reçu à l’Académie française en 1927, après six candidatures malheureuses. Il en exclu en 1945 lors de sa condamnation pour faits de collaboration.

Biographie[modifier | modifier le code]

Abel Hermant qui pouvait se vanter d’être un vrai parisien – trois générations d’Hermant l’ayant précédé dans la capitale – appartenait, par sa naissance, à la haute-bourgeoisie. Il est le fils de l’architecte Achille Hermant, le demi-frère de l’architecte Jacques Hermant et le frère du musicien Pierre Hermant (1869-1928)[2]. Par sa grand-mère paternelle, Geneviève Redouté, il se vantait aussi de compter dans sa famille les peintres Henri Joseph Redouté et Pierre Joseph Redouté.

Élève brillant au lycée Bonaparte (devenu lycée Fontanes puis Condorcet), premier prix de dissertation française au concours général, il fut reçu premier à l’École Normale où il eut pour amis et condisciples Jean Jaurès et René Doumic. Tel « un prêtre désabusé qui a perdu la foi, au moment de recevoir les ordres », il découvrit très vite qu’il n’avait pas la vocation de l’enseignement et démissionna.

Carrière littéraire[modifier | modifier le code]

Invité à Champrosay par Alphonse Daudet dont il avait fait la connaissance, il y rencontra entre autres les frères Goncourt, Émile Zola et Joris-Karl Huysmans. Il fréquenta le fameux « Grenier » des Goncourt, fut reçu par Émile Zola à Médan et figura en bonne place parmi les invités du salon de madame Charpentier, épouse de l’éditeur Georges Charpentier où il rencontra sa future épouse, Georgette Charpentier qui figure dans le tableau de Renoir Madame Georges Charpentier et ses enfants [3]

Léon Daudet qui croisa Abel Hermant chez son père, fit du futur académicien français sa tête de Turc : c’est à lui que nous devons les surnoms de « Bebel », « Coin-coin », « le Canard de Vaucansson », « La Belle Hermant ». Ce dernier surnom fut transformé pour l’un des amis souvent croisé dans les salons parisiens aux côtés d’Abel Hermant, Constantin de Brancovan, qui fut surnommé « La Belle au bras d’Hermant ». 

Le premier ouvrage publié par Abel Hermant est un volume de vers, Les Mépris (1883). Suivirent M. Rabosson (1884), La Mission de Cruchod (Jean-Baptiste) (1885), Nathalie Madoré (1888), et le Cavalier Miserey (1887) qui obtint un succès de scandale et lança véritablement Abel Hermant. Le roman, inspiré de l'expérience du service militaire effectué par l’auteur en 1884 au 12e régiment des chasseurs à cheval à Rouen, raconte l'histoire d'une jeune engagé (Miserey), issu d'un milieu simple, fils d'un père qui fut un temps militaire et termina sous-lieutenant dans ce régiment. D'abord peu sensible à l'ordre militaire, le jeune Miserey finit par s'y habituer puis aimer jusqu'à se faire remarquer et recevoir les galons de brigadier (équivalent de caporal dans la cavalerie). Mais il est aussi remarqué par la maîtresse de son capitaine, aux avances de laquelle il finit par céder... S'enfuyant avec elle une journée, il finit par revenir au quartier avant d'être porté comme déserteur. Mais l'expérience est cruelle : il est devenu un mauvais militaire et a perdu la femme qui lui a fait connaître l'amour. Ayant en outre volé à la caserne, il est dégradé, chassé de l'armée et remis aux gendarmes. A côté de l'intrigue amoureuse, la description des officiers et sous-officiers du régiment est rarement flatteuse... Ainsi, dans une époque où l'armée est sacralisée dans l'espoir de prendre la revanche de 1870, les réactions sont très vives contre un ouvrage écrit par un "jeune impertinent" (l'auteur a 25 ans) perçu comme antimilitariste plus qu'immoral. Un capitaine de ce régiment fit brûler le livre sur un tas de fumier et Abel Hermant fut provoqué en duel. L’intervention de ses amis du Grenier des Goncourt mit un terme à ce qui aurait pu être une interminable succession de duels. Hermant trouva tout de même des défenseurs, dont un capitaine qui deviendra maréchal de France et qui aidera son entrée à l’Académie française : Hubert Lyautey. Finalement, le scandale permit à l'ouvrage de connaître le succès : dès 1888, Alphonse Piaget réalise une très belle édition illustrée (dédiée à Madame Georges Charpentier) par Louis Vallet (avec un portrait de l'auteur réalisé par Jacques-Emile Blanche et la reproduction de l'affiche réalisée par Eugène Grasset) ; en 1901 c'est Ollendorff qui réalise une nouvelle édition illustrée par Pierre-Georges Jeanniot. Arthème Fayard publia le roman dans sa collection Modern tandis que paraît en 1925 chez Albin Michel une "édition définitive".

Après ces premiers succès que la critique range sous l’étiquette naturaliste, Abel Hermant s'orienta vers le roman d’analyse psychologique et la peinture ironique des mœurs de la Belle Époque. Les milieux aristocratiques et les milieux cosmopolites furent la cible de son regard acéré. Les Transatlantiques (1897), roman "dialogué" qui décrit les Anglo-saxons empruntant régulièrement les paquebots pour la traversée entre l’Europe et les Amériques, compte parmi ses plus grands succès. En comparaison, l’adaptation théâtrale de ce roman fut un « four ». D’une manière générale, Abel Hermant ne connut pas au théâtre le succès qu’il eut dans l’édition. Une de ses premières pièces, La Meute (1896), lui valut un duel au pistolet avec le prince de Sagan[4], et la retouche qu’il fit, par courtoisie, à cette pièce, le duel accompli, fut sifflée et connut un échec cuisant.

Après son élection à l’académie française en 1927 au fauteuil de René Boylesve[5], Abel Hermant fut l’un des plus actifs artisans du Dictionnaire de l’Académie. La grammaire et les questions langagières lui étaient chères comme le démontrent ses chroniques de bon langage dans Le Temps, puis dans Le Figaro écrites sous le pseudonyme de Lancelot (en référence à Claude Lancelot, auteur de la Grammaire de Port-Royal).

Il rédigea également l'argument du ballet d'Albert Roussel Bacchus et Ariane (1930).

Dans son discours de réception à l’Académie française[6], le bâtonnier Henri Robert souligna que les livres d’Abel Hermant occupaient dans sa bibliothèque huit fois plus de place que les mémoires de Saint-Simon.

Choix politiques et condamnation[modifier | modifier le code]

Abel Hermant fut presque toute sa vie un anglophile avéré et revendiqué. C’est la raison pour laquelle il fut choisi pour rédiger les dialogues du film Entente cordiale, tourné par Marcel l’Herbier en 1939, film destiné à raviver la flamme des relations entre la France et l’Angleterre sur la base d’un ennemi commun. Il fumait ses cigarettes américaines avec un porte-cigarettes Dunhill, assistait aux courses d’Epsom à Paris habillé à l’anglaise et effectuait chaque année un séjour à Oxford. À Oxford, il affectionnait le Parson’s Pleasure, un lieu de baignade interdit aux femmes et où les étudiants ainsi que toute l’aristocratie anglaise pouvait venir se baigner nus dans le Cherwell. À Paris, il pratiquait le crawl notamment dans la piscine de l’Automobile Club et fit de nombreux adeptes à ce sport.

Abel Hermant  fut aussi un germanophobe modéré, ainsi que l’atteste son portrait peu sympathique de l’Allemand Lembach dans son cycle D’une guerre à l’autre guerre (1919-1921).

Tour changea, en 1940, avec le retrait des troupes britanniques du sol français à Dunkerque, décision unilatérale qui empêchait une controffensive française. Abel Hermant ne pardonna pas aux Anglais ce qu’il tint pour une trahison. Il fut aussi sensible à la relative et apparente bienveillance des autorités allemandes à l’égard des Parisiens[7]. On lui proposa la direction d’un journal, qu’il déclina, mais il accepta d’écrire des articles qui furent jugés favorables à l’occupation allemande.

Emprisonné à l'âge de 82 ans, il fut condamné le 15 décembre 1945 à la détention perpétuelle pour « intelligence avec l'ennemi ayant favorisé ses entreprises dans le pays », et, en conséquence, conformément à l'ordonnance du 26 décembre 1944, fut radié de l'Académie française. Son fauteuil, comme celui d'Abel Bonnard, – à l'inverse de ceux de Philippe Pétain et de Charles Maurras – fut pourvu de son vivant. En raison de sa condamnation, Abel Hermant fut également radié de la Légion d'honneur, lui qui avait été élevé au grade de commandeur[8] en février 1920.

Il bénéficia d’une remise de peine pour raison de santé en 1948, et fut hébergé à l'hospice Condé géré par l'Institut à Chantilly. En prison, il avait repris ses études du grec ancien, langue qui lui était chère en raison de son admiration de Platon, et une langue qu'il dit être parvenu à manier aussi bien que le latin et le français ; il rédigea aussi ses mémoires : Le Treizième Cahier : rêveries et souvenirs d'un philosophe proscrit (1949). Selon le témoignage de Simon Arbellot qui lui rendit visite en 1950, sa misère en fin de vie fut adoucie par la considération que lui portaient les vieillards de l'hospice ainsi que les habitants de Chantilly[9].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Après des fiançailles célébrées le 4 septembre dans la résidence secondaire des Charpentier nommée le Paradou, à Royan (Charente-Maritime)[10], il épousa, le 26 novembre 1888, la fille de l'éditeur Georges Charpentier, Georgette Charpentier (1872-1945)[11], alors âgée de 16 ans. Les témoins du mariage religieux célébré en l'église Saint-Thomas d'Aquin furent Alphonse Daudet, Edmond de Goncourt, Émile Zola et Théodore de Banville. Jeanne Hugo fit la quête durant la cérémonie.

Le couple divorça en 1892[12], deux ans après la mort, à l’âge de 28 jours, le 20 janvier 1890[13], de leur fils unique, Marcel Jean-Georges Abel Hermant. Cette mort dramatique encouragea madame Charpentier à fonder la pouponnière de Porchefontaine, avec le dessein de lutter contre la mortalité infantile[14].

La réputation d’homosexualité qu'acquit par la suite Abel Hermant alla grandissant dans les salons parisiens. Elle est attestée par des témoignages de ses contemporains comme par son œuvre elle-même.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Proses[modifier | modifier le code]

  • Les Mépris, .
  • M. Rabosson (l'éducation universitaire), .
  • La Mission de Cruchod (Jean-Baptiste), .
    Réédité en 2014 sous le titre Une folle amitié de collégien.
  • Le Cavalier Miserey, .
    Rééditions illustrées en 1888 par Louis Vallet et en 1901 par Pierre Georges Jeanniot.
  • Nathalie Madoré, .
  • Ermeline - 1796, --.
  • Amour de tête, .
  • Cœurs à part, .
  • Les Confidences d’une aïeule, .
  • Le Disciple aimé, .
    Version remaniée de La Mission de Cruchod (Jean-Baptiste).
  • Le Frisson de Paris, .
  • Les Transatlantiques, .
  • Confession d'un homme d'aujourd'hui – Mémoires pour servir à l’histoire de la société, -.
  • Les Affranchis, .
  • Mémoires pour servir à l'histoire de la société. Chronique du cadet de Coutras, .
  • Le Premier Pas, nouvelles, .
  • La Fameuse Comédienne, .
  • Le Cycle de Lord Chelsea, , œuvre sur le procès d'Oscar Wilde
  • Xavier ou Les entretiens sur la grammaire française, .
  • Les Fortunes de Ludmilla, .
  • Les Confidences d'une biche, .
  • Camille aux cheveux courts, .
  • Le Nouvel Anacharsis. Promenade au jardin des lettres grecques, .
  • Affaires de cœur, avec Abel Bonnard, Colette et Paul Morand, .
  • Poppée, l'Amante de l'Antéchrist, , Pardès, Collection Destins de femmes dirigée par Jacqueline Kelen
  • Défense de la langue française - Lancelot 1937, , Paris, Editions de la nouvelle Revue Critique (recueil d'articles publiés dans le Figaro sous le pseudonyme de Lancelot)
  • Une vie, trois guerres - Témoignages et souvenirs, Paris, Pierre Lagrange, , 263 p.
  • Le Treizième Cahier : rêveries et souvenirs d'un philosophe proscrit, .

Théâtre[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives de Paris 8e, acte de naissance no 163, année 1862 (avec mention marginale de décès)
  2. Jean-Claude Féray, Les deux beaux soucis d’Abel Hermant : la carrière littéraire et la langue française., Paris, Quintes-feuilles., , 245 p. (ISBN 978-2-9532885-8-2), Postface à Abel Hermant Une folle amitié de collégien, pp. 215-231.
  3. (en) « Madame charpentier et ses enfants », sur Metropolitan Museum of Art.
  4. Jean-claude Féray, « L’événement mondain, littéraire et très parisien de l’année 1896 : le duel au pistolet entre le prince de Sagan et Abel Hermant. », Bulletin trimestriel Quintes-feuilles n°12,‎ , p. 11-13 (lire en ligne)
  5. « Discours de réception d'Abel Hermant », sur Académie française,
  6. « Réponse au discours de M. Abel Hermant », sur Académie française, (consulté le 28 novembre 2018)
  7. Paul Sérant, Dictionnaire des Écrivains français sous l’occupation, Paris, Grancher, , 348 p. (ISBN 2-7339-0788-3), p. 196-198
  8. André Lang, « La promotion rouge. M. Abel Hermant commandeur de la Légion d'honneur. », Comœdia,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  9. Simon Arbellot, « À propos de son centenaire : une lettre inédite d'Abel Hermant », Écrits de Paris,‎ , p. 85-96
  10. . « Biographie d'Abel Hermant », sur la Cyber-Gazette du pays royannais (consulté le 28 juin 2010)
  11. Acte n° 726 des registres de mariage du 7e arrondissement de Paris.
  12. Acte des archives de l’État-civil de Paris n°175 du 20 mars 1893, entérinant la décision du tribunal civil de la seine en date du 17 novembre 1892.
  13. Acte n° 246 du registre des décès du 7e arrondissement. (Acte n° 1754 pour la naissance, le 22 décembre 1889, dans le 7e arrondissement de Paris.)
  14. Virginie Meyer, « Georges Charpentier (1846-1905) : figure d’éditeur », Rapport d’étape du diplôme de Conservateur des bibliothèques,‎ , p. 75 (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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