Marianne Cohn

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Marianne Cohn
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Autres informations
Lieu de détention
Marianne Cohn plaque Yad Vashem.jpg
plaque commémorative

Marianne Cohn est une résistante[1] allemande, née le à Mannheim et morte massacrée le à Ville-la-Grand en Haute-Savoie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille, enfance et adolescence[modifier | modifier le code]

Allemagne[modifier | modifier le code]

Son père Alfred Cohn (1892-1954) et sa mère Margarete, née Radt (1891-1979) se sont mariés le 22 mars 1921, leurs vies sont étroitement liées à celle de Walter Benjamin.[2]. Alfred étant son meilleur ami et un camarade d'école[3],[4],[5]. Margarete s'était d'ailleurs fiancée avec le philosophe en juillet 1914, juste avant le début de la guerre[6].

Marianne Cohn est née le 17 septembre 1922 à Mannheim. Elle y passe son enfance et y est scolarisée avec sa soeur Lisa, née le 19 avril 1924, dans un jardin d'enfants Montessori. La famille vit depuis 1928 à Berlin-Tempelhof. Son père a dû arrêter ses études d'histoire de l'art pour des raisons économiques et travaille à Berlin en tant que commis de commerce. Puis il travaille pour le fabricant de pompes Borsig-Hall GmbH  jusqu'en 1931, et est ensuite engagé en tant que directeur par la fonderie et fabrique de machines « C. Henry Hall, Nachfolger Carl Eichler GmbH » implantée à Fürstenwalde[7] et en devient copropriétaire.

Sa mère Margarete est économiste de formation ; en 1932 elle publie un livre sur des enfants placés à Berlin : une enquête dans quatre quartiers de la capitale sur les raisons de ces placements. On peut penser que Margarete Cohn a eu une influence sur Marianne quant à son implication plus tard dans le travail social pour les enfants juifs.

Au printemps 1933, peu de temps après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler et du NSDAP, Carl Eichler est arrêté pour "raisons politiques" et interné à Oranienburg. Alfred Cohn craint que cela ne lui arrive également, il lui est donc indiqué de quitter l'Allemagne. Il cherche alors du travail en Tchécoslovaquie, puis à Paris, sans succès.

D'octobre 1932 jusqu'à l'émigration de la famille en 1934, Marianne fréquente un lycée dans la Ringstrasse de Berlin-Mariendorf. Son certificat de fin d'études du 28 mars 1934 révèle une bonne élève, elle reçoit une mention « très bien » en musique ainsi que pour son comportement. Ses performances en allemand, géographie, mathématiques, biologie, couture sont jugées « bonnes ». Il en est de même pour le français ; ce qui lui sera vite d'une grande utilité. En éducation physique et en écriture ses notes sont « suffisantes », mais malgré tout sa participation aux cours est « assidue ».

Pour ce qui est de l'enseignement religieux juif reçu en dehors de l'établissement, elle obtient la meilleure note. Elle quitte le lycée à onze ans, « en raison du déménagement de ses parents à l'étranger », comme l'indique son certificat de fin d'études[8].

La famille abandonne l'appartement du 52, Wulfila-Ufer donnant sur le canal de Teltow, le 31 mars 1934. L'ameublement le plus précieux est vendu, le reste est abandonné[9].

Barcelone[modifier | modifier le code]

En avril 1934, après avoir passé quelques jours à Paris, ils partent pour Barcelone. Ils logent dans une pension avec jardin qui n'abrite alors que des réfugiés juifs ; la « Villa Erna » située sur la rue Modolell. La famille subvient à ses besoins en vendant quelques bijoux ; ainsi qu'avec le loyer de deux des quatre chambres de leur appartement de Berlin. Les deux sœurs sont inscrites dans une école suisse de la capitale catalane. Marianne et son père s'investissent aussi dans l'« Asociación Cultural Judía » qui se consacre, entre autres, à l'aide aux réfugiés juifs de la ville[10],[11].

Paris et Berne [modifier | modifier le code]

Lorsque la guerre civile espagnole éclate en 1936, Marianne et Lisa sont envoyées chez un oncle maternel à Paris, elles y sont scolarisées.  En juillet 1937 Margarete se rend dans la capitale pour voir ses filles et assiste à leur départ pour la Suisse. Celui-ci ayant été orchestré par une organisation humanitaire ; Alfred Cohn mentionne une "Assistance médicale" dans sa correspondance. Elles sont placées séparément dans deux familles d'accueil à Berne[12]. Quand en avril 1938 les permis de séjour de Marianne et Lisa expirent[13], Alfred Cohn bien qu'envisageant l'établissement de sa famille en France est en possession d'un certificat d'immigration vers la Palestine mandataire[14]. Après l'annonce de la défaite des républicains espagnols, Alfred et Margarete quittent l'Espagne et toute la famille se retrouve réunie à Paris[15],[16].

L'engagement[modifier | modifier le code]

Les EIF à Moissac[modifier | modifier le code]

Les parents de Marianne Cohn sont internés au camp de Gurs, car citoyens allemands. Les deux soeurs sont prises en charge par les Éclaireurs israélites de France, et découvrent à cette occasion la pratique culturelle du judaïsme.

En 1941, elle participe au MJS (Mouvement de la Jeunesse Sioniste), au début en tant que secrétaire du centre de documentation juive crée par Simon Levitte dans le but de préparer et diffuser parmi la communauté juive cachée ou aux groupes des jeunes M.J.S une documentation en matière d'histoire et culture Juive et Sioniste[17]. En 1942, Marianne s'occupe d'enfants juifs de France, menacés de déportation, avec Jacques Klausner, Eliezer Levinson -"Bobi", et autres au sein du "Gdoud" M.J.S de Grenoble, en tant que "assistante Sociale, afin de subvenir aux besoins de l'enfant caché"[18].

Elle est incarcérée à Nice en 1943, à la suite de l'arrestation de son camarade Jacques Klausner, et relâchée trois mois plus tard. C'est pendant cette première détention qu'elle aurait rédigé son célèbre poème Je trahirai demain, pas aujourd'hui[19], poème qui rappelle la souffrance du résistant pris à son propre combat contre lui-même[20].

D'abord simple assistante chargée de surveiller les enfants avant leur départ pour la Suisse, Marianne Cohn intègre avec Rolande Birgy l'équipe des convoyeurs en , à la suite de Mila Racine arrêtée le [21]. Chaque semaine, deux ou trois groupes, comptant chacun jusqu'à une vingtaine d'enfants issus de toute la zone sud, franchissent clandestinement la frontière, après être passés par Lyon et Annecy.

Marianne Cohn est arrêtée le à la sortie de Viry, près de Saint-Julien-en-Genevois, à 1 kilomètre de la frontière suisse. Elle convoyait un groupe de vingt-huit (ou trente-deux enfants) en provenance d'Annecy qui devaient être pris en charge par les passeurs Joseph Fournier et Émile Barras. Elle sera incarcérée à l'hôtel Pax, quartier général et prison de la Gestapo à Annemasse. Douze des enfants — garçons et filles âgés de plus de 14 ans y seront retenus ; les autres sont "placés" par le maire d'Annemasse Jean Deffaugt dans une colonie de vacances catholique. Grâce aux multiples interventions de Jean Deffaugt auprès des autorités nazies, tous les enfants seront sauvés. Après la guerre, Jean Deffaugt, héros de la Résistance et maire d'Annemasse, sera, entre autres, déclaré « Juste parmi les nations ». Quant à Marianne Cohn, malgré la torture, elle ne parle pas. Son réseau lui propose de la faire évader, mais elle refuse, craignant des représailles sur les enfants.

Dans la nuit du 7 au , la Gestapo de Lyon envoie une équipe à Annemasse, pour sortir de leur geôle six prisonniers, dont Marianne Cohn, et les massacrer à coups de bottes et de pelles[22],[23]. Le maire d'Annemasse réussit, en revanche, à sauver les enfants.


Plaque à la mémoire de Marianne Cohn et Ernest Lambert à Grenoble.

Lors de son enterrement, un enfant se présente auprès de la "Reine Mère" du groupe 'Gedoud' de Grenoble du Mouvement de la jeunesse sioniste - Mme Jeanne Latchiver et lui donne une lettre . Celle-ci l'ouvrit et découvrit le poème Je trahirai demain[24],[25].

Honneurs[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Plusieurs lieux d'enseignement portent son nom :

  • Trois écoles : maternelle, élémentaire et primaire ainsi qu'un groupe scolaire à Annemasse.
  • L'école élémentaire du quartier Hoche à Grenoble.
  • L'école élémentaire de Viry.
  • Une école à Berlin-Tempelhof.

Mais aussi :

  • Une rue de Mannheim.
  • Une rue à Ville-la-Grand, proche de la stèle érigée à l'emplacement du charnier où furent retrouvés les six corps martyrisés[29].
  • Un Stolpersteine à son nom a été posé en décembre 2007 au 52, Wulfila Ufer, Berlin-Tempelhof[30].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1] Les femmes dans la Résistance : Mila Racine, Marianne Cohn, Haviva Reik, Hannah Senesh. Cercle Bernard-Lazare-Grenoble.
  2. [2] Olivier Ypsilantis. Marianne Cohn (1922-1944). Fragments biographiques désordonnés ramassés dans l'atelier du souvenir. zakhor.online.com
  3. [3] page dédiée à Walter Benjamin sur le site du Musée d'art et d'histoire du Judaïsme.
  4. La correspondance entre Alfred Cohn et Walter Benjamin est une des principales sources de renseignements sur la famille Cohn, ceci jusqu'en 1940.
  5. Le 16 octobre 1927, Walter Benjamin écrivit (de) depuis Paris, où il travaillait pour la Bibliothèque Nationale de France "À Grete et Alfred Cohn, chaleureusement et mes compliments aux petites filles. Il aimerait revoir ces deux vieilles sœurs de cinq et trois ans. J'espère venir à Francfort pendant l'hiver et ensuite je serais heureux de vous rencontrer à Mannheim."
  6. « Walter Benjamin: une vie dans les textes », essai biographique, Bruno Tackels, Éditions Actes Sud, 2009, pages 80-81.
  7. (de) [4] Site Dampfmaschinen und Lokomotiven.
  8. (de) Fac-similé du certificat de fin d'études : « Erinnern – und nicht vergessen: Dokumentation zum Gedenkbuch für die Opfer des Nationalsozialismus aus dem Bezirk Tempelhof » par Kurt Schilde, Éditions Hentrich, Berlin, 1988, page 35.
  9. (de) « Jugendopposition 1933-1945: ausgewählte Beiträge » par Kurt Schilde. Éditions Lukas, 2007, pages 64-65 et « Jüdischer Widerstand in Europa (1933-1945): Formen und Facetten. » par Julius H. Schoeps, Dieter Bingen, Gideon Botsch. Éditions Walter de Gruyter GmbH & Co KG, 2016, pages 164-165.
  10. (es) [5] Magazine de la culture juive « Mozaika », Barcelona.
  11. (de) « Jugendopposition 1933-1945: ausgewählte Beiträge » par Kurt Schilde. Éditions Lukas, 2007, page 65 et « Jüdischer Widerstand in Europa (1933-1945): Formen und Facetten. » par Julius H. Schoeps, Dieter Bingen, Gideon Botsch. Éditions Walter de Gruyter GmbH & Co KG, 2016, page 167.
  12. Lettre d'Alfred Cohn à Walter Benjamin datée du 9 octobre 1937, Walter Benjamin Gesammelte Schriften, volume V, page 607f.
  13. Lettre d'Alfred Cohn à Walter Benjamin datée du 26 février 1938 (Note de l'éditeur), Walter Benjamin Gesammelte Schriften volume VI, page 17.
  14. Lettre d'Alfred Cohn à Walter Benjamin du 14 juillet 1938, citée dans « Klassenbild mit Walter Benjamin: Eine Spurensuche », par Momme Brodersen. Éditions Siedler, Munich 2012, (avec des omissions du texte), page 141.
  15. Lettre de Walter Benjamin à Ernst Schoen datée du 6 août 1939, Walter Benjamin Gesammelte Schriften, volume VI, page 325
  16. (de) « Jugendopposition 1933-1945: ausgewählte Beiträge » par Kurt Schilde. Éditions Lukas, 2007, page 65 et « Jüdischer Widerstand in Europa (1933-1945): Formen und Facetten. » par Julius H. Schoeps, Dieter Bingen, Gideon Botsch. Éditions Walter de Gruyter GmbH & Co KG, 2016, pages 168-169.
  17. Magali Ktorza-Renaud, L'image d'une jeune résistante juive pendant la guerre, Mémoire de maitrise, 1997, Université de Paris VIII, Saint-Denis.159PPù Page 47
  18. Magali Ktorza-Renaud, L'image d'une jeune résistante juive pendant la guerre, Mémoire de maitrise, 1997, Université de Paris VIII, Saint-Denis.159PP, dans sous chapitre "le travail Social" page 55
  19. « Je trahirai demain ». Réseau Canopé
  20. Magali Ktorza-Renaud, L'image d'une jeune résistante juive pendant la guerre, Mémoire de maitrise, 1997, Université de Paris VIII, Saint-Denis.159PP, page 82 dans le sous-chapitre "la source des idées de Marianne et son héritage". et dans Magali Ktorza, « Marianne Cohn, Je trahirai demain, pas aujourd'hui », Revue d'histoire de la Shoah,‎ , p. 96-112, P 103
  21. Je voudrais évoquer ici le souvenir de quatre de mes camarades de Résistance... Mais après l’arrestation de Mila Racine et de Roland Epstein, Marianne, alors âgée de 21 ans, passe à la Sixième EIF et prend la relève avec Rolande Birgy.
  22. Annemasse, ville frontière 1940-1944,Vincent Dozol (21 juin 2010), Université de Lyon, Institut d'Études Politiques de Lyon, pdf p. 33
  23. (de) Bulletin des Fritz Bauer Instituts p. 21–25
  24. « Je trahirai demain » : un poème au statut ambigu. Réseau Canopé
  25. page de Jean-François Finkelstein
  26. « Jugendopposition 1933-1945: ausgewählte Beiträge » par Kurt Schilde. Éditions Lukas, 2007, page 74.
  27. Site Mémoire des Hommes
  28. Voir, l'Unité, semaine religieuse israélite, Lyon, 26 juillet 1946, p. 38, par décret en date du 15 juin 1946 article 87 du ministère de l'intérieur paru au J.O. du 11 juillet 1946.
  29. Outre celui de Marianne Cohn, ceux de : Marthe-Louise Perrin, Félix-François Devore, Julien-Édouard Duparc, Henri-François Jaccaz et Paul-Léon Regard
  30. [6] Site Stolpersteine in Berlin

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Magali Ktorza, « Marianne Cohn, Je trahirai demain, pas aujourd'hui », Revue d'histoire de la Shoah,‎ , p. 96-112
  • François Marcot (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, , « Marianne Cohn », p. 392-393
  • Bruno Doucey, Si tu parles, Marianne, Élytis,
  • Jean-Claude Croquet, Chemins de passage: les passages clandestins entre la Haute-Savoie et la Suisse de 1940 à 1944, Saint-Julien-Genevois, La Salevienne, p. 71-80
    exposition itinérante réalisée à Gaillard en 1995

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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