Louis Darquier de Pellepoix

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Louis Darquier de Pellepoix
Darquier de Pellepoix, Louis.jpg

Darquier en 1942.

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Louis Darquier, dit Louis Darquier de Pellepoix, né le à Cahors et mort le près de Malaga, en Espagne, est un journaliste et homme politique français, engagé à l'extrême droite. Il est principalement connu pour son engagement antisémite et pour son activité de collaborateur durant la Seconde Guerre mondiale.

Partisan de la collaboration avec l'Allemagne nazie, il est nommé par Pierre Laval en , à l'instigation de Theodor Dannecker, à la direction du Commissariat général aux questions juives en remplacement de Xavier Vallat jugé trop modéré. Il fuit en Espagne après la Libération. Condamné à mort par contumace en France, il reste protégé dans le pays dirigé par le général Franco et y meurt à l'âge de 82 ans, sans avoir jamais été inquiété.

Biographie[modifier | modifier le code]

Louis Darquier est né dans une famille de notables de Cahors. Son père, le docteur Pierre Darquier, médecin, engagé en politique au sein du parti radical, est maire de la ville de Cahors de 1907 à 1919, avant d'être conseiller général. Louis Darquier a deux frères : un aîné, Jean né en 1896, et un cadet, René né en 1901.

Combattant de la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Engagé volontaire à dix-sept ans dans les troupes françaises[1] durant la Première Guerre mondiale, Louis Darquier échoue à devenir militaire de carrière et est démobilisé en 1919[2].

Début de l’entre-deux-guerres : échec professionnel puis vie de bohème[modifier | modifier le code]

À la fin de 1918, les Darquier s'installent définitivement à Neuilly-sur-Seine. Les relations du père avec son fils Louis sont alors extrêmement tendues : son père le qualifie de « bon à rien » qui n'a fait aucune étude supérieure, qu'il a aidé — par l’entremise de Anatole de Monzie — à obtenir des postes dans le commerce des grains, dans les affaires des Vilgrain, ou de Louis-Dreyfus. Louis Darquier travaille plusieurs années dans le secteur des grains, mais est licencié pour avoir spéculé avec les fonds de l'entreprise. Commence alors une période de plusieurs années de vie de bohème. Prétendant posséder une ascendance aristocratique, il affirme descendre de l'astronome du XVIIIe siècle Antoine Darquier de Pellepoix, dont il s'attribue la particule[3] et d'un autre homonyme, le noble d'Empire François-Isidore Darquier, dont il s'attribue le titre de baron[4]. Il s'expatrie en Grande-Bretagne, où il épouse l'actrice australienne Myrtle Jones, dite Sandra Lindsay[5].

Darquier vit alors essentiellement de l'argent que lui envoie sa famille et tente sans succès une carrière littéraire.

Louis Darquier finit par quitter Londres, où il abandonne sa fille en bas âge[4], Anne (en), et revient en France.

Agitateur antisémite[modifier | modifier le code]

Après son retour en France, Darquier dit à sa famille désirer renoncer à la vie de bohème et se rapproche du catholicisme. Son frère aîné, sympathisant de l'Action française (« l’AF »), lui fait découvrir les milieux du nationalisme. Il adhère alors à l’AF, et va en rester proche « jusqu'à la veille de la guerre[6] ». Les événements du , au cours desquels il est blessé à la jambe, lui donnent l'occasion d'accéder à la notoriété en fondant « L’Association des blessés et victimes du 6 Février »[7]. Son père, Pierre Darquier, n'apprécie guère les positions antisémites de ce fils pour lequel sa mère se montre plus indulgente, voire complaisante. Ainsi, il refuse de lui rendre visite sur son lit d'hôpital.

Après sa sortie de l'hôpital, Darquier devient, grâce à sa nouvelle réputation, secrétaire général du quotidien nationaliste Le Jour. Il est élu en 1935 conseiller municipal de Paris et est alors toujours proche de l'Action française. En , il quitte les Croix-de-feu qualifiant le colonel de la Rocque de « dictateur à l'eau de rose ». Après la victoire du Front populaire aux élections de 1936, il crée son propre parti, le Rassemblement antijuif de France, et s'éloigne du nationalisme français germanophobe en général et de l'Action française en particulier pour se rapprocher des thèses de l'Allemagne nazie. Il fonde le journal La France enchaînée, organe officiel de son parti. Dès 1936, Darquier réclame la dénaturalisation des Juifs devenus citoyens français après le [8].

Son frère cadet René, qui travaille dans le négoce des grains et a aidé Louis à subsister pendant ses années de disette, lui coupe les vivres en 1936, lorsque celui-ci s'enfonce dans un antisémitisme de plus en plus furieux, et cède les reconnaissances de dettes accumulées — 170 000 francs de l'époque — à une société chargée de récupérer les créances sans ménagement. L'affaire étant prise en charge par la justice et des huissiers, leur frère aîné, Jean, proche des idées de Louis, supplie René de mettre fin aux poursuites. Ce que René accepte finalement.

Au cours d'un meeting en 1937, il déclare : « nous devons résoudre de toute urgence le problème juif, soit par l'expulsion soit par le massacre[9] ». Il affirme longuement son antisémitisme au conseil municipal de Paris à partir de 1935-1936, devant des conseillers de gauche à la fois patients, indignés et moqueurs[N 1]. Et provoquant parfois des incidents et des suspensions de séance, comme cet autre incident en  :

— Darquier de Pellepoix : « Je vous fais remarquer l'insolence avec laquelle le juif Hirschovitz pose des conditions à l'Assemblée. »

Maurice Hirschovitz : « Un juif qui vous emm...! ( bruit ). »

— Darquier de Pellepoix : « Vous avez dit « Un juif qui vous emm... » Je demande la parole, Monsieur le président, pour un fait personnel ( tumulte prolongé ). »

— M. le président : « La séance est suspendue[11]. »

Entré en relation avec des organismes nazis de propagande[12], il utilise l'expression « Bravo Fritz ! » pour féliciter Adolf Hitler des exactions anti-juives de la nuit de Cristal[13]. En 1939 il fait trois mois de prison pour incitation à la haine raciale dans son journal La France enchainée. En 1940, il s'engage dans les troupes françaises et est fait prisonnier. Il est libéré par les Allemands deux mois plus tard[12]. À l'automne il fonde « L’Union française pour la défense de la race[14] ».

Persécution des Juifs pendant l'Occupation[modifier | modifier le code]

« Certificat de non appartenance à la race juive » (1943) signé par Darquier de Pellepoix.

Darquier est commissaire général aux questions juives dans le régime de Vichy à partir de , imposé par les autorités allemandes qui jugeaient son prédécesseur Xavier Vallat trop modéré. Le , il participe aux derniers préparatifs techniques de la rafle du Vel’ d'Hiv’ des et avec Theodor Dannecker, Jean Leguay, Émile Hennequin, André Tulard et Jacques Schweblin[15].

Le , un article signé par Darquier paraît dans Le Petit Parisien :

« Je propose au gouvernement :
  1. D'instituer le port de l'étoile jaune en zone non occupée ;
  2. D'interdire aux Juifs, sans aucune dérogation, l'accès et l'exercice des fonctions publiques […] ;
  3. Le retrait de la nationalité française à tous les Juifs qui l'ont acquise depuis 1927. »

Ayant échoué à faire adopter ses propositions par Pierre Laval, faisant preuve dans ses fonctions d'une assiduité contestée[16], accusé de malversations dans la gestion des biens juifs[4], Darquier est remplacé par Charles du Paty de Clam en .

Alors qu'il a été imposé par les Allemands pour qui Xavier Vallat n'était pas assez efficace, Darquier a déclaré dans l'entretien accordé à L'Express en 1978 que le maréchal Pétain l'avait « nommé au commissariat », ne l'avait « jamais désapprouvé », et que Pétain « du plus loin qu'il [l'] apercevait » s'écriait : « Tiens, voilà mon tortionnaire[17],[18] ! »

Fuite et exil après la Libération[modifier | modifier le code]

Après la Libération de la France, il fuit en Espagne franquiste où il est professeur de français, puis employé comme traducteur dans une administration. Là, il rencontre le groupe d'exilés français autour d'Abel Bonnard, composé notamment de Georges et Maud Guilbaud et de d'Alain Laubreaux[19].

Le , il est condamné à mort par contumace, à la dégradation nationale à vie et à la confiscation de ses biens. En 1978, il accorde une interview à L'Express, qui la publie le . Il y déclare notamment « Je vais vous dire, moi, ce qui s'est exactement passé à Auschwitz. On a gazé. Oui, c'est vrai. Mais on a gazé les poux[17]. », niant la réalité de la Shoah. Il se dédouane également de toute responsabilité dans la rafle du Vel’ d'Hiv’, dont il attribue la responsabilité à René Bousquet, secrétaire général à la Police de Vichy. Son extradition, demandée par la France en 1978 seulement à la suite de la publication de son interview dans L'Express, est refusée par l'Espagne, Darquier n'ayant pas été condamné pour crime de guerre et son état de santé étant jugé trop précaire. Il meurt paisiblement en Espagne deux ans plus tard et sa mort n'est annoncée au public que trois ans après celle-ci.

Culture[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Telle cette réaction d'un conseiller lors de la séance du conseil du  : « Le discours que nous venons d'entendre nous prouve qu'il y a des excès dans tous les partis, et M. Darquier en est un exemple. S'il trouvait quelqu'un de plus bête que lui, il ferait évidemment tout pour prendre sa place. (Rires.)[10] ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Darquier de Pellepoix, « champion » des antisémites français ».
  2. Bad Faith - By Carmen Callil - Books - Review - New York Times.
  3. Carmen and the conman - Scotsman.com Living.
  4. a, b et c Carmen Callil, Darquier ou la France trahie, éd. Buchet-Chastel (bibliographie).
  5. Anti-semite-in-chief - Telegraph.
  6. Eugen Weber, L'Action française, éd. Fayard, 1985, p. 414.
  7. L'Action française, 22 octobre 1934
  8. Maurice Rajsfus, La Police de Vichy. Les forces de l'ordre françaises au service de la Gestapo, 1940/1944, Le Cherche midi, 1995 p. 186.
  9. Nicholas Fraser, Toujours Vichy: a reckoning with disgrace, Harper's, octobre 2006, p. 89-91.
  10. Séance du (BNF/gallica).
  11. Séance du (BNF/gallica).
  12. a et b Henri Amouroux, La Grande Histoire des Français sous l'Occupation, t. V, Les Passions et les haines, éd. Robert Laffont, 1981.
  13. Article de La France enchaînée no 16, 15-30 novembre 1938.
  14. Robert Paxton, La France de Vichy, Points Histoire, éd.du Seuil, 1973, p. 177.
  15. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe', Folio, vol. 2, Gallimard 1985, p. 550.
  16. L'antisémitisme de plume, 1940-1944: Études et documents (ouvrage collectif), Berg International, 1999.
  17. a et b http://www.arte.tv/static/c3/bousquet/darquier.pdf.
  18. Article du 28 octobre 1978, L'Express, p. 176.
  19. Maud de Belleroche, Le Ballet des crabes, Filipacchi, 1975.
  20. Voir Biographie de Bernie Bonvoisin.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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