Centre pénitentiaire de Fresnes

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Vue du centre pénitentiaire de Fresnes.

Le centre pénitentiaire de Fresnes ou la prison de Fresnes est un centre pénitentiaire (établissement pénitentiaire qui regroupe plusieurs régimes de détention) située dans la banlieue sud de Paris, sur la commune de Fresnes. Elle fait l'objet d'un recensement à l'inventaire général du patrimoine culturel[1].

Avec Fleury-Mérogis et la prison de la Santé, c'est l’un des trois principaux établissements pénitentiaires de la région parisienne, et aussi l'un des plus importants de France. Bien que sa capacité soit de 1 444 places, 1 641 personnes y étaient détenues au 28 juin 2005. En 2010, le nombre de personnes incarcérées dans la maison d'arrêt s'élève à environ 2 200 tandis que le nombre de places serait de 1 700.

Histoire[modifier | modifier le code]

Prison de Fresne (inauguration en juillet 1898).
Médaille de l'inauguration des prisons de Fresnes-les-Rungis.

La prison fut construite de 1895 à 1898 par l'architecte Henri Poussin. Une médaille fut frappée à cette occasion par le graveur Oscar Roty[2]. L'architecture mise en place est innovante et fonctionnelle, elle sera connue sous le nom de plan « en pôle téléphonique ». Pour la première fois, les blocs cellulaires sont disposés perpendiculairement à un corridor central, qui dessert les autres blocs et les pièces communes. Elle servira de modèle pendant près d'un siècle à bien d'autres prisons en France comme les Baumettes à Marseille, ou aux États-Unis, comme Rikers Island à New York.

En 1978, l'administration décida d'y faire entreposer la guillotine, désirant faire de la prison le seul lieu habilité aux exécutions capitales en France. Cependant, la « veuve » y restera muette, les derniers détenus qui ont été transférés à Fresnes en vue de leur éventuelle exécution ayant tous été graciés ou ayant eu leur peine convertie à la suite de l'abolition de la peine de mort.

En 2008, une unité hospitalière sécurisée interrégionale (UHSI) est créée au sein de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Elle est rattachée à la maison d'arrêt de Fresnes.

En 2009, à la suite de l'intégration du centre pour peines aménagées de Villejuif (CPA de villejuif) la Maison d'arrêt de Fresnes devient centre pénitentiaire de Fresnes.

En 2011, le centre pénitentiaire de Fresnes se voit adjoindre une unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) crée au sein du centre hospitalier Paul Guiraud à Villejuif.

Prisonniers célèbres[modifier | modifier le code]

Comme toute prison importante, la prison de Fresnes a son lot de prisonniers célèbres.

Pendant l'Occupation, elle fut utilisée par les nazis pour emprisonner et torturer résistants et agents des services secrets britanniques. Louis Armand, Marc Sangnier, Simone Jacques-Yahiel, Michel Marius Simon y furent incarcérés et la résistante Berty Albrecht s'y donna la mort. Les membres de l'Affiche rouge, Manouchian en tête, y furent détenus et torturés pendant plusieurs mois (fin 1943 - début 1944), jusqu'à leur exécution au Mont-Valérien.
Après le débarquement de Normandie, la Gestapo exécuta certains des prisonniers, comme Suzanne Spaak, une semaine avant la libération de Paris.

Lors de l'épuration qui suivit la Libération, ce furent cette fois des collaborateurs qui y furent incarcérés comme Jean Hérold-Paquis, Pierre Laval, exécuté en octobre 1945 dans les murs mêmes de la prison, l'écrivain Robert Brasillach, emprisonné jusqu'à son exécution en février 1945 et où il écrivit les Poèmes de Fresnes, et l'industriel Louis Renault, mort dans des circonstances douteuses. Jean Genet, détenu de droit commun, y écrit Le Condamné à mort en 1942 ; Sacha Guitry décrivit son propre séjour à Fresnes dans 60 jours de prison.

Durant la guerre d'Algérie, Fresnes vit incarcérés à la fois des membres :

Plus récemment, Patrick de Ribemont, Paul Touvier, Loïk Le Floch-Prigent et Cyril Astruc y ont été également incarcérés.

Évasions célèbres[modifier | modifier le code]

  • Cinq Algériens, membres du FLN font la belle à Fresnes le 28 juin 1961 : ils avaient scié un barreau de chacune des fenêtres de leurs deux cellules au quatrième étage de la deuxième division-la division politique, puis ils étaient partis en accrochant leurs draps en corde et en empruntant le chemin de ronde. À une heure les surveillants avaient constaté que les détenus étaient dans leurs cellules. Ces détenus d'ailleurs étaient fréquemment séparés les uns des autres et changés de cellule pour éviter ce genre de tentatives. À une heure tout était en ordre. À 1 h 30, un employé de l'administration pénitentiaire constatait la présence des draps en corde le long des murs de la deuxième division. Le dispositif d'alerte avec ses sirènes fut instantanément déclenché. Toutes les portes furent gardées, les allées balayées par des cordons de surveillance. Les gardiens de la paix opérèrent des rondes. Les chiens policiers furent lâchés, mais ils ne retrouvent aucune piste[réf. nécessaire].

Les Algériens qui ont ainsi fait la belle sont :

  • Trois en instance de jugement pour homicides volontaires ou tentatives d'homicide :
    • Saad Benguerrah
    • Mustapha Kerifi
    • Brahim Medani
  • Les deux autres déjà condamnés :

Mutinerie[modifier | modifier le code]

  • Le 9 mai 1985, 400 prisonniers de la maison d’arrêt et de l’hôpital pénitentiaire se retrouvent sur les toits. Pendant les affrontements avec la police, qui fait un usage massif de grenades lacrymogènes, un détenu se tue « en tombant de la toiture ».

La prison aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Le CP de Fresnes.

Il y a trois principaux types d’établissements pénitentiaires en France (hors établissements de semi-liberté et centres de détention pour étrangers ou pour mineurs) : maisons d’arrêt, centres de détention et maisons centrales, ces deux derniers étant des établissements pour peine, c’est-à-dire des prisons pour personnes condamnées, à la différence des maisons d’arrêt censées n’accueillir que des personnes prévenues (en attente de jugement) et des personnes condamnées à des reliquats de peine inférieurs à 2 ans.

L’organisation actuelle du centre pénitentiaire de Fresnes est complexe. Elle est due, notamment, à son statut très particulier, voire unique, dans le parc carcéral français.

D’abord, le CP de Fresnes est réputé pour être un établissement "école", où les évolutions ne sont pas simples à mettre en place en raison de l'architecture difficilement modifiable (considérée comme patrimoine de la nation). Nombreux sont les personnels de surveillance qui y font un stage ou leurs premiers mois au service de l’État. Autre spécificité : Le domaine pénitentiaire de Fresnes accueille également la Direction interrégionale des services pénitentiaires de Paris (DISP), chargée de la région Île-de-France, alors que les sièges institutionnels des services déconcentrés de l’État sont quasiment toujours installés dans la capitale. Fresnes a été préféré comme siège de la DISP au domaine de Fleury-Mérogis, pourtant la plus grande prison d'Europe, ou encore à la prison de la Santé, située dans Paris.

Ensuite, c’est le second établissement de France par sa taille et le nombre de personnes incarcérées (2 300 hommes et une centaine de femmes en septembre 2014), après Fleury-Mérogis (maison d’arrêt de l’Essonne, la plus grande d’Europe avec environ 6 000 détenus).

Elle est par ailleurs surnommée dans la pénitentiaire « la gare de triage », en raison du grand nombre de détenus en attente d'affectation dans un établissement pour peine (centre de détention ou maison centrale). Les périodes de transfert peuvent courir sur plusieurs années en raison du numerus clausus (1 place = 1 détenu) en vigueur dans les établissements pour peines

En outre, la fermeture temporaire de la maison d'arrêt de Paris la Santé pour une réhabilitation complète entraîne une répartition des détenus sur les autres établissements.

Ainsi, le centre pénitentiaire de Fresnes est divisée en plusieurs structures et plusieurs bâtiments.

La maison d’arrêt hommes (MAH) ("Le Grand quartier ")[modifier | modifier le code]

C'est le bâtiment principal du domaine pénitentiaire et du centre pénitentiaire de Fresnes.

Cette maison d’arrêt hommes est divisée en 3 divisions, elles-mêmes réparties en aile Nord et en aile Sud le long d'un grand couloir central (dont le parquet est classé aux monuments historiques). Les divisions sont "étanches" entre elles afin, notamment, de permettre d’incarcérer des personnes mises en cause dans une même affaire sans qu’elles aient la possibilité de communiquer entre elles. Elles respectent toute le principe de la séparation prévenus-condamnés.

Il y a entre 600 à 800 détenus par division selon les périodes. On peut définir les grands axes de répartition entre les trois divisions en abordant les spécificités de chacune :

  • la 1re division accueille le quartier arrivant, le quartier isolement, le quartier médiatique, des ateliers, le quartier spécialement adapté (QSA), le centre national d’évaluation de Fresnes et un quartier de semi liberté (QSL) Le centre national d'évaluation (CNE), appelé jusqu'en 2010 « centre national d'observation » (CNO), est situé au sein de la 1re division, c’est un secteur où sont « observés » pendant six semaines des détenus considérés comme difficiles et condamnés à de lourdes peines (10 ans et plus)[3] afin de les orienter vers des établissements pour peines correspondant à leurs profils. Il peut, sur demande du juge d'application des peines, observer des condamnés toujours à de longue peine qui entrent dans une phase d'aménagement de peines. Dans l'attente d'une place en établissement pour peine les détenus en fin de cycle CNE sont placés en 2e division. Le CNE est indépendant du reste de la détention. Le Quartier Spécialement Adapté est un secteur pour une prise en charge psy. C'est un "hôpital de jour" puisque le personnel médical n'est présent sur cette structure qu'en journée.
  • la 2e division accueille les détenu en transit CNE, les cellules PMR (personnes à mobilité réduite) et une cellule CProU (cellule de protection d'urgence)
  • la 3e division accueille un centre scolaire, des ateliers, une salle polyvalente d'une capacité de 300 places (historiquement appelée "chapelle[4]) et le quartier disciplinaire

La Maison d’arrêt femmes (MAF)[modifier | modifier le code]

La maison d'arrêt femmes est située au bout de l'allée du domaine pénitentiaire, c'est un bâtiment distinct de la MAH. On y dénombre entre 80 et 100 détenues. Le nombre relativement peu élevé de femmes incarcérées permet en règle générale l'encellulement individuel et d’accéder assez facilement au travail. Nombreuses sont les détenues de nationalité étrangère impliquées dans le transport de produits stupéfiants.

Depuis 2015, la MAF de Fresnes dispose d'un quartier de semi liberté de 4 places (QSL)

NOTA : L'enceinte de la MAF accueille également une unité spécialisé : Les ERIS (équipe régionale d'intervention et de sécurité) de la DISP de PARIS

L'UHSI (unité hospitalière sécurisée inter-régionale)[modifier | modifier le code]

Cette structure dépendante du centre pénitentiaire de Fresnes est délocalisée puisqu'elle est situé dans l'enceinte de l'hôpital de la Pitié Salpêtrière à PARIS. C'est donc un des satellites qui compose le CP. Elle accueille les "patient-détenu" pour des soins ambulatoires. Gérée conjointement par du personnel pénitentiaire et du personnels médical, l'UHSI a une vocation inter-régionale. La durée moyenne du séjour d'un "patient-détenu" est de 48H.

L'UHSA (unité hospitalière spécialement aménagée)[modifier | modifier le code]

Ouverte en 2011, cette structure de 60 lits, dépend également du Centre Pénitentiaire de Fresnes. Elle est délocalisée à Villejuif au sein du groupement hospitalier Paul Guiraud. C'est un des satellites qui compose le CP. L'UHSA accueille les "patient-détenu" pour des soins psy. Les unités de soins sont gérés exclusivement par du personnel médical. Le personnel pénitentiaire assure la garde périmétrique de la structure et effectue le transfert des détenus entre leur établissement et l'UHSA.

Le QPA (quartier pour peines aménagées)[modifier | modifier le code]

À l'origine c'est un établissement indépendant (CPA : centre pour peines aménagées)qui est situé sur la commune de Villejuif. Il est rattaché à la prison de Fresnes en 2009. C'est ce rapprochement qui transforma l'appellation de "Maison d'arrêt de Fresnes" en centre pénitentiaire de Fresnes puisque Fresnes aura dès lors plusieurs régimes de détention.

Il est composé de deux secteurs :

Un quartier de semi liberté (QSL) qui permet aux personnes détenues d'effectuer leur peine en partie en prison et en partie a l’extérieur

Un quartier placement extérieur (QPE)qui permet à des personnes détenues sans projet de sortie de se réadapter à la société sous un régime progressif et contrôlé

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bourquin J (1969). Étude sur 55 adolescentes incarcérées au quartier des mineures de la prison de Fresnes.
  • Henri Calet, Les murs de Fresnes, Paris, éd. des Quatre-Vents, , 109 p., rééd. V. Hamy, 1993, 125 p. (ISBN 2-87858-048-6)
    Étude des graffitis laissés sur les murs par les détenus emprisonnés par l'occupant nazi, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale
  • Carlier C, Prade C & Renneville M (2010) histoire des prisons de Paris, de la prise de la Bastille à l’ouverture de Fresnes.
  • Christian Carlier, Juliette Spire et Françoise Wasserman (préf. Michelle Perrot), Fresnes, la prison : Les établissements pénitentiaires de Fresnes : 1895-1990, Fresnes, éd. Écomusée de Fresnes, , 151 p. (ISBN 978-2-903379-22-3 et 2-903379-22-X)
    Publié à l'occasion d'une exposition à l'Écomusée de Fresnes
  • Christian Carlier, Histoire de Fresnes, prison moderne : De la genèse aux premières années, Paris, éd. Syros, coll. « Histoire de », , 270 p. (ISBN 978-2-84146-641-2 et 2-84146-641-8)
  • Chemla JP (1978) De l'utilisation de certains psychotropes à la prison de Fresnes et des motivations qui conduisent à leur consommation (Thèse de Doctorat).
  • Chevandier C (2012). Leçons à Fresnes, leçons de Fresnes. Un enseignement universitaire en prison. Dialectique carcérale, Paris: L’Harmattan.
  • Chevandier C (2012) Leçons à Fresnes, leçons de Fresnes. Dialectique carcérale: Quand la prison s'ouvre et résiste au changement, 149.
  • Christian, C., Juliette, S., & Françoise, W. (1991). Fresnes la prison, les établissements pénitentiaires de Fresnes, 1895-1900. Fresnes, Ecomusee de Fresnes.
  • Golovine P (2004) Un psychologue en prison: entre logique psychiatrique et logique judiciaire. Psychotropes, 10(3), 187-197 (résumé).
  • Albertine Sarrazin fut incarcérée à Fresnes, et publia Journal de Fresnes.
  • Gaulier, M., & Esneault, M. T. (2002). Odeurs prisonnières [récit inédit d'une thérapie par les odeurs à l'Hôpital Pénitentiaire de Fresnes; un autre regard sur la prison]. Ed. Quintessence.
  • Catherine Herszberg, Fresnes, histoires de fous, Paris, éd. du Seuil, , 184 p. (ISBN 978-2-02-086379-7 et 2-02-086379-0)
  • Lemoine D (2001) Identité et VIH : Analyse des influences de la prison sur l’identité de détenus séropositifs. Une approche ethnologique et d’anthropologie sociale. Rev Esp Sanid Penit, 3, 14-21.
  • Migliorino R (2007) Les urgences médicales à la prison de fresnes. Revue de l'infirmière, (129), 30-31.
  • Christiane de Beaurepaire, Non-lieu : Un psychiatre en prison, Paris, éd. Fayard, , 364 p. (ISBN 978-2-213-63367-1)
    Récit de quinze ans passés à Fresnes en tant que psychiatre
  • Kergoyan J (1986) Carte sanitaire d'une population carcérale : étude de 500 détenus de la prison de Fresnes (Thèse de Doctorat).
  • Prudhomme, J., Verger, P., & Rotily, M. (2003). Fresnes-Mortalité des sortants. Étude rétrospective de la mortalité des sortants de la maison d’arrêt de Fresnes Second volet de l’évaluation des unités pour sortants (UPS). OFDT, Paris (résumé).
  • Remy, A. J., Benhaim, S., Khemissa, F., & Heran, B. (2001). Hépatite C et prisons : Résultats d'une enquête sur 85 centres pénitentiaires français ; gastroetérologie clinique et biologique , 25, A67-A67 (résumé).
  • Trévisan C (2005) Ce qu'ont dit les murs de Fresnes. Le Temps des médias, (1), 90-100 (résumé).
  • Vergez-Chaignon B (2006) Vichy en prison : Les épurés à Fresnes après la Libération. Éditions Gallimard.
  • Vimont JC (2004) Images ambiguës d'un navire immobile : la prison de Fresnes des épures. Sociétés & représentations, (2), 217-231.
  • Vincent I, Bocquentin M & Taburet AM (1999) Analyse de la consommation en médicaments à l'UCSA de la maison d'arrêt de Fresnes. Journal de pharmacie clinique, 18(OCT), 85-87.
  • Simone Jacques-Yahiel, Ma raison d'être, Souvenirs d'une famille de déportés résistants, L'Harmattan, 2015. L'auteur a été baptisée en prison par l'abbé Stock en 1943.

Annexes[modifier | modifier le code]

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