Gouvernement provisoire de la République française

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République française[1],[2]
Gouvernement provisoire de la République française

19441946
2 ans 4 mois et 24 jours

Drapeau
Drapeau
Blason
Armoiries

Devise : « Liberté, Égalité, Fraternité »

Hymne : La Marseillaise

Description de cette image, également commentée ci-après

Territoire de la République française en vert foncé, de ses protectorats en vert intermédiaire et des territoires allemands et autrichiens occupés par la France en vert clair.

Description de cette image, également commentée ci-après

Territoire de la République française en bleu foncé, de ses colonies et ses protectorats en bleu clair, mandat français sur la Syrie et le Liban en vert.

Informations générales
Statut Gouvernement provisoire, République[1],[2]
Capitale Alger (de facto, 3 juin - )
Paris (de jure ; de facto à partir du )
Langue Français
Histoire et événements
Proclamation du GPRF
Bataille de Normandie
Promulgation du rétablissement de la légalité républicaine sur le territoire continental
Libération de Paris
Libération de Strasbourg
Victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie : fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe.
Actes de capitulation du Japon : fin de la Seconde Guerre mondiale en Asie-Pacifique. Hô Chi Minh proclame l'indépendance de la République démocratique du Viêt Nam. Début de la décolonisation.
Mise en place de la sécurité sociale et des allocations familiales
Promulgation de Loi constitutionnelle
Promulgation de la Quatrième République. Remplacement de l'Empire colonial français par l'Union française et les DOM-TOM, abolition de l'Indigénat.
Président du gouvernement
juin 1944 Charles de Gaulle
janvier 1946 Félix Gouin
juin 1946 Georges Bidault
décembre 1946 Léon Blum

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le Gouvernement provisoire de la République française (en abrégé GPRF) est, du au , le nom donné au régime politique et aux institutions correspondantes qui, succédant au Comité français de Libération nationale (CFLN), a dirigé l'ensemble du territoire de la France métropolitaine et de son empire, en remplacement du régime de Vichy et jusqu'à l'entrée en vigueur des institutions de la Quatrième République. Pendant ces deux années, quatre gouvernements provisoires dirigés respectivement par Charles de Gaulle, Félix Gouin, Georges Bidault puis Léon Blum se sont succédé. Le nom utilisé pour le régime de cette période au-delà du seul gouvernement est ainsi une métonymie du type de gouvernements en exercice en attendant la promulgation d’une nouvelle constitution. La loi constitutionnelle de 1945 fonde et organise ce régime politique républicain.

L'œuvre de ce gouvernement est vaste : il a conduit la France pendant la fin de la Seconde Guerre mondiale et dans la période de reconstruction qui suit, il a voté des réformes fondamentales (confirmation du droit de vote des femmes, institution de la sécurité sociale), et il a préparé et mis en place la Constitution de 1946.

Création[modifier | modifier le code]

Le , à Alger, le Comité français de la Libération nationale (CFLN), organe politique issu de la Résistance intérieure et extérieure, prend le nom de Gouvernement provisoire de la République française.

Il est créé officiellement le [4],[5], la veille de l'arrivée du général de Gaulle en Grande-Bretagne, à la convocation de Winston Churchill, quelques jours avant le débarquement en Normandie[6].

Après la libération de Paris du , le GPRF s'installe dans la capitale le 31 et gouverne la France jusqu'à l'adoption d'une nouvelle constitution. Jusqu'à ce que la fonction de président de la République française soit recréée, le chef du GPRF exerce de fait une charge équivalente à celle de chef de l'État.

Les présidents[modifier | modifier le code]

Dirigé au départ par le général de Gaulle, le GPRF a ensuite été conduit par Félix Gouin, Georges Bidault et Léon Blum (dans la phase de transition pendant laquelle les institutions de la Quatrième République furent mises en place — tous sous le titre de « président du Gouvernement provisoire de la République française[7] »).

Charles de Gaulle (juin 1944 - janvier 1946)
Gouvernement Charles de Gaulle (1)
Gouvernement Charles de Gaulle (2)
Félix Gouin (janvier - juin 1946)
Gouvernement Félix Gouin
Georges Bidault (juin - novembre 1946)
Gouvernement Georges Bidault (1)

Après la promulgation de la Constitution de la Quatrième République le et jusqu'à ce que l'ensemble des organes de celle-ci soient mis en place, c'est-à-dire jusqu'à l'élection de Vincent Auriol à la présidence de la République le , on entre dans une période de transition généralement rattachée à la Quatrième République mais où subsistent certaines des institutions provisoires.

Léon Blum (décembre 1946 - janvier 1947)
Gouvernement Léon Blum (3)

Fin du régime de Vichy[modifier | modifier le code]

Lettre dactylographiée de Hervé Alphand, secrétaire général du Comité économique du Gouvernement provisoire de la République française, insistant sur le secret absolu à maintenir autour des textes transmis par le Comité, 28 octobre 1944. Archives nationales de France.

Le régime de Vichy prend fin de fait lors de la Libération de la France en août 1944. Le Gouvernement provisoire de la République française, venu d'Alger, assume la réalité du pouvoir sur le territoire métropolitain à partir de la fin de l'été 1944. Composé de communistes, de socialistes, de Radicaux et de MRP, il déclare nulles et non advenues toutes les décisions du régime de Vichy (ordonnance du 9 août 1944), qu'il considère comme une parenthèse illégale dans le fonctionnement de l'État. En témoigne le refus du général de Gaulle, président du Gouvernement provisoire de la République française, de proclamer la République du balcon de l'hôtel de ville de Paris libéré, le .

Le général de Gaulle refuse alors d'accéder aux demandes de ceux, dont Georges Bidault alors président du Conseil national de la Résistance, qui le pressent de « rétablir la République », leur signifiant qu'elle n'avait jamais cessé d'exister car ayant toujours considéré « l’État français » comme illégitime :

« La République n'a jamais cessé d'être. La France Libre, la France Combattante, le Comité français de libération nationale, l'ont, tour à tour, incorporée. Vichy fut toujours et demeure nul et non avenu. Moi-même suis le président du Gouvernement de la République. Pourquoi irais-je la proclamer[1],[2] ? »

Le GPRF est reconnu comme tel par les grandes puissances (Royaume-Uni, États-Unis, URSS, Canada) le [8].

Pour rétablir l'autorité républicaine, le GPRF envoie dans chaque grande région libérée un commissaire de la République. Ces commissaires se heurtent parfois aux comités locaux de la Résistance (CDL), qui regimbent à céder un pouvoir acquis de facto à la suite de la Libération, en particulier dans les territoires libérés par la Résistance (Sud-Ouest, Savoie, …). Par ailleurs les organisations issues de la Résistance disposent d'éléments armés pouvant être utilisés par les communistes dans l'éventualité d'une révolution (FFI, COMAC, milices patriotiques). Pour parer ce danger et malgré la mauvaise volonté du CNR et des communistes, le GPRF s'efforce d'incorporer ces troupes à l'armée régulière. Les FFI intègrent l'Armée française, toujours en guerre, le , les milices patriotiques le font le .

Premières mesures du GPRF[modifier | modifier le code]

Le premier acte du GPRF est de s'opposer à la mise en place d'une administration militaire américaine intérimaire, l'AMGOT.

Le gouvernement provisoire reprend le projet de 1936 de Jean Zay, et crée l'École nationale d'administration () afin d'assurer aux futurs hauts fonctionnaires une formation effective, homogène et de haut niveau, ainsi que de permettre l'accès de ces fonctions aux seuls éléments méritants, indépendamment de leur origine sociale.

Le droit de vote ayant été accordé aux femmes, le , par le Comité français de la Libération nationale et confirmé par l’ordonnance du sous le GPRF, elles iront aux urnes pour la première fois aux élections municipales du .

Il met en place la sécurité sociale (ordonnance du ) et des allocations familiales (loi du 22 août 1946), fondements de l'État-providence en France. Il passe aussi l'ordonnance du 2 février 1945 sur l'enfance délinquante.

L'épuration[modifier | modifier le code]

Il poursuit la guerre et organise l'épuration (procès de Philippe Pétain en juillet-août 1945) tout en réfrénant ses excès. Cette épuration légale fait suite à une épuration improvisée, conduite à la Libération, et parfois exercée par des résistants de la dernière heure. Celle-ci avait conduit à de nombreuses exécutions sommaires et à la tonte des femmes soupçonnées d'avoir eu des liaisons avec l'ennemi.

Par la suite l'épuration légale conduite soit par des magistrats, qui pratiquement tous avaient prêté serment à Pétain, ou par des jurés de la Haute-Cour, parlementaires issus de la Troisième Force opposée aux gaullistes et aux communistes, allait aboutir à des résultats d'une indulgence extrême, laissant libres des hommes comme René Bousquet qui avait, en accord avec le haut dignitaire SS Heydrich et avec Himmler, intensifié l'action de la police française contre les résistants, ou comme Xavier Vallat, créateur du Commissariat général aux questions juives, ordonnateur de la persécution des Juifs et surtout de leur recensement qui allait faciliter leur déportation par l'ennemi. Au total l'épuration aurait touché environ 10 000 Français et son bilan est controversé ; bien que certains responsables politiques et intellectuels collaborationnistes aient été jugés et condamnés, de nombreux collaborateurs de l'industrie, de la police, de la gendarmerie, de l'administration et de la magistrature furent peu inquiétés.

Crise en Indochine[modifier | modifier le code]

En , un conflit éclate en Indochine entre le gouvernement du Viet Minh, qui avait pris le pouvoir à la faveur de la capitulation japonaise, et les autorités françaises.

La France parvient à reprendre pied en Indochine et entame des négociations avec le gouvernement de la République démocratique du Viêt Nam, mais refuse d'inclure la Cochinchine dans le nouvel État. La conférence de Fontainebleau censée résoudre le problème indochinois s'achève sur un échec. La guerre d'Indochine éclate fin 1946 et ne se terminera en ce qui concerne la France que beaucoup plus tard, avec la séparation du pays entre Viêt-Nam du Nord et Viêt-Nam du Sud, en 1954.

La nouvelle constitution[modifier | modifier le code]

Un des autres objectifs principaux du GPRF, sous la houlette du général de Gaulle, fut de rendre la parole au peuple en organisant des élections législatives et un référendum qui eurent lieu le . Lors de ces scrutins, les Français approuvent le projet d'une nouvelle constitution et élisent une Assemblée constituante.

Ces élections voient la victoire de la SFIO, du PCF et du MRP qui recueillent les trois quarts des voix et le référendum consacre, avec 96 % des votants, la fin de la Troisième République. L'Assemblée constituante issue des élections est chargée d'instaurer la Quatrième République.

Le , Charles de Gaulle démissionne, en désaccord avec le projet de constitution et les ministres communistes.

Le l'Assemblée constituante adopte un premier projet de constitution soutenu par la majorité de gauche et dénoncé par les centristes et la droite. Cette constitution est rejetée par référendum le , entraînant la dissolution de la Chambre et la démission du socialiste Félix Gouin.

Une nouvelle Assemblée constituante, marquée par un renforcement du MRP et le recul de la gauche, est élue le . Le projet monocaméral devient bicaméral. La constitution de la Quatrième République, élaborée sous la présidence de Georges Bidault (MRP), est définitivement adoptée par référendum le S'ensuit alors l'élection d'une nouvelle Chambre en qui confie à Léon Blum, pour un mois, le dernier gouvernement provisoire avant l'élection du président de la République devant marquer l'entrée en vigueur des institutions de la Quatrième République.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Jean Lacouture, Charles de Gaulle, I. Le rebelle 1890-1944, édit. Le Seuil, 1984 (ISBN 2-02-006969-5), p. 834.
  2. a, b et c Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – L'Unité : 1942-1944, t. II, éd. Plon, Paris, 1956 (ISBN 2266167499) ; rééd. Le Livre de Poche (Historique), 1963, 511 p. (texte intégral), p. 374-375.
  3. Jean-Pierre Maury, « Convention d'armistice – Texte de l'armistice signé à Rethondes le 22 juin 1940 - Articles 2 et 3 », sur mjp.univ-perp.fr, université de Perpignan (consulté le 24 mai 2015).
  4. Gouvernement provisoire de la République française (GPRF).
  5. Ordonnance du 3 juin 1944 substituant au nom du Comité français de la Libération nationale celui de Gouvernement provisoire de la République française, sur le site de la digithèque MJP de l'université de Perpignan.
  6. Antony Beevor (trad. Jean-François Sené, Raymond Clarinard et Isabelle Taudière), D-Day et la bataille de Normandie, éd. Calman-Lévy, Paris, 2009, 636 p. (ISBN 978-2-7021-4016-1), p. 28-30.
  7. Article 1er de la loi constitutionnelle du 2 novembre 1945.
  8. « Chronologie 1940-1945 », sur le site de l'Ordre de la Libération.