Kadmi Cohen

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Kadmi Cohen
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Kadmi Cohen vers 1930
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Voir et modifier les données sur Wikidata (à 51 ans)
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Enfant

Kadmi Cohen est un écrivain français, d'origine juive, né le à Łódź, en Pologne qui défendra très tôt sa position pour le sionisme. Il est déporté pendant la Seconde Guerre mondiale à Auschwitz où il meurt en .

Biographie[modifier | modifier le code]

Isaac Kadmi-Cohen est né le à Łódź, en Pologne (alors partie de l'Empire russe). Ses parents l'envoient en Palestine à l'époque ottomane, en 1910, à Tel Aviv, nouvellement créée pour étudier à l'école secondaire et pour apprendre et perfectionner son français. Eux-mêmes, fortement imprégnés des idées sionistes, émigreront en Palestine sous mandat britannique, après la Première Guerre mondiale.

Très rapidement, Isaac Cohen se prend d'amour pour la France, et en , dès le début de la Première Guerre mondiale, il s'engage en tant que volontaire dans la Légion étrangère pour participer à ce qu'il considère comme une « guerre de libération contre les puissances centrales ». Il prend alors le nom de Kadmi Cohen en référence à Cadmos, fondateur de la ville de Thèbes dans la mythologie grecque.

Démobilisé, il décide de rester en France, fait des études de droit et obtient sa licence le . Il prête serment peu après, le . Profitant de la loi sur la naturalisation des volontaires étrangers, il acquiert la nationalité française par un décret du , et le , il est admis au barreau de Paris. Il se marie alors avec une jeune française catholique, qui se convertira au judaïsme et en 1922, avec sept autres jeunes confrères, il crée une association qui prendra quelques mois plus tard le nom de Union des Jeunes Avocats de Paris (UJAP[1]). En 1928, il est fondateur et président de l'Association des anciens combattants volontaires juifs.

Son combat principal en tant que journaliste et écrivain, va rapidement être lié au mouvement sioniste. En , il passe une thèse de philosophie à la Faculté de droit de l'université de Paris, intitulé: Introduction à l'histoire des institutions sociales et politiques chez les Sémites, dans laquelle il soutient la différence entre le sémitisme et le non-sémitisme sur la base de la relation avec la terre et le pouvoir. Quelques années plus tard, en 1929, il publie son œuvre considérée comme la plus originale Nomades. Essai sur l’âme juive, qui développe le thème de sa thèse de doctorat. Un an plus tard, en 1930, il fait paraitre l'essai L'abomination américaine. Essai politique où il critique le matérialisme américain et soutient une nouvelle Europe des peuples. La même année, il publie L'État d'Israël qu'il dédie à son ami Anatole de Monzie, où il expose sa thèse du pansémitisme.

À partir de 1929, il collabore de façon assidue à la revue Mercure de France. Ses articles sont principalement axés sur l'antisémitisme et la question juive. Au début des années 1930, il sympathise avec le parti sioniste révisionniste de Vladimir Jabotinsky, mais est également favorable à un rapprochement entre la Troisième République et la cause sioniste: il soutient entre autres un accord entre les chrétiens maronites et la direction sioniste pour la colonisation du Liban.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il se rapproche du canaanisme d'Ada Gourevich, partisan d'un projet politique pansémite au Proche-Orient, englobant Juifs et Arabes.

En 1941, Kadmi Cohen est emprisonné au camp de Royallieu, près de Compiègne. Pendant son internement, il fonde le mouvement Massada pour la renaissance du judaïsme de la Diaspora et la création d'un État juif. Le nom du mouvement rappelle l'héroïque défense des Juifs à Massada, dans le désert de Judée, contre les Romains en 73.

Relâché de Royallieu en début 1942, il publie son manifeste et s'installe chez son frère qui demeure près de Vichy. Avec l'aide de l'ancien jésuite Joseph Catry, il entre en contact avec André Lavagne, secrétaire privé du maréchal Pétain, à qui il exprime ses idées. Son projet d'une émigration massive des Juifs de France vers la Palestine aurait suscité quelques sympathies chez les autorités collaborationnistes, mais a été fortement combattu par les institutions juives de France telles que l'Union des Juifs français à Paris et le consistoire de Lyon. Lors d'une de ses interventions auprès du Gouvernement de Vichy, il défend son idée qui, selon lui est:

« La possibilité de faire quitter la France aux Juifs avec autant d'efficacité que les Allemands, mais humainement, volontairement et en vertu d'un accord international et non plus par la violence, en wagons à bestiaux, d'une manière qui était gravement dommageable au prestige de la France à l'étranger[2]. »

Début 1944, Kadmi Cohen, âgé de 52 ans, est de nouveau arrêté cette fois par la Gestapo, envoyé au camp de Drancy et déporté par le convoi no 70[3], en date du au camp de Gleiwitz, un des sous-camps du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, où il meurt en . Il laisse derrière lui, sa femme et trois enfants (Jean-François Steiner (*1938), Josée Steiner (*1939) et Olivier Cohen-Steiner, professeur à l'Université de Paris X (1936-2019).

L'affaire Treblinka[modifier | modifier le code]

L'attitude équivoque de Kadmi Cohen pendant la guerre[4],[5] est remise en question plusieurs années après sa mort, lors de la publication en 1966 par son fils Jean-François Steiner du roman Treblinka. La révolte d'un camp d'extermination. L'œuvre est préfacée par Simone de Beauvoir, et raconte le soulèvement armé des Juifs dans le camp d'extermination en Pologne. Ce livre, qui repose en partie sur les témoignages de certains survivants, suscite de virulentes critiques polémiques dans la presse pour sa présentation antihistorique et irréaliste de la condition des Juifs prisonniers, et pour son attaque des dirigeants juifs de l'époque. L'action des leaders juifs pendant la Seconde Guerre mondiale avait déjà été mise en cause quelques années auparavant par Hannah Arendt dans son livre La Banalité du mal publié en 1963 après le procès d'Adolf Eichmann.

Pour de nombreux critiques, le mariage de Jean-François Steiner avec Grit von Brauchitsch, la petite-fille du Generalfeldmarschall Walther von Brauchitsch, ancien chef d'état-major de l'armée allemande et accusé de crime de guerre, confirme sa position existentielle semblable à celle de son père, malade de l'activisme nihiliste, de la compréhension du nazisme et de la continuité de l'antisémitisme[réf. nécessaire]. Dans les années 1990, Jean-François Steiner fera de nouveau parler de lui en défendant Maurice Papon, accusé de collaboration sous le gouvernement de Vichy.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Site de l'UJAP
  2. cité par Christophe Thévenet dans son Hommage à Kadmi Cohen; magazine des Jeunes avocats de Paris; décembre 1997; n°: 128
  3. Voir, Klarsfeld, 2012.
  4. (en): Adam Rayski dans The choice of the Jews under Vichy: between submission and resistance, indique que: « Kadmi Cohen, avocat et sioniste d'extrême-droite, croit en la probable victoire allemande…il expose son idée d'une collaboration avec le Reich d'Hitler pour la conquête de la Palestine »
  5. Pierre Vidal-Naquet dans Un Eichmann de papier (1980) - Anatomie d'un mensonge; (in Les assassins de la mémoire) va plus de cinquante ans après la mort de Kadmi Cohen jusqu'à le traiter d'« extrémiste sioniste délirant ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]