Gouvernement Laval V
| Chef de l'État et Président du Conseil | Philippe Pétain |
|---|---|
| Vice-président du Conseil | Pierre Laval |
| Formation | |
| Fin | |
| Durée | 5 mois |
Le cinquième gouvernement Pierre Laval ou gouvernement Pétain II est le premier gouvernement du régime de Vichy en France, constitué par Philippe Pétain après le vote du lui donnant les pleins pouvoirs constituants. Il se termine le par le renvoi de Pierre Laval.
Il n'est pas reconnu comme légitime par le Conseil de défense de l'Empire, gouvernement de la France Libre, reconnu quant à lui par le gouvernement britannique.
Formation du gouvernement
[modifier | modifier le code]Le gouvernement de Pétain ayant signé l’armistice puis mis fin à la République le par le vote des pleins pouvoir constituants à Pétain, suivi des trois premiers actes constitutionnels, le général de Gaulle crée le , le Conseil de défense de l'Empire qui est reconnu par le Gouvernement britannique, comme successeur légitime de la République alliée de la Grande-Bretagne dans la guerre.
Le , Pierre Laval, second ministre d'État de l'ancien gouvernement[1] est appelé par Pétain comme vice-président du Conseil[2] — le maréchal restant à la fois chef de l’État et du Gouvernement — et l'acte constitutionnel no 4 fait de Laval le dauphin de Pétain en cas de vacance du pouvoir[3].
Le , Philippe Pétain forme le premier gouvernement du régime de Vichy et maintient Pierre Laval comme vice-président du Conseil.
Composition initiale du gouvernement
[modifier | modifier le code]Laurent Joly qualifie ce gouvernement comme une « union des droites » faite de personnalités d'extrême droite comme Maxime Weygand et Raphaël Alibert, de catholiques conservateurs comme Yves Bouthillier ou d'hommes de centre droit comme Pierre Laval. On note aussi la présence de René Belin, syndicaliste de la CGT pacifiste et anticommuniste, et de Adrien Marquet, promoteur d'un néo-socialisme autoritaire et nationaliste[4].
| Portefeuille | Titulaire | Parti | |
|---|---|---|---|
| Chef de l'État français, président du Conseil[5] | Philippe Pétain | SE | |
| Ministre secrétaire d'État, vice-président du Conseil, chargé de l'Information, de la presse et de la radiodiffusion (à partir du )[6] | Pierre Laval | DVD | |
| Ministres secrétaires d'État | |||
| Garde des Sceaux et ministre secrétaire d’État à la Justice, chargé des services de secrétariat général de présidence du Conseil et de la direction générale des services d'Alsace et de Lorraine (à partir du ) | Raphaël Alibert | DXD[7],[a] | |
| Ministre secrétaire d'État à l'Intérieur | Adrien Marquet | DVG[b],[8] | |
| Ministre secrétaire d'État aux Affaires Étrangères | Paul Baudouin[9] | DVD[c] | |
| Ministre secrétaire d'État aux Finances | Yves Bouthillier | DVD[d],[10] | |
| Ministre secrétaire d'État à la Défense nationale | Maxime Weygand | DXD[e],[11] | |
| Ministre secrétaire d'État à l'Instruction publique et aux Beaux-Arts | Émile Mireaux | RI[f],[12] | |
| Ministre secrétaire d'État à la Jeunesse et à la Famille | Jean Ybarnégaray | PSF[g] | |
| Ministre secrétaire d'État à l'Agriculture et au Ravitaillement | Pierre Caziot | SE[h] | |
| Ministre secrétaire d'État à la Production industrielle et au Travail | René Belin (à partir du ) | DVG[i],[13] | |
| Ministre secrétaire d'État aux Communications | François Piétri | AD | |
| Ministre secrétaire d'État aux Colonies | Henry Lémery | DVD[j],[14] | |
| Secrétaires d’État | |||
| Secrétaire d'État à la Guerre | Louis Colson | SE[k] | |
| Secrétaire d'État à la Marine | François Darlan | SE[l],[15] | |
| Secrétaire d'État à l'Aviation | Bertrand Pujo | SE[m] | |
Remaniements
[modifier | modifier le code]7 septembre 1940
[modifier | modifier le code]Une nouvelle loi relative à la composition du Gouvernement est décrétée par Pétain le 6 septembre, elle réorganise la forme et le fond du gouvernement. La nomenclature des « ministres secrétaire d'État » changent tous pour « secrétaires d'État ». Cependant, seul le vice-président, Laval, et huit secrétaires d'État sont des ministres de pleins droits et forment le conseil des ministres, les autres n'ont qu'une voix délibératives lorsqu'il s'agit d'une loi intéressant leurs départements. Un conseil de cabinet est créé, composé du vice-président du Conseil et des secrétaires d'État. Il prépare les décisions du conseil des ministres[16].
| Portefeuille | Titulaire | Parti | |
|---|---|---|---|
| Chef de l'État français, président du Conseil[5] | Philippe Pétain | SE | |
| Ministre secrétaire d'État, vice-président du Conseil, chargé de l'Information, de la presse et de la radiodiffusion et de la coordination des différents ministères | Pierre Laval | DVD | |
| Secrétaires d'État, ayant prérogative de ministre | |||
| Garde des Sceaux et Secrétaire d’État à la Justice, chargé des services de secrétariat général de présidence du Conseil et de la direction générale des services d'Alsace et de Lorraine (à partir du ) | Raphaël Alibert | DXD | |
| Secrétaire d'État aux Affaires Étrangères | Paul Baudouin[9] | DVD[c] | |
| Secrétaire d'État à la Production industrielle et au Travail | René Belin | DVG | |
| Secrétaire d'État aux Finances | Yves Bouthillier | DVD | |
| Secrétaire d'État à l'Agriculture et au Ravitaillement | Pierre Caziot | SE | |
| Secrétaire d'État à la Marine | François Darlan | SE | |
| Secrétaire d'État à la Guerre | Charles Huntziger | DVD | |
| Secrétaire d'État à l'Intérieur | Marcel Peyrouton | SE | |
| Secrétaires d’État | |||
| Secrétaire d'État à l'Aviation, rattaché au ministère de la Marine | Jean Bergeret | SE | |
| Secrétaire d'État à l'Instruction publique et à la Jeunesse, rattaché au ministère de la Justice | Georges Ripert | DVD | |
| Secrétaire d'État aux Colonies, rattaché au ministère des affaires étrangères | Charles Platon | SE | |
| Secrétaire d'État aux Communications, rattaché au ministère des finances | Jean Berthelot | SE | |
Changements du 28 octobre 1940
[modifier | modifier le code]- Ministre secrétaire d’État à la présidence du conseil[9] : Paul Baudouin
- Ministre secrétaire d’État à l'Intérieur : Pierre Laval
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Raphaël Alibert est un royaliste traditionnaliste en lien avec La Cagoule et proche de l'Action française.
- ↑ Adrien Marquet est un néo-socialiste, maire de Bordeaux exclu de la SFIO en 1933 après avoir publié un manifeste avec Marcel Déat prônant « Ordre - Autorité - Nation ». Il fonde en 1935 le Parti néo-socialiste pour une politique corporatiste et autoritaire puis il s'oppose au Front populaire en 1936.
- Paul Baudouin est proche du centre-droit et l'homme de confiance de Paul Reynaud, s'éloignant de lui en juin par sa position pro-armistice.
- ↑ Yves Bouthillier est un haut-fonctionnaire ouvertement hostile au Front populaire et se rapproche de Paul Raynaud qu'il trahi en juin pour rejoindre Pétain.
- ↑ Maxime Weygand entre en 1936 dans le Rassemblement national pour la reconstruction de la France, groupe traditionaliste et réactionnaire. Il signe en 1937 un manifeste pro-franquiste. Il est membre du Cercle Fustel de Coulanges. En juin 1940, il écrit une note-programme qui demande un nouveau régime avec pour devise « Dieu, Patrie, Famille, Travail ».
- ↑ Émile Mireaux est co-directeur du journal Le Temps, sénateur en 1935 de l'Union démocratique et radicale. Il se rapproche à la fin des années 30 de l'Alliance démocratique.
- ↑ Jean Ybarnégaray est député à partir de 1914, au sein de la Fédération républicaine, il milite dans les ligues nationalistes comme les Jeunesses patriotes. Il intègre les Croix-de-Feu, devenant un cadre de l'organisation. Il devient en 1936 l'un des dirigeant du Parti social français.
- ↑ Pierre Caziot est un ingénieur agronome, conservateur agrarien.
- ↑ Membre du Syndicat national des agents des PTT, associé à la CGT dont il devient en 1933 un secrétaire général adjoint. Il y tient une ligne pacifiste et anticommuniste. En 1938, sa tendance « Syndicats » dépend les accords de Munich. Il est donc associé à l'aile droitière de la CGT et devient une « caution de gauche ».
- ↑ Henry Lémery est un avocat martiniquais d'abord proche du centre-gauche, député entre 1914 et 1919 puis sénateur à partir de 1920. Il se rapproche du centre-droit à partir des années 1920. Il défend une ligne sécuritaire et de puissance nationale contre la sécurité collective d'Aristide Briand. Il s'oppose aux sanctions contre l'Italie et au soutien à la République espagnole. Il participe en 1934 au projet de réforme autoritaire de la Constitution d'André Tardieu. Il doit quitter en 1936 le groupe de la Gauche démocratique et devient donc un non-inscrit, opposant au Front populaire. Il est ouvertement anticommuniste et à la fin des années 30 se rapproche des milieux conservateurs.
- ↑ Louis Colson est polytechnicien ayant été chargé de l'envoi d'équipements aux républicains espagnols mais n'a pas d'affiliation politique.
- ↑ François Darlan est issu d'un milieu républicain progressiste, conservateur socialement. Il est anticommuniste et méprise l'antiparlementarisme.
- ↑ Bertrand Pujo est un aviateur avec deux citations à l'ordre de l'armée. Il est président d'Air France en 1936.
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Cointet 2011, p. 38.
- ↑ Cointet 1993, p. 228-249.
- ↑ Kupferman 2006, p. 269.
- ↑ France Fictions. Histoire des idées reçues de l'histoire de France, Perrin, (ISBN 978-2-412-10425-5), p. 399
- [PDF] Jérôme Cotillon, « Les entourages de Philippe Pétain, chef de l’État français, 1940-1942 », Histoire@Politique – Politique, culture, société, no 8, mai-août 2009. « Par la conjonction des événements précipitant une concentration entre les mains d’un seul des pouvoirs présidentiel et gouvernemental comme le cas de figure faisant du dernier président du Conseil de la République également le premier chef du nouvel État français, la personne de Pétain se retrouve tout à la fois investie de nouvelles fonctions exécutives sans avoir été dépossédée de ses anciennes attributions gouvernementales. »Voir en particulier la note 42, p. 16. : « Il est relevé que Laval chef du gouvernement ne porte pas pour autant le titre de président du Conseil, Pétain continue d’en être le détenteur et d’en exercer les pouvoirs afférents. Cf. à ce sujet AN 2AG 539 CC 140 B et Marc-Olivier Baruch, op. cit.,[réf. non conforme] p. 334-335 et 610. »
- ↑ Gilles Devers, « Vichy 28. Loi du 12 juillet 1940 : composition du gouvernement », sur avocats.fr, (consulté le ).
- ↑ Jean-Paul Cointet, Les hommes de Vichy: l'illusion du pouvoir, Perrin, (ISBN 978-2-262-04929-4)
- ↑ Hubert Bonin, Bernard Lachaise et Françoise Taliano-des Garets, Adrien Marquet: les dérives d'une ambition, Bordeaux, Paris, Vichy, 1924-1955, Confluences, (ISBN 978-2-35527-005-5)
- « Ministres de Vichy issus de l'École polytechnique – Paul Baudouin », sur x-resistance.polytechnique.org, Association X-Résistance (consulté le ).
- ↑ Michel Margairaz, « Yves Bouthillier (1901-1977) : Le ministre de Vichy », dans Dictionnaire historique des inspecteurs des Finances 1801-2009 : Dictionnaire thématique et biographique, Institut de la gestion publique et du développement économique, coll. « Histoire économique et financière - XIXe-XXe », , 197–199 p. (ISBN 978-2-8218-3703-4, DOI 10.4000/books.igpde.3644, lire en ligne)
- ↑ Thibault Decomble, « Le général Maxime Weygand face à la guerre (mai 1940-septembre 1940) », dumas.ccsd.cnrs.fr, , p. 368 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Gilles Le Béguec, « Le Parti radical indépendant », Bulletin du Centre d’Histoire de la France contemporaine / Recherches contemporaines, vol. 5, no 1, , p. 311–313 (DOI 10.3406/bchfc.1998.1927, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « BELIN René, Joseph, Jean-Baptiste – Maitron » (consulté le )
- ↑ Dominique Chathuant, « L'émergence d'une élite politique noire dans la France du premier 20e siècle ? », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, vol. n° 101, no 1, , p. 133–147 (ISSN 0294-1759, DOI 10.3917/ving.101.0133, lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ Bernard Costagliola, « Darlan avant Darlan », dans Darlan : La collaboration à tout prix, Paris, CNRS, , 404 p. (ISBN 9782271083180)
- ↑ « Journal officiel de la République française. Lois et décrets », sur Gallica, (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Jean-Paul Cointet, Pierre Laval, Paris, Fayard, , 586 p. (ISBN 978-2-213-02841-5).

- Michèle Cointet, Nouvelle histoire de Vichy : 1940-1945, Paris, Fayard, , 797 p. (ISBN 978-2-213-63553-8, présentation en ligne).

- Fred Kupferman (préf. Henri Rousso), Laval, Paris, Tallandier, , 2e éd. (1re éd. Balland, 1987), 654 p. (ISBN 978-2-84734-254-3, présentation en ligne).

- Renaud Meltz, Pierre Laval : un mystère français, Paris, Perrin, , 1226 p. (ISBN 978-2-262-04018-5, SUDOC 231545932, présentation en ligne).
