Henri Dorgères

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Henri Dorgères
Henri Dorgères, en 1937.
Henri Dorgères, en 1937.
Fonctions
Député 1956-1958
Gouvernement IVe République
Groupe politique UFF
Biographie
Date de naissance
Date de décès (à 87 ans)
Résidence Ille-et-Vilaine

Henri-Auguste d’Halluin, dit Henri Dorgères, né le à Wasquehal (Nord) et mort le à Yerres (Essonne), est un homme politique et syndicaliste français[1].

Il est le fondateur des Chemises vertes, faction de l'extrême droite française pendant l'Entre-deux-guerres. On parle de dorgérisme, ses partisans étant dorgéristes.

Éléments personnels[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Il est le fis de Léon Auguste Joseph d'Halluin, originaire de Mouvaux. Il s'est installé sur Wasquehal après son mariage et possédait une boucherie. Il suit l'enseignement primaire à l'école du Capreau et reçoit le prix départemental au certificat d'études. Son père décède en 1909 et il aide sa mère à tenir la boucherie. Il ne pourra poursuivre ses études que grâce à une bourse au lycée de Tourcoing, où la Première Guerre mondiale le surprend.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Il est arrêté à trois reprises et notamment en janvier 1918 alors qu'il tente de passer en Hollande. Il est alors condamné et emprisonné à la forteresse de Bruges en février 1918 et s'évade en octobre, et, à la faveur du désordre, à regagner les lignes alliées. Cette action lui vaudra la Croix de guerre.

L'Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Il passe son baccalauréat ès lettres, et s'oriente vers une carrière juridique et suit pendant deux ans des études de droit. En 1921 il se marie, à Lille, avec Cécile Cartigny, et entre la même année au Nouvelliste de l'Ouest à Rennes. Il s'installera définitivement en Ille-et-Vilaine à compter de 1922, et y découvre les difficultés de la condition paysanne, dont il devient aussitôt un défenseur convaincu. À partir de 1925, Henri d'Halluin est rédacteur au quotidien catholique Le Nouvelliste de Bretagne puis directeur du Progrès agricole de l'Ouest, dont il fera un important journal professionnel. C'est alors qu'il prend le pseudonyme de Dorgères pour signer ses articles. Ses adversaires l'ont présenté à ses débuts comme un sympathisant de l'Action française[2].

Fondation des Comités de défense paysanne[modifier | modifier le code]

Fondateur en[1934 des Comités de défense paysanne dits aussi « Chemises vertes » d'après la couleur de leur uniforme, il eut une certaine influence, surtout dans le nord et l’ouest de la France rurale d'avant-guerre. Il réclamait un État autoritaire et corporatiste dans les années trente, même au prix d’un renversement de la République. S'appuyant sur de nombreux journaux locaux et nationaux, son mouvement revendiquera jusqu’à 420 000 membres à la fin des années 1930[3]. La position officielle du mouvement est celle d'une troisième voie, « ni fasciste ni communiste[3] ». Le mouvement de Dorgères participe activement au « Front Paysan » d'Edmond Jacquet et Jacques Le Roy Ladurie[3]. Progressivement, autour du Progrès agricole, il organise plusieurs mouvements d'action paysanne. C'est d'abord le « Comité de défense paysanne contre les assurances sociales » créé en 1929 en Ille-et-Vilaine car opposé à la loi du , qui étendait le bénéfice des assurances sociales aux ouvriers agricoles. Suivront les mouvements du Front paysan en 1934, de Défense paysanne, des Jeunesses paysannes. En 1935, il est secrétaire général de la Ligue des paysans de France et l'année suivante, délégué à la propagande du Syndicat agricole de défense paysanne.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Fin 1939, il entre comme volontaire dans le corps franc du 15e régiment d'infanterie alpine, et combat en Alsace : il est nommé caporal, reçoit la croix de guerre et est titulaire d'une citation. Capturé par les Allemands à Saint-Valéry-en-Caux, il s'enfuit en zone libre. Soutien de Pétain, il est nommé délégué général à l'organisation et à la propagande de la Corporation paysanne créée par Pierre Caziot le . Il publie en 1943 Révolution paysanne, où se précisent déjà un certain nombre de thèmes préfigurant le poujadisme : « Le fonctionnaire, voilà l’ennemi », et où est particulièrement attaquée la figure de l'instituteur rural et de « l’école du déracinement ». Défenseur de la petite ferme, il s'éloigne peu à peu de la Corporation, dominée par les grands propriétaires. Cet engagement ne l'empêche nullement d'aider les prisonniers évadés et les résistants poursuivis : « Pendant l'Occupation, il a délivré des centaines de fausses cartes à des prisonniers évadés ou à des personnes poursuivies par les occupants. Et, souvent, c'est personnellement qu'il leur a fait franchir la ligne de démarcation »[1].

Ses organisations de base se trouvèrent à l’origine de la Corporation paysanne de Vichy dont il obtint le grade de général. Il fut décoré de la Francisque par le maréchal Pétain. Henri Dorgères est arrêté par les Alliés en et emprisonné à Paris. Condamné à dix ans d’indignité nationale, il est amnistié pour services rendus à la Résistance et libéré le 26 avril 1946. Toutefois, un arrêté ministériel de l'exclut pour cinq ans de toute participation à des organismes agricoles[1].

Il est député d'Ille-et-Vilaine à l'Assemblée nationale de 1956 à 1958 sur les listes poujadistes d’Union pour le salut de la patrie[1].

Fondation du Rassemblement paysan[modifier | modifier le code]

Il s'oppose à la ratification des traités instituant la Communauté économique européenne (CEE) et Euratom et s'abstient lors du vote du sur la prorogation des pouvoirs spéciaux en Algérie, mais se prononce contre la loi-cadre sur l'Algérie, puis ce projet amendé par Félix Gaillard. Il est l'un des trois députés à ne pas prendre part au scrutin du sur la révision constitutionnelle. S'il vote le la confiance au général de Gaulle, il est l'un des deux seuls députés à s'abstenir volontairement lors du vote du sur les pleins pouvoirs, mais il soutient la révision constitutionnelle[1]. Se rapprochant de Pierre Poujade, Henri Dorgères crée le Rassemblement paysan, en 1957, avec ce dernier et Paul Antier. Il fut inculpé par la justice française en tout 69 fois[4].

Distinctions et décorations[modifier | modifier le code]

Décorations françaises[modifier | modifier le code]

Pensée et thèses du dorgérisme[modifier | modifier le code]

L’historien américain Robert Paxton parle du dorgérisme comme d'un mouvement important dans l’histoire contemporaine des campagnes françaises. Posant la question de la place des paysans dans une société profondément ébranlée par la Grande Guerre. Henri Dorgères réussit à capter et amplifier la colère de nombreux paysans français au moment où la crise agricole vient remettre en cause des aspirations socio-économiques que le contexte de l’après-guerre avait fait émerger. Fondateur d’une geste protestataire qui ébranle, pendant un temps, l’idée d’une stabilité intrinsèque du monde rural gage de solidité du régime, l’action de Dorgères atteste que le postulat agrarien de l’unité paysanne peut nourrir une contestation virulente du modèle républicain[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e « Henri Dorgères », Assemblée nationale (consulté le 19 juin 2015)
  2. L'Ouest-Eclair, 3 mai 1930, "Attention !", L'Ouest-Eclair, 14 juin 1930, "Correspondance" ' lettre de d'Halluin alias Dorgères
  3. a, b et c Henri Dorgères ou la paysannerie en chemise verte, par Xaver Eman, Rivarol, juillet-août 2006
  4. Réfléchir et Agir, no 10, hiver 2001, « La réaction vitaliste (ou le retour agrobiologique) », par Alexis Arette, p. 23.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Écrits de Dorgères
  • Dorgères (Henri), Haut les fourches, P., les Œuvres françaises, 1935 (rééd. Déterna, 1999)
  • Dorgères (Henri), Au temps des fourches, autobiographie, P., éd. France-Empire, 1975
  • Dorgères (Henri), Au XXe siècle : dix ans de jacquerie, Paris : les Éditions du Scorpion (Rennes, Impr. réunies) , 1959
Écrits sur Dorgères
  • David Bensoussan, « Pour une analyse socio-politique du dorgérisme : l’exemple de la Bretagne », Ruralia, vol. 16/17,‎ (lire en ligne), mis en ligne le 19 juillet 2006
  • Paxton (Robert O.), Le temps des chemises vertes. Révoltes paysannes et fascisme rural 1929-1939, Le Seuil, 1996. Présentation de l'ouvrage : Ronald Hubscher, « Robert O PAXTON, Le temps des Chemises vertes. Révoltes paysannes et fascisme rural, I929-1939, Paris, Éditions du Seuil, I996, 315 p. », Cahiers d'histoire, vol. 42, no 1,‎ (lire en ligne), mis en ligne le 14 mai 2009
  • Pitaud (Henri), La terre aux paysans, Pierre Bossuet, 1936
  • Pitaud (Henri), Paysan et militant. Mes chemins sauvages, Souvenirs 1921-1940, Beauvoir-sur-Mer, Éditions de l’Étrave, 2001
  • Maxence (Jean-Pierre), Histoire de dix ans : 1927-1937, Éditions du Rocher, 2005

Liens externes[modifier | modifier le code]