Benoît Collombat

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Benoît Collombat
Image illustrative de l’article Benoît Collombat

Naissance
Nationalité Française
Profession Journaliste
Spécialité Investigation
Années d'activité 1994 -
Récompenses Bourse René Payot
Prix Ondas
Prix franco-allemand du Journalisme
Prix Alexandre Varenne
Prix Goretta
Prix international de l'enquête du Centre de formation des journalistes
Prix du public Cultura
Médias actuels
Pays Drapeau de la France France
Média Radio
Fonction principale Grand reporteur au service Enquête-Justice
Historique
Radio France Inter
Autres médias Les Inrocks

Benoît Collombat, né en 1970, est un journaliste français de radio travaillant à la rédaction de France Inter depuis 1994 en qualité de grand reporter.

Il s'oriente vers le journalisme d'investigation, enquêtant notamment sur l'affaire Robert Boulin, et sur les pratiques du groupe Bolloré au Cameroun. Le groupe l'attaque d'ailleurs en justice dans plusieurs procédures à partir de cette date : Collombat est condamné pour diffamation en 2010 ; Bolloré est condamné pour procédure abusive en 2019.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Après des études supérieures de lettres et d'histoire à la Sorbonne, Benoît Collombat est diplômé de l'École supérieure de journalisme de Lille (ESJ Lille).

France Inter[modifier | modifier le code]

Benoît Collombat est grand reporteur au sein de la rédaction de France Inter depuis 1994. Il a couvert des évènements tels le tsunami en Asie, les guerres en Ulster, en Irak, les évènements en Iran, la chute de Milosevic en Serbie ou encore la révolte des réfugiés de Lampedusa et les inondations en Espagne, et effectue dès lors de nombreux travaux d'investigation.

En , Benoît Collombat enquête sur la disparition en Polynésie française du journaliste d’investigation Jean-Pascal Couraud, dit JPK. Son enquête « Des requins en eaux troubles - contre-enquête sur l’affaire JPK » est diffusée sur France Inter dans le magazine Interception et le site de la chaîne[1].

En 2008, il enquête sur les rumeurs d'assassinat du premier ministre Pierre Bérégovoy[2]. Puis sur l'affaire du "cabinet noir" d'Yves Bertrand[3], directeur des Renseignements généraux entre 1992 et 2004. Et sur l'affaire Ali Mécili[4], l’affaire Ben Barka, version algérienne. Benoît Collombat enquête également sur les paradis fiscaux[5], notamment auprès de Daniel Lebegue (ancien directeur général de la Banque nationale de Paris, puis de la Caisse des dépôts et consignations et président de l'ONG Transparence International France et des juges Renaud Van Ruymbeke, Bernard Bertossa et Jean de Maillard.

En 2009, après la polémique suscitée par le livre de Pierre Péan Le monde selon K mettant notamment en cause l’activité de consultant de Bernard Kouchner au service de potentats de la « Françafrique », au Gabon et au Congo-Brazzaville, Benoît Collombat réalise l'enquête « Les affaires africaines du Docteur Kouchner »[6] diffusée sur France Inter et sur franceinter.com où il publie pour la première fois les fameux rapports. Il apporte également de nouveaux éléments dans l'enquête sur le naufrage du Joola[7] au Sénégal, en septembre 2002, la plus grande catastrophe maritime civile.

En août 2010, Benoît Collombat publie une nouvelle et retentissante enquête sur Éric de Sérigny, l’un des conseillers d’Éric Woerth, nouvel élément de l’affaire Bettencourt. Poursuivant son enquête sur l’affaire Bettencourt, il publie quelques jours après d’autres éléments sur un nouveau volet sur lequel Eric Woerth pourrait avoir à se justifier : l’affaire Wildenstein.

Enquête sur l'affaire Robert Boulin (2007 - 2009)[modifier | modifier le code]

L'affaire Robert Boulin fut déclenchée par la mort du ministre du Travail Robert Boulin, retrouvé le dans un demi-mètre d'eau de l'étang Rompu de la forêt de Rambouillet.

En 2003, il réalise pour France Inter une contre-enquête sur la mort de l'ancien ministre Robert Boulin, intitulée Affaire Boulin, un homme à abattre[8], prélude au livre du même nom qui sortira en 2007, quatre ans plus tard[9]. Il apporte, à nouveau, des éléments inédits (témoignages et documents) sur l'affaire Boulin en . Son enquête « Affaire Boulin : ces nouveaux témoins qui parlent d'assassinat » est diffusée sur France Inter et reprise dans la presse[10].

Reportage sur les affaires de Bolloré au Cameroun (2009 - ...)[modifier | modifier le code]

En , il réalise un reportage en Afrique « Cameroun : l’empire noir de Vincent Bolloré »[11] diffusé dans le cadre du magazine Interception[12] sur France Inter. Des témoignages inédits de camerounais décrivant la face cachée des pratiques de Bolloré au Cameroun, où le groupe contrôle en grande partie le port autonome de Douala, les chemins de fer et des plantations de palmiers.

Pour ce reportage Benoît Collombat et France Inter sont attaqués en diffamation par le groupe Bolloré devant le tribunal correctionnel de Paris. Le groupe Bolloré attaque le journaliste sur l'ensemble de son reportage[13]. Les audiences ont eu lieu en [14] et [15]. « En poursuivant en diffamation France Inter, Vincent Bolloré veut faire "un exemple" » écrit Rue 89[16] qui assiste aux audiences. Le le tribunal correctionnel de Paris condamne Benoît Collombat et Jean-Paul Cluzel, alors directeur de publication de France Inter, à 1 000 euros d'amende[17] et à verser solidairement à Bolloré un euro de dommages. Benoît Collombat est condamné de « diffamation publique » envers Vincent Bolloré et Bolloré SA au motif unique de leur avoir imputé sans preuve suffisante « de ne pas respecter les engagements financiers pris lors de la concession de la Camrail ». Il est exonéré des autres points d'accusations. Le tribunal reconnait comme étant de bonne foi la description des conditions de logement « indignes » des employés de la société Socapalm ainsi que du non-respect de la sécurité minimale des employés de Socapalm[18]. Pareillement, le tribunal reconnaît que les allégations sur l'influence du groupe Bolloré sur le clan du Président Biya ainsi que l'aide financière que ce groupe apporterait à certains relais d'opinion importants au Cameroun (dont la Fondation Chantal Biya) « relèvent du libre débat d'opinion sur un sujet d'intérêt général[19]».

En 2015, Collombat participe à un ouvrage collectif, Informer n'est pas un délit, paru aux éditions Calmann-Lévy, alors sous la direction de Florence Sultan. Le texte de Collombat décrit notamment une stratégie du groupe Bolloré dans ses procédures judiciaires envers les médias. Le groupe Bolloré porte alors à nouveau plainte contre Collombat et Sultan. En mai 2019, le groupe Bolloré est condamné pour « procédure abusive » à son encontre, la 17ème chambre correctionnelle de Paris ayant jugé que Benoît Collombat doit être relaxé, et le groupe Bolloré condamné pour « abus de constitution de partie civile ». Ce dernier doit verser la somme de 9 000 euros au journaliste, « en réparation du préjudice moral causé par cette action, qui a entraîné une procédure de plusieurs années »[20]. Le groupe Bolloré fait appel en 2020, et la Cour d'appel confirme le jugement. En 2021, alors que le groupe est devenu indirectement actionnaire de la maison d'édition[Note 1] la Cour de cassation, saisie toujours par Bolloré, ordonne un nouveau procès en appel[21].

Autres collaborations[modifier | modifier le code]

En 2011-2012, Benoît Collombat travaille en collaboration avec David Servenay pour Les Inrocks où ils tiennent un blog Carnets d'enquêtes.

Actuellement, il collabore avec Étienne Davodeau à une série de reportages pré-publiée dans La Revue Dessinée.

Il fait partie des membres bénévoles du comité éditorial de Disclose[22]. Dans ce cadre, il est convoqué par la Direction générale de la Sécurité intérieure en mai 2019[23]. Un communiqué de la Ligue des droits de l'homme (France), en date du 14 mai 2019, relaie dix-sept ONG qui dénoncent des menaces de poursuites judiciaires pesant sur les journalistes Geoffrey Livolsi et Mathias Destal, du média d’investigation Disclose, ainsi que Benoît Collombat, de la cellule investigation de Radio France, qui ont enquêté sur la présence d’armes françaises dans le conflit au Yémen et qui sont entendus par la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) dans le cadre d’une enquête préliminaire pour « compromission du secret de la défense nationale » ouverte par le parquet de Paris après le dépôt d’une plainte par le ministère des Armées[24].

Associé à l'auteur de bande dessinée Damien Cuvillier, Benoît Collombat conçoit un roman graphique, intitulé Le Choix du chômage - De Pompidou à Macron, enquête sur les racines de la violence économique (Futuropolis), préfacé par Ken Loach. L'ouvrage, remarqué par les médias[25],[26],[27] est publié en mars 2021, il se penche sur les racines de la violence économique dans les années 1970 et 1980 en France[28].

Engagements[modifier | modifier le code]

Benoît Collombat est cité dans Le Système B, un documentaire français, créée par l'ONG Reporters sans frontières et diffusé en , qui fut très médiatisé car il a appelé « l'État, le CSA, l'Autorité de la concurrence et le législateur à intervenir » et dénoncé des « pratiques représentent un véritable danger pour la liberté de la presse, mais aussi pour la démocratie »[29] et alerté contre la censure répétée d'enquêtes dans différents médias du groupe industriel et de services de Vincent Bolloré[30],[31],[32],[33],[29],[34],[35],[36], mais visant aussi d'autres médias, par un usage massif des poursuites judiciaires, afin de décourager au maximum les enquêtes sur « ses activités africaines », qui « représentent un tiers du chiffre d'affaires » du groupe Bolloré.

Il a par ailleurs soutenu le journaliste Denis Robert lors de sa mise en examen dans l'affaire Clearstream en 2006, soulignant le paradoxe des poursuites contre celui qui « avait permis une meilleure compréhension des rouages de la société Clearstream »[37] grâce à ses révélations dans le livre Clearstream, l’enquête, publié en .

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Un homme à abattre : Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin, Paris, éditions Fayard, , 504 p. (ISBN 978-2-213-63104-2)
  • Avec David Servenay, La Fédé : comment les socialistes ont perdu le Nord, Le Seuil, 2012 (ISBN 978-2-02-108173-2)
  • Avec David Servenay, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte, 2014 (ISBN 978-2-7071-8243-2)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En devenant actionnaire majoritaire du groupe Lagardère, propriétaire de Hachette Livre, dont fait partie Calmann-Lévy.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Lionel Thompson , Pascal Dervieux , Philippe Bardonnaud , Vanessa Descouraux, Des requins en eaux troubles - contre-enquête sur l’affaire JPK, France Inter, 16 décembre 2007.
  2. Benoît Collombat, Pierre Bérégovoy : Contre-enquête sur un suicide, France Inter, 1er mai 2008.
  3. Benoît Collombat, Enquête sur « le cabinet noir » d’Yves Bertrand, France Inter, novembre 2008.
  4. Benoît Collombat, L’affaire Mecili… l’affaire Ben Barka, version algérienne, France Inter, 24 septembre 2008.
  5. Benoît Collombat, Les trous noirs de la finance mondiale, France Inter, 30 novembre 2008.
  6. Benoît Collombat,Les affaires africaines du Docteur Kouchner, France Inter, février 2009.
  7. Valeria Emanuele, Naufrage du Joola, les témoignages qui accusent le pouvoir sénégalais, {France Inter, 20 octobre 2009
  8. Lionel Thompson , Pascal Dervieux, Affaire Boulin : un homme à abattre, France Inter, 26 octobre 2003.
  9. Guillaume Bouchet, Pourquoi il faut rouvrir le dossier Boulin, Rue89, 12 mai 2007
  10. Rédaction, Les nouveaux témoins de l'Affaire Boulin, Slate, 27 octobre 2009.
  11. David Servenay, « Voyage au cœur de « l'empire noir » de Bolloré au Cameroun », sur Rue 89 - L'Obs, (consulté le )
  12. Lionel Thompson , Pascal Dervieux , Philippe Bardonnaud , Vanessa Descouraux, Cameroun : l’empire noir de Vincent Bolloré, France Inter, 29 mars 2009.
  13. Hélène Marzolf et Richard Sénéjoux, « Fabrice Arfi et Benoît Collombat, journalistes : “Nous voulions raconter les coulisses de ces nouvelles censures” », Télérama.fr, (consulté le )
  14. Dan Israel, Bolloré poursuit France Inter en diffamation, Arrêt sur images, 16 décembre 2009.
  15. Renaud Lecadre, « Bolloré ou le Cameroun au stade Germinal », sur Libération (consulté le )
  16. David Servenay, « Justice : Bolloré poursuit France Inter « pour l'exemple » », sur Rue 89 - L'Obs, (consulté le )
  17. David Servenay, « Presse : Vincent Bolloré met France Inter à terre », sur L'Obs, (consulté le )
  18. « Conditions de travail et de vie déplorables », sur France Inter,
  19. [PDF] « Jugement Bolloré/France Inter », sur survie.org, p. 18 du jugement
  20. Pauline Perrenot, « Le groupe Bolloré condamné pour procédure abusive face à Benoît Collombat », sur Acrimed,
  21. AFP, « Bolloré condamné pour procédure abusive contre un journaliste : un troisième procès ordonné », Sud Ouest,‎ (ISSN 1760-6454, lire en ligne, consulté le )
  22. Alexandre Berteau, « « Disclose », le nouveau média d’investigation en quête de mécènes », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  23. Le Monde, AFP, Reuters, « Armes françaises au Yémen : trois journalistes convoqués par la DGSI », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  24. « 17 ONG dénoncent les menaces de poursuites contre des journalistes enquêtant sur les armes françaises au Yémen », communiqué de la Ligue des droits de l'homme en date du 14 mai 2019
  25. Anne Douhaire, « "Le choix du chômage" : une BD engagée et documentée sur les racines politiques d'un mal français », sur France Inter,
  26. Jérôme Lachasse, « "Le Choix du chômage", la BD qui explique comment la France a fait le choix du chômage de masse », sur BFM TV,
  27. Catherine Marin, « De Pompidou à Macron, les dirigeants ont fait le choix du chômage », sur Reporterre, .
  28. Damien Augias, « Entretien avec Benoît Collombat et Damien Cuvillier », sur Nonfiction, .
  29. a et b "Liberté de la presse : que montre le documentaire de Reporters sans frontières sur le groupe Bolloré ?" le 15/10/2021 sur France Télévisions [1]
  30. "RSF dénonce les «méthodes brutales» de Vincent Bolloré dans les médias" dans Le Figaro le 14 octobre 2021 [2]
  31. "Reporters sans frontières dénonce les méthodes de Vincent Bolloré contre l’information" par Aude Dassonville, dans Le Monde le 14 octobre 2021 [3]
  32. "Vidéo. Vincent Bolloré : un documentaire de Reporters sans frontières dénonce ses « méthodes brutales »", par l'Agence France-Presse reprise le 14/10/2021 par le quotidien régional Sud Ouest [4]
  33. "Europe 1 ne digère pas la patte Bollo" le 22 juin 2021 dans Libération [5]
  34. "Le Système B." : un documentaire de Reporters sans frontières dénonce les méthodes de Vincent Bolloré" par Maxime Tellier, le 14/10/2021 sur France Culture [6]
  35. “Le Système B”, un docu choc sur la méthode Bolloré contre la liberté d’informer" par Richard Sénéjoux le 14/10/21 dans Télérama [7]
  36. "Concentration des médias : une commission et des propositions sur la table" par Aude Carasco, le 24/11/2021 dans La Croix
  37. Déclaration de Benoît Collombat sur le site de Denis Robert
  38. http://radiosfrancophones.org/rfp-prix-bourse-payot.php
  39. Les Derniers des Justes Prix Ondas
  40. http://www.france-allemagne.fr/Ouverture-du-Concours-pour-le-Prix,5148.html
  41. « France Inter / Radio France », sur Radio France (consulté le ).
  42. « France Inter / Radio France », sur Radio France (consulté le ).
  43. « France Inter / Radio France », sur Radio France (consulté le ).
  44. « Accueil », sur CFJ (consulté le ).
  45. Sophie Delafontaine et Étienne Davodeau, « Étienne Davodeau, auteur de BD et parrain du festival de la BD engagée. Entretien », Ouest-France,‎
  46. Agathe Auproux, « Les 6 finalistes du Prix de la BD Fnac 2016 », sur Livres hebdo, .

Lien externe[modifier | modifier le code]