Madeleine Michelis

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Madeleine Michelis
Description de l'image Madeleine_Michelis.jpg.
Naissance
Neuilly-sur-Seine
Décès (à 30 ans)
Paris
Nationalité France Français
Profession
Professeure agrégée de lettres classiques
Autres activités
résistante membre du réseau Shelburn
Formation
Distinctions

Madeleine Michelis, née à Neuilly-sur-Seine, le 22 août 1913 et décédée à Paris le , fut professeure de lettres classiques et Résistante.

Biographie[modifier | modifier le code]

La famille[modifier | modifier le code]

Madeleine Michelis est issue d'une famille d'artisans : son père d'origine italienne était cordonnier et sa mère d'origine alsacienne était gouvernante. Ses grands-parents maternels avaient quitté la Moselle, après la défaite de 1871, pour pouvoir rester français. En 1917, naît son frère Jean dont elle fut très proche[1]. La famille possédait une résidence secondaire en Seine-et-Marne.

Les années d'études[modifier | modifier le code]

Admise au concours des bourses à l'issue de l'école primaire, elle entre au lycée de jeunes filles de Neuilly-sur-Seine, sa ville de résidence, puis elle intègre la khâgne du lycée Condorcet à Paris en 1932 puis elle réussit le concours d'entrée à l'École normale supérieure de Sèvres (promotion 1934).

Catholique et humaniste, membre de la Jeunesse étudiante chrétienne (J.E.C.), elle avait côtoyé avant la Seconde Guerre mondiale, Jean de Baroncelli et Jean-Louis Crémieux-Brilhac[2].

Une professeure de lettres classiques[modifier | modifier le code]

En 1937, elle fut nommée professeur de Lettres Classiques au lycée de jeunes filles du Havre. En 1939, elle fut détachée à l'annexe du lycée du Havre à Étretat, ouverte pour les Parisiens réfugiés et les élèves havrais fuyant les éventuels bombardements. En juin 1940, avec la débâcle des armées françaises, elle partit sur les routes de l'exode à Caen, en Charente-Maritime et enfin à Pamiers où elle retrouva ses parents[2]. En mars 1941, elle fut mutée au Lycée Victor-Duruy à Paris, puis, à la rentrée 1942, au Lycée d'État de Jeunes Filles d'Amiens. Elle y anima un atelier de théâtre pour les élèves ; elle hébergea alors une jeune juive, Claude Bloch - dont le père, l'architecte Jean-André Bloch, avait été déporté - avant de réussir à lui faire passer la ligne de démarcation pour l'envoyer chez des amis cultivateurs dans le Gers, les Orllhac[2].

Résistante et martyre[modifier | modifier le code]

Elle aurait été membre du réseau Libération-Nord[Note 1] et fut membre actif du réseau Shelburn, branche du Special Operations Executive des services secrets britanniques. Elle avait pour mission de mettre à l'abri et de d'assurer le rapatriement en Angleterre des parachutistes et des aviateurs alliés disséminés dans la campagne picarde dont l'avion avait été abattu par la DCA allemande. Son action dans la Résistance avait commencé en Normandie avant son arrivée à Amiens.

Arrêtée par la Gestapo à son domicile amiénois, 6 rue Marguerite Hémart-Ferrandier, le 12 février 1944, elle fut écrouée à la prison de la route d'Albert puis transférée à Paris, au Lycée Montaigne. Marcelle Moreau, arrêtée et transférée à Paris en même temps qu'elle, apprit que les Allemands avaient trouvé chez elle des documents compromettants. Au lycée Montaigne les deux femmes occupaient des cellules séparées.

Le 15 février, Madeleine Michelis subit un premier interrogatoire le soir. Rentrée dans sa cellule, elle cria qu'elle "avait eu un bain glacé et qu'elle avait du mal à se réchauffer." Elle avait subi le supplice de la baignoire.

Le mercredi 16 février, elle est amenée vers 13 h 00, à l'Hôtel des États-Unis, boulevard du Montparnasse pour un interrogatoire. Elle seule descendit du fourgon. Aucun témoin ne l'a jamais revue vivante[3].

Les Allemands prétendirent qu'elle s'était évadée puis remirent sa dépouille aux autorités françaises[4].

Le 21 février 1944, sa famille est officiellement avertie de sa mort.

Son certificat de décès porte la mention : "morte par strangulation"[5]. Un doute subsiste sur la date et la cause de son décès : elle pourrait avoir été étranglée par un policier qui tentait de la faire parler[6] ou s'être suicidée pour éviter de parler, comme le pensait son chef de secteur[7]. L'acte de décès porte la date du 15 février 1944 mais deux témoins affirment l'avoir vue en vie le 16.

Elle avait rédigé un bref et pathétique adieu à sa famille en éraflant avec un objet pointu les pages d'un manuel scolaire[3].

Elle fut inhumée au cimetière de Neuilly-sur-Seine à Puteaux. En 1966, à la mort de son père, ses cendres furent transférées dans la tombe familiale au cimetière de Fontaine-le-Port (Seine-et-Marne) où ses parents avaient une maison de campagne[2].

Hommages posthumes[modifier | modifier le code]

« Jeune Française admirable, qui s'est entièrement dévouée à la cause de la Résistance, professeur agrégée au lycée d'Amiens, a tout sacrifié au service de la Libération. S'est particulièrement occupée du passage des prisonniers évadés et d'aide aux parachutistes et aviateurs alliés. Arrêtée le 12 février 1944, transférée à Paris, a refusé de parler malgré les pires traitements. A été étranglée le 15 février 1944, trouvant une mort glorieuse au milieu des tortures supportées avec un courage magnifique et sans trahir son secret. Modèle d'abnégation et de foi patriotique[8]. »

  • La salle des professeurs du Lycée Condorcet (Paris), où elle fut élève d'hypokhâgne et khâgne, entre 1932 et 1934 porte son nom.
  • Le 12 juillet 1945, le Conseil municipal d'Amiens et le Conseil d'administration du Lycée d’État de Jeunes Filles d'Amiens décidèrent conjointement d'apposer une plaque dans l'entrée de l'établissement rendant hommage à Madeleine Michelis[2].
  • Le lycée d’État de Jeunes Filles d'Amiens où elle enseigna, prit, en 1975, le nom de lycée Madeleine Michelis. Le logo actuel de ce lycée représente son portrait stylisé et sa signature. Ce lycée comporte également actuellement des panneaux retraçant sa vie et son combat.
  • Au lycée Madeleine Michelis d'Amiens, une exposition sur Madeleine Michelis avec des lettres écrites à sa famille a été réalisée en septembre 2013. Le 11 octobre 2013 une cérémonie officielle en présence de sa nièce, Marie-Claude Durand, et d'anciennes élèves a été organisée pour commémorer le centième anniversaire de sa naissance.
  • Chaque année, depuis le centenaire de sa naissance qu'il a contribué à célébrer, Cyril Benjamin CASTRO, présente aux élèves des Ecoles primaires de Neuilly une conférence retraçant la vie et les engagements de Madeleine Michelis, s'appuyant notamment sur les travaux de Marie-Claude Durand, sa nièce.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lucienne Chamoux-Cavayé, À la mémoire des sévriennes mortes pour la France 1939-1945, 96 pages, Paris, 1946, imprimerie Guillemet et Lamothe[9].
  • Jacques Béal, La Somme dans la guerre. 1939-1945, Éditions Horvath-Martelle, 1986
  • Jacques Béal, Hommes et Combats en Picardie 1939-1945, Amiens, Martelle Editions, 1994 (ISBN 2 - 87 890 - 035 - 9)
  • Antoine Porcu, Guerre 39-45. Héroïques femmes en résistance, Le Geai bleu, 2006, 192 p.
  • Jacques Lejosne, Claude Leleu, Jackie et Françoise Fusillier, A.B.C.DAIRE des victimes du nazisme dans la métropole d'Amiens, Amiens, A.D.I.F - Somme, 2008 (ISBN 978 - 2 - 9 530 196 - 1 - 2).
  • Jacques Lejosne, Jackie et Françoise Fusillier, 1940 - Amiens – 1944, Dans les griffes de la Gestapo, Amiens, auto-édition, 2012 (ISBN 978 - 2 - 9 530 196 - 4 - 3).
  • Julien Cahon, Madeleine Michelis (1913-1944), une Amiénoise dans la Résistance, préface de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Amiens, A.P.H.G.-Picardie et O.N.A.C. Somme, 11 octobre 2013

Liens externes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Aucun document ne signale son appartenance officielle à ce réseau de Résistance

Références[modifier | modifier le code]

  1. Madeleine Michelis, Correspondance d' avant guerre et de guerre, préface de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, présentations de Julien Cahon, Marie Claude Durand et Charles-Louis Foulon, Paris, éditions du Félin, janvier 2015 (ISBN 978 - 2 - 86645 - 823 - 2)
  2. a, b, c, d et e Julien Cahon, Madeleine Michelis (1913-1944), une Amiénoise dans la Résistance, préface de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Amiens, A.P.H.G Picardie-O.N.A.C.-Somme, 11 octobre 2013
  3. a et b Jacques Lejosne, Jackie et Françoise Fusillier,1940-Amiens-1944 Dans les griffes de la Gestapo, Amiens, 2012
  4. Jacques Lejosne, Claude Leleu, Jackie et Françoise Fusillier, A.B.C.DAIRE des victimes du nazisme dans la métropole d'Amiens, Amiens, 2008, A.D.I.F - Somme
  5. Amiens Forum, septembre-octobre 2012
  6. http://picardie.france3.fr/2013/05/06/amiens-100eme-anniversaire-de-la-naissance-de-madeleine-michelis-247125.html
  7. http://www.museedelaresistanceenligne.org/pageDoc/pageDoc.php?id_expo=62&id_theme=111&id_stheme=236&id_sstheme=513
  8. Jacques Lejosne, Jackie et Françoise Fusillier, 1940 - Amiens – 1944, dans les griffes de la Gestapo, Amiens, Auto-édition, 2012 (ISBN 978 - 2 - 9 530 196 - 4 - 3)
  9. http://www.valleuses.org/MM/1/temoignage.htm